Liliane Silva Le Fur

 

 

(France)

 

 

 

Liliane Silva Le Fur, ou l’enchantement rimbaldien.

 

 

 

 

 

Artiste d’origine ardennaise Liliane Silva Le Fur est presque une icône légendaire sur les terres des «  Quatre Fils Aymon » et vouloir la présenter au travers de ses décennies de création permanente s’apparente à une forme d’exploit.
 

 

 

 

 

 

Liliane Silva Le Fur est à la fois une magicienne et enchanteresse marquée par le sceau de la poésie.
 

 

 

 

 

 

Les expositions de cette artiste sont toujours attendues avec un vif intérêt, car son œuvre figurative de haute tenue est sans cesse renouvelée avec talent, brio et originalité flirtant parfois avec l’abstraction.

 

 

 

 

 

 

La technique est irréprochable, Liliane Silva Le Fur maîtrise parfaitement son métier de peintre, autant qu’elle possède le sens de la composition  où souvent elle sait placer la touche singulière qui donne toute sa facture à l’œuvre, le tout baignant dans les plus subtiles variations chromatiques de sa palette.
 

 

 

 

 

 

C’est une merveilleuse résonnance où couleurs et nuances jouent entre elles avec amour et fusion.
 

 

 

 

 

 

De Liliane Silva Le Fur nous connaissons le florilège de ses compositions florales, de ses natures mortes que vous pourriez presque respirer,  sa facette ornithologique où elle nous propose des volières complètes où les oiseaux sont plus beaux les uns que les autres.

N’oublions pas son coup de cœur pour Venise, son carnaval légendaire qu’elle peignit avec une rare intensité de la passion d’une femme amoureuse des lieux.

 

La beauté et la lumière y sont reines. Personnellement et sans flatterie j’ai rarement vu parmi nos contemporains des tableaux sur Venise d’une telle qualité évocatrice. Il y a pourtant pléthore en la matière. Quant à ses paysages ils sont dignes des meilleurs post impressionnistes et néo réalistes, véritable profusion de beauté où l’onirisme et la poésie sont omniprésents.

C’est ici justement que je voulais vous conduire sur les chemins de la poésie, car n’oublions pas que nous sommes sur les terres d’Arthur Rimbaud, où tout est en osmose avec l’esprit poétique à commencer par un petit matin brumeux se déclinant jusqu’aux derniers reflets du jour sur les miroitements de la Meuse.

 

Rare sont ceux qui rendirent un aussi bel et personnel hommage à ce terrible enfant génial et ange déchu que fût Arthur Rimbaud.
 

 

 

 

 

 

Qui, aujourd’hui est encore décrié par certains ardennais. Les rancœurs sont tenaces.

C’est bien plus qu’un hommage que Liliane Silva Le Fur rend à Arthur Rimbaud, c’est une révélation, une sacralisation et les mots ne sont pas trop forts, il suffit d’avoir la chance d’admirer ses œuvres pour en être convaincu.

 

Rarement concernant Arthur Rimbaud j’ai vu d’aussi évocateurs tableaux. Ici notre amie rejoint Ernest Pignon Ernest, Jacques Moretti, José Corréa, Henri Cachau, Jeanne Esmein.

 

Même les plus grands sont assez peu nombreux à être parvenus à restituer ainsi Arthur Rimbaud dans l’aura de son imaginaire.

 

Alors partons pour une errance rimbaldienne perçue par le regard visionnaire « lefurien »

Approchons nous du jeune Arthur Rimbaud dans sa jolie tunique chamarrée, consultant une mappemonde, prémonition sans doute, Charleville l’étouffe, surtout ses institutions conservatrices et ses bourgeois étriqués. Lui il rêve de voyages, d’évasion, de grand Opéra !

 

« Je devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres ont une fatalité du bonheur…/… » (1)

Mais voit-il ici déjà Harrar, Aden, l’échéance du drame ? Ce tableau doit-être regardé comme une sorte de vision anticipée.

 

« Vous êtes en Occident, mais libre d’habiter votre Orient…/… » (2)

 

Dans une ambiance brumeuse un tout jeune Arthur Rimbaud dédoublé dans une belle modernité, où se profile déjà le «  Coin de Table » d’Henri Fantin Latour.

 

Puis toujours à partir de ce thème suggéré du fameux «  Coin de table » qui revient en premier plan, une fulgurance apparentée peut-être à une étoffe orientale ou une calligraphie informelle.

 

Dans une facture parfaitement libérée le grand voyage est déjà présent, le bleu transparent du regard poète est déjà bien au-delà de l’horizon.

 

« J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques…/… » (3)

 

J’en arrive à une œuvre éthérée ou symboles et attributs environnent le poète de dix-sept ans. Le moulin sous la neige, le dôme de la place Ducale, une muse lectrice et peut-être l’ébauche du mât du bateau ivre.

 

« Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais. » (4)

 

Soudain Arthur Rimbaud se perd dans les tourmentes d’une grande tempête, les flots rugissants, c’est le naufrage, l’œuvre est digne des meilleurs romantiques.

 

« La tempête a béni mes éveils maritimes…/… »(5)

 

Notre jeune poète n’est plus qu’un ectoplasme, un filigrane livide.

Puis sous une facture spontanée la parabole du «  Coin de table » réapparait dans un jeu de contrastes, d’ombres et de lumières entre mort et espérance.

Nous terminerons provisoirement cette errance rimbaldienne que nous devons au remarquable talent de Liliane Silva Le Fur sur cet éblouissant portrait d’Arthur Rimbaud d’un grand classicisme, poésie en petit supplément d’âme où les traits du jeune éphèbe sont si fons, si beaux qu’il apparait comme un ange il rayonne d’une lumière presque divine. Mais tous nous savons pourtant que d’un pas le démon n’était pas loin.

 

« C’est un Démon, vous savez, ce n’est pas un homme. » (6)

 

 

 

 

 

 

Merci Liliane Silva Le Fur pour cette balade où du verbe à la matière la poésie transcende.

 

 

 

Michel Bénard

Lauréat de l’Académie française.

Chevalier dans l’Ordre des Arts & des Lettres.

 

(1)   « Une saison en enfer ». Arthur Rimbaud.

(2)   Idem

(3)   Idem

(4)   Idem

(5)   Idem

(6)   Idem.

Articles similaires

Tags

Partager