L’écrivain, le journaliste, le traducteur et l’éditeur luxembourgeois Jean Portante s’entretient avec Rodica Draghincescu

 

 

 

 

 

 

 

RD : – Jean Portante, vous portez la poésie autour du cou, sous la forme d’un petit fleuve en tissu rouge qui change avec la saison (laine, coton soie, lin). Jean, pourquoi c’est important pour vous d’ECRIRE DE LA POESIE ? 

 

JP : – Je dirai plutôt : pourquoi est-ce important d’écrire tout court?

 

RD : – Oui, si vous voulez…

 

JP : – J’écris de la poésie, j’écris des romans, du théâtre, des essais, des articles de journaux, des traductions, des lettres, du journal intime, des mails, des sms…

 

RD : – Et la poésie ?

 

 

 

       Université de Bangor, Pays de Galles, 2014

 

 

 

JP : – Dans cela la poésie est le lieu où je sais le mieux me brouiller avec le langage. Je suis né orphelin de langue. Je veux dire de langue à écrire. On parlait l’italien à la maison, mais l’école – le lieu d’où nous vient l’écriture – s’est faite, Luxembourg oblige, en allemand et français, puis en anglais. Il y avait décalage quand je me suis mis à écrire. Assez tardivement d’ailleurs. Entre le moi qui voulait se dire et la manière dont il voulait se dire.

 

RD : – Décalage, vous dites ?

 

JP : – Non, décalage n’est peut-être pas le mot. Disons que je me trouvais entre les langues. Sans le savoir, dans un premier temps. J’ai donc naïvement cru, quand l’écriture est venue, qu’il me fallait choisir une langue, et que ce serait le français. En choisir une et oublier les autres. En réalité, ce dont j’avais besoin, pour être au plus près de moi-même, c’était d’une « entre-langue ».

 

RD : – Belle métaphore…

 

JP : – Une langue qui rende compte du migrant que j’étais. Une langue qui ne pouvait être ni l’italien que l’école ne m’avait pas apporté, ni l’allemand ou le français. Une langue « ni ni ». C’est alors que, dans un de mes romans, Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine, la baleine est venue à ma rescousse.

 

RD : – Pourquoi une baleine pour remplacer une langue ?

 

JP : –  La baleine n’est ni animal terrestre ni animal aquatique. Elle a résolu le problème en n’étant déjà plus une chose sans être encore une autre. Elle est bien partie de la terre ferme pour aller vivre dans l’eau. Une migrante donc. Comme moi.

 

RD : – La baleine qui effraie et qui envoûte les navires et les voyageurs …

 

JP : – Elle a bien changé de morphologie pendant le voyage. Mais elle a gardé en elle le poumon de sa vie antérieure. Ce qui ne lui permet pas de vivre dans l’eau. Elle a la forme d’un poisson mais le poumon la rattache à la terre.

 

RD : – Votre poumon à vous…

 

JP : – Mon poumon à moi, c’est la langue italienne. Mon écriture a la forme du français, mais elle respire – j’ai dit ailleurs : elle poumonne – en italien. Et c’est en écrivant de la poésie que je peux forger cela, à savoir une langue baleine… Qui n’est déjà plus de l’italien sans être encore du français. Une langue entre.

 

RD: – Admirateur des langues et de longues routes, que portez-vous dans votre besace poétique, lorsque vous voyagez d’un pays à l’autre, d’un festival à l’autre?

 

JP : – Dans ma besace il y a le long chemin. C’est un tunnel. Il relie le sud au nord. Il n’est ni le sud ni le nord. Il est le tunnel de la langue à forger sans cesse. Voilà pourquoi je me sens à l’aise partout. Ces mots-ci, je les dis et écris depuis le Mexique. Je suis en chemin.

 

RD : – Bon séjour alors, vous êtes en bon chemin !

 

JP : – Merci. Mon ami Pierre Joris écrit quelque part : « Quand tu reviendras, n’oublie pas de ramener le chemin. » Eh bien, quand je reviendrai, je ne l’oublierai pas. Sauf que je ne sais pas très bien où revenir.

 

RD: – Revenir, soit dit entre nous, poétiquement, c’est partir à l’envers. Jean Portante, lorsque vous avez commencé à écrire, quels étaient les écrivains qui vous ont influencé ?

 

 

 
Jean Portante – La otra 2012

 

 

 

 

JP : – J’ai commencé à écrire à l’âge de 33 ans. À partir de 1983. Je croyais alors que j’étais le disciple de Baudelaire. J’essayais de l’imiter. Avec alexandrins, rimes et tout. Je faisais comme jadis les peintres qui allaient au musée pour imiter, dans un premier temps, ce qu’ils voyaient. Je m’exerçais. Ça a donné naissance à deux ou trois livres…

 

RD : – Vous vouliez écrire comme Baudelaire…

 

JP : – C’était l’époque, pour moi, où je croyais que je voulais écrire en français. Je suis donc allé voir de ce côté-là. Bien entendu, l’Italie qui en moi m’appelait, me poussait également du côté d’Ungaretti, de Pavese et des autres. Et, pour être honnête, l’école m’avait appris à apprécier les allemands Trakl et Rilke. Puis est venue la baleine.

 

RD : – Comme un besoin, comme une nécessité…

 

JP : – La nécessité d’une langue à forger. C’est alors que j’ai rencontré le poète argentin Juan Gelman. À La Havane, où j’habitais à l’époque. C’était à la fin des années 1980. Lui, originaire d’Ukraine, juif ashkénaze écrivant parfois en séfarade, évoluait entre les langues. Je me suis mis à le traduire. Il m’a dit, sans me le dire, que je ne pouvais écrire qu’en une seule langue, la mienne. Une « malangue », dirait Lacan, que personne d’autre ne sait écrire. Qui est née avec moi et mourra avec moi. J’ai fait un raccourci. Il y a eu d’autres semences. Il y a eu, quand je me suis installé à Paris, en 1983, mon ami Pierre Joris qui m’a fait connaître les poètes américains, Pound, Olson, Kelly, Ginsberg et bien d’autres. Mais la semence la plus importante est bien ma rencontre avec la poésie de Gelman.

 

 

 

       Avec le poète Juan Gelman, Gênes 2013

 

 

 

RD : – Parlez-nous un peu plus de cette rencontre avec Gelman. Pourquoi c’est votre plus belle rencontre ?

 

JP : – Parce que c’est à travers lui que j’ai appris ce qu’est le métier d’écrivain, de poète. J’ai connu beaucoup de poètes de par le monde. Des bons, de très bons. Mais Gelman, comme très peu, est un forgeron de langue. C’est, comme le disait T. S. Eliot à propos d’Ezra Pound, « il miglior fabro » de sa génération, le meilleur forgeron. L’histoire personnelle de Gelman est très tragique. La dictature argentine des années 1970 lui a assassiné un fils, volé une petite-fille (qu’il a retrouvée bien des années plus tard, sa mère à elle ayant été également assassinée après l’avoir mise au monde). La dictature l’a aussi condamné à l’exil.

 

RD : – Et il a su survivre à tout cela…

 

JP : – S’il a pu survivre à tout cela, c’est parce qu’il y avait en lui, avant, pendant et après, l’appel d’une langue à forger, l’appel d’une œuvre à écrire. Comme Celan, un peu plus tôt. En poésie, en art en général, il y a ceux qui ouvrent un chemin et ceux qui le suivent. Gelman est un ouvreur de chemin. À La Havane, en 1988, quand je l’ai entendu lire pour la première fois, ça m’a sauté aux oreilles. Soudain je savais. Jusque-là je croyais qu’écrire signifiait raconter sa vie. Avec lui j’ai appris qu’il s’agit avant tout de forger une langue. Nous ne nous sommes pas parlé à l’époque. J’étais trop intimidé pour l’aborder. Je l’ai revu quatre ans plus tard en Colombie, et là nous avons parlé. Et je me suis mis à le traduire. Et nous sommes devenus amis. Et c’est depuis sa maison, dans la Colonia Condesa, à Mexico, que je dis et écris ces mots. Sauf que lui n’est plus là.

 

RD : – Vous parlez donc de son absence…

 

JP : – Oui, il est mort le 14 janvier dernier…

 

 

 

       A l’Aquila 2013

 

 

 

RD: –  Que doivent vos œuvres à votre enfance ?                      

 

JP : – Mon écriture, que ce soit en poésie ou en prose, est autobiographique. Je m’écris. Avec toute l’ambiguïté que le mot comporte. C’est-à-dire qu’il y a effacement de la frontière entre réalité et fiction. Tout est vrai, mais rien n’est réel. Dans ce sens, mon enfance est très présente. Cette enfance coincée entre le sud de l’origine et le nord de la naissance.

 

RD : – De quoi se nourrit votre plume à plusieurs becs ?

 

JP : – Tout, en moi, mon imagination, mon langage, mon être, se nourrit du territoire qui s’étend entre le « ne déjà plus » et le « ne pas encore ». C’est un territoire très vaste, très fertile. Il détermine ma vie. Il détermine mon écriture. Tout y est bipolaire. J’y vis comme un personnage de fiction.

 

RD : – Comment travaillez-vous ce territoire ? Quand écrivez-vous? Où ? Pour qui ? Pourriez –vous nous présenter quelques aspects, secrets de votre « atelier », de votre laboratoire, de votre champ stylistique ? (ce qui vous plaît, ce qui vous gêne/ tracasse durant l’acte d’écrire?) 

 

JP : – Je suis un travailleur de l’écrit. Je veux dire, j’ai des phases de congé et des phases de travail. Quand je suis en congé, comme maintenant, je voyage. Quand je travaille, je travaille à temps plein. Je fais ma journée de travail. Comme mon père qui allait à l’usine et faisait ses trois fois huit. Je ne fais pas mes trois fois huit, mais mes une fois cinq ou six par jour. J’ai un lieu de travail qui n’est pas mon domicile. Mon usine à moi. Je m’y rends, écris et rentre chez moi.

 

RD : – Pour qui ?

 

JP : – Je l’ignore. Chaque lecteur approche un texte avec sa propre intimité. Je ne peux rien pour lui, si ce n’est lui offrir la mienne.

 

RD : – C’est le pourquoi qui compte pour vous ?

 

JP : – Oui c’est le pourquoi qui compte.  Pour forger mon écriture. Parfois, à la fin de mes livres, j’ajoute un mode d’emploi. C’est ainsi que, pour clore Le travail du poumon, j’ai mis un Poumon, mode d’emploi. J’ai fait pareil dans La réinvention de l’oubli : Oubli, mode d’emploi. Je fais entrer le lecteur – imaginaire bien entendu – dans le laboratoire de l’écriture. Exemple : il y a beaucoup de pelles dans mes textes. C’est un instrument, disons, autobiographique. Les miens travaillaient la terre en Italie. Ensuite, au Luxembourg, ils se sont retrouvés dans les minières et à l’usine. Le mot « pelle » apparaît souvent. Il a l’air, la forme, d’être du français. Comme la baleine a l’air d’être un poisson. En réalité, quand je l’écris je pense à « pelle ». Le mot italien qui veut dire « peau ». On lit pelle, mais j’écris peau. Cela permet d’imposer une métaphorisation qui provient du poumon, de l’italien, et non de la langue qu’on voit. Cela me permet aussi de raconter en un seul mot un événement autobiographique important, à savoir la mort de mon grand-père paternel à l’usine. Il a laissé sa peau en maniant la pelle. C’est ainsi que travaille la langue baleine.

 

RD : – La baleine polyglotte et engloutissante, avaleuse de langues ou la baleine à plusieurs langues !
 

 

 
Présentation du livre « Conceptions », de Jean Portante – avec Luma Luma & the soundlaboratory ; 5 octobre 2012

 

 

 

 

JP : – Une baleine cachotière. Qui cache la langue originelle dans la langue écrite. Cette dernière fait semblant. Elle feint d’être du français, mais en réalité elle respire avec le poumon de l’origine. Les autres langues, l’allemand, le luxembourgeois, l’espagnol, etc. sont également cachées dans la langue qui feint d’être du français. Il y a eu un moment, où toutes étaient visibles. Je travaillais avec le collage. Des bribes de toutes ces langues. Puis elles sont allées se cacher.

 

RD : – Proust affirmait : «  La seule vie réellement vécue c’est la littérature ». Pour vous, cela se passe comment ? Comment vivez – vous l’écrit dans votre quotidien ?

 

JP : – Je suis un personnage évoluant quotidiennement dans le territoire qui s’étend entre le « ne déjà plus » et le « ne pas encore ». Dans mon journal intime, que je tiens régulièrement, j’utilise parfois la troisième personne. Il. Dans mes romans, il y a le plus souvent la première personne. Je. Dans les poèmes aussi. Il n’y a pas de « il » dans ma poésie. Rien que du « je ». Mais ce « je » est le même que le « il » du journal intime. Mon « il » est mon « je ». Je peux alors écrire dans mon journal intime des choses imaginaires vécues par un personnage imaginaire. À ceci près que ce personnage-là, c’est moi. Tout comme j’écris dans mes poèmes et mes romans des choses vraies qui, parce qu’elles sont dans le poème ou le roman, relèvent également de l’imaginaire. Tout cela se passe alors que, quel que soit le lieu, je vis constamment dans la fiction. Je et il sont des autres. C’est en tout cas, cette vie-là qui compte. Tout le reste, pour paraphraser Verlaine à l’envers, c’est de l’inintéressante quotidienneté.

 

RD : – Parallèlement à votre travail d’écriture, vous excellez depuis plus de vingt ans dans la traduction  littéraire. Vos propres livres sont traduits en plusieurs langues. Au Luxembourg, vous dirigiez le Printemps des poètes, et vous enseigniez à l’Institut national des langues, et vous écrivez depuis des lustres comme journaliste au Jeudi dont vous étiez  le rédacteur en chef. A ne pas oublier que vous êtes, également, le directeur littéraire de la revue TRANSKRIT. En France, vous êtes membre de l’Académie Mallarmé et de multiples jurys littéraires (Apollinaire, Max-Pol Fouchet, Yvan Goll…).Vous dirigez encore la collection Cahiers latins aux éditions Caractères et, avec Jacques Darras, la revue INUITS DANS LA JUNGLE. En 2003, vous avez reçu, en France, le Grand Prix d’automne de la Société des gens de lettres, pour l’ensemble de votre œuvre, ainsi que le Prix Mallarmé pour votre  livre L’étrange langue. Dix ans auparavant, en 1993, votre roman Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine vous a apporté, au Luxembourg, le prix Servais.

 

 

 

       La Havane, 2014

 

 

 

En 2011, vous avez été couronné du Prix national au Luxembourg, pour l’ensemble de votre  œuvre. Il y a eu d’autres récompenses en France, le Prix Fondane, le Prix Bosquet, le Prix Pétrarque… Ça nage en force, ça fait de grosses vagues, votre baleine vous fraie un large chemin et des fois elle devient dauphin, vu l’agilité, l’intelligence et la vitesse de son esprit. Bref, il y a dans votre parcours, d’après moi, une appétence, un besoin de vivre à plein temps le monde. Il y a chez vous, la nécessité de s’adapter au monde, et puis, paradoxalement, de s’opposer à lui, de le nier, et de temps en temps, de lui rendre hommage. Pour tout dire, votre langue vit une utopie perpétuelle, un labour ou une condamnation de Sisyphe. Vos voyages littéraires parlent d’une vitalité qui contrecarre  en quelque sorte votre écriture qui, à son tour, tout en vous racontant, a besoin de solitude, et pour cela, souvent elle s’éloigne de vous et se sépare de vous dans ce qu’elle a de plus profond, de plus émouvant et de plus apaisant. Votre écriture est tantôt l’écho sismique de vos pas à travers le monde, tantôt le silence, la fissure coupante d’entre vous et le monde. Ai-je tort ?

 

JP : – Voilà une belle avalanche de questions. Par quoi commencer ?

 

RD : – Par la traduction, peut-être…

 

JP : – La traduction, cette autre baleine. La traduction est le domaine par excellence du « ne déjà plus » et du « ne pas encore ». Un livre traduit n’appartient déjà plus à l’auteur originel, mais n’appartient pas encore à l’auteur traducteur. Ceci, alors que c’est bien la langue du traducteur que le lecteur lira. Une langue dans laquelle poumonne le récit de l’auteur originel. Un de mes livres a pour titre Effaçonner.

 

RD :Une nouvelle licence… portante…, porteuse de philosophie linguistique…

 

JP : – Il m’a fallu créer ce néologisme réunissant l’effacement et le façonnage pour rendre compte de mon univers. La baleine était un grand chien à l’origine. Quand elle a rejoint la mer elle a commencé un lent travail d’effaçonnement. Elle a effacé ses pattes et a en même temps façonné ses nageoires. Etc. Elle a tout effaçonné, sauf le poumon. La traduction est un lent effaçonnement. La langue originelle est effacée et en même temps se façonne la langue du traducteur. Cet effaçonnement me permet de parler d’une autre idée que contient votre question. En réalité il y a adaptation. En ce qui me concerne, adaptation à tous les niveaux. La baleine s’adapte à sa nouvelle vie. Moi aussi.

 

RD : – La traduction est-elle une adaptation ?

 

JP : – La traduction est également une adaptation. Afin que, dans le monde nouveau, le livre puisse vivre. Toute l’histoire de l’humanité est une histoire d’adaptation. Mon écriture aussi. Ma langue d’écriture. Ce sont les effaçonnements qui permettent qu’elle se fasse. Cela dit, vous voyez juste quand vous juxtaposez besoin de solitude et nécessité de vivre le monde. Ce sont peut-être les deux pôles de mon territoire. Celui qui s’étend entre le « ne déjà plus » et le « pas encore ». Il y a là-dedans l’utopie dont vous parlez et la condamnation sisyphique. Le fracas et le silence.

 

RD : – Quelle différence voyez-vous entre la vie de fiction et la vraie vie ?   

 

 

 

                      Mexico, Foire du livre, octobre 2013

 

 

 

JP : – Je distinguerais « vraie vie » et « vie réelle ». La vraie vie je la mets du côté de la fiction. Pas du côté de la réalité.

 

RD : – Dans un article du Jeudi vous parlez de la tricherie et des tricheurs. Dans Les mots et les choses, Foucault situe la littérature à l’opposé de la philologie … il ne reste, si je puis dire qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Est-ce que tout en écrivant et décrivant notre vie, on constate combien triche la langue ?!

 

JP : – La langue triche dans la mesure où elle nous fait entrer dans le vrai de la fiction. La réalité nous en éloigne. Pour écrire le vrai il faut tricher avec la langue, oui, mais aussi avec le regard, par exemple. Avec la mémoire, également. Se dire que la plus parfaite des mémoires, c’est l’oubli. Le silence des souvenirs. Mais la langue, en nommant les souvenirs, les transforme en fiction, en mémoire trichée… La langue triche avec la mémoire. Elle sait que seul l’oubli rapproche la mémoire du réel. Alors qu’en trichant elle, la langue, s’approche du vrai.

 

RD : – La langue, selon Roland Barthes, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. Qu’est-ce que votrelangue vous oblige à dire ? Et qu’est-ce qu’elle vous empêche de raconter?

 

JP: – Ma « malangue » est assez tyrannique. Mais je le suis également avec elle. Cela dit, elle prend toujours le dessus, pour la simple raison qu’elle m’oblige à dire ce qui ne peut pas être dit. C’est là que réside le mystère de l’écriture. Dire ce qui ne peut pas être dit. Seule la langue sait le faire. Toute poésie est essentiellement de l’indicible. Le lecteur le sait bien, lui qui va chercher non à lire, mais à interpréter, c’est-à-dire à faufiler son intimité dans le poème. C’est ainsi qu’il rencontre l’indicible. Le poète, celui qui écrit, ne le trouve jamais. Et c’est ce « ne jamais rencontrer l’indicible » qui est, en dernier ressort, le moteur de l’écriture.

 

 

 
Zoe Skoulding and Jean Portante; 15 octobre 2013

 

 

 

 
RD : – Dans un de vos poèmes, on peut lire : Ô feu qui s’échappe du ventre des choses. Et vous vieux voleurs savez-vous maintenant à qui adresser vos excuses souterraines.  (Dans : ce qui advient et ce qui n’advient pas – IV) Tout objet, toute entité abstraite est une chose, et dans votre écriture il y a toute une population de choses. Alfred de Musset aurait affirmé avec vous: Aimer est quelque chose, et le reste n’est rien. Où se placent ces deux verbes  (être et aimer) dans vos œuvres ?

 

JP : – La population des choses dont vous parlez, ce sont les habitants de mon territoire. Mais c’est un peuple de mots. Aimer, dans le livre, est un mot. Être, également. Ce sont peut-être les deux mots essentiels. Tout poème est poème d’amour et d’existence.

 

RD : – Qu’est-ce que le métier de journaliste, que vous pratiquez de temps en temps, apporte à vos écrits littéraires ? Et vice-versa.

 

JP : – Quand j’étais rédacteur en chef du Jeudi, le métier m’apportait une certaine connaissance des choses du monde, mais, surtout, il me volait du temps, et, par conséquent, de l’écriture. Depuis que je me contente d’écrire pour le Jeudi, je me retrouve dans le territoire de l’écriture. J’accorde à l’écriture journalistique le même soin qu’à mes romans, mes poèmes, etc. Je lui aménage du temps. Un jour par semaine. Le mardi. Sans congé cette fois-ci.

 

RD : – L’expérience accumulée en tant que directeur de collection chez Phi (éditeur luxembourgeois), vous a permis d’en garder une belle expérience. Quelles sont vos découvertes en tant qu’éditeur ?

 

 

 

                                                    À Lima, 2013 © Pascual Borzelli

 

 

 

JP : – J’ai dirigé la collection GRAPHITI des éditions PHI. Celle consacrée à la poésie. Je m’occupais de la poésie internationale. C’est là que j’ai publié pour la première fois Juan Gelman. En France, on faisait la fine bouche. On disait, il casse trop la langue. On disait, c’est mal traduit, ce n’est pas du français. Etc. On ne comprenait pas que c’était ça la force de Gelman. J’ai publié deux livres de lui, puis la France a commencé par s’intéresser. Et j’ai continué à le publier aux Cahiers latins. Quatre autres livres. Et maintenant il est chez… Gallimard.

 

RD : – Quel bonheur.

 

JP : – Un autre poète que j’ai publié, c’est l’Américain Jerome Rothenberg.

 

RD : – Levure littéraire a publié dans un de ses numéros, les poèmes de Jerome Rothenberg.

 

JP : – Mais il y aussi la Québécoise Nicole Brossard, la Belge Liliane Wouters, l’italienne Maria Luisa Spaziani, et bien d’autres. Je continue ce travail-là, dans les revues que j’anime.

 

RD : – Jean, croyez-vous dans la mission sociale de l’écrivain ?

 

JP : – La mission sociale – si toutefois on peut parler de mission – de l’écrivain, c’est écrire. Si vous faites référence à l’engagement social, je pense qu’écrire, forger de la langue, est un acte très engagé. Dans la mesure où il s’oppose à l’appauvrissement à tous les niveaux, donc aussi à celui de la langue, auquel la société est soumise. Chaque poème est dans ce sens un engagement contre ce et ceux à qui l’appauvrissement profite. Nous sommes dans une époque où l’humain n’a pas une grande valeur. Ce qui compte c’est le marché.

 

RD : Et l’écrit des poètes, a-t-il toujours de la valeur ?

 

 

 

       Avec (deuxième à partir de la gauche) Nicole Brossard, Trois-Rivières, Québec, 2014

 

 

 

JP : – Ecrire, c’est se mettre du côté de l’humain et donc affronter les diktats du marché. Cela dit, je ne crois pas au poème qui dénonce. Sauf s’il dénonce en étant poème. En n’étant pas langue de bois. Cela dit, rien n’empêche l’écrivain, en tant que citoyen du monde, de s’investir dans des missions sociales. Mes articles de journal me servent à ça. Je tiens une chronique dans Le Jeudi dont le titre dit de quel côté est mon engagement : Un monde immonde. La phase actuelle du capitalisme, la financiarisation mondialisée, pousse le monde vers un maximum d’immonde.

 

RD : – Est-ce que cela vous met en colère ?

 

JP : – Ça me révolte. Puisque ça crée beaucoup de misère partout, et draine des richesses inouïes dans les poches de quelques-uns. Mes articles de journal, en tant qu’écrivain, me permettent de le dénoncer.

 

RD : – Le numéro 10 de Levure littéraire a comme thème «  La mort non-déclarée du langage », le manque de communication, la solitude, l’isolement. Concernant ce sujet, auriez-vous quelque chose à préciser pour nos lecteurs, s’il vous plaît ? En quoi ce thème vous touche-t-il ?

 

JP : – Nous assistons en direct à l’assassinat avec préméditation du langage. Au vidage des mots de leur sens. Bernard Noël parle de « sensure », avec un « s ». Il y a volonté idéologique de vider les mots de leur sens. De ne laisser que des coquilles vides. Cela ouvre la voie à toutes les intolérances, à tous les fascismes. Des fascismes sournois. On n’interdit pas la parole. On la vide de son sens. Partout, dans les médias, en politique, et même dans les écoles, ne compte plus ce qu’on dit, mais comment on le dit. La coquille, l’emballage est tout. Le contenu n’est rien. C’est une des manières de tuer l’humain en nous.

 

RD : – Et pour terminer cet entretien sur un ton plutôt optimiste, peut-on savoir quel futur voyage projette  Jean Portante pour retrouver sa baleine rose (en général, les langues sont roses) ?

 

JP : – Il y a un roman qui a pour titre Jonas et la baleine rose. D’un auteur bolivien dont j’ai oublié le nom. Pendant que j’écrivais mon roman Mrs Haroy ou la mémoire de la  baleine, un ami, le poète italien Valerio Magrelli, m’a fait cadeau d’un livre américain dont le titre était Et Dieu créa les grandes baleines. Je le conserve précieusement dans ma bibliothèque. Il recense toutes les baleines littéraires. J’en ai mis une centaine dans Mrs Haroy. Elles nagent sous les mots et montent à la surface à la fin du livre… Cela dit, pour répondre plus précisément à votre question, j’ai terminé, il y a quelques mois un roman, (il paraitra début 2015), j’ai également rassemblé trente ans de poésie (Le travail de la baleine. Poèmes 1983-2013), paru en mars dernier). Et, pour respirer, j’ai entrepris plusieurs voyages, presque tous en Amérique latine : Cuba, le Nicaragua, l’Argentine, la Colombie, le Pérou, et me voici maintenant au Mexique. Pour respirer, ai-je dit. Pour me mettre en congé. Mais le voyage touche à sa fin. Le temps de l’écriture est de nouveau devant la porte. Avec un projet de roman et un livre de poèmes. Mais permettez-moi d’ajouter ceci. J’ai l’impression qu’en rassemblant trente années de poésie, j’ai clos un cycle d’écriture. Je veux dire, je sens que ma quête de langue n’est plus la même. Il y a eu deux événements qui me font penser cela. Le premier c’est le tremblement de terre à l’Aquila, en 2009. L’Aquila, c’est la ville de départ des miens. Elle est décombres aujourd’hui. Entendons-nous bien, je n’ai aucune maison dans la région, mais quelque chose a tremblé en moi. Le poumon a tremblé. La langue dans la langue a tremblé. Comment écrire avec une langue qui a tremblé ?

 

RD : – Oui, comment ?

 

JP : – J’ai consacré à cela un de mes derniers recueils Après le tremblement. Dont est tiré le vers que vous avez cité plus haut. Il est fait de mots qui tremblent. Je m’y éloigne progressivement de la langue baleine. Et me rapproche de ce que j’appelle la langue fantôme. De quoi sera-t-elle faite, je l’ignore encore. Mais c’est dans cette langue-là que seront écrits mes livres. Elle devra beaucoup à l’écroulement, à l’instable.

 

RD : – A l’absence…

 

JP : – À l’absence aussi. Et c’est le deuxième événement. La mort de ma mère en 2012. Je l’ai mise dans mon livre Conceptions. C’est son prénom. Concettina. Cet instable épouse les contours de l’époque que nous vivons. J’aimerais construire désormais l’architecture d’une langue instable.

 

RD : – Bon vent vers le lieu et le temps dont vous vous sentez proche.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Jean Portante : Biobibliographie

 

       Sculpture, dans un abribus à Dudelange, Luxembourg

 

Jean Portante est né à Differdange (Luxembourg), en 1950. Il est d’origine italienne. Il vit actuellement entre Paris et Luxembourg. Il est écrivain, traducteur, journaliste. Son œuvre comprend une trentaine de livres: des recueils de poèmes, des récits, des pièces de théâtre et des romans. Ses textes ont été traduits en une vingtaine de langues. Ses livres ont été traduits en anglais, espagnol, italien, allemand, slovaque et roumain. Il a traduit lui-même une dizaine de livres de la littérature mondiale (dont les poètes Juan Gelman, Jerome Rothenberg, Maria Luisa Spaziani, etc) .

Il dirige la collection de poésie “graphiti” des éditions PHI. Il est membre du P.E.N. Club français. Il fait partie du jury du Prix Apollinaire. Il est vice-président de l’Association internationale de la critique littéraire, de Confluences poétiques et de la Nouvelle Pléiade dont il est membre fondateur.

Au Luxembourg, il a reçu le Prix Tony Bourg 1993 pour son recueil Ouvert Fermé, le Prix Servais du meilleur livre de l’année 1994 pour son roman Mrs. Haroy ou la mémoire de la baleine.

En France, il a obtenu le Prix Rutebeuf de la poésie pour son livre Horizon, vertige & italie intercalaire en 1986, le Prix Mallarmé en 2003 pour son livre L’étrange langue et le Grand prix d’automne de la Société des gens de lettres 2003 pour “ l’ensemble de son œuvre ”.

En juin 2005, Le Castor Astral a publié sous le titre La Cendre des mots une anthologie de sa poésie écrite entre 1989 et 2005.

Depuis octobre 2006, il est membre de l’Académie Mallarmé.

 

Bibliographie

 

Poésie

  • Feu et boue, Editions Caractères, Paris 1983
  • L’instant des nœuds, Editions Saint-Germain-des-Prés, Paris 1984
  • Méandres, Editions du Guichet, Paris 1985
  • Horizon, vertige & italie intercalaire, Editions Arcam, Paris 1986
  • Ex-odes, Editions PHI, Luxembourg 1991
  • Ouvert fermé, Editions PHI-L’Orange Bleue (Luxembourg-Belgique-Québec-Senegal) 1994 (Traduit en espagnol et italien)
  • Effaçonner, poèmes. Editions PHI/Ecrits des Forges. Luxembourg/Québec 1996 (Traduit en espagnol)
  • Point. Poèmes. Editions PHI-L’Orange Bleue (Luxembourg-Belgique-Québec-Senegal), 1999. (Traduit en anglais, traduit en allemand sous le titre Die Arbeit des Schattens)
  • La morte del padre. En plein edizioni. Milan 1999
  • La pluie comme un œil. Poèmes. Editions Empreintes, Lausanne 2001
  • L’étrange langue. Poèmes. Editions Le Taillis Pré, Namur 2002
  • L’arbre de la disparition, poèmes, Editions PHI/Ecrits des forges, Luxembourg/Québec 2004 (en traduction en portugais et en grec)
  • La cendre des mots. Anthologie personnelle. Editions Le Castor Astral, Paris. Juin 2005. (traduit en slovaque)
  • Le travail du poumon, Editions Le Castor Astral, mars 2007, Paris.
  • En réalité, poèmes, Editions PHI, Luxembourg, juin 2008.
  • La réinvention de l’oubli, Editions Le Castor Astral, Paris, juin 2010.
  • Conceptions, Editions PHI, Luxembourg, juin 2012.
  • Après le tremblement, Editions Le Castor Astral, Paris, juin 2013.
  • Richter, Editions Caractères, janvier 2014.
  • Le travail de la baleine, Poèmes 1983-2013, Editions PHI, Luxembourg, juin 2014

 

Proses

  • Projets pour un naufrage prémédité. Récit. Ed. PHI, Luxembourg, 1987
  • Un deux cha cha cha, Roman. Ed. PHI, Luxembourg, 1990
  • La mémoire de la baleine. Roman (préfacé par Ismail Kadaré). PHI, Luxembourg 1993; Réédition: Le Castor Astral, Paris 1999 (traduit en allemand, italien et roumain).
  • Mourir partout sauf à Differdange. Roman. Editions PHI, Luxembourg, 2003 (traduit en roumain)

 

Théâtre

  • Le mariage de Pythagore, Teatro Vivace, Luxembourg 1995
  • Destin Destination. Théâtre. Editions PHI, Luxembourg 1998
  • Hexaméron. Dernier jour, suivi de Orphée au pays des mortels. Editions PHI, Luxembourg 2011.

 

Essai, Anthologie

  • Allen Ginsberg. L’autre Amérique. Essai. Le Castor Astral, Paris, 1999.
  • Anthologie luxembourgeoise. Poésie. Ecrits des Forges, Trois-Rivières 1999
  • Journal croisé d’un tremblement, Editions Convivium, Luxembourg 2010.
  • Florange sans fin, Editions Créaphis, Lyon 2013

 

Livres d’artistes

  • Promenade nocturne dans l’étang en fleur. Poèmes. Avec le peintre Paul di Felice et le compositeur Roland Kaber. Editions Kulturfabrik, Luxembourg 1984
  • Point dappui. Poèmes. Avec le peintre Scanreigh. Café des attributions, éditeur. Eymoutiers, 1999
  • Point de suspension. Poèmes. Avec le peintre Marek Sczcesny. Editions PHI, Luxembourg, 1999
  • L’olive provisoire, poèmes, avec la peintre Anne Slacik. Editions Trans-Signum, Paris mars 2004
  • Rue du Nord, poèmes, avec la peintre Yarmilla Vesovic, Editions l’Eventail, Tours mars 2004
  • La hache du pourquoi, poèmes avec Anne Slacik, Paris mai 2004
  • Le charbon descend, poèmes, avec Anne Slacik, Ed. Lucien Schweitzer, juillet 2004
  • Tous les feux sont éteints, poèmes, avec la peintre roumaine Augusta de Schucani. Éditions ICI & AILLEURS, Paris décembre 2004.
  • L’histoire est finie, poèmes avec le peintre luxembourgeois Jean-Marie Biwer, Ed. Red Fox, Irlande, mars 2005
  • Puisque je fouille dans les mots humides, avec la peintre française Anne Slacik. Éditions Brèche, Alain-Lucien Benoît, Rochefort du Gard, France, avril 2005
  • Les amants/le souffle, avec la peintre Génia Golendorf. Editions TransSignum, Paris, mars 2006.
  • Le partage des (p)eaux, avec Wanda Miluheac. Editions TransSignum, Paris, 2008.
  • Ce qui advient et ce qui n’advient pas, avecRobert Brandy, Redfox Press, Irlande, …2010.

 

Traductions

  • La dernière traversée de la Manche, de Pierre Joris. Poèmes. Editions PHI, Luxembourg 1995
  • Hiver clinique, de Ioana Craciunescu. Poèmes. Editions PHI, Luxembourg 1996
  • L’épiphanie de l’alphabet, de Maria Luisa Spaziani, Editions PHI. Poèmes Luxembourg 1997
  • La cathédrale en flammes, de Guy Rewenig. Roman. Editions du Castor Astral. Paris 1997
  • Obscur ouvert, de Juan Gelman. Editions PHI. Poèmes. Luxembourg 1997
  • Christ avec renard urbain, de John F. Deane, Editions PHI. Poèmes. Luxembourg 1999
  • Poèmes quotidiens, de Esteban S. Cobas. Editions Indigo, Paris 1999
  • La nuit avant de monter à bord, de Daniel Samoilovitch. Editions PHI. Poèmes. Luxembourg 2001
  • Salaires de l’impie eu autres poèmes, de Juan Gelman. Editions PHI. Poèmes. Luxembourg 2002
  • Un nirvana cruel, de Jerome Rotheberg. Editions PHI. Poèmes. Luxembourg 2002
  • L’illuminé, de Gonzalo Rojas. Editions Myriam Solal. Poèmes. Paris 2003
  • Par dessus l’épaule du poème, de Millan Richter, traduction collective, dans le cadre des ateliers de traduction de la poésie contemporaine de l’IPW. Editions PHI, Luxembourg, 2005.
  • Travaux en vert, de Simona Popescu, traduction collective, dans le cadre des ateliers de …traduction de la poésie contemporaine de l’IPW. Editions PHI, Luxembourg, 2007.
  • Hagen interroge Siegfried sur les oiseaux, de Hans D. Gräf, Editons Alidades, Paris, 2010.
  • Maria Mariosh, de Reina Maria Rodriguez. Ed. Horizontes insulares, Canaries, 2010.
  • Espace où tout est bord, de Aléxis Gómez Rosa, Ed, Horizontes Insulares, Canaries, 2010.
  • Une étrange odeur de monde, de Victor Rodriguez Nuñez, L’Oreille du Loup, Paris 2011
  • L’Amant mondial, de Juan Gelman, Editions Caractères, Paris, 2012.
  • La solitude de l’abeille, de Tzveta Sofronieva, Editions L’Oreille du Loup, Paris, 2013.
  • Pologne / 1931, de Jerome Rothenberg, Editions Caractères, Paris 2013.
  • Traductions / Les autres, de Juan Gelman, Editions Caractères, Paris 2014.

 

http://www.jeanportante.com

 

 

 

____________________________________________

 

Journaliste: Rodica Draghincescu

 

 

http://www.draghincescu.com

Articles similaires

Tags

Partager