Leah Maines

 

 

(USA)

 

 

 

 

 

Leah Maines a édité plus de 800 collections de poésie, fiction et pièces de théâtre, dont quelques titres qui furent déjà primés. Elle est éditeur chez Finishing Line Press.

 

 

Poète-en-Résidence à  Northern Kentucky University (financée en partie par le Kentucky Humanities Council et  la National Endowment for the Humanities), Leah Maines est l’auteur de deux livres de poésie.

Son premier livre a été nominé aux Prix Pushcart et Williams Carlos Williams (prix de la Société des poètes américains/ Poetry Society of America).

Looking to the East with Western Eyes dans la série New Women Voices (Finishing Line Press, 1998) a occupé la 10ème place sur  la «Liste des  Meilleures  Ventes Cincinnati / Tri-State » (Cincinnati Enquirer.) Ce même livre est actuellement à sa quatrième édition. Son dernier  recueil, Beyond the River, (KWC Press, 2002, 1ère édition) a remporté le Concours des Ecrivains du Kentucky Chapbook Coalition.

 

 

Ses poèmes ont paru dans de nombreuses publications nationales et internationales, y compris NeboOwen Wister ReviewLicking River ReviewFlyaway et d’autres revues littéraires ainsi que dans des anthologies.

Leah Maines a vécu à Gifu, au Japon où elle a étudié et a fait des recherches sur la poésie classique japonaise à l’Université de Gifu. Elle a également étudié au Kings College de Londres, et l’Institut Marin de Dublin, en Irlande. Elle est diplômée de l’Université Chrétienne de Cincinnati et Northern Kentucky University.

Leah vit avec son mari et ses enfants dans l’état du Kentucky.

 

www.imdb.com

 

RD : – Qu’est-ce que la poésie pour vous, Leah Maines ? Quelle place occupe la poésie dans votre vie ?

 

LM : – La poésie est devenue toute ma vie. Je me réveille aux manuscrits chaque jour. Dans ma maison, il y a des poèmes partout ; ils entourent même mon lit sous la forme de chapbooks. Les messages électroniques m’apportent d’autres poèmes. Encore et encore. Mes conversations sont toujours remplies de quelques dernières nouvelles sur ​​la poésie. Cependant, si je pense  à ma poésie, je constate qu’elle a pris un sentier peu voyagé par rapport à la super autoroute sur laquelle s’est engagée la poésie d’autres personnes. Ma vie semble être remplie des mots… Les Mots des Autres.

 

RD : – Leah Maines, est-ce que vous êtes née/devenue poète ?

 

LM : – Je pense que les poètes sont nés. Je n’ai jamais rencontré un poète qui ait étudié pour en devenir un. J’ai lu quelques mots bien ficelés écrits par certains auteurs bien « formés » mais ils ne semblent pas avoir ce petit brin de quelque chose que les vrais poètes portent en eux. Les vrais poètes ont la capacité de toucher l’âme du lecteur avec leurs mots. Ils connaissent des mots qui nous font réfléchir et parfois nous font trembler/toucher.

 

RD : – Qu’est-ce qui vous inspire le plus souvent ? Comment travaillez-vous votre inspiration (vos poèmes sont-ils issus de premiers jets ou ont-ils eu besoin d’un ou plusieurs passages/lavages dans le « laboratoire lyrique » ? le retravail de la forme et du fond ont ciselé les idées de vos muses) ?

 

LM : – Ma poésie vient me chercher lorsque je ne m’y attends pas, à l’improviste… C’est une poésie spontanée, directe. Je la réécris rarement. Cependant, je la relis. Je la laisse se reposer sur la page pendant un moment. Puis je reviens et je la relis pour vérifier la fluidité et examiner certains mots. Habituellement, je ne changes qu’un mot ou peut-être deux mais pas plus  et je travaille seulement les sauts de ligne ou la distribution des strophes.

 

 

RD : – A part l’édition et l’écrit littéraire, qu’est-ce qui vous passionne encore ?

 

LM : – Je voudrais dire : « Oui, je n’ai que  ces deux passions ! »,  mais hélas ce n’est pas possible. Ma vie, comme la vie de tout le monde, a eu des périodes plus ou moins fertiles, plus ou moins riches. La dernière, chez moi, a été vouée à la communauté des écrivains. Tout ce dévouement, tout ce travail de découverte-   pour les aider à être publiés. J’ai sélectionné et publié plus de 1000 chapbooks et j’ai édité plus de 800 collections de poèmes, pièces de théâtre et fictions. Ma plus grande récompense a été d’aider les autres à réaliser leurs rêves d’auteur. J’ai eu la plus grande satisfaction en travaillant avec des écrivains malades, ah oui, en phase terminale, ayant des maladies graves. En collaboration avec leurs familles, nous avons pu publier des collections finales de ces poètes. Pour la plupart d’entre eux c’était leur seule et dernière publication.

Maintenant, je commence une nouvelle période de ma vie, une nouvelle saison, si vous voulez. Il est temps de m’occuper de mon écriture et d’autres projets liés à…. J’ai récemment été diagnostiquée  avec une maladie génétique rare, La fièvre méditerranéenne familiale, et cela m’a fait prendre conscience de mon besoin de faire un nouveau livre. Je vais continuer à  travailler de temps en temps dans l’édition, mais je vais aussi prendre du temps pour ma propre écriture. Donc, pour répondre à votre question, cette dernière décennie, oui, c’est vrai, j’ai été plus passionnée par la publication que par autre chose, mais pour l’avenir, je me dois d’être passionnée par mon propre écriture.

 

RD : – L’histoire de la poésie nous raconte que la poésie, comme parole magique s’accompagnant d’une lyre divine, a commencé à évoluer et à prendre une forme concrète et complexe, à partir des prières et des hymnes religieux. À ses débuts, elle avait pour fonction d’exprimer les sentiments d’un groupe, d’une collectivité. Elle était alors très proche de la musique et du chant. De nos jours, la poésie aurait-elle gardé quelque chose d’une prière ? (L’incantation d’un je (u) qui prie, lyriquement ?!)

 

LM : – C’est une question si intéressante. J’ai lu beaucoup de livres de poésie.  Beaucoup de poésies, beaucoup de textes lyriques. Il m’arrive de lire des poèmes conçus comme prières, mais je crois que ces poèmes-là ne devraient pas être écrits par n’importe qui, ou peut-être  pas soumis à la publication. Enfin, j’y vois à la fois des choses assez profondes mais aussi des choses profanes. Tout dépend de comment vous considérez ce genre de création-invocation, et aussi à qui on adresse cette prière-poème, ou bien si vraiment il faut qu’on l’adresse à quelqu’un, n’est-ce pas?

 

RD : – Connu comme solitaire, exilé, le poète des siècles précédents a un peu vécu  hors du monde, dans la mélancolie et dans la misère de la solitude et de la pauvreté: il fut ainsi considéré, à tour de rôle, « magicien », « fou », « porteur de la tragédie de la destinée humaine » et pour cela,  « maudit ». Il occupait une place à part et n’était au service de personne. Encore de nos jours, le poète et sa poésie seraient-ils refoulés dans les marges ? Dites-nous, s’il vous plaît, comment vit la poésie actuelle dans la société américaine? Est-ce que le poète américain d’aujourd’hui joue-t-il d’un certain prestige ou plutôt d’un rejet social ?

 

LM : – En fait, la poésie est plutôt à la mode, chez nous,  en ce moment. Je suis étonnée du monde qui veut devenir poète de nos jours. Je ne sais pas si c’est dû  au livre de Garrison Keillor L’almanach de l’écrivain  ou à l’émission de Russell Simmons Presents Def Poetry sur HBO ou peut-être cette nouvelle énergie poétique arrive grâce au slam. Cela a peut-être commencé quand Maya Angelou a lu un poème lors de l’inauguration de Clinton, ou c’est peut-être une combinaison de tout cela, mais sachez que la poésie est très à la mode en ce moment aux États-Unis…

 

RD: – Leah Maines, en quoi l’éditeur de poésie que vous êtes, ressemble-t-il au poète Leah Maines ?

 

LM : – En fait, je dirais que l’éditeur et le poète sont deux créatures différentes. Je dois être objective en tant que directeur-éditeur. Je dois penser au business. Je dois penser, « OK, ce ne sont pas des poèmes sur la nature, mais ce sont encore de très bons textes …, ok, peut-être que nous devrions publier ce genre de pensée. » En d’autres termes, je dois être prête à considérer le poète comme un auteur apprécié surtout pour ses symboles et mots-clé. Je dois toujours penser à l’autre, au lecteur, je dois me poser des questions : « Qui d’autre aimerait lire ces poèmes? » Je dois être prête à prendre un risque sur quelqu’un d’autre. Et parfois, je dois admettre : « Oui, il y a des écrivains doués, oui, je la chance de me rendre compte de la grandeur de ces personnes-là, et surtout d’encourager au moins un poète en herbe et d’aller avec lui vers l’avenir inconnu de la grandeur. J’aime cette partie du mon travail.

 

RD : – Avez-vous un auteur préféré (édité par vous-même ou par un autre éditeur) ?

 

LM : Billy Collins est mon poète préféré. J’aime sa poésie. J’ai lu son Fendre du bois, premier un poème publié dans le revue Poetry en 1996, et cela  m’a inspiré, cela m’a boosté et m’a donné l’envie d’écrire mon premier poème. Un bon poète nous donne toujours envie de lire un peu plus de poésies. Un grand poète nous donne envie d’écrire de la poésie. Billy Collins est un grand poète.

 

RD : – Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier d’éditeur ?

 

LM : – Je suis très contente que nous ayons remporté plusieurs prix pour nos livres. Je pense que nous avons fait un excellent travail dans la sélection d’excellents écrivains, et je suis tellement heureuse que d’autres soient d’accord avec nos tris.

 

RD : – Quel genre d’auteurs publiez-vous ? Comment vous trouvent-ils ces auteurs ? Et ensuite, dites-nous, s’il vous plaît, comment  encouragez-vous vos propres auteurs après la sortie de leurs livres (promotion, publicité, lectures, festivals, résidences, etc ?) ?

 

LM : – Nous publions beaucoup d’auteurs les uns plus différents que les autres. Tous les genres de poésie sont bienvenus. J’ai publié des œuvres des poètes lauréats, ensuite des auteurs qui n’ont jamais été publiés avant, des stars de cinéma et des femmes au foyer, entre autres. La qualité de l’écriture c’est la seule quoi compte pour moi.  C’est aussi une opportunité, la mienne,  de donner une chance à tout bon écrivain. Nos livres sont disponibles sur amazon.com, dans les librairies, les bibliothèques américaines, et beaucoup de nos livres sont utilisés dans les universités. Nos auteurs se déplacent sur tout le territoire des Etats Unis, ils ont même des tournées de lecture à l’étranger, ils voyagent pour lire des extraits de leurs  livres et ainsi ils dédicacent leurs œuvres.

 

RD : – Sur le marché de l’édition et de la diffusion des livres de littérature, où se positionne, actuellement, la poésie contemporaine ? Qui est-ce qui soutient les poètes dans votre pays ?

 

LM : – Tout le monde veut être poète, mais très peu de gens veulent soutenir l’art. Nous encourageons nos auteurs à promouvoir leurs livres en utilisant les médias sociaux tels que Facebook et Twitter pour annoncer leurs séances de dédicaces ainsi que la publication de leurs livres.

 

RD : – En pensant à Emily Dickinson, Hilda Doolittle, Sylvia Plath, Maya Angelou,  et Gertrude Stein, j’aimerais vous demander comment écrivent et vivent les femmes dans le lyrisme contemporain américain ? Quels sujets, quels thèmes actuels les préoccupent  encore ?

 

LM : – Je ne pense pas qu’il y ait des thèmes qui préoccupent les femmes en particulier.

 

RD :Cela dépend d’une femme à l’autre, d’une vie à l’autre, d’une religion à l’autre, d’un pays à l’autre… – affirment d’autres éditeurs que j’ai interviewés pour mes livres d’entretiens avec de grandes personnalités de la vie culturelle internationale… Autrement, est-ce que Finishing Line Press est  une maison d’édition ouverte à la littérature universelle ? Quelle politique éditoriale menez-vous ?

 

LM : – Oui, nous avons publié des écrivains et des poètes du monde entier. Nous acceptons des œuvres toute l’année. Je me permets de recommander nos auteurs sur notre site :  www.finishinglinepress.com

 

 

RD : – Qu’est-ce qu’il faut faire pour qu’une maison d’édition à profil culturel, comme la vôtre, marche encore aux Etats Unis? Des sponsors ?  Des « révolutions »  médiatiques ? Un fort réseau d’amis ?

 

LM : – Oui, tout cela et je peux aussi dire : « des prières »…

 

RD : – Des prières ?

 

LM : – Oui,  beaucoup ! Il faut prier pour espérer que … C’est un moment difficile pour tout le monde. L’économie ne se porte pas bien aux Etats-Unis. Nous comptons sur le bouche à oreille, les médias sociaux comme Facebook et Twitter, les blogs, le courrier direct, les ventes et les pubs sur amazon.com, et sur notre propre site web,  pour mieux promouvoir nos auteurs. Nous avons également le soutien des auteurs que nous avons publiés dans  le passé et qui nous aident dans la promotion de nos nouveaux auteurs par le biais des médias sociaux. C’est comme une grande famille de poètes qui s’entraident pour faire passer le plus vite possibles grand les informations au public.

RD : – A quoi pense Leah Maines lorsqu’elle n’écrit vous pas ?

 

LM : – Je lis beaucoup. Je prie beaucoup. Je suis très reconnaissante à ma famille et à tous mes amis. J’apprécie tout ce qui m’a été donné. J’essaie d’imaginer que chaque nouvelle journée va être un pour bon jour, un bon début, au moins une belle matinée.

 

RD : – Quel éditeur américain, de poésie, serait un bon modèle à suivre ?

 

LM : – Il est difficile de préciser cela en ce moment. Le monde de l’édition est en train de changer. Nous entrons dans une nouvelle génération de l’édition. Il faut peut-être me redemandez l’année prochaine. Je vais voir…

 

RD : – Vous avez voyagé et étudié en Europe. Qu’est-ce qui vous plaît et qu’est-ce qui vous déplaît sur notre continent ?

 

LM : – J’aime l’aventure du voyage et le fait d’apprendre des nouvelles choses. J’ai adoré la France et la beauté de l’art, le paysage, la mode, et la cuisine française. Ensuite, oui, j’ai adoré l’histoire et l’art en Angleterre. Par contre, je n’ai pas aimé la nourriture en Angleterre. Les pommes de terre et les anguilles. Cela ne me plaît point…

 

RD : – Je vois que les cuisiniers anglais ne vous donnent pas l’appétit… Revenons à nos spécialités littéraires… Parlons Amérique et  littérature européenne. Quels poètes et romanciers européens seraient connus aux États-Unis?

 

LM : – Ah, malheureusement, je ne suis qu’une Américaine. Je ne peux parler que sur et pour moi-même. Oui, j’attache une grande importance à la littérature européenne. Et puis-je dire à Shakespeare, en particulier?

 

RD : – Oui, of course… Shakespeare…

 

LM : – Pas ses poèmes. Plutôt ses pièces de théâtre. Je remercie Dieu pour avoir donné vie à Shakespeare et à Shakespeare d’avoir été un bon dramaturge. Et, bien, il y a aussi Yeats et Keats. Et je ne peux pas négliger Chaucer. Je dois aussi vous dire sur mes lectures de Molière et Voltaire. J’apprécie aussi Camus, oui, je l’aime beaucoup. Defoe et Swift sont également remarquables. Brontë et Baudelaire, je ne les oublierai pas… Et je dois aussi dire mon admiration pour Goethe. Tous ces noms sont des références  pour moi. Mais il y a tant d’autres. Je ne dois pas oublier Tolkien, Beckett, Joyce, Kafka, Proust, Wilde, le grand Tolstoï, et  mon préféré, Gustave Flaubert.

 

RD : – Comme poète et éditeur, militez-vous pour quelque chose ?

 

LM : – La promotion de la femme dans les arts. Finishing Line Press a été lancé pour promouvoir les femmes dans les arts même s’il se trouve que des fois, nous avons besoin de certains hommes dans ce mélange/échange culturel.

 

RD : – Chère Leah Maines, pour clore notre interview, un message, une pensée pour nos lecteurs, s’il vous plaît

 

LM : – La vie est courte. Soyez gentils les uns avec les autres.

 

 

 

Translation by Annette Foster, Poitiers, France and special thanks to Ilene Starger

redroom.com

 

 

 

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Reporter: Rodica Draghincescu

 

www.draghincescu.com

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