Léa Khallek

 

 

14 ans

 

 

 

 

QUAND LE OUI N’A PAS DE FIN

 

Je n’avais jamais été très observateur, mais de là à ne pas voir que ma propre mère que je n’avais plus revue depuis maintenant quatre longues années, était venue assister à l’audience au tribunal ce mardi matin… Que dis-je, ma mise à mort professionnelle de ce jour noir, oui. Non, pas à ce point là mais bon! Elle était donc là, elle observait le désastre. Assise sur ce banc froid, sans âme, oui, comme d’ailleurs tout le reste de cet enfer juridique peuplé de …,  et par… , et pour  x, y, z, balançant son regard méprisant aux grés des conversations, oui ma mère. Comme un ange qui, du haut de son observatoire céleste, prenait conscience de l’immondice qu’était devenu notre monde. Oui, elle. Oui, moi. Oui, notre monde. Et pourtant cette femme avait elle aussi sa part de responsabilité dans cette histoire, oui. C’était elle qui m’avait transmis son obsession. Non, sa névrose obsessionnelle, oui, c’est ça. Pour les choses bien faites, ah oui ! Non, trop bien faites ! Je voyais déjà les gros titres dans les journaux: Un grand avocat du barreau détourne du matériel informatique et récolte trois millions de dollars grâce à ces actions frauduleuses ! Trois millions qui bien sûr ne resteront plus très longtemps sur mon compte en banque. Mais replaçons tout ça dans un contexte plus calme, oui, oui. Ce fameux matériel informatique était destiné à des cabinets d’avocats déjà largement équipés, oui ! Et qui en plus maintenant est totalement obsolète ! Le matériel, oui. Mais d’où vient donc cette obsession des choses bien faites dans tout cela me diriez-vous ? Ah, oui… Maintenant que tout est derrière moi je me le demande bien ! Et oui, dur, car j’avais ce bonheur parfait ! Parfait… Tout le monde n’a pas la même définition de ce qui est parfait. Oui, bref… J’avais atteint la cinquantaine, ma femme venait d’avoir 30 ans. Nous avions ensemble une fille et une nourrice à plein temps. Nous possédions… Hm… Je possédais trois villas au quatre coin du monde. Et j’étais Heureux ! Hm… Jusqu’au jour où – mais oui, oui, oui, il y a toujours un jusqu’au jour ! – je commençais à gagner moins. Zut ! Moins… Oui ! J’étais tout bonnement rattrapé par mon âge. J’avais pourtant surmonté bien plus d’obstacles que ce vantard d’Hercule ! Mais cette épreuve là, oui, cette chose, oui.  Même obstiné comme je l’étais – et dieu sais que le mot obstination faisait partie de mon vocabulaire quotidien – semblait insurmontable. On me trouvait trop lent, pas assez dynamique, empâté… Enfin bref, c’était comme si mon seul rôle était désormais d’obstruer le passage jusqu’à la machine à café ! Ridicule, n’est-ce pas ? Oui ! Que dis-je ? Bof… Cela me reviendra plus tard, avec un peu de patience … Oui, ma chère jeune femme menaçait donc mon avocat que j’allais divorcer, et patati et patata, oui, si elle n’obtenait pas satisfaction. Femme d’avocat. Elle –même. Ma femme, moi, l’avocat accusé ! Par satisfaction elle entendait son cotât en bijoux, chaussures, parfum, et toutes ces choses dont seules les femmes connaissent la véritable utilité. Enfin…, oui, c’est vrai, s’il y en a une ! Les femmes sont prêtes à tout pour obtenir satisfaction… A tout ! Et voilà, vous savez comment je me suis retrouvé dans cette histoire et comment je n’avais aucun moyen d’en sortir indemne. Mais grâce à l’obtention de certains dossiers et surtout grâce à ma grande connaissance juridique… OUI ? Oui, il me faudrait encore un détail dans cette explication abracadabrante, oui, détail que je vous dois ? Oui,  pardon… Cette fin vous paraîtra sûrement vache ! Oui, pas grave ! Reprenons donc ! Oui,  j’avais réussi à faire venir ma chère mère au tribunal. Pas seulement en tant que spectatrice mais oui, je suis méchant, oui, je le sais, oui, ma mère sur le banc des accusés à mes côtés ! Et oui… Réflexion faite ! Utiliser son nom pour me couvrir lors de mes transactions n’était peut-être pas une si bonne idée… mais oui, oui, ce fut O.K., car c’est elle qui a dû payer les pots cassés !

 

 

 

Oui, je suis libre, oui !

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