Le musicien tornade Jo Cimatti nous réserve de belles surprises

 

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(INTERVIEW)

 

 

Je rêve d’un monde où les gens s’intéressent à toute forme d’expression sans à priori, où l’on tire vers le haut ceux qui semblent enracinés. Bref, un monde où l’on prendrait conscience que la culture est un miroir et non un poster.

Jo Cimatti

http://www.jocimatti.com/

 

 

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DM : – Jo Cimatti, ce n’est pas très pop-rock comme nom de scène, cela fait plutôt bal musette et accordéon. Comment assumez-vous le choix de votre nom d’artiste et l’ambiguïté qui en découle au lieu de prendre un pseudo comme tout artiste qui se respecte et utilise un nom à usage marketing?

 

JC :  Bal musette ? C’est plutôt aimable ! Je n’ai pas vraiment réfléchi à un pseudo et je pense me respecter moi-même en gardant mon vrai nom.

Pour l’instant, à part quelques fanatiques de paso doble et valses lentes, je n’ai pas eu de problèmes avec une quelconque image véhiculée par mon nom. Et puis, un pseudo, c’est à double tranchant… Vous achèteriez un disque de « Jo Nialidé », par exemple ?

 

Henry

 

DM : – Avant d’en venir à votre musique, en 400 mots environ, pouvez-vous résumer votre vie ?

 

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JC : En quatre cents mots, l’exercice me semble bien difficile d’autant plus que cette première phrase m’en a déjà coûté vingt…

Mais dans les grandes lignes, je dirais que j’ai eu une enfance heureuse, dans une famille pleine d’humour et de tendresse, que l’adolescence a été banalement difficile, les premières histoires d’amour belles et tragiques, les premiers jobs harassants, que je vis aujourd’hui avec les deux personnes les plus formidables qui soient, une de ces personnes étant une création commune avec la deuxième et qu’il y a une bande son pour chaque étape qui m’a aidé à me construire.

Je suis fidèle en amitié, fidèle en amour pour d’obscures raisons inhérentes à mon éducation religieuse pourtant presque totalement évaporée.

J’aime le calme de la campagne et le brouhaha de la ville.

J’aime rouler lentement devant celui qui cherche désespérément à me doubler.

J’aime débattre à condition qu’on soit d’accord avec moi.

Je n’aime pas les symboles, les drapeaux mais je peux me forcer à comprendre le besoin.

Je n’aime pas la marche à suivre, l’élitisme dédaigneux et Adolf Hipster.

Je ne supporte pas, pêle-mêle, les zones d’activités commerciales, les horodateurs, les marchands d’armes, les guerres, les maladies et Cyrille Hanouna.

Je suis misanthrope non pratiquant doublé d’un optimiste contrarié.

Je suis le seul à détenir la vérité, comme n’importe qui…

 

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DM : – 230 mots. Au crédit de votre album, figure en bonne place JP, alias Jean-Pascal Boffo, un « habitué » de Levure Littéraire : guitares, prises de son, mixage et mastering. Comment est né votre rencontre artistique et pourquoi a-t-elle duré ?

 

Like A Ghost

 

JC : J’ai rencontré JPB en 2006. Ce soir-là, je faisais la première partie d’Alifair duo (Jean Pascal à la guitare et Mira Cetii au chant). J’étais alors assez impressionné car j’entends parler de lui depuis ma pré adolescence. Au premier quart d’heure après une première poignée de main timide, nous avions déjà échangé quelques 76 354 jeux de mots. Au mois d’Octobre de cette même année, j’ai enregistré quelques titres dans son antre, le studio Amper à Clouange (57), puis j’y suis retourné pour des mastering avec Yaro et LimitS. Quand je lui ai parlé du projet d’album, autour de 2012, il a été emballé et moi très honoré. C’est à ce moment que nous avons vraiment commencé à œuvrer ensemble. J’ai rejoint Alifair pour quelques dates, participé à son magnifique album « Le chant des fleurs », il était donc naturel qu’il fasse partie de la dream team que j’avais en tête. Aujourd’hui encore, c’est lui qui écoute les nouvelles compositions en premier. Les points de concours de nos influences et notre goût commun pour les calembours plus ou moins drôles ont donné naissance à une belle amitié.

 

 

DM : – Quelles ont été chronologiquement vos errances musicales, tant dans vos influences que dans la pratique musicale et l’écriture, puisque vous êtes sur votre album solo, « The man from nowhere », quasi auteur compositeur de l’ensemble ?

 

JC : J’ai commencé la guitare à 9 ans pour « faire comme John Lennon ». J’ai toujours aimé les Beatles et les chante depuis que je suis tout petit. En 1996, avec mes potes du village, nous avons créé The Limits Of Reason qui a depuis été rebaptisé Limits (toujours en activité aujourd’hui avec 3 albums à notre actif). J’ai toujours écrit des paroles en anglais par ma culture musicale et par peur de blesser la langue française qui est, selon moi, plus dure à maîtriser. Après quelques passages dans divers groupes in French (Nus’atch, le Zèbre, Le P’tit Kevin…) et une année  la Music Academy International de Nancy, j’ai rejoint le projet Afro-Rock Yaro avec qui j’ai enregistré 2 albums puis ai participé au collectif Pavlov (Hip hop alternatif expérimental nu jazz).

 

Musicalement, j’ai toujours composé sous l’influence de la musique rock anglo-saxonne et de la technique de guitare classique. Depuis, j’écoute énormément de choses (je suis une sorte de boulimique musical) et j’essaie de faire passer les émotions perçues dans mes compositions (comme n’importe quel créateur).

 

 

En ce qui concerne l’écriture, c’est une question d’instant, je n’ai pas de thème de prédilection et à part quelques exceptions, j’écris tout d’une traite. Ensuite je relis, je teste, je garde ou je jette (enfin… Je recycle…)

 

DM : – Donc l’écriture textuelle vient en second. Pour vous avoir vu deux fois sur scène, l’originalité de l’interprétation, l’aura qui se dégage de l’ensemble et toutes vos influences vous façonnent hors du commun. Un choix d’être vous-même et/ou une posture pour plaire ?

 

Hot As Snow

 

JC : – Quand on est sur scène, on cherche une réaction des gens même si c’est inconscient.

On veut les émouvoir, les faire rire, les gêner … Dans tous les cas, capter leur attention. Donc une posture pour plaire, sans aucun doute.

Mais rien n’est calculé, chaque concert est différent, les personnes dans le public façonnent autant le spectacle que les musiciens sur scène. Et puis en 17 ans de concert, on se trouve forcément une aise ou un moyen de gérer son malaise et de l’intégrer dans un personnage qui est une partie de soi. Mais j’avoue ne pas y réfléchir quand ma guitare est branchée.

 

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DM : – Concernant des références, on retrouve vraiment l’esprit Beatles et Lennon que vous revendiquez, mais aussi les premiers Roxy Music, Al Stewart, Fairport Convention, Renaissance, String Driven Thing, un peu de Queen, du Bowie des origines, les couleurs de tous ces artistes s’intriquant à l’intérieur du même morceau.

C’est surprenant au sens littéral, la linéarité est souvent cassée par des changements, rythmiques et mélodiques. Ce qui rend difficile de les retenir, mais étonne sur plusieurs écoutes. Une écriture musicale effectivement très anglaise, complexe et envoûtante simultanément, avec en plus quelques incursions dans les sixties US (Westcoast, Soul et Funk…).

C’est une prise de risque, car on sent initiation, maturation.

Dans un business où l’on demande à l’artiste de se définir et d’avoir une signature identifiable, vous avez travaillé à l’ancienne, quand un album était un reflet concret d’une idée personnelle, d’une pensée créative, sans être un ou deux titres formatés avec du remplissage autour.

 

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Trouvez-vous votre public, car il doit être curieux et ouvert ?

Existe-t-il ? Comment l’élargir?

 

JC : – Je suis conscient par ma démarche créative de ne pas être dans le circuit actuel. Mais après tout, la musique seule n’est pas la cause d’un succès ou de son contraire. C’est surtout une histoire de réseau, d’être là au bon moment avec la bonne personne, de maîtriser la communication et l’image. Chaque année dans les magazines, un groupe est estampillé « néo psyché », on vante son côté vintage en assurant que le futur de la musique sera un retour aux sources. Puis deux pages plus loin, un groupe avec la même démarche sera accusé de ne servir que du réchauffé, de ne pas prendre de risque. C’est donc aussi une question de points de vue pour les critiques et de chance pour les artistes.

En ce qui me concerne, les personnes intéressées par la musique que le groupe propose ne rentrent pas dans une catégorie particulière : il y a des jeunes qui découvrent un style absent de leur playlist, des nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connu, des vétérans des sixties et seventies,…

Donc le public existe mais n’est pas identifiable, ce qui pose problème dans un monde où on doit plaire à des étiquettes…

L’élargir reviendrait à abandonner certains pour se focaliser sur d’autres et faire pareil avec les compositions. Pour l’instant, je n’en ressens pas l’urgence ni l’envie.

 

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DM : – Des projets ?

 

JC : – Je compose beaucoup et ai envie de plein de choses : un deuxième album avec le groupe, bien entendu, mais aussi recueil de morceaux plus intimistes ainsi que des choses plus expérimentales. J’espère pouvoir bientôt proposer du neuf en attendant la concrétisation de tout ça.

 

DM : – Le mot de la fin du début ?

 

JC : – Je rêve d’un monde où les gens s’intéressent à toute forme d’expression sans à priori, où l’on tire vers le haut ceux qui semblent enracinés. Bref, un monde où l’on prendrait conscience que la culture est un miroir et non un poster.

 

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Journaliste: Denis Meyer

 

 

 

 
 

 

 

 

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BIO :

http://www.jocimatti.com/

 

Après avoir arpenté les terrains Afrobeat avec YARO, Jo Cimatti se livre dans des compositions emplies de douce nostalgie, un hommage au rock psyché anglo saxon des sixties à aujourd’hui.
On aura pu vibrer aux tremolos de son chant habité lors de scènes partagées avec divers artistes tels que les BB Brunes, An Pierlé, Ramona Cordova, Jabberwocky, Troy Von Balthazar (Chokebore), ou encore the Cesarians pour ne citer qu’eux.

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http://missmediablog.fr/jo-cimatti-le-musicien-amuseur-public/

 

 

 

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Denis Meyer est psy, auteur et producteur musical. Il vit près de Metz et dirige l’association La Lorraine est hardie, destinée à la production et à la promotion des artistes et musiciens lorrains.

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