Kim Blaeser

 

 

(USA)

 

 

 
Translation/Traduction : Béatrice Machet

 

 

Ikwe-niimi: Dancing Resistance

 

365 jingles in rows upon my dress

turned by the hands of one who deserted

escaped a mandated Pipestone education.

266 miles looking backwards for pursuit

hiding from promised punishments by day

migrating like maang relatives by moonlight.

 

365 ribbons hold the jingles to my dress

colorful strips cut tied and threaded

stitched by the laughing women of my childhood,

women who earned 2 dollars and 25 cents

for piece-stitching geese aprons, pot holders

whose stiff fingers tapped drum beats to sew by.

 

365 prayers swing and tap one against another

zaangwewe-magooday, ancient medicine dress

silver-coned legacy sounding the cleansing voice of rain.

145th White Earth Nation celebration pow-wow

the weight of Anishinaabeg history on my back

a dress made light by resistance—this healing an art.

 

 

 

Ikwe-niimi: Résister en dansant

 

365 clochettes en rangs sur ma robe

tournées par les mains d’une qui a déserté Pipestone

pour échapper à la scolarité obligatoire

430 kilomètres à regarder en arrière pour savoir si elle était poursuivie

se cachant pour éviter les punitions promises le jour

et sous la lune migrant comme ses cousins maang*.

 

365 rubans tiennent les clochettes sur ma robe

bandes multicolores nouées et enfilées

cousues par les femmes rieuses de mon enfance,

femmes qui gagnaient 2 dollars et 25 cents

à coudre les tabliers décorés d’oies, des maniques,

dont les doigts enflés tapotaient un rythme à suivre en travaillant.

 

365 prières en cadence frappent l’une sur l’autre

zaangwewe-magooday, ancien héritage argenté

en forme de robe médecine : cône imitant la voix purificatrice de la pluie.

C’est le 145ème pow-wow de la nation de White Earth**

sur mon dos le poids de l’histoire Anishinaabeg 

une robe faite lumière grâce à la résistance : cette guérison est un art.

*maang: mot du langage Ojibwé (Anishinaabeg ou chippewa) pour dire plongeon. (N.d.T.)

**White Earth est une réserve Anishinaabe (Chippewa) située dans le centre-nord du Minnesota aux Etats-Unis. (N.d.T.)

 

 

 

Manoominike-giizis

 

Ricing moon

when poling arms groan

like autumn winds through white pine.

Old rhythms find the hands

bend and pound the rice,

rice kernels falling

falling onto wooden ribs

canoe bottoms filling with memories—

new moccasins dance the rice

huffs of spirit wind lift and carry the chaff

blown like tired histories

from birchbark winnowing baskets.

Now numbered

by pounds, seasons, or generations

lean slivers of parched grain

settle brown and rich

tasting of northern lakes

of centuries.

 

 

 

Manoominike-giizis

 

Lune du riz

quand les bras poussant sur les perches gémissent

pareil aux vents d’automne dans les pins blancs.

Des rythmes anciens trouvent les mains,

courbent et battent le riz,

les grains tombent

tombent sur des côtes en bois

au fond des canoés qui se remplissent de souvenirs —

des mocassins neufs dansent le riz et

depuis des paniers d’écorce de bouleau

les soupirs de l’esprit vent lèvent et portent la balle

soufflée comme des histoires fatiguées.

Maintenant  numérotés

en grammes, saisons, ou générations

de maigres éclats de grains séchés

s’installent bruns et riches

ayant le goût des lacs du nord

le goût des siècles.

 

 

 

After Words

 

Because the smallness of our being

is our only greatness.

 

Because one night I was in a room

listening until only one heart beat.

 

Because in these last years I’ve

worn and worn and nearly worn out

my black funeral shoes.

 

Because the gesture of after words

means the same thing no matter

who speaks them.

Because faith belief forever

are only words, no matter.

Because matter disappears

always and eventually.

Because action is not matter

but energy

that spent, changes being.

 

And if death, too, is a change of being

perhaps action counts.

And if death is a land of unknowing,

perhaps we do well to live with uncertainty.

And if death is a forested land,

it would be good to learn trees.

And if death is a kingdom,

it would be good to practice service.

And if death is a foreign state

we should loosen allegiance to this one.

And if the soul leaves our body

then we must rehearse goodbye.

 

 

 

Les mots d’après

 

Parce que la petitesse de notre être

est notre seule grandeur.

 

Parce qu’une nuit j’étais dans une pièce tendant l’oreille

jusqu’au seul et dernier battement de cœur.

 

Parce que ces dernières années j’ai usé

encore et encore et presque épuisé

mes chaussures noires d’enterrement.

 

Parce que le geste d’épilogue

signifie la même chose peu importe

qui le prononce.

Parce que foi croyance à jamais

sont de simples mots, peu importe.

Parce que la matière disparaît

toujours et pour finir.

Parce qu’action n’est pas matière

mais énergie

qui dépensée, change l’être.

 

Et si la mort est aussi un changement d’être

peut-être que l’action compte.

Et si la mort est une terre d’inconnu,

peut-être faisons-nous bien de vivre avec incertitude.

Et si la mort est une terre boisée,

il serait bon d’apprendre les arbres.

Et si la mort est un royaume,

il serait bon de pratiquer l’entraide.

Et si la mort est un état étranger

nous devrions relâcher notre allégeance à celui-ci.

Et si l’âme quitte notre corps

alors nous devons répéter pour préparer l’adieu.

 

 

 

 

 

 

 

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Bio:

Kimberly Blaeser, writer, photographer, and scholar, is the author of three poetry collections—most recently Apprenticed to Justice; and the editor of Traces in Blood, Bone, and Stone: Contemporary Ojibwe Poetry.  She served as Wisconsin Poet Laureate for 2015-16.
A Professor at the University of Wisconsin-Milwaukee where she teaches Creative Writing and Native American Literature, Blaeser also serves on the faculty for the Institute of American Indian Arts low rez MFA program in Santa Fe. Her poetry, short fiction, and creative nonfiction have been widely anthologized, with poetry selections translated into several languages including Spanish, Norwegian, Indonesian, and Hungarian. An enrolled member of the Minnesota Chippewa Tribe, Blaeser grew up on White Earth Reservation. She is an editorial board member for the “American Indian Lives” series of the University of Nebraska Press and for the “Native American Series” of Michigan State University Press. Blaeser lives in the woods and wetlands of rural Wisconsin and spends part of each year at a water-access cabin adjacent to the Boundary Waters Canoe Area Wilderness in northeastern Minnesota chasing poems, photos, and river otters—sometimes all at once. She is currently at work on a collection, Ancient Light, which includes ekphrastic poetry and a form for which she coined the term “Picto-Poem.”

 

 

Kimberly Blaeser, écrivain, photographe et professeur, est l’auteure de trois recueils de poèmes dont le plus récent est intitulé Apprenticed to Justice (Initié à la justice). Editrice de Traces in Blood, Bone, et de Stone: Contemporary Ojibwe Poetry, elle a été élue poète de l’année en 2015-16 dans l’état du Wisconsin. Elle enseigne l’écriture créative et la littérature Indienne (Native American) à l’université de Milwaukee (Wisconsin), et participe au programme de maîtrise à l’institut des arts améridiens de Santa Fe (Nouveau Mexique). Son travail poétique et de fiction est largement diffusé dans des anthologies et traduit dans de nombreuses langues dont l’espagnol, le norvégien, le hongrois, l’indonésien. Elle est membre de la tribu Chippewa du Minnesota et a été élevée sur la réserve de White Earth. Elle vit dans les marais de la campagne du Wisconsin, mais se rend chaque année dans le nord est sauvage du Minnesota (logeant dans une cabane aux abords du « Boundary Waters Canoe Area Wilderness ». Actuellement elle travaille à un nouveau recueil, Ancient Light (lumière ancienne), il s’agit de poésie descriptive mais aussi d’une forme que Kim Blaeser nomme “Picto-Poem.”

 

 

 

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BIO

 

Photo: Bipe Noder

 

Béatrice Machet is the author of 14 poetry books in French, two in English. She is used to collaborating with artists from all kinds of disciplines such as painters, sculptors, musicians, composers, video-makers, dancers and choreographers, and with whom she performs her poetry. She is a member of the sound poetry group Ecrits/Studio in Lyon. She has had writer residences, leads creative writing workshops, is called for teaching and performing in schools and colleges, either in France or abroad. She translates many Native American contemporary poets into French and managed to gather and get anthologies of Native authors published in France. Her poems are translated into Russian, Romanian, Bulgarian, Albanian, Dutch, Spanish, Chinese, and her work appears in British anthologies, (both in French and English), or in British and American magazines such as Poetry Review and Dawnland. She is on editorial boards of French poetry magazines such as Recours au poème, Sur le dos de la tortue and Les cahiers d’Eucharis. She is also the producer and presenter of radio programs about contemporary poetry on Agora FM in Grasse, Alpes-Maritimes. She lives between France and the USA.

 

 

Béatrice Machet est l’auteure de 14 recueils de poésie en français et deux en anglais. Elle collabore régulièrement avec des artistes de toutes les disciplines tels que peintres, sculpteurs, danseurs, chorégraphes, compositeurs, vidéastes et musiciens avec lesquelles elle performe sa poésie. Elle est membre du collectif de poésie sonore basé à Lyon, appelé Ecrits/Studio. Elle a bénéficié de résidences d’artistes, mène des ateliers d’écriture, a enseigné l’écriture créative dans des universités à l’étranger, donne des materclasses… Elle est la traductrice de plus de trente auteurs contemporains Indiens d’Amérique du nord qu’elle fait publier en France dans des ouvrages anthologiques ou dans des revues. Son travail est traduit en espagnol, en roumain, en albanais, en russe, en bulgare, en chinois, en albanais, en néerlandais, est publié dans des anthologies en Grande Bretagne ou bien dans des revues britanniques ou américaines telles que Poetry Review et Dawnland. Ellle est membre de comité éditoriaux et rédactrices pour les revues Recours au poème, Sur le dos de la tortue and Les cahiers d’Eucharis. Elle produit et anime également des émissions de radio dédiées à la poésie contemporaine pour radio Agora à Grasse, Alpes-Maritimes. Elle vit entre la France et les Etats-Unis.

 

 

 

 

 

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