Khalid El Morabethi

 

 

(Maroc)

 

 

 

Muscle

 

Muscle, je tourne mes yeux dans ma tête et je vois un muscle, je vois un cœur dedans le muscle, je vois une route familière et un animal autre que moi, je vois ce qui couche en moi. Muscle, je tourne une idée dans ma tête et je vois des veines grise dans le sous-bois, assises, bavardes et qui attendaient l’intraveineuse, muscle, mon muscle, les nerfs, l’origine de la peste, l’origine d’un sentiment drôle, l’origine de la répétition, muscle, je tourne mes yeux dans ma tête, je trouve des vêtements et, dedans, je vois la lumière qui entre dans le mur de la cuisine. Muscle, mon muscle, les nerfs, muscle, il me parle, il me chuchote à l’oreille, il me fait la musique à l’oreille, il plante une graine dans mon oreille, muscle, je tourne mes yeux dans ma tête, ce n’est pas du néant et ce n’est pas non plus le silence, c’est de la trompette, muscle, ma langue est lourde, les nerfs, la trompette, l’origine de la peste, l’origine de la sécheresse, l’origine de ma première prononciation du mot « muscle », ma langue est lourde, je vois mes jambes, je sens la poussière et les nuages dans ma gorge, je sens la boue et les plumes d’oiseau dans ma gorge, je sens ma violence et les branches sèches dans ma gorge, je sens ces phrases, ses phrases dans ma gorge, muscle, je sens chaque criminel de moi, chaque battement de mon cœur quand le mot « muscle » sort de ma bouche. Muscle, je ne vois pas avec mes yeux, ils me font mal, mes yeux tournent dans ma tête, la méduse m’incite à tourner à gauche à l’entrée d’un cerveau blanc, tremblant, pour voir une colline qui s’élève à environ quelques mètres au-dessous d’une pensée disloquée … Muscle, je vois ce qui couche en moi, il se coupe, il se couche, il touche la graine au milieu du cerveau blanc, mes yeux tournent dans ma tête et je vois ce qui se forme, une queue, des ailes, des muscles, des os, dragon, je suis un dragon, muscle, je tourne mes yeux dans ma tête, nu, le visage qui mue, muscle, je porte le muscle, je porte le dragon dans mon ventre, ma tête ressemble à un dragon, dans le miroir je vois un dragon, muscle du dragon, muscle, le dragon, je le vois prendre ma main pour écrire, je ne vois pas avec mes yeux, ce ne sont pas mes battements, je ne sens plus mes jambes mais je les vois, je vois ce qui couche en moi, il a une belle voix si proche à mon ouïe, il a une belle voix, je ne sens presque plus ma gorge, c’est la gorge du dragon, mes poumons me font mal, mes poumons reçoivent l’air du dragon, muscle, je tourne mes yeux dans ma tête, le regard du dragon trouve dans mon corps un refuge, grand dragon qui porte mon simple muscle, l’origine du cœur, l’origine de la peste, l’origine de l’oxygène, je vois un muscle, je vois un cœur dedans le muscle, je vois une route familière, je vois ce qui couche en moi, dragon, dragon, muscle, le dragon couche en moi, me chuchote à l’oreille, muscle, dragon me chante à l’oreille …

 

« Balada triste de trompeta 

por un pasado que murio

y que llora

y que gime »

-Raphael 

 

 

 

A l’intérieur du bidon

 

A l’intérieur du bidon, le vide est assis, son parapluie est noir, il n y a pas de pluie, son parapluie est noir, il ny a pas de soleil, son parapluie est noir, il ny a pas de nuages, son parapluie est noir, il ny a pas d’images, son parapluie est noir, il ny a pas de mot juste, son parapluie est noir.

Le vide est assis, il parle au silence, s’excusant d’être tranquille, d’être assis, d’être habité par un autre vide dépressif, il s’excuse de ne pas avoir l’envie de mourir, ça serait beau et magnifiquement écrit, les papillons passeront et les gens pleureront, mangeront de la viande et partiront.

Le vide est assis, il craint le soleil, son parapluie est noir, il n’y a pas de soleil, son parapluie est noir, pas de rage, pas de fatigue, son parapluie est noir.

A l’intérieur du bidon, les mains lourdes, lourdes tombent tout au fond et font un bruit étrange, des têtes lourdes, lourdes tombent tombent au fond du sol, les uns font un bruit étrange et d’autres se mangent. Des grosses mains blanches tombent sur le parapluie du vide, son parapluie est noir, des points lourds tombent sur des tombes et sur la figure du noir, sur le reste et sur tout ce qui reste.

A l’intérieur du bidon, c’est vaste dont les souvenirs ne comprennent pas leurs pensées, ils se comblent et se stockent comme de la graisse dans le corps d’un obèse, assis au milieu.

A l’intérieur du bidon, l’odeur des poids lourds qui tombent, se forment, ils deviennent une chose qui marche et qui parle comme un homme, un homme avec une pomme collé au visage, une pomme vide, sa graine est vide, une pomme d’un homme vide dans son regard, dans son œuvre d’art. Un homme blanc sombre, il ya du vide dans son mouchoir qui se jette dans le bidon vide noir.

 

 

 

POINT D’INTEROXCLAMATION

 

Point D’INTEROXCLAMATION

Un singe enrhumé touche le fond de la chose et devient lucide,

Il touche la chose mais ça sent le vide,

C’est vide,

C’est un sens déformé par l’usure, par son miroir, par ses rides,

C’est vide,

C’est fatiguant,

C’est répétitif,

C’est la mémoire qui regarde ces cernes sous ses yeux, quotidiennement,

C’est vide, c’est fatiguant mais faut s’occuper,

La mémoire s’occupe à regarder ses yeux afin de sentir tout au fond ses cris silencieux,

La mémoire s’occupe à chercher comment se nourrir de sa propre haine et sentir ses cris silencieux,

La mémoire s’occupe à chercher la figure, à chercher le père aux mains dures, à chercher les cris silencieux,

La mémoire s’occupe à entendre la bête qui porte le cœur à deux mains, elle s’occupe à l’entendre gémir, crier et dire.

C’est répétitif,

C’est fatiguant, c’est vide…

C’est fatiguant, c’est vide…

C’est fatiguant, c’est un singe qui devient lion puis homme stupide.

 

Point D’INTEROXCLAMATION

Un point et un vice,

Un point froid et une virgule spectatrice,

Un point sclérosé et une existence fatigante, répétitive et ivre d’un vertige,

Des points sur le cou, sur les yeux, les vases, les mains, le dos et la gorge du poisson,

Des points sur les pieds, la mémoire, les doigts, le verre d’eau et le poison,

C’est répétitif, c’est fatiguant,

C’est répétitif… sans sens,

C’est répétitif… c’est un homme qui redevient un point puis un hibou qui pense,

C’est répétitif, dit le frappeur,

C’est répétitif, dit la peur,

C’est répétitif, dit le hibou qu’à la fin, il meurt.

 

Point D’INTEROXCLAMATION

Un point et un tueur,

Un point froid et un sens incompris qu’au final, il n’est que simple spectateur.

 

 

 

Quand je ferme les yeux

 

Quand je ferme les yeux,

Je le vois au milieu,

Toujours au milieu,

Un monsieur d’un seul œil,

Qui me regarde sévèrement en écrivant sur une feuille,

Il me parle, il me juge, il me condamne et il me frappe,

J’entends sa respiration, ses battements et je sens la douleur,

J’entends ses insultes, les coups-de-poing et de pied et je sens la douleur,

Même dans son jardin il me frappe, j’ai pris l’habitude de sentir aussi les fleurs,

Mélangées avec la douleur,

Mélangées avec ses frappes qui bloquent la lueur,

Qui bloquent l’eau de passer au cœur,

‘’Ayez pitié de lui. ‘’ Disent les fleurs.

‘’ Il est innocent !’’ dit le spectateur,

‘’ N’aie pas peur. ‘’ Dit la mère, la sirène, puis elle part en mer,

C’est beau la mer,

Il paraît que c’est immense et bleu,

Je rêve de devenir un marin, sage, bon et vieux.

Et aller sur l’île aux deux soleils,

C’est beau ce rêve,

C’est beau la mer.

Quand je ferme les yeux,

Je perds mon vocabulaire,

Je ne peux pas me défendre, je ne sais pas que faire,

Monsieur me jette par terre,

Monsieur m’écrase,

La douleur me chuchote ‘’ Patience ami. ‘’

Je sens l’odeur de la mer d’ici,

Ya Rab ! Crie-je.

Quand je ferme les yeux,

Je le vois,

Toujours en face de moi.

 

 

 

 

 

 

 

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Khalid EL Morabethi, vit, étudie, cultive son jardin au Maroc à Oujda, écrit des textes, des sortes d’exercices. 
 
Blog: https://secicrexe.tumblr.com
 
Livre ( E.X.E.R.C.I.C.E.S ) https://atelierdelagneau.com/25-premier-livre-d-un-auteur/202-exercices-9782374280042.html
 

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