Jean-François Agostini

 
Trente mai (au plus tard) La pluie continûment
roule la nuit en rus Creuse le halo du
candélabre Entre les mots des vides calciques
comme des bouts de lumière humide tombés
des yeux après souffrir quand les mains sont inermes
et ne s’opposent plus aux victoires du nombre

On plante sous le faix de voix opposées
mais convergentes des signes de partage à
la croisée des lignes pour tenter de nouer
deux intimités adverses
Tous les lux du
plafond ne contiennent plus l’invasion de
la fumagine
On disparaît dans la boue grise

 

 

À trop lisser la disparate le corps sue

Les écailles (d’un prédécesseur) perdues girent
dans le cercle du lamparo Barque immobile
au laiton des dames de nage vierges de
rames en flottaison
Échouées depuis quelle
mère quel temps ces phrases désarticulées ?

Enflammer le corps de l’écrit le charbon tendre
du contreseing en tas comme un consumé un
filet d’éblouissement Ne laisser que l’in
trigue d’une apostille au sud de tout sel et
plus bas encore l’illisible signature

L’eau et le feu La vapeur du poème bien
veillante drape le dé Sa septième face

 

Le roulis de l’encre Peu de bruit sur le blanc
recyclé La main ornée d’un bouquet d’échardes
se redéploie exerce sa pluralité

La bille du pouls adoucit l’angle des nerfs
révèle un transport intermittent Les méandres
du sang irriguent les particules veillantes

Une symphonie liquide éclaire les ar
tères On se laisse haler par l’appel du corps

Aucun os ne s’oppose à cette introspection

On ouvre la fenêtre Les feuilles palpitent
comme si en filigrane les branches d’un
cœur activaient la respiration du poème

 

 

Sylvie Simonelli

 

 

Fin juin Peu d’humain entre ces pierres qui furent
milliards de grains plus tard et blanchissent au sel

On attend dix heures l’équilibre des masses
rompu de l’air frais l’assèchement des sueurs

L’ambulant vide un sac Le pend au pin Étal
à quatre cents pour la faim de midi sans mil

On entend quelques guêpes bourdonner autour
des emballages reliefs dont le jour hérite

Des gobelets fleuriront le tamaris mort
aux chants d’hiver
jusqu’à l’arrivée du vieil homme

On étend la main presqu’à en toucher la fin
de saison
Étoffé d’identités précaires

 

 

Nil admirari

Cela se dirait en dix-sept syllabes si
l’on était face au mont fuji d’avant la crise
du temps ou dans le crépitement canonique
d’une cerisaie en fin d’avril mais suffit
la moitié îlot-porphyrique-et-fienté pour
décrire un paysage au mal-voyeur pressé

Cependant la ronde des goélands criblée
de leurs déjections – le blanchiment du der
nier sommet et le rose du levant – comme au
tant de pétales japonais qui ne feront
pas fleurs
reconstituées
au fond de l’œil une
illusion l’empire et sa perte son estompe

 

 

Calcosa c’è

Retour de lecture On serpente avec la route
La compagnie des sous-bois défile à la vi
tesse du compteur et de ses nombres verdâtres

Minuit dix-sept Une vache broute un calvaire
précisément la couronne dont il est col
leté s’efface dans le rectangle du ré
troviseur intérieur le similor confus
des applaudissements
On approche d’un vil
lage La radio s’éteint à hauteur du cam
panile
Une femme revêtue d’obsidienne
transporte sur sa tête une autre tête elle a
le caractère pittoresque d’un fantôme
littéraire (poésie ?) et les yeux de mé
rimée

 

 

Sylvie Simonelli

 

 

In medias res

ou très légèrement au-dessus une pomme
de pin se détache et frappe l’inconscient
de celui qui se nommant on participe à
la chute de son corps sur le toit renforcé

Une filante ouvrit le ciel si vite que
nous n’eûmes aucun temps La mort s’approcha d’un
pas et d’un autre jugea sa peine de vivre

Stèle incandescente lui dans les immortelles

On se relève Un débris de mémoire trouble
l’iris ou l’azur comme un voile De la dextre
un geste et le deuxième choc – l’étoile se
fixe à la branche – on voit enfin le soleil bis

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