Jean-Christophe Belleveaux

 

 

(France)

 

 

 
Cèdre

 

L’astrologie celtique a fait du cèdre le symbole  de la confiance.

 

le cèdre vibre à peine ni fardeau ni peine

s’égosillent les pinsons sujets inversés

rien d’une vieillesse redoutée

les rides à la surface du canal ne disent

 

l’immensément bleu nous parfume sans conclure

rien de grave de sérieux surtout rien

cependant que l’arbre comme une bienveillance

(je cèdre à la tentation)

 

les rires sans cesse stradivariussent le printemps

arabesques et marquise la belle ombre au mur

le cèdre veille en père tranquille et je suivre et j’être

 

le soleil aboie jaune-blanc aveuglant par-dessus le géant

le jour ah ses allures d’asphodèle

multiples chants d’oiseaux passage lent

balcon mon lieu mon royaume sans clés

 

touffes de marguerites fourmis sans repos

toutes particules de cette architecture qui s’ébroue :

l’instant

 

avec le jour à naître l’étreinte de la brume

le cèdre là qui dure

dans le maintenant indélébile

presque minéral

 

eh quoi ! dire le monde les bruits de roulements

dans le coin les trois bouleaux du jardin

moi tout foutraque dans ce tesson d’existence

cèdre cèdre je sais bien qu’il s’agit

d’occuper le terrain la chaise la page

tenir

 

le balancement des branchages on dirait d’un cou de girafe

dans l’écriture simple nappée de chaleur

soyons sans trop de lyrisme soyons léger léger

 

insoucieux de tous les équipages

des marchandises flamandes coréennes ou anglaises

dans l’ivresse de l’air de la cigarette au balcon

 

cèdre absent nommé j’y pense me dilue je

plus quiet que Laotien écoutant pousser le riz

je sans comprendre sans désir de comprendre

me dilue en somme tout est simple comme camembert

 

ciel sans conteste au-dessus carte marine

tiens la Tasmanie se désagrège

quel crétin joyeux nuque cassée à zyeuter les nuages

 

gorgé des rumeurs et la brise me lèche

plein soleil lancinant

sur la loi de pesanteur sur l’énigme et le jaillissement

et même si pluie là oui

aujourd’hui là oui fatigue et pluie

et joie aussi

 

des pointillés de pâquerettes

rognures d’ongles au lavabo

pas la moindre trace

de tristesse pas la moindre

espèce

 

dans la brise du matin

les fleurs épanouies les fleurs en devenir

les gens dorment fort encore

 

 

 

 

 

 

 

 

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BIO

 

Jean-Christophe Belleveaux est le produit de racines nivernaises et polonaises. Né en 1958 à Nevers, il fait des études de Lettres à Dijon et apprend la langue Thaï à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris. Grand voyageur, notamment en Asie où il répète des dizaines de séjours de deux semaines à 6 mois, il essaie de vivre avec les autres, avec l’écriture et la pensée.

 

Dernières publications :

  • Fragments mal cadastrés,Éditions Jacques Flament, 2015
  • L’inquiétude de l’esprit ou pourquoi la poésie en temps de crise ?(ouvrage collectif de réflexion de 21 auteurs), Éditions Cécile Defaut, 2014
  • Bel échecco-écrit avec Édith Azam, Le Dernier Télégramme, 2014
  • Démolition, Les Carnets du dessert de Lune, 2013
  • ces angles raturés, ô labyrinthe, Le Frau, 2012

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