James & Cie

 

 

(France)

 

 

 

Gram-ortho-tox

 

 

 

Comme tant d’autres soirs, dans son trou, James s’assoupissait. Pris par l’envie subite d’en griller une, il se dirigea vers les toits de son environnement : son emplacement. Ici, prostré contre le béton, ses rêves enfumés l’enfonçaient peu à peu vers ce cher monde de derrière les mondes où sont liés ses traversées. Ailleurs, James, sorte d’anguille sociale gluante, trainait ses pas aux travers d’amas de serpents qui de leurs langues coupées distillaient des poisons sur des airs mortifères. L’étrange musique sifflante aux oreilles de celui qui ne peut pas les boucher, lui faisait remonter le col de son gilet gris et accélérer la marche – embourbé – contaminé par les vapeurs de ces maux morts. La fuite de cette verte introduction le conduisit à la lisière d’un parc : dernière résidence diurne des bipèdes tout de joggings moulés vêtus dont les courses tracent des géométries terriennes. Titubant pour expulser les premières toxines, ses yeux déformaient à nouveau le paysage. Les marcheurs étaient là, s’évaporant de chaque empreinte poussiéreuse comme les brumes fantomatiques venues d’un autre monde. Non pas à l’oreille pendue mais au cou cette fois-ci ! Les câbles, chargeurs et USB qui régissent les vies se rebellent et pendent aux branches des arbres leurs maîtres décrétés. James court et trébuche face à ce délire végétal nocturne où les sentences s’échappent des appareils comme autant de morts diverses et variées infligées par ces transcripteurs technologiques : mémoire de nos dernières paroles. Enfin, nez à nez à la limite de l’imaginaire, se dessine une table de bois sec où des figures humaines jouent et s’enchainent. James, en spectateur sur des tréteaux pourris, écoute et observe ce théâtre où des guignols, mannequins de bois asséchés, s’effritent puis laissent chuter leurs lourdes langues de bois qui s’éclatent à nos pieds. Les bouts tombés devenus germes remplacent les anciennes figures. Les jeunes bois s’activent en parlotte mais se détériorent trop vite offrant pour seul spectacle à des yeux ébahis ou presque endormis : un cycle de mots rigides plaisant à se fracasser, imprimant comme sensation des échos qui peinent à nous faire vibrer.

 

James

 

 

 

Décommuniquer

 

Comme tenus par une foule d’isolés

 

Ce qui se parle se cerne des parlures, des bavures, de ces saillies obscures

Ce qui se dit ne dit plus rien de ce qu’il n’y a plus rien à dire

 

Planqués, restez terrés

Révoltés, jetez vos mots dans vos poches

Muets, alimentez le silence par vos gestes

Discrets, défaites les paroles,

 

Décommuniquer le monde d’avec lui-même

 

Pereira

 

 

 

Chuchotements

 

⁃    Hé toi ! Oui, exactement, c’est bien à toi que je m’adresse ! Ne reste donc point sans verve et de ta voix donne sens, jalouse la plus mélodieuse des Muses et que ton éloquence résonne telle celle d’Ogma !

⁃    Tu parles beaucoup et ne dis rien. Qui ne dit mot consent, ainsi même silence fait langage, ne l’entends-tu pas ?

⁃    Certes langage revêt bien des formes et diverses allures s’entremêlant, s’entrelaçant, s’imbriquant dans notre besoin commun de communiquer, insuffler, révéler cette richesse de création au gré de l’Autre. Cependant pour ce faire il doit vivre et être vécu au risque sinon d’expier son dernier souffle.

⁃    Mais n’est-il pas immortel ? Constamment en transformation, au fil des vies, au fil d’une vie, il se tord, se contracte, se tend, s’étire, s’apaise et s’affine.

⁃    Sa mort à petit feu s’observe au cœur même des foules citadines d’anonymes oubliant que la parole peut être salvatrice.

⁃    Au sein même de chacun bouillonne un monde appelant à se contenter des actes

⁃    Laisse faner les langues et il restera les épines à ton confort

⁃    D’une tempête réserves les, à une floraison et demi

⁃    Sauf si les racines sont pourries

⁃    Les maux de corps

⁃    Ne mentent pas

⁃    Corps des mots

⁃    Sont bien lents

⁃    Gage de vie

⁃    Ci gît

⁃    Être

⁃    Las

 

Kymog

 

 

 

James & Cie est un espace circulaire de création littéraire sur le web. Chaque auteur est un personnage, de même que chaque personnage est un auteur.

 

Dans le théâtre-virtuel de James & Cie,  textes et dessins cohabitent, s’hybrident pour donner vie à une multiplicité d’instants poétiques qui se jouent de la fiction et de la réalité.

 

 

Illustration : Romain Ravenel

 

Site web : www.jamescie-lesecarts.com

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