Jacques Fournier

 

 

 

 

   LES REVUES LITTERAIRES

 

 

 

Les revues ont la peau dure. En voici quelques-unes qui tiennent la route ainsi que le haut du pavé poétique, défendant chacune un univers, compatible avec tout autre.     

 

                      

 

Les hommes sans épaules 32, 2e semestre 2011. 260 pages.

Le directeur de publication, Christophe Dauphin, infatigable animateur de la revue et agitateur du Landerneau, y joue une nouvelle fois un rôle important. Après un éditorial fleuve de 4 pages qui enfonce le clou de l’émotivisme en y associant largement Reverdy, il consacre au poète de Solesmes un long dossier de plus de trente pages augmenté de photographies et de trois poèmes inédits, puis plus de vingt pages à Loïc Herry (1958-1995). Comme si cela ne suffisait pas, on retrouve le maître des lieux présenté par Monique W. Labidoire. Faute de goût qui consiste à se voir consacré dans un article de sa propre revue. Cet article eut pu trouver sa place dans une autre publication, sans qu’il y ait soupçon de « cirage de pompes » et de « poussage du col ». Je crois en l’honnêteté du bonhomme, tout autant qu’en celle de son travail pour les poètes et la poésie. Je ne suis pas toujours d’accord avec ses positions tranchées, mais je défends son engagement. Mais je pense que cet article est de trop – tout au moins dans ces pages-là. La revue contient bon nombre d’autres raisons de satisfaction : des articles dont celui, remarquable, d’Eric Sénécal sur Jacques Moulin ; des notes de lecture sur une trentaine de pages par sept contributeurs, et des poèmes, bien sûr. Ceux des poètes présentés en dossier, mais d’autres encore, tels Gabrielle Althen et de Frédéric Jacques Temple, le regretté Jacques Taurand (Ne jetez pas la pierre, posez-la à côté d’une autre : c’est déjà le commencement de l’édifice), Jean-Claude Tardif, et quatre femmes de la tribu des Wah, autrement dits les-Hommes-sans-épaules. Les dernières pages Infos / Échos des HSE donnent l’actualité – parfois dépassée, pour des raisons de délais de publication, mais la poésie a le temps – des HSE et de ses membres. Une revue indispensable. J.F.

 

Le n° 17 €, l’abonnement 2 n° 30 € ;

8 rue Charles Moiroud 95440 Ecouen ;

les.hse@orange.fr

 

 

 

Supérieur Inconnu numéro spécial. Été 2011. 128 pages.

Un numéro hommage à son fondateur, Sarane Alexandrian (1927-2009). Un lien étroit avec les HSE : le directeur de publication en est aussi Christophe Dauphin, et les HSE en gèrent la publication. Les contributeurs sont nombreux, poètes, artistes, amis, qui apportent leur voix pour cet hommage quasi unanime (seule voix dissonante, celle d’Alain Jouffroy) qui tente d’aborder toutes les facettes de cet homme à l’élégance légendaire  qui sut ne pas faire de concession aux modes. On croisera ainsi entre autres Françoise Py, Lou Dubois, Olivier Salon, Virgile Novarina, César Birène, Marc Kober, Odile Cohen-Abbas, mais aussi, évoqués largement, par le document, lettre ou dessin, Madeleine Novarina, sa femme, les peintres Jean Hélion et Victor Brauner (dont une œuvre fait la couverture, comme pour le n°1), le poète mauricien (et toujours trop méconnu) Malcolm de Chazal, etc. Un numéro qui marque aussi la fin d’une aventure de 15 ans, puisque ce dernier numéro est aussi l’ultime d’une série de trente. J.F.

 

12 € ;

Les Hommes sans épaules 8 rue Charles Moiroud 95440 Ecouen ;

les.hse@orange.fr

 

 

 

Décharge 151. Septembre 2011. 128 pages.

Le cap des 150 numéros passé, l’aventure continue. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin quand on est une revue reconnue, de qualité, ouverte tant aux voix (re)connues qu’aux inconnues ? Ici, Marie Huot, que je connais trop peu, présentée par Luce Guilbaud ; Dominique Sorrente* invité par Claude Vercey ; 17 poètes constituent le Choix de Décharge. Il y en a pour tous les goûts. Et toujours les pertinentes notes de lecture de Jacmo et d’Alain Kewes, et les chroniques habituelles. Un plus : les cinq très belles reproductions couleurs des nus gris et flamboyants de Cyril Réguerre, présenté par Catherine Mafaraud-Leray. Une aventure à soutenir sans faillir. J.F.

* avec une pensée forte pour le poète qui vient de perdre sa femme, renversée par un scooter dans une rue de Paris.

 

Le n° 6 €, l’abonnement 5 n° 22 € (42 € avec les 4 suppléments Polder) ;

chez Jacques Morin 4 rue de la Boucherie 89240 Égleny ;

decharge-revue@wanadoo.fr;

www.dechargelarevue.com.

 

 

 

Nu(e) 44. Juin 2010. 220 pages.

C’est du lourd. Ce n’est pas qu’une question de qualité de papier. Ça vaut son pesant de poèmes. Ici, 13 poètes (et une plasticienne) corses contemporains. Un long et éclairant entretien entre Jean-François Agostini, coordinateur du numéro, et le poète Jacques Fusina ouvre l’anthologie. Y sont abordés divers thèmes (la « corsité », l’histoire de la création littéraire îlienne et l’importance de la revue Rigiru, la traduction, les interactions entre le corse et le français, etc.). La très aérée mise en page de tous les textes,  parfois dans les deux langues, et l’apport plastique en cahier central des photographies de Maddalena Rodriguez Antoniotti, font de ce numéro de Nu(e), dirigé par Béatrice Bonhomme, elle-même poète de belle tenue, et Hervé Bosio, un maillon important pour la connaissance de la littérature française. On notera que quelques poètes (Joël Bastard  – Je suis né à la poésie en Corse -, Marcel Migozzi, Daniel Maoudj, Alain de Meglio – laisser l’île venir s’écrire en moi), ressentent le besoin de « justifier » ou d’expliciter leurs liens (pas toujours connus) à la Corse. Cela permet aussi de prendre la mesure internationale de la création hors de tout enfermement géographique voire géopolitique. Un manque (mais cela n’engae que moi) : pas de notices biobibliographiques des auteurs invités. Depuis ce n°44, sont sortis trois numéros, chacun consacré à un poète (Pierre Dhainaut, Gaston Puel, Marie Étienne). J.F.

 

Le n° 20 € ;

l’abonnement 3 n° 50 € ;

29 avenue Primerose 06000 Nice ;

http://revue-nue.org

 

 

 

Traversées 63. Septembre 2011. 102 pages.

Un numéro spécial Nouvelles (une tradition pour cette revue toujours plus littéraire que poétique). Sept textes aux saveurs diverses. Plus trois poètes. 50 % de la revue est consacrée aux notes de lecture par dix chroniqueurs ! je pense qu’il s’agit là d’un record (hormis l’annuel Cahier de critique poétique du CIPMarseille, entièrement consacré à la critique). On notera que le domaine est vaste, du roman à l’étude littéraire, de la nouvelle au poème. En prenant du corps (mais les marges, grands et petits fonds, sont encore trop étroites à mon sens de lecteur), Traversées prend la place qu’elle mérite. J.F.

 

Le n° 4 € ;

l’abonnement 4 n° 12 € ;

Faubourg d’Arival, 43 B.-6760 Virton ;

patrice.breno@hotmail.com ;

http://traversees.wordpress.com/a-propos/

 

 

 

Verso 145. Juin 2011. 132 pages.

Avec obstination et grande régularité, Alain Wexler continue son cheminement dans la création poétique des autres avec un nouveau numéro thématique (La chair du verbe) précédé d’un avertissement du revuiste : Je n’ai pas soumis ce thème aux auteurs de ce numéro. Comme d’habitude, j’ai placé les textes par affinité de sorte qu’ils s’enchaînent naturellement. Vingt-neuf poètes ont donc involontairement répondu au thème. Chacun fera son choix. Suivent les chroniques de Jacques Sicard (cinéma), Kostas Nassikas et Eric Simon, ainsi que les notes de Christian Degoutte (salades de revues), JP Gavard-Perret, Valérie Canat de Chizy et Alain Wexler him self. J.F.

 

Le n° 5,50 € ;

l’abonnement 4 n° 20 € ;

le Genetay 69480 Lucenay ;

http://revue.verso.free.fr/

 

 

 

Comme en poésie 46 (juin 2011) et 47 (sept. 2011). 72 p. et 64 p.

Même régularité de métronome pour Jean-Pierre Lesieur et son Comme en poésie. Moins foutraque que par le passé, mais gorgée jusqu’à la gueule de poésies. Quelque trente-cinq auteurs dans le n°46. Un dossier original dans le 47 : Couples de poètes. Lambersy / Castex ; Félix / Blondeau (ceux de la revue La Passe), etc. On a même droit (humour ?) à une photo de mariage d’un de ces couples, Chenet / Castello, et à leurs poèmes en correspondance amoureuse. (ça frise l’indécence !). J.F.

 

Le n° 3 € ;

l’abonnement 4 n° 12 € ;

chez Jean-Pierre Lesieur 2149 avenue du Tour du Lac 40150 Hossegor ;

http://comme.en.poesie.over-blog.com

 

 

 

7 à dire 47. Sept.-oct. 2011. 24 pages.

Dixième année pour la fine (24 pages par n°) mais diversifiée (14 contributeurs) revue de Jean-Marie Gilory, par ailleurs responsable des éditions Sac à Mots. Yves Cosson continue sa (re)découverte de poètes. Ici, Paul Fort, poète enchanteur de l’Amour. Un long hommage à Lavaur, revuiste et poète atypique, que la maladie oblige à cesser la parution de Traces (créée en 1963 !), des poèmes, trois notes de lecture (dont 2 sur des publications de Sac à mots). Et une chronique pleine d’humour de JMG sur la « campagne » menée pour la promotion des livres. J.F.

 

Le n° 4 € ;

l’abonnement 5 n° 18 € ;

La Sauvagerais La Rotte des Bois 44810 La Chevallerais ;

saca7@orange.fr

 

 

 

Jointure 93. Septembre 2011. 94 pages.

Encore un numéro bien gorgé de poésie. Un long dossier occupe plus de la moitié de ce numéro. Il est consacré à six poètes argentins contemporains (dont Jean-Pierre Desthuilliers affirme avec conviction qu’ils agissent au nom de l’Université d’écriture), publiés en castillan et en français. D’autres poètes répartis dans deux ensemble titrés Écritures pour marquer peut-être des affinités. Ce numéro, sans notes de lecture, se clôt par un bel hommage à la regrettée Liska, disparue en février dernier.

 

Le n° 11 € ;

l’abonnement 4 n° 33 € ;

chez Mme Arnold 5 rue Sivel 75014 Paris.

 

À noter que les éditions de la Jointée, auxquelles la revue est associée, viennent de publier un ouvrage collectif en hommage à l’éditeur-typographe René Rougerie : Du côté de chez René Rougerie. Un nombre impressionnant de contributeurs disent l’importance qu’eurent son travail et son engagement en faveur de la poésie. 22 €.

 

 

Et une presque nouvelle revue pour clore ce panorama incomplet :

 

 

À verse 6. Printemps 2011. 76 pages.

Une équipe jeune pour cette revue qui a pour ambition de mettre en valeur les nouveaux talents de la poésie contemporaine. Tous les artistes (poètes et plasticienne) sont nés entre 1977 et 1992. Des voix d’ailleurs aussi (Argentine et République tchèque).  Trois figures tutélaires : le chorégraphe et danseur Angelin Preljocaj, grand lecteur, pour un entretien autour du Sacre du printemps et du Funambule de Jean Genet (Les mots sont des matières), une note critique sur Jean Tardieu et une « lettre » de Stéphane Korvin à Dominique Fourcade en écho à Xbo, paru en 1998. Mise en page aérée. Je trouve à À Verse nombre d’affinités avec Pyro. La relève est assurée. Une initiative à suivre.

 

Le n° 6,30 €;

l’abonnement 2 n° 12,60 € – port compris – ;

chez Blandine Douailler 12 rue Jules Vallès 75011 Paris ;

revue.averse@gmail.com;

www.a-verse.org.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jacques Fournier est un poète français né en 1959 à Rennes. 

Après une licence de lettres modernes, il a été instituteur de 1983 à 2002. Il crée en 1993 et anime la revue poétique trimestrielle Décol’, revue de poésie à l’usage des enfants.

Depuis 1994, il est aussi coresponsable avec Danielle Bouchery de l’Epi de Seigle (édition de poésie contemporaine, lectures poétiques dans le Pays d’Auge).

Depuis 2002, il est directeur de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines et directeur de la rédaction de la revue « Ici & Là. »

Bibliographie

Marche le monde suivi de Petite suite pour un grand méchant loup, éd. Corps Puce, 2007

Le Gant, éd. Ficelle, 2006

Poèmes pris au vol, éd. Pluie d’étoiles, 2001

Lumière/Lumières, anthologie, Donner à voir, 1997

Arbrures, Epi de seigle, 1994

Les Dits de la pierre et du sculpteur, éd. Traces, 1992 et l’épi de seigle, 2000

 

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