Jacques Fournier

 

 

 

Jacques Fournier vous recommande :

 

                            

Outremer Trois océans en poésie

 

 

 

Anthologie réalisée par Christian Poslaniec et Bruno Doucey

Éditions Bruno Doucey

2011

288 pages

En librairie

18 €

 

 

S’il existe de longue date des anthologies consacrées à certains des territoires d’outre-mer, celle-ci est la première à rassembler en un même volume des poètes des trois océans et des neuf territoires.

La présentation par territoire, de la Guyane (sous la figure tutélaire de Léon Gontran Damas – J’ai l’impression d’être ridicule / avec mon cou en chemise d’usine -, dont on sait trop peu qu’il fut un des trois fondateurs de la Négritude) à Wallis-et-Futuna, représenté par deux voix contemporaines, montre bien la diversité de la place qu’occupe la poésie dans l’histoire de ces territoires. Si certains sont marqués par l’empreinte de poètes-pères (Césaire et Glissant en Martinique, Saint-John Perse en Guadeloupe, L.-G. Damas en Guyane, quatre poètes à l’aura internationale indéniable – et il n’est pas surprenant de constater que ces trois territoires sont à la fois proches les uns des autres, liés par une (presque) même histoire, mais aussi moins éloignés donc plus accessibles de « la mère-patrie », d’autres (Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna, Mayotte, Polynésie française) semblent être nés à la poésie de langue française tardivement – les raisons en sont diverses, ici l’histoire, là l’importance des langues vernaculaires, de la tradition de l’oralité, ou de l’activité économique dominante (je pense là à Saint-Pierre-et-Miquelon).

Les réunir fut une gageure menée avec finesse par les deux complices que sont Bruno Doucey et Christian Poslaniec. La difficulté ne fut certainement du même ordre pour la Martinique et la Guadeloupe, par exemple, où les poètes de qualité ne manquent pas (je vous renvoie ici à la très bonne anthologie réalisée par Jacques Rancourt aux éditions Le Temps des cerises), et parmi lesquels il a fallu faire un choix drastique, que pour la Polynésie française, où l’histoire n’a pas laissé la même place à la langue française ni à la tradition écrite, laissant une large place aux langues îliennes ancestrales, au chant et à l’oralité.

Vous l’aurez compris, il ne s’agissait pas non plus de réaliser une anthologie purement contemporaine de poésie, mais bien de montrer les liens entre passé (la Réunionnaise Célimène, cantinière, poétesse, guitariste et humoriste aux traits féroces, est née en 1806) et avenir (le Mahorais Nassur Djailani (J’aimerais tellement être… ce ruisseau qui s’acharne à tailler son chemin dans l’opacité du basalte) et le Calédonien Paul Wamo (Un écriteau s’est accroché sur mon hamac / à l’encre réfractaire il y est écrit : Tu es Kanak. ») sont nés en 1981).

L’outremer du titre est celui de la couleur, sans trait d’union, non de la désignation administrative de ces terres lointaines où se pratique la langue française, restées françaises par choix ou non. La couverture aux trois bandes bleues donne à voir la diversité de ces bleus d’ailleurs que cette anthologie nous rend plus proches.

Il faut aller à la découverte de ces écritures aussi diverses que leurs origines, non pour leur prétendu exotisme, mais bien pour en sentir toute l’humaine portée qui amènera notre planète a prendre la mesure de sa dimension polynucléaire selon les propos de Bruno Doucey.

 

 

www.editions-brunodoucey.com

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