Jacques Darras

 

 

 

 

 

RD : – Jacques Darras, vous êtes l’une des voix les plus authentiques de la poésie française d’aujourd’hui. Universitaire, écrivain primé plusieurs fois, traducteur de Whitman et Pound, fondateur, directeur de revue, président d’un festival bruxellois, éditeur, essayiste, philologue, peintre, performeur plurilingue, créateur de subversions lyriques inoubliables, étonnant voyageur, cher Jacques Darras, votre parcours est époustouflant. A la première vue, vous avez l’air d’un philosophe néoplatonicien. En vous lisant/écoutant, votre physionomie et votre parler changent. Le philosophe devient linguiste gladiateur, la méditation se fait lance, trident, arc avec flèche, épée à lame courbe ou droite. D’où provient ce besoin de tumulte, cette énergie qui bouleverse votre « tout autour »?

 

JD : – L’énergie est donnée. Mon héritage me vient d’un couple, mes parents, aussi physiques qu’intellectuels. Qui m’ont fait aimer la dépense corporelle, le jeu avec le rythme d’une balle (basket-ball, où j’excellai) aussi bien que celui des mots, des idées, des convictions. Nous sortions de cette grande mutilation, la guerre, et retrouvions plaisir à l’élasticité et l’extension des membres contraints par l’uniforme et l’emprisonnement. La plage, la mer, le sable furent des divertissements quotidiens puisque né quasiment sur le littoral. J’acquis l’énergie marine des bords et le sens du cosmos. Je les ai gardés. J’entends le bruit des vagues derrière et devant moi, partout où je vais. Je me sens « déferlement ».

 

RD : – Par rapport à d’autres poètes contemporains introvertis, creusement lyriques, ménestrels de leur âme, Vous écrivez pour obtenir une indépendance. A un rythme accéléré et affûté de deux côtés. Vous pensez le mieux de la liberté en poésie et vous le poussez au-delà de ses limites. En êtes-vous conscient ?

 

JD : – Découle de ce que je viens de dire un sens aigu de la liberté. Vertu cardinale, pour moi, de la trinité républicaine, bien loin devant la fraternité et l’égalité qui auront fait tant de ravages au XXè siècle. Non pas tant libre, d’ailleurs que « libre de… ». Liberté, surtout, d’être en désaccord avec ceux qui prétendent revenir à des normes. Donc, en littérature, refus du classicisme comme modèle français, tout aussi bien que du textualisme le plus systématiquement dévergondé. Les modèles m’insupportent. Distance et désinvolture, j’habite les marges de l’humour. Mais tout comme Laurence Sterne j’entends aussi que l’humour se moque de l’humour.

 

RD : – Comment vivez-vous votre poésie, en dehors de ses pores et métaphores ?

 

JD : – Je vis « ma » poésie comme une tâche et comme un rythme. Une « tâche » à accomplir qui serait un peu comme une ponctuation de mon existence (parenthèse et points de suspension à l’infini), la poésie me donnant le sentiment ridiculement illusoire et éminemment plaisant d’être immortel. Quant au rythme, il est le travail de la ponctuation même, c’est à dire appui sur le sol, foulée de la phrase, blocage et interruption du vers. Pour moi le vers est un fragment de respiration rythmique (sportif) auquel mon souffle s’est plié.

 

RD : – Depuis quand date cette vocation de la langue poétiquement racontée ? Le poète qui vous habite a eu, je crois, une enfance, un apprentissage et une maturation. Y aurait-il des moments particuliers, des souvenirs touchants, des joies et des chagrins qui lui/vous reviennent de temps en temps ?

 

JD : – Je n’ai jamais tout à fait quitté l’enfance où je me sentais déjà très adulte. Très impliqué dans le jeu mortel de l’existence avec elle-même. La partie promettait d’être longue, d’exiger de l’entraînement et de la patience. Elle l’a été. Ce sont les ruptures de toute sorte qui m’ont donné de la souffrance. Chaque fois j’ai vécu la mort en miniature. Le poème serait-il une souffrance brève, abrégée ? De là sans doute mon sentiment très développé et très flexible du lien. Car je nous sens tous liés mais incapables le plus souvent de surmonter nos ruptures. Je nous voudrais en somme plus poétiques que romanesques.

 

RD : – Pourquoi poète plutôt que romancier, alors que vos poèmes sont des vrais événements de l’âme ?

 

JD : – Il faut croire que j’anticipais la question suivante. Pour moi l’événement est le poème. Il lie et il rompt, tout à la fois. Il ne prétend pas, comme le roman, recoudre ensemble les êtres et les histoires. En outre il laisse au lecteur une grande plage non pas seulement d’imagination mais surtout d’interprétation. Le poème est un instituteur du temps de vie. Prenez, dit-il (je parodie la messe) ceci est mon corps, mon rythme, mon souffle, mon allure. Cela étant dit, je dois cependant reconnaître que j’ai organisé mes poèmes en leurs différents livres, selon une architecture. Des échos, des passerelles, des symétries s’y dévoilent qui donnent à l’ensemble l’allure d’une construction. Tout en composant mes poèmes singuliers je composais le « roman de mon poème », comme j’y fais allusion dans Tout à coup je ne suis plus seul. Roman chanté compté (Gallimard/L’Arbalète 2006)

 

RD : – Pour écrire vous utilisez les sens de vos émotions ou les émotions de vos sens ?

 

JD : – Pour moi la réponse est simple : les deux bien sûr. L’émotion est la rencontre d’un être, d’un lieu, d’une chose, d’un souvenir, dont le sens m’a fait signe et s’est fait signe, donc qu’il s’agit de m’expliciter à moi-même. Et réciproquement . Je ne crois d’ailleurs pas qu’on soit jamais allé beaucoup plus loin que la définition de la poésie par William Wordsworth « emotion recollected in tranquillity » (émotion dont on se ressouvient dans la tranquillité). Pas très romantique cela, en apparence, et cependant tout le romantisme est là ! Quoique, pour moi, nous soyons peut-être plus encore des provocateurs de sens, des expérimentateurs sans trop le souci de la tranquillité.

 

 

 

 

RD : – Que change en vous le poète Jacques Darras ? Que seriez-vous sans sa plume ?

 

JD : – C’est tellement devenu inconcevable que j’ai peine à l’imaginer. Flatteusement je me fusse imaginé, dans une autre vie, peintre, peintre flamand inspiré par la couleur, les marges de la mer, les fêtes lunaires dans les dunes, dans la mouvance d’Ensor, Spilliaert ou Nolde. Autre profession possible, acteur de théâtre (j’ai refusé une offre sérieuse à l’âge de 20 ans) ou joueur de basket pendant dix brèves années suivies d’une retraite en tant qu’entraîneur. Je préfère ne pas y penser.

 

RD : – Comment, quand, pour qui écrivez-vous ?

 

JD : – J’écris chaque matin environ pendant quatre heures ou plus à ma table (9 heures à 13 heures, en moyenne), me promène l’après-midi (les champs, la grande ville, la mer), lis (assez peu) le soir et regarde documentaires de voyage, débats politiques, reportages sportifs ou music-hall à la télévision la nuit.

 

RD : -Qu’est-ce qui vous plaît dans le monde de la poésie actuelle ?

 

JD : – Vous dites « le monde de la poésie » et je me permets de renverser votre expression en « la poésie du monde ». Me passionnent les différentes traditions dans lesquelles je m’immerge. Ainsi, tout récemment, la poésie de langue espagnole (Espagne) m’est-elle apparue dans sa singularité si différente de la poésie française tant par ses sujets que par ses formes. De même la poésie chinoise contemporaine dont nous sommes plusieurs à réaliser une anthologie substantielle me frappe-t-elle par ce qu’elle dit des bouleversements dans la société chinoise. Idem pour la richissime poésie britannique d’aujourd’hui en toutes ses composantes après Larkin, Hughes et Bunting. En réalité la poésie constitue pour moi le meilleur baromètre des moeurs politiques et sociales d’un pays.

 

RD : – De toutes les passions que vous avez, laquelle vous demande le maximum d’implication sociale ?

 

 

 

 

JD : – Étrangement et sans que cela s’avère jamais à mon avantage, je ne peux concevoir la pratique de la poésie sans m’engager dans le paysage lui-même jusqu’à prétendre l’organiser. C’est une folie ! Je ferais mieux de m’abstenir mais mon autre héritage parental me conduit à m’impliquer auprès des autres. Lesquels (d’ailleurs la part rebelle de mon propre héritage les comprend) ne m’en savent absolument pas gré, croyant à je ne sais quelle ambition de pouvoir.

 

RD : – Vous associez la poésie et la peinture. Avec talent. Vos visions picturales ont quelque chose de mystique, elles contiennent une sorte d’antidote de la sensualité engendrée dans l’âme du créateur, alors que vos visions poétiques commencent en mystique et finissent en politique, comme Péguy aurait pu vous suggérer. Très peu de poètes savent peindre ou dessiner honorablement. Votre choix de peindre a-t-il une histoire et un parcours inédits ?

 

 

JD : – Une part lointaine de ma famille paternelle (un jeune Grand Prix de Rome mort à 20 ans du choléra à la fin du XIXè siècle) explique ce tropisme. Mon père dessinait et peignait et m’a très vite éveillé à la peinture. Que j’ai spontanément choisi d’aimer flamande et néerlandaise. À l’excès. Je suis un grand dévoreur de Musées et de livres d’Art. J’ai commencé de peindre très jeune (17 ans) puis ai tout suspendu. Le retour m’a surpris il y a vingt ans au contact de la lumière de la Manche, à Calais, au bord de la mer. Question de latitude lumineuse et d’appartement perché très haut dans le ciel. J’ai repris par la gouache, qui me convient bien, épaisseur de l’huile et application par couche. Je dessine directement dans la couleur. Les 18 gouaches d’Irruption de la Manche ont apporté un contrepoint muet au parallélisme de mes vagues de vers. Pour moi le silence n’est pas dans les blancs typographiques, il est dans la réserve solaire des couleurs. À portée de mimétisme plus intense que le langage. Je récidiverai. Sans avoir trop le souci de la réprobation esthétique professionnelle.

 

 

 

 

RD : – En 2004, vous avez reçu le Prix Apollinaire et en 2006, le Prix de l’Académie française, pour l’ensemble de vos œuvres. La spécificité française, c’est de multiplier les prix littéraires et d’en parler rarement à la Télé, à la Radio. Heureusement que vous ayez des prix importants qui boostent le moral et la réputation d’un auteur. Qu’est-ce qui s’est passé après ? Meilleurs ventes ? Changement de style ? Changement d’éditeur ? Un surplus de lecteurs ?

 

JD : – Mon esprit d’indépendance joint au calibrage propre à mes livres m’a placé dès l’origine dans une position éditoriale difficile. Le livre de poésie avoisine les 100 à 150 pages en moyenne. Les plus maigres des miens atteignent 250 pages. Je ne me suis pas rendu la tâche aisée, ce faisant. Mais mon objectif étant de cet ordre, je n’ai jamais transigé. Bienheureux suis-je d’avoir pu rencontrer la collection originale l’Arbalète/Gallimard fondée par André Velter en 2001 où j’ai publié trois ouvrages à diffusion plus large que précédemment ! Devenu visible, pour cette raison, j’ai glané des prix. Lesquels n’ont pas sensiblement accru mon lectorat (entre 500 et 700 lecteurs) sinon ma respectabilité. Laquelle n’est assurément pas le but final du poète, j’en conviens, même si elle rehausse l’estime (et la jalousie) de ses pairs. Visons ailleurs !

 

 

 

 

RD : Apollinaire a toujours été considéré un poète moderne à la recherche du passé. Qu’est-ce qui vous lie à cet auteur français, d’origine polonaise ?

 

JD : – L’Apollinaire de Zone qui fait repartir la poésie dans la grande ville parisienne au contact des affiches et des journaux, à distance inavouée de Walt Whitman, m’enchante. L’intelligence critique de Mallarmé (cet urbain étriqué) s’attaquant à Hugo s’en trouve tout à coup doublée, prise à contre-pied. J’aime, en sport, le contre-pied, arme favorite des grands joueurs. J’aime aussi l’inventeur de mots comme « cubisme » ou « sur- réalisme » à fortune improvisée inaltérable. J’aime beaucoup moins l’homophobe diffamant Walt Whitman de ses ragots (cf. mon numéro d’Europe sur le sujet). Mais voici qu’en face me passionne l’enfant naturel de l’Europe que fut ce produit croisé d’Italie et de Pologne, nourri à la Rhénanie profonde comme aucun autre poète français avant ou après lui, Hugo ni même Nerval. Mais alors, que dira-t-on de son patriotisme obtus en 14- 18 ? Ceci, qu’il périra par le siège casqué de l’entêtement. Un nœud de contradictions, Apollinaire, en fin de compte, que redoublera Aragon par le chant, ce mensonge vrai. Vrai jusqu’où ?

 

 

 

 

RD : Tout comme Apollinaire, vous aimez les dessins, les jeux de mots et les voyages vers le pays d’Orphée. Vous voyagez, lors de vos conférences et récitals, pour défendre le multiculturalisme, où sciences, arts et poésies forment un écosystème qui soigne et sauve celui qui y met les pieds. Parlez-nous, s’il vous plaît, de vos voyages et projets interdisciplinaires.

 

 

 

 

JD : – Le jeu avec les décalages horaires m’a rattrapé et fait craindre pour ma vie tout récemment. Je me réhabitue peu à peu à l’Europe, par vols courts de moins de deux heures, Berlin, Dublin, Séville. Moi qui m’étais gonflé à la circonférence de la sphère terrestre j’ai dû lâcher quelques grammes d’air, Bibendum détendu. D’ailleurs c’est l’Europe qui me soucie intimement avec ses cicatrices et coutures économiques en fragile fil blanc, comme un monstre de Frankenstein affaibli quoique toujours hanté par ses escapades nocturnes destructrices. Travailler sans relâche aux frontières de l’Europe, les remuer du souvenir, les greffer à la mémoire des jeunes générations, les traiter par médecines poétiques prophylactiques douces est travail sans trêve. Nous sommes le laboratoire de l’humanité future, j’en suis convaincu mais ne nous y prenons pas bien. Nos protocoles sont mal rédigés. Les poètes devraient être les constitutionnalistes. Or que font-ils ? Où sont-ils ? Ils sont inopérants par indifférence au réel proche.

 

RD : – Maxime Gorki avait affirmé que : « Les écrivains font des châteaux en Espagne, les lecteurs y vivent, et les éditeurs touchent les loyers. » En êtes-vous d’accord ?

 

 

 

 

JD : – Sans doute mais précisément au moment où l’édition entre dans une phase périlleuse nouvelle, nous manquent les critères de la nouvelle édition. Internet a libéré les énergies et les a peut-être même regonflées mais au risque d’instaurer une période de transition et de confusion presque inévitables. Bien malin qui pourrait dire ce qui va en résulter. Pour ce qui est de l’édition ancienne (le livre) elle a tellement déserté les principes de lecture critique appliquée, que le niveau général des compétences s’est brutalement affaissé. Des choses innommables se produisent en termes de régression depuis une dizaine d’années. Il convient donc de tenir, au milieu de cette débâcle. Joindre la rigueur avec l’écoute, la sévérité avec l’humanité me paraît être la seule conduite possible. (À suivre, comme on disait dans les feuilletons).

 

RD : – De nombreuses anecdotes circulent sur le « théâtre du livre et de la littérature ». Céline accusait les éditeurs de son temps d’être des « charognes ». Et vous, Jacques Darras, auriez-vous quelque chose à reprocher au monde actuel de l’édition ?

 

 

JD : – Il faut avoir acquis une bonne dose d’indépendance et de résilience comme j’ai fait depuis des décennies pour témoigner un minimum d’équanimité envers les éditeurs en général, de poésie en particulier. Importe surtout, lorsqu’on est instruit par l’expérience littéraire, que soit préservée la possibilité de voyage et de circulation des textes. Or le poème jusqu’à présent a toujours voyagé vite et court dans l’espace, longtemps et par détour dans le temps. Je ne vois pas ce qui pourrait changer là.

 

 

 

 

www.jacquesdarras.com

 

 

 

 

 

 

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Poète, essayiste et traducteur français, Jacques Darras est né en Picardie maritime dans les régions du Marquenterre et du Ponthieu (Bernay-en-Ponthieu). Fils d’un couple d’instituteurs il fréquente le Lycée d’Abbeville puis est élève d’hypokhâgne et khâgne au lycée Henry IV à Paris. Il est admis à l’ENS rue d’Ulm en 1960, hésite sur quelle voie suivre, lettres classiques ou philosophie, s’expatrie à Edinburgh en Écosse où il est lecteur et finalement réussit l’agrégation d’anglais en 1966. Nommé au Lycée Grandmont de Tours au sortir du service militaire (École Militaire) il devient assistant à la toute nouvelle Université de Picardie où il fera toute sa carrière jusqu’en 2005. Professeur en 1978 avec une thèse sur « Joseph Conrad et les signes de l’Empire », doyen de Faculté de 1984 à 1999, il crée plusieurs masters et départements de langue dont l’hébreu, l’arabe, le chinois, le néerlandais, le polonais etc…Parallèlement il s’engage dans la vie locale et régionale en lançant une revue littéraire in’hui (près de 70 numéros aujourd’hui) relayée par la Maison de la Culture d’Amiens en 1985 puis éditée à Bruxelles (le Cri) à partir de 1993. Il y publie la poésie étrangère sous forme d’anthologies (Allemagne, Russie, Etats-Unis, Espagne) et la poésie nationale accompagnée d’une réflexion prosodique (le sonnet, le vers libre, l’épopée etc…).

Il se lance entre-temps dans une aventure poétique prenant rythme et réflexion dans un cours d’eau des côtes de la Manche, la Maye, qui se jette dans la Baie de Somme. Il publie le volume inaugural La Maye I en 1988 aux éditions in’hui/3 cailloux (qu’il a fondées à la MCA d’Amiens). Puis La Maye II ou Petit affluent de la Maye en 1993 aux éditions Le Cri à Bruxelles. Il a ajouté depuis cinq autres volumes dont La Maye III ou L’embouchure de la Maye dans les vagues de la manche (le Cri, Bruxelles, 2001) La Maye IV. Van Eyck et les rivières (Le Cri, 1996) La Maye V. Vous n’avez pas le vertige (L’Arbalète/ Gallimard 2004) La Maye VI. Tout à coup je ne suis plus seul (L’Arbalète/Gallimard 2006). La Maye VII. La Maye réfléchit (Le Cri, 2009). Tout en composant le huitème et ultime volume Le Chœur maritime de la Maye, il procède au remaniement des volumes précédents. Il compose également un volume de sonnets Petite Somme sonnante (Mihaly, 1999). Parallèlement à la poésie il publie plusieurs essais dont les trois plus récents Nous sommes tous des romantiques allemands. De Dante à Whitman en passant par Iena (Calmann-Lévy, 2002) Nous ne sommes pas faits pour la mort (Stock 2006) Les îles gardent l’horizon (Hermann 2008)

À Paris en 1998 il fonde avec André Parinaud le mensuel de poésie « Aujourd’hui poème ». Il inaugure un cycle de lectures avec le comédien Jacques Bonnaffé. Il lit dans de nombreux festivals à l’étranger (Etats-Unis, Mexique, Italie, Espagne, Syrie, Tunisie, Russie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, République tchèque, Portugal, Japon, Chine etc…). Il fonde en 2008 par transformation d’in’hui la revue « Inuits dans la Jungle » avec Jean Portante (éditions Phi) et Jean-Yves Reuzeau (Le Castor Astral). Il est invité en 1989 par la BBC, premier non Anglais à prononcer les Reith Lectures, pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française (5 conférences mondialement diffusées). Il reçoit le prix Apollinaire (2004) et le prix de l’Académie française pour son œuvre (2006). Il est l’un des administrateurs du CNL, de la Maison de la Poésie de Paris (depuis 1990). Il préside le jury du Prix Ganzo de poésie. Il préside le festival Marathon des Mots de Bruxelles depuis 2009. Il a organisé dix rencontres européennes de poésie à la Maison de la Poésie de Paris en 2009. Il vient de créer le festival de Poésie d’Achères (2010).

Européen convaincu, Jacques Darras, essaie d’engager la poésie française sur la voie d’une écoute plus attentive aux autres traditions. Il travaille obstinément aux frontières (nordiques) de notre sensibilité nationale avec la volonté souvent mal comprise de rendre cette dernière plus extensiblement inclusive et surtout plus ouverte. Il se considère comme un démocrate « whitmanien » d’Europe. En tant que tel il reconnaît être en contradiction ouverte avec le grand mouvement symboliste et surréaliste (freudio-lacanien) qui conduit encore la poésie française de nos jours. Son admiration va directement à Apollinaire, Cendrars et Claudel, dont la tradition d’ouverture au monde s’est inexplicablement interrompue.

 

 

 

 

 

 

Reporter : Rodica Draghincescu

www.draghincescu.com

 

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