Iulian Boldea

 

Iulian Boldea

 

(Roumanie)

 

 

 

impuissances

 

tour à tour nous fûmes les fils de nos propres impuissances

et d’un imprévu éclaircissement

fils de l’acte nous ne le fûmes jamais

nous n’avons pas vanté la lettre plus que l’esprit

et n’avons pas toujours attendu  les révoltes anciennes

pour qu’elles préfigurent notre destinée

tour à tour nous nous sommes guéris des odeurs

de la présence des mystères

et nous avons vu comment le prestidigitateur changeait les illusions

en vérité

 

 

 

dans la cage

 

il avait le visage d’un homme du siècle passé

au destin ruiné

sous la forme d’une hypothèse de travail

avec un silence inerte

qui sentait le robinet bouché

pendant que sous ses ongles on apercevait

les antécédents de la haine

prolongements violets par lesquels il montrait du doigt

son ombre verrouillée

dans une cage

 

 

 

autopsie 

 

un corps jetable

un mode d’emploi de la peur aligné

dans l’œil ouvert qui griffe

les géométries des choses

ébranlées et infinies

tout comme

dans les tas d’os

qui nous séparent

de notre avenir

la métaphysique scintille avide :

inutile autopsie

de la peur.

 

 

 

présage

 

le dieu sans identité

compte ses gestes

dans le recoin

d’un cauchemar sans fin.

pourquoi ce cri

dans ses solitudes recyclables ?

pourquoi ce monologue roulé inutilement

dans nos vies

incomplètes

tel un présage

sans conséquences ?

 

 

 

le tunnel

 

la réalité du bout du tunnel

n’est qu’un cri

à la marche irréversible

de cellule en cellule

vers notre destin que

nous n’entendons plus

illisible comme une respiration

poussée dans la chair

avec la rouille des sourires machinaux

dont nous nous déshabillons chaque jour

-veule cicatrice

indésirable

 

 

 

culpabilité

 

je ne suis pas coupable

pour ton sourire inhabité et tendre

et pas coupable pour ta démarche

incontrôlable

pareille à une langue depuis longtemps interdite

je ne suis pas coupable

pour tes regards

difficiles à expliquer

je ne suis pas coupable

pour tes silences qui pourrissent

au coin de la chambre

je ne suis pas coupable pour la crevasse

élargie entre nous

et qui glisse toujours plus

indomptée

vers un lendemain

poli et inerte

qui n’est ni jeudi ni vendredi

ni lundi

 

 

 

souvenir

 

atroce sous la guillotine des paupières

la lumière s’entend de moins en moins

tel un souvenir

d’un passé qu’on n’a pas vécu

patient

au-dessus duquel l’obscurité passe

traversant

la beauté irréelle

du monde

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Iulian Boldea, ne en 1963, Luduş (Roumanie), poète et critique littéraire.

Professeur à Université „Petru Maior” de Tîrgu Mures, docteur ès Lettres.

Il a publie trois livres de poèmes et quelques livres de critique littéraire.

Directeur des revues Alpha et Journal of Romanian Literary Studies.

Il conduit, aussi, L’Institut des Etudes Multiculturelles Alpha.

Prix de Académie Roumaine (2011).

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