Interview avec Nicole Gdalia, poète et directrice des éditions Caractères

 

 

(Tunisie-France)

 

 

 

 

Rodica Draghincescu: – Jorge Luis Borges disait : «  Le temps mystérieux qui ruine les palais, enrichit la poésie ». Paradoxe du temps, la poésie est un phénix de mots et d’émotions, de vide ailé et de vertige philosophique. Nicole Gdalia, dans la très belle anthologie de poèmes  l’Alphabet de l’éclat (2005), vous écriviez :

 

Poésie chant cristal de nos intérieurs connaissance indivise

oracle révélation contre occultation aux mots brisés tu es parole aux espaces tu accordes durée à l’immémoriale mémoire à l’invisible tu attribues plénitude

un contre multiple chant montagne et lac air et feu l’un et l’autre unis

poésie transmutation du silence. »

 

Dites-nous, s’il vous plaît, qu’est-ce la poésie pour Vous ? Un lieu-espace ? Un temps -mot-de-passe? Un surplus de mémoire ?  Une frontière  entre les trois ?

 

Nicole Gdalia : – Pour moi, la poésie est d’abord retrait de l’espace et du temps, regard intérieur. C’est une posture méditative qui dégage du monde pour entrer dans l’essentialité de l’être. « Elle préférait le dépouillement / ensemencement d’elle même »

Dès lors, on perçoit un élargissement à dimension variable, voire cosmique, source de la musicalité du monde, d’agrandissement du soi accompagné d’un sentiment de vérité, d’essentialité. C’est l’œil intérieur, son espace, son tempo.

« Poésie / Chant / Cristal de nos intérieurs / Connaissance indivise »

 

Si l’on porte son regard vers l’extérieur, il est poétique c’est-à-dire créatif : il perçoit des convergences, des correspondances, des échos qui vont au-delà de l’œil qui regarde. Voir l’infini du monde, cela nous expanse, nous fait saisir sa beauté.

C’est cela être poète, c’est voir au-delà, entre, au-dessus, en dessous… établir des corrélations, des résonances, des synesthésies, des échos…

 

 

RD : -Dans un siècle matérialiste, militariste et médiatique, qui prône la primauté des armées et des guerres en tout genre, « La poésie sauvera-t-elle le monde? » – se demandait Jean-Pierre Siméon. Le monde semble-t-il être en train de sombrer ? Malgré les conflits et les actes racistes et meurtriers de ces dernières années, pourquoi la poésie (le plus ancien genre littéraire de l’humanité) reste-t-elle encore vive, jeune, debout et toujours utile ?

 

       Nicole Gdalia, écrivant chez elle

 

NG : – Oui, le monde est plein de « bruit et de fureur » comme l’écrivait Shakespeare et rien n’a changé. Peut-être, oui, la volonté claire du mal, de la destruction de certains humains considérée comme un trajet du bien, c’est le signe spécifique de notre présent.

Dans les temps les plus durs et même les plus barbares du 20e siècle, je pense aux camps nazis, les humains pour retrouver leur âme, pour se sauver, écrivaient ou disaient de la poésie dans les conditions les plus difficiles.

La poésie comme expression  de « l’âme», mot démodé, mais qui exprime l’être contre l’avoir, la poésie devient chant de l’homme, de l’humain pour éclairer l’obscurité.

J’ai écrit :

 

« Car le voix du poète

prend son corps dans le cri

lorsque s’assemblent se mêlent

s’imbriquent et s’amplifient

les relents d’un monde

à la folie (…)

Seul dans l’exil de la nuit

s’élève

jusqu’à l’infini

l’irremplaçable cri du

poète »

(Monodie, 1997)

 

Aussi le poète dit non. Il dénonce mais aussi il annonce.

Ce qu’il annonce c’est un autre versant, une autre alternative dans les relations humaines, le poète est porteur de fraternité, d’harmonie.

 

RD : – Depuis quand datent vos premiers pas trace/é/s  en poésie ? Qui vous a accompagnée sur ce cheminement initiatique ?

 

NG : – J’ai écrit très jeune. Je ne sais pas si c’était de la poésie, mais c’était des expressions de mon être au monde ; monde visible, monde intérieur que j’essayais de mettre en mots.

J’aimais beaucoup lire et je lisais bien à haute voix. Mes professeurs m’encourageaient dans l’expression, la visibilité de ma sensibilité et de mon imagination. Je m’essayais à différentes formes littéraires : poésie, narration, théâtre, et même presse. J’avais 17 ans lorsqu’un de mes articles a été publié par la presse. C’était sur le film de Truffaut « Les Tricheurs ».

 

RD : – Les titres de vos œuvres en seraient-ils témoins  (« Racines », « Les chemins du nom » etc)?

 

NG : – Les titres de mes œuvres sont l’expression d’un « chemin initiatique » que je me suis tracé. On est toujours « en chemin ».

 

RD : – Je me permettrais de constater que votre écriture se fait à l’aiguille créative, traçant sinueusement de petites égratignures sur le cœur nu, comme pour le mettre à l’essai des combats à venir… Un style creux-douloureux, tantôt étoilé, serein et calme, tantôt follement houleux et tumultueux. Des mots hauts comme des vagues d’eau, des mots cinglants comme des tempêtes de pierre et de sable…, des mots-courts comme des soupirs-souvenirs. Des mots tout simplement pour vivre-survivre. Le tout révèle l’aspect sensoriel, émotif, réflexif, ainsi que la rage-raffinée et fantastique de votre personne. D’un poème à l’autre, une perspective rationnelle, comme une liberté arrachée à un cosmos cérébral. Votre poésie n’est pas seulement littérature mais plutôt vie, identité ou ubiquité des choses.  Et pouvoir lyrique. J’aimerais connaître, pour les lecteurs de Levure littéraire, quelles seraient vos premières lectures et expériences formatrices, vos influences majeures, vos expériences intimement poétiques, dans lesquelles vous avez pu vous reconnaître, lors de vos débuts auctoriaux ?

 

NG : – Mon écriture est une recherche personnelle. Je ne cherche surtout pas à me mettre à « l’école de… » Je ne suis disciple de personne. J’ai toujours farouchement écouté ma propre voix, traçant ma propre voie, sans souci d’une quelconque célébrité… la parole est outil initiatique, chemin de vie, acte de vie.

 

RD : – En 2005, aux éditions Caractères, vous avez édité cette belle anthologie personnelle. Alphabet de l’Eclat (1975-2005), dont on a déjà parlé au début. Ce volume contient huit recueils, depuis Racines en 1975 jusqu’au dernier qui en 2005 donne son titre au volume entier. Cette anthologie est illustrée en noir et blanc, par plusieurs artistes contemporains. Toute votre vie de poète est dedans, à partir de vos racines tunisiennes jusqu’au grand amour et à la vie française avec le poète polonais Bruno Durocher. Pourquoi l’Alphabet de l’éclat ? C’est un titre mystérieux… De quel éclat parlez-vous ? Et comment peut-on l’obtenir en poésie ? D’un bout de vie ? D’un bout de matière ? D’un bruit ? De la qualité d’une couleur vive ?

 

NG: – Oui, c’est un cheminement de vie existentielle mais aussi essentielle. Je veux dire par là un cheminement spirituel.

Le titre est effectivement un peu ésotérique.

 

RD : – Veuillez nous l’expliquer, si cela est possible…

 

NG: – Je m’explique : les mots tirent leur pouvoir de leur sens mais aussi de leur sonorité, de l’assemblage de certaines lettres. Dans les langues anciennes, et particulièrement l’hébreu que malheureusement je connais mal, les lettres de l’alphabet ont un pouvoir performatif, elles peuvent dans leur prononciation modifier le monde matériel. Mon alphabet c’est celui qui porte ou au moins qui voudrait porter l’Eclat du plus haut. L’Eclat du Suprême.

 

RD : – Et les couleurs dans et de vos livres…

 

NG: – Les artistes m’ont toujours accompagnée. Et ils sont là aussi comme un compagnonnage en écho une résonance visuelle, plastique.

Au-delà de cette anthologie, j’ai publié d’autres livres comme « treize battements du respir incertain » qui est accompagné d’une partition musicale originale de Irakly Avaliani en même temps que des encres originales de Masha Schmidt.

Un autre livre « Conversation avec les oiseaux » est accompagné par Claude Raimbourg.

 

RD : – Le poète est un être à part ou un être particulièrement nécessaire ?

 

NG : – Le poète est à part car la solitude lui est nécessaire pour percevoir, pour dire.

Le poète est une sorte de transmetteur d’une réalité supérieure, autre et en cela il est particulièrement nécessaire. Le poète est annonciateur par la perception plus aiguë.

 

RD : – Pablo Neruda définissait la poésie comme une insurrection. Victor Hugo nommait le poète «  la bouche qui dit NON ! » Comment définiriez-vous le poète de notre temps ?

 

NG : – Oui, le poète dit « Non ». Il doit continuer à dire « Non ! » au gaspillage des compétences humaines, Non à la détérioration de la nature… Non à l’insolence des hommes dans ce présent qu’est notre monde.

 

RD : – Conjuguez-vous dans vos écrits poésie et citoyenneté ?

 

NG :- Oui, bien sûr, en qualité « d’être au monde », je suis engagée dans le fait social, engagé pour le parti de l’Humain dans toute sa richesse et ses possibles productions artistiques, je suis pour une vision holistique du monde.

 

RD : – Dans votre poésie, plus qu’ailleurs, le philosophe n’a plus à éduquer le poète, il lui reconnaît son territoire, sa sphère de distinction, il s’identifie à sa pensée affective. Chère Nicole Gdalia, voudriez-vous nous dévoiler quelque chose de votre rapport à l’acte d’écrire, au temps de l’écrit et à sa pratique ? Peut-on parler d’un laboratoire de créateur dans votre cas?

 

NG : – Oui, le philosophe comme « ami de la sagesse » selon son étymologie est naturellement présent dans ma poésie. Car qu’est-ce qu’une vie d’homme, c’est-à-dire de créature créative si elle ne s’accompagne pas de sagesse, d’amitié pour elle, de recherche de proximité avec les frères humains. Oui, j’aime bien votre expression de laboratoire créateur.

 

RD : – Nicole Gdalia, lesquels seraient les récipients linguistiques et sémantiques dont vous usez le plus souvent ? 

 

NG : – Vous parlez de « récipients linguistiques et sémantiques ».

 

RD : – Je suis linguiste, comme métier.

 

NG : – Vous savez, j’ai enseigné aussi la linguistique à l’université. C’est un outil qui peut nous faire comprendre le fonctionnement de la langue ; mais la poésie justement, rompt avec le discours de la communication objective et utilitaire, la transcende, c’est-à-dire la traverse d’une manière ascensionnelle pour aller vers les sphères irrationnelles de l’image, des sons, des correspondances, des synesthésies rimbaldiennes.

Je cherche toujours le mot juste propre à exprimer un sentiment, une perception profonde et souvent fugitive.

« Recueillir les fulgurances / les modeler en mots / les surgir en paroles / échos-souvenirs »

(Les chemins du nom, 1977)

 

       Nicole Gdalia à Paris (éditions Caractères)

 

RD : –  Votre mari, le poète et l’éditeur Bruno Durocher, a vécu six ans dans les camps nazis de la mort. Il a adopté la langue française pour continuer à écrire, et il a fondé la revue puis en 1950 la maison d’édition Caractères. Deux vies pour la vie immortelle de la poésie. Un amour à deux, conjugué en poésie. Vous écrivez quelque part dans l’anthologie : Ils t’ont pris à la belle âge / traqué/ emprisonné dans leurs filets / les reîtres  (« Shoah 1 », p.95)

 Je suis née avec toi /née de toi /sans fard /ni maquillage /tout d’une pièce surgie /

j’ai vécu vrai /pour la première fois/sans lambeaux rapiécés /robe belle toute neuve/

couleur de flamboyant  (p.119)

 

       Bruno Durocher devant Caractères (Paris)

 

NG : – Oui, notre rencontre relève vraiment de ce que André Breton appelait dans l’amour fou « le hasard objectif ». Je raconte dans un film du réalisateur polonais Jerzy Tuschewski toutes les coïncidences, croisement de coïncidences qui ont présidé à notre rencontre. Perte d’une boucle d’oreille retrouvée et ramassée par lui dans la rue ; recherche inconsciente de la propriétaire… Un peu comme le soulier de Cendrillon…

Oui, Bruno Durocher m’a reconnue dans mon entier, intellectuel, poétique, spirituel, artistique et m’a permis d’être moi-même, de m’épanouir sur le terreau qui me convenait.

Caractères qui a toujours été un sacerdoce au service de la poésie et de l’art a été le fruit de notre collaboration.

 

                              Bruno Durocher à Caractères (Paris)

 

RD : – Comment peut-on faire renaître et faire réagir les mots poétiques, après avoir connu les horreurs des camps de la mort ? Que représentait la poésie pour Bruno Durocher ? Comment la voyait-il dans le monde après l’Auschwitz ? C’est presque un interdit philosophique impensable…

 

NG :- Vous reprenez l’expression d’Adorno, pourtant… Oui, Bruno Durocher a été « pris à la belle âge ». Il venait d’avoir vingt ans. Souvent il me disait : « à l’âge où l’on apprend à vivre, j’étais dans les camps de la mort… ».

 

       Nicole Gdalia et Bruno Durocher à Caractères (Paris)

 

RD : – Il n’y a pas beaucoup de mots pour décrire le pire des enfers !

 

NG : – Mais l’activité poétique l’a sauvé. Contre l’inhumanité, l’avilissement, les prisonniers disaient des poèmes, en écrivaient comme ils le pouvaient sur des papiers trouvés volés. C’est sans doute cela qui l’a sauvé. C’était leur résistance. Celui qu’on avait appelé « le Rimbaud de la poésie polonaise » car il avait déjà publié  à 17 ans deux livres tapageurs et écrit un troisième qui sera perdu et réécrit plus tard, était déjà un poète dans sa parole et ses choix existentiels. Son roman « le livre de l’homme » en parle.

 

RD : – Nicole Gdalia, vous avez repris avec conviction et avec espoir,  les éditions Caractères et vous leur avez donné un air de famille internationale. Pendant que d’autres maisons d’édition françaises ont peur de s’ouvrir aux étrangers, vous avez misé sur la poésie de l’humanité et les mélodies des langues et des cultures. Vous êtes une vraie ambassadrice des poètes universels. Je vous en félicite ! Votre programme éditorial vous permet de traverser le monde. Comment perçoit l’éditrice Nicole Gdalia le monde poétique actuel ? En déroute ? En recul ? En plein changement ?

 

       Nicole Gdalia avec Gao Xingjian, Marie Cellier, présidente de la Société des Gens de Lettres et Anny Romand, comédienne

 

NG :- Oui, dans le monde entier il y a des poètes et il nous a toujours semblé indispensable de les entendre, de les faire connaître. Il y a une fraternité mondiale des poètes. La poésie actuelle change un peu de forme car elle s’externalise avec le Slam, les performances ; elle correspond en cela à la tendance du tout « objectif » tout visuel de notre société. Je pense que cela va s’épuiser au profit d’une plus profonde authenticité, d’un retour aux prolégomènes.

 

RD : – Est-ce qu’un éditeur de poésie peut encore avoir un mot important à dire dans le monde du livre ? Comment faire fonctionner et rayonner une maison d’édition comme la vôtre, qui fait bousculer la routine… et qui ne se laisse pas acheter par les gros éditeurs ?

 

                              Nicole Gdalia et Bruno Durocher à Caractères (Paris)

 

NG : – L’Édition de poésie est presque un sacerdoce. C’est une résistance au monde du marché. Je travaille bénévolement sans me salarier et le retour commercial est malheureusement faible car les livres de poésie se vendent très peu même lors de lectures et manifestations.

Elle est hors des voies commerciales. On dit que je suis une maison d’édition élitiste car je ne me préoccupe que de la qualité du texte ; oui, sans être élitiste, je recherche la qualité comme un bien pour tous, à tous.

 

RD : – Poète et éditrice, vous travaillez avec les mots et pour les mots. Lesquels seraient les mots-clés de votre vie ? Et comment les faites-vous vivre ?

 

NG : – Les mots clefs d’une vie, de ma vie sont : amour, clarté, intelligence du cœur, fraternité, vérité, amélioration du monde dans lequel nous vivons. Caractères fait dialoguer les cultures en vue d’un progrès pour tous.

 

RD : – De toutes les collections de votre maison d’édition, souvent bilingue, laquelle est la plus représentative pour votre ligne éditoriale? Et pour quelle raison, s’il vous plaît ?

 

NG : – Toutes sont représentatives. Elles sont comme les branches d’un arbre.

La collection « Caractères » concerne la langue française. La collection « Planètes » les langues étrangères. Celle-ci est bilingue et s’est considérablement enrichie en titres et langues. Et je suis particulièrement heureuse lorsque je peux élargir le champ des langues. Ce catalogue dépend des traducteurs que l’on peut trouver pour des langues plus rares comme le pachto ou le malayalam ou d’autres langues africaines. J’ai fait réécrire à un poète africain sa poésie en wolof.

 

RD : – Nicole Gdalia, vous travaillez aussi avec des plasticiens pour la vie des idées en poésie. Penser la poésie, la sentir, la représenter. Illustrer les sons des émotions. Créer une relation entre le texte et l’image de l’imaginaire commun… Un livre illustré se vend-il mieux qu’un livre « nature » ? La couleur suscite-elle un surplus de curiosité et de plaisir chez le lecteur ?

 

NG : – Il ne s’agit pas d’une recherche commerciale. Le travail avec les artistes correspond à une conviction profonde que poésie (mots) et art (art plastique) mais aussi musique… vont de pair avec la poésie.

Nos livres sont à plusieurs voix.

J’ai créé une collection « Arts en résonance » qui allie un poète, un peintre, un musicien travaillant ensemble pour un même livre dans lequel nous mettons une partition musicale et parfois un CD. Nous unissons différentes formes artistiques.

Nous organisons aussi des expositions dans notre Librairie-Galerie souvent accompagnées de lectures poétiques et musicales.

 

RD : – Auteurs masculins/auteurs féminins dans la poésie actuelle. Les éditions Caractères donnent une place égale à tous les poètes et écrivains. Peut-on affirmer que les programmes d’autres éditeurs oublient un peu les femmes ? J’avais lu dernièrement un article sur ce sujet (le machisme de certains éditeurs et de ceux qui composent les programmes scolaires) dans Libération.

 

NG :- Pour ma part j’accueille avec le même intérêt un texte d’homme ou de femme. C’est la qualité qui prime dans tous les cas.

Je publie prochainement un poème dramatique qui est le monologue d’une femme à son alter ego, l’homme, avec musique et scénographie… Il y aura 3 versions imprimées car il a inspiré trois artistes différents.

 

RD : – Puisque vous êtes l’invitée spéciale de Levure littéraire n°13, dont le thème est : Être ou faire partie intégrante du TOUT, thème qui vous va comme un gant, comment répondriez-vous à cette question?

 

NG : – Oui ce thème me convient très bien. En effet nous faisons partie d’un Tout. J’ai écrit il y a déjà longtemps ce poème :

« Animal de la terre / je rejoins mes familles / roc plante oiseau / pour le voyage initiatique / de l’univoque retrouvaille » (Les chemins du Nom).

Le but d’une vie c’est de donner le maximum d’expansion, de rayonnement positif, d’intégration à l’univers entier dont nous ne sommes qu’une parcelle, comme une justification à ce cadeau qui nous a été donné de « vivre »

 

RD :  Aimeriez-vous conclure cette discussion par un poème manifeste d’un auteur que vous avez édité ?

 

NG : – Rayons

 

Tout est éventail

Frère : ouvre les bras

Dieu est le point 

 

       Federico Garcia Lorca, Suite des miroirs (Éditions Caractères, 1951)

 

       Nicole Gdalia et Gao Xingijan, Editions Caractères, Paris 2016

 

Et récemment, de Gao Xingjian, le prix Nobel 2000 dont je viens de publier l’œuvre poétique complète, un poème bref :

 

Pensée

 

La pensée

flambe dans le feu

s’apaise dans l’eau

flotte dans les nuages

s’écoute dans le coeur

 

(Esprit errant pensée méditative, 2016)

 

                                                                             Peinture de Gao Xingjian

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

Née à Tunis, Nicole Gdalia après des études à la Sorbonne, devient journaliste, poète, sculpteur. Agrégée de lettres, docteur en sciences de l’art et des religions, chercheur au CNRS, elle a enseigné à la Sorbonne nouvelle et à l’Ecole pratique des hautes études (5e section).

Épouse de Bruno Durocher, elle dirige depuis sa disparition (1996) les Editions Caractères.

Nicole Gdalia a repris et mène merveilleusement bien l’engagement culturel de cette maison. En 2017, les Editions Caractères vont fêter leurs 67 ans. Longue Vie !

Articles similaires

Tags

Partager