Interview avec l’éditrice canadienne Linda Leith

 

(photo de 1993, avec Matrix et son premier roman Birds of Passage)

 

 

 

« Pour réussir, il ne faut pas être bon, il faut être irrésistible »

 

 

 

Native de Belfast, Linda Leith est arrivée à Montréal jeune, avec sa famille, en 1963, après quelques années passées en Grande-Bretagne et en Suisse. Le Québec de ces années-là était en pleine crise avec le FLQ dont certaines cellules étaient responsables d’actions terroristes crise qui se termina avec le meurtre du ministre du Travail Pierre Laporte. En 1970, elle part à Londres pour des études, et quatre ans plus tard, elle s’installe définitivement à Montréal, qu’elle nomme « chez elle ». Mariée à un Hongrois et mère de trois garçons, Linda Leith choisit de vivre dans un endroit traversant de grands bouleversements sociaux et politiques : la Révolution tranquille, la formation du Parti Québécois et son ascension au pouvoir sous la houlette de René Lévesque, deux Referendums pour la séparation du Québec du Canada. Professeur au Collège John Abbott, rédactrice et recherchiste pour plusieurs revues littéraires et éditrice pour la maison d’édition Véhicule Press, elle évolue dans le contexte nationaliste des années 70, lorsque le français est devenu la pierre angulaire de l’identité québécoise, après le déclin de l’Église. Petit à petit, elle va réaliser toutefois le paradoxe caractérisant la carrière des auteurs à cette époque, des gens qui écrivaient en anglais dans une province majoritairement francophone. Étrangement, le succès mondial de l’anglais s’avérait un handicap lourd pour les auteurs anglophones du Québec, là où l’anglais était depuis toujours perçu comme la langue de l’oppresseur. Bref, les écrivains anglo-québécois étaient quelque chose qui n’existait pas, ils étaient tombés tout simplement dans le fossé entre le Canada et le Québec.

La carrière de Linda Leith comporte plusieurs volets : essayiste littéraire, avec des livres, des articles et des conférences qui portent sur la littérature québécoise, tant anglophone que francophone. Ensuite, l’écrivaine Linda Leith, avec des romans tels que The Desert Lake, The Tragedy Queen (Un Amour de Salomé, XYZ Éditeur, traduit par Agnès Guitard, 2003), Birds of Passage et son récit autobiographique Épouser la Hongrie (Leméac Éditeur, 2004, traduit par Aline Apostolska). Et également manager culturel. Linda Leith a été impliquée dans la plupart des évènements culturels majeurs au Québec touchant la scène littéraire anglophone. L’une de ses marques indélébiles laissées dans le paysage culturel montréalais est le Festival littéraire international Metropolis bleu, lieu unique de rencontre des deux langues, même plusieurs, et des deux cultures, francophone et anglophone. La première édition s’est déroulée en avril 1999 à l’hôtel Europa, et depuis le festival continue sa carrière et sa renommée.

 

Plus de détails sur la carrière de Linda Leith, sur

http://www.lindaleith.com/pages/lindaLeithBio

 

Au long de sa carrière littéraire, Linda Leith s’est toujours investie comme recherchiste ou éditrice  sans être rémunérée. La plupart du travail effectué auprès des magazines Montreal Review ou Matrix, c’était des heures et des heures de bénévolat, des heures volées à ses propres projets littéraires. Elle a même quitté un poste confortable en enseignement pour se dédier à temps plein à divers projets culturels, surtout au Festival Metropolis bleu, qui était encore loin de lui assurer le même revenu. Dans son livre, elle parle avec beaucoup de transparence du lourd problème du financement qui tue beaucoup d’initiatives en herbe. Ce n’est que quelqu’un avec la volonté, la détermination  et l’enthousiasme de Linda Leith qui peut réussir dans ce contexte de méfiance, de méconnaissance et de sous-financement.

 

 

 

(photo de 1995, Guy Rodgers président et LL vice-présidente, Federation of English-language Writers of Quebec, avant la création de la Quebec Writers’ Federation)

 

 

 

Cette interview fait suite  à  la parution du dernier titre de Linda Leith, Écrire au temps du nationalisme[1], une entrée très importante dans la littérature franco-québécoise. La toile de fond de ce véritable document d’histoire culturelle est la division entre le Canada et le Québec. Le sujet va dans les détails d’une vie dédiée à sortir du silence, du néant une communauté littéraire. Il y eut des espoirs suivis de défaites, des découragements, d’innombrables obstacles mais, par-dessus tout, un indéfectible enthousiasme.  À cet égard tout était à bâtir, et lorsqu’on n’a pas de repères ni points de référence on risque de bien faire les choses.

Cette interview porte sur le contenu de ce livre et sur la bataille de Linda Leith pour faire en sorte que les auteurs anglophones de Montréal parlent plus fort[2].

 

 

 

 

 

 

Felicia Mihali : – Linda Leith, vous dites au début de votre livre que le point de départ de vos démarches était de réduire la distance existant depuis toujours sur le plan littéraire entre les francophones et les anglophones. Après quelques années de recherches littéraires, vous avez constaté que le bilinguisme ne s’applique pas de la même manière à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Province. Quelle était à l’époque l’attitude généralement partagée concernant le pluralisme ?

 

Linda Leith : – On parle d’une période où le français et l’identité québécoise étaient primordiaux dans le milieu littéraire. Pluralisme était à peine sur le radar au Québec avant 1985 quand Dany Laferrière a eu son premier succès avec Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer. Émile Ollivier a reçu le Grand prix de la Ville de Montréal en 1991. Si on parle du Prix Athanase-David, créé en 1968 pour couronner l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, Monique Bosco, juive d’origine autrichienne, est en 1996 la première personne d’origine étrangère qui a été couronné par ce prix?

 

F.M. : Dans les années 80, lorsque vous et d’autres comme vous avez commencé à parler d’une littérature anglo-québécoise,  la littérature québécoise étant définie comme une littérature d’expression française. Bref, on ne vous reconnaissait véritablement pas le droit de revendiquer le terme québécois de cette double identité. Pensez-vous que c’est toujours le cas ?

 

L.L. : Il y a plus d’ouverture aujourd’hui, grâce à plusieurs changements, dont le succès du Festival Metropolis bleu, le travail important de la Quebec Writers’ Federation et de l’intérêt que les chercheurs universitaires ont récemment montré pour la littérature anglo-québécoise. Il faut parler aussi de la vitalité indéniable du milieu littéraire anglo-montréalais depuis une quinzaine d’années et de la renommée internationale d’un nombre croissant d’auteurs anglophones.

 

 

 

(1998, la période de planification de Metropolis bleu ; photo: Yassaman Ameri).

 

 

 

F. M. : – Votre maturité créatrice coïncide avec les années 80 que vous définissez comme une époque où les écrivains anglo-québécois traversaient une période de démoralisation et d’indignation, car ils se sentaient doublement oubliés et négligés. C’est alors que vous avez compris le paradoxe d’utiliser une langue qui a la réputation de dominer, mais dont l’utilisation à Montréal vous rendait minoritaire au sein d’une autre minorité. Quels sont les objectifs que vous vous êtes proposés pour changer cette situation et, en fin de compte, pour placer Montréal un peu plus près du centre, qui était Toronto ?

 

L.L. : Il nous était important que Toronto, centre de l’industrie du livre et de l’édition canadienne-anglaise, reconnaisse nos livres, notre talent, et notre existence, mais il nous semblait – il me semblait, au moins, au cours de mes recherches dans les années 80 – impossible de convaincre les Torontois littéraires dans les maisons d’édition, dans les médias, etc. de la qualité et de l’originalité de nos écrits. Je parle ici des écrits des auteurs anglophones surtout, mais le milieu torontois n’était pas intéressé par les écrits des auteurs francophones non plus. La solution était de placer Montréal et le Québec sur la scène littéraire internationale. On savait que Toronto serait intéressé si Londres et New York et Dublin se montraient intéressés. Voilà pourquoi le Festival littéraire international Metropolis bleu était si important.

 

F.M. : D’une  recherchiste, comme vous vous définissez, vous êtes devenue une militante, car ce n’est que quelqu’un qui connait très bien les réalités profondes d’une société qui puissent aspirer à s’impliquer et, éventuellement, à apporter des changements. Plutôt que de rendre compte, vous avez décidé de transformer la situation.  Est-ce qu’il y a eu des faux pas ?

 

L.L. : J’étais assez naïve, même si j’étais montréalaise depuis 1963. Je travaillais avec deux amies qui connaissaient le milieu francophone mieux que moi, mais on était toutes un peu étonnées par le défi d’organiser un événement littéraire en collaboration avec l’UNEQ en 1996, c’est-à-dire Write pour écrire, qui s’est déroulé au Lion d’or. Cet événement-là avait été un grand succès, et l’UNEQ était bien content. Malheureusement, quand on a voulu organiser un festival littéraire international deux ans plus tard, il y a eu des malentendus et au moins un faux pas.

 

F.M . : – Vous citez l’exemple de Margaret Atwood, qui reste un monument de longévité littéraire, de transformation et d’adaptation, malgré le peu d’enthousiasme que ses œuvres réveillent dernièrement. Inévitablement, être sur la scène littéraire si longtemps, ça réveille le ressentiment, la jalousie et finalement la fatigue. Toutefois, appliquée au contexte de la littérature anglo-québécoise, sa phrase Il faut se donner les moyens gagne beaucoup de pertinence. Quelle a été la leçon de Margaret Atwood à suivre par les auteurs anglophones d’ici ?

 

L.L. : Au début de sa carrière, dans les années 60 et 70, Margaret Atwood a été impliquée dans la création de l’infrastructure torontoise qui soutenait la production et la promotion de la littérature canadienne depuis cette période. Il fallait écrire, oui, bien sûr, mais cela ne suffisait pas. Il fallait créer les organisations qui appuieraient une littérature canadienne, et elle a travaillé sans rémunération avec ses collègues et ses intimes qui partageaient le même désir. Si on parle de maisons d’édition, de revues littéraires, du Writers’ Union of Canada,  des séries de lectures, du Festival international des auteurs à Harbourfront, du Writers’ Trust, de prix littéraires, ce sont eux qui ont bâti l’infrastructure dont ils avaient besoin. Ils ont mis Toronto sur la scène nationale et internationale. Ce que ces Torontois ont fait dans les années 60 et 70 n’a pas beaucoup aidé les auteurs anglo-québécois, mais l’exemple de Margaret Atwood m’a inspirée à Montréal dans les années 80 et 90.

 

F.M. : Les écrivains anglophones qui avaient choisi de rester au Québec au lieu d’aller nager dans le grand océan anglophone de Toronto, de New York ou de Londres, avaient pris des risques. Vous parlez du manque de stimulation, de lecteurs, de reconnaissance, de visibilité et d’honneurs. Et cela dans le contexte où le camp francophone ne savait rien de cette réalité. Au contraire, ils enviaient des auteurs canadiens. Ne parlons pas que le reste du Canada et même certaines voix d’ici disaient tout simplement que cette littérature n’était pas assez bonne pour percer. Quelle serait donc la clé du succès des auteurs anglo-québécois qui ont réussi malgré tout à se faire entendre ?

 

L.L : On a d’abord travaillé ensemble.  Nous étions un groupement d’auteurs montréalais dont Guy Rodgers, Ann Charney, Mary Soderstrom, Peter McFarlane, et Merrily Weisbord au début. On a travaillé fort, pendant des années, en créant l’infrastructure dont nous avions besoin. On a continué à écrire  aussi, et on a accueilli de nouvelles recrues – des douzaines d’auteurs, d’éditeurs, de bibliothécaires, de libraires, de directeurs de nouvelles revues littéraires, de critiques, de journalistes. Finalement, il y a eu une percée quand un de nos amis, Yann Martel, a connu un succès international avec son troisième livre, le roman Histoire de Pi (la version originale anglaise est paru en 2001 et a été lauréat du Prix Booker 2002). Le Montréalais d’origine libanaise Rawi Hage a lancé son premier roman Parfum de Poussière au festival Metropolis bleu en 2006 et a reçu le Prix Dublin IMPAC en 2008. Ce sont les deux prix internationaux les plus prestigieux au monde pour le roman en anglais. Il y a d’autres exemples, dont Anne Carson, Louise Penny, et j’en passe. Dans tous ces cas, le succès international a été suivi par un succès torontois et canadien. C’est ça la clé : le succès international qui fait en sorte que l’auteur devient irrésistible.

 

 

 

(en photo:  nov. 1999, après le premier festival: artiste Melvin Charney, écrivain Ann Charney, écrivain Edward O. Phillips, LL, et Kenneth Woodman, former Director of the McGill Conservatory of Music)

 

 

 

F.M. : Si la division par rapport aux franco-québécois est compréhensible, vous parlez aussi de la division qui existe dans votre propre camp. Vous racontez avec humour les épisodes passés lors de vos interviews lorsque vous posiez aux auteurs anglophones la question à savoir s’ils connaissaient d’autres auteurs anglophones  de Montréal. Presque tous répondaient invariablement non. C’était peut-être la première fois pour vous de constater que le ressentiment des écrivains n’a pas de limites. Comment expliquez-vous cette attitude ?

 

L.L. : Les écrivains de cette époque avaient si peu, et ils avaient tellement besoin d’attention de la part des journalistes, des critiques, des lecteurs qu’ils ne voulaient rien partager. Je comprends leur attitude assez bien, dans cette situation, mais c’est tellement contre-producteur. On avait besoin de solidarité, pas d’égoïsme.

 

F.M. : Au début de votre démarche de rapprochement de la communauté franco-québécoise, vous parlez de la leçon tirée de l’expérience de Gail Scott et Erin Mouré, celles qui avaient su tourner leur situation précaire d’auteures féministes gaies et  anglophones à leur avantage. L’épisode m’a vraiment impressionné, et je vais vous laisser nous expliquer en quoi l’expérience d’un groupe marginal pouvait servir de modèle à toute la communauté littéraire anglophone du Québec. 

 

L.L. : Les féministes anglophones de Montréal, dont les réseaux s’étendaient aussi à des femmes du Canada anglais, faisaient partie des écrivains anglophones dont les contacts avec le milieu francophone étaient des plus développés. Elles avaient su tourner à leur avantage leur situation particulière. En tant que lesbiennes, elles aussi se sentaient exclues, mais alors que certains d’entre nous se sentaient rejetés à la fois par le Canada anglais et par le Québec, elles avaient réussi à se faire accepter des deux côtés auprès d’un lectorat réceptif. Si elles se sentaient marginales, elles avaient su transformer cette marginalité en une forme attirante de transgression. J’ai trouvé leur succès inspirant.

 

F.M. : Dans votre livre, vous parlez d’un âge d’or de la littérature de langue anglaise au Québec, celui des années 40 et 50, dominé par Hugh MacLennan mais aussi par des jeunes voix en train de surgir sur la scène littéraire : Mavis Gallant, Brian Moore et Mordecai Richler. Trois décennies plus tard, dans les années 70 et 80, les écrivains de langue anglaise de Montréal sont devenus presque invisibles. Toutefois, en ce début du millénaire, vous parlez d’une véritable renaissance littéraire anglo-québécoise, semblable à celle de l’après-guerre. Vous citez des auteurs comme Yann Martel, Rawi Hage, Anne Carson, Jeffrey Moore, Madeleine Thien, Anita Rau Badami, Miguel Syjuco, Ann Charney, Edeet Ravel, Neil Smith, Heather O’Neill. De quelle manière cette renaissance pourrait-elle être associée à des actions téméraires comme la vôtre ? 

 

L.L. : Le succès littéraire est le succès d’un auteur, il est très personnel et particulier, dépendant du talent et de la détermination d’un seul individu, mais il dépend aussi d’une communauté, d’un contexte et d’une infrastructure qui rend possible la publication, la diffusion et la promotion de l’œuvre de cet auteur. Écrire en anglais ne suffit pas, il faut avoir de l’appui de la communauté. Avec la création depuis la fin des années 80 des organismes comme QSPELL et la Quebec Writers’ Federation, la création des prix littéraires, des événements littéraires publics, d’un festival littéraire international, de nouvelles revues littéraires et maisons d’édition, et d’une association des éditeurs, le renouvellement de la bibliothèque Atwater, et la publication des histoires littéraires, la communauté littéraire anglophone a créé les conditions nécessaires pour le succès de ses auteurs. Cet énorme travail a été fait en grande partie par des bénévoles. Le résultat a été éblouissant.

 

F.M. : Au moment  où vous écriviez votre livre en anglais en 2010 vous étiez loin de vous douter des résultats des élections de 2014, lorsque le Parti Québécois a perdu son leadership et son appui auprès de la population. Le nationalisme n’est pas essoufflé mais il a évolué, vous écrivez. Toutefois, écrire au Québec sera toujours écrire dans un contexte nationaliste. De nos jours, serait-il plus facile ou plus difficile qu’il y a 15 ans d’initier un festival comme Metropolis bleu?

 

L.L. : Il devrait être plus facile maintenant, grâce à la plus grande ouverture que j’ai sentie pendant mes dernières années au Metropolis bleu. Cela dit, j’étais choquée par la Charte de valeurs québécoises proposée par le gouvernement péquiste en 2013 et un peu étonnée par le grand nombre de Québécois qui l’ont appuyée. Dans un tel contexte, il serait difficile voire impossible de concevoir la création d’un festival plurilingue et ouvert aux immigrants de partout. J’ai trouvé le débat public autour de la Charte et du rôle de l’autre dans la société québécoise inquiétants. Heureusement, la question identitaire s’est finalement avérée ne pas être la principale préoccupation de l’électorat.

 

F.M. : Il fallait s’attendre à ce que votre initiative de créer un évènement conjoint avec la communauté francophone n’échappe pas aux ressentiments et aux attaques. Le Festival Metropolis bleu a été considéré « un complot fédéraliste pour saper la langue et la culture française du Québec », alors que vous étiez devenue, ni plus ni moins, que la Stéphane Dion[3] du milieu littéraire. En même temps, certains auteurs anglophones non plus ne vous ont pas épargné. Au goût de certains, le Festival Metropolis bleu était trop peu anglophone, sachant que ce grand évènement passait pour une initiative anglophone. Est-il difficile de travailler dans ces conditions et quel est le secret de votre survivance ?

 

L.L. : Il est difficile de travailler dans ces conditions, oui. Ici aussi la clé est le succès. C’est le succès du Festival qui a créé des ennemis, oui, mais c’est aussi son succès qui a convaincu le public d’y assister, les médias de le couvrir, et les commanditaires et les gouvernements de l’appuyer. Il s’agit de beaucoup de travail et de beaucoup de stress.

 

F.M. : La réaction de Toronto face au Festival Metropolis bleu a été marquée par l’incompréhension. Heureusement, du côté francophone vous avez eu l’appui de personnes comme Jean-Claude Germain, Louise Dupré, Lise Gauvin, André Vanasse, ce qui montre l’ouverture de certains francophones et leur apport à l’épanouissement de ce Festival. Bientôt, le péché de Metropolis bleu sera de devenir grand, international et multilingue. Dans toute entreprise culturelle, on ne pardonne par l’insuccès encore moins le succès. Mais votre philosophie est que les attaques se tournent souvent contre ceux qui les profèrent.  Êtes-vous toujours en si bons termes avec le côté francophone de la ville ?

 

L.L. : Il y a toujours eu des francophones qui ont apprécié l’ouverture, la diversité, et l’innovation, oui, absolument. Depuis mon départ du Festival j’ai plus d’amis francophones que jamais.

 

F.M. : Votre livre se termine sur la prophétie que le nationalisme québécois est comme un volcan qui peut se réveiller à tout moment. Cela veut dire aussi de nouveaux défis pour les auteurs anglo-québécois. Sont-ils mieux munis pour faire face aux épreuves qu’il y a vingt ans ? 

 

L.L. : Sans doute. Les anglophones du Québec ont appris qu’ils sont bel et bien une minorité, la plus grande minorité du Québec, ce qui n’était pas le cas il y a trente ans. Grâce au travail de sa communauté littéraire, cette minorité a maintenant une connaissance de ses auteurs et de son histoire littéraire extraordinaire. Et depuis la fin des années 90 cette minorité dispose d’une excellente infrastructure culturelle. Ce sont de grands bienfaits et ils joueront un rôle important dans n’importe quel contexte politique.

 

F.M. : Vous dites quelque part dans votre livre que les auteurs anglophones d’ici doivent accepter l’évidence que Toronto est le centre et Montréal la marge. Tous ceux qui veulent faire leur marque ne doivent pas être bons, ils doivent tout simplement être irrésistibles. Évidemment, être irrésistible est tout ce qu’un auteur désire où qu’il soit dans le monde. Maintenant que vous êtes à la tête de votre propre maison d’édition, Linda Leith Publishing, qu’est-ce qui rendrait un auteur irrésistible à vos yeux?

 

L.L. : Les auteurs ne parlent normalement pas d’être irrésistibles, du moins pas jusqu’ici, mais je crois que c’est une qualité importante quand il s’agit de la réception publique d’un auteur et de son œuvre. Cela veut dire pas seulement la qualité de l’œuvre, même si la qualité reste primordiale. Cela veut dire aussi que l’auteur ait un certain charisme, ce qui n’est pas toujours évident avant la publication de son livre. Quand je lis des manuscrits pour ma maison d’édition, je cherche une voix authentique et inimitable, bien sûr, un talent indéniable. Et si un livre m’intéresse, je veux voir comment son auteur parle de son livre, comment il se présente au monde. Je suis ouverte à ceux qui sont peu connus ou encore inconnus et j’adore les aider à se faire connaître. Je suis très fière de mes auteurs et de leur succès.

 

 

 

(déc. 2004: Carlos Fuentes (lauréat du Grand prix international Metropolis bleu 2003), son épouse Silvia Lemus Fuentes, et Linda Leith, Feria internacional del Libro, Guadalajara 2004; Ingrid Bejerman)

 

 

 

F.M. : Finissons sur une note personnelle, loin des vagues du passé. Revenons au présent, au futur, à vous. Vous êtes une écrivaine accomplie, ayant souvent dû laisser de côté ce qui lui tient le plus à cœur pour se consacrer aux autres. Récemment, vous avez réussi à finir le roman auquel vous travailliez depuis quelque temps. De quoi parle-t-il ?

 

L.L. : De l’amour. C’est une histoire d’amour inattendue. Vous avez raison que c’est l’écriture que me tient le plus à cœur, mais c’est une question d’équilibre. Il m’était difficile de trouver le temps d’écrire quand je travaillais à Metropolis bleu, ce qui explique en grande partie mon départ du Festival. Mais j’ai beaucoup d’énergie, et écrire à temps plein, ce n’est pas la vie pour moi. Après deux ou trois ou quatre heures d’écriture je veux faire quelque chose d’autre, et ma préférence est de travailler avec d’autres auteurs.

 

 

 

 

 

 

http://www.lindaleith.com/pages/splash?Lang=FR

 

 

 



[1] La traduction d’Alain Roy du titre original Writing in the Time of Nationalism est publiée dans par Lémeac Éditeur, en 2014

[2] Le terme est pris de l’article de Lise Bissonnette, publié dans Le Devoir, en février 1996 : « Plutôt que de les rejeter, comme autrefois, il faut les amener à parler plus fort. »

[3] Ministre fédérale des Affaires intergouvernementales devenu la plaie des nationalistes à la suite de la foulée du référendum en 1995.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Par Felicia Mihali

 

 

NOTE BIOBIBLIO :

 

Journaliste, romancière, et professeur, Felicia Mihali vit présentement à Montréal. Après des études en français, chinois et néerlandais, elle s’est spécialisée en littérature postcoloniale à l’Université de Montréal, où elle a également étudié l’histoire de l’art et la littérature anglaise. Son premier roman, Le pays du fromage, a été publié en 2002 chez XYZ Éditeur, suivi par Luc, le Chinois et moi en 2004, et La reine et le soldat, en 2005, Sweet sweet China en 2007, Dina en 2008, Confession pour un ordinateur, en 2009 et L’enlèvement de Sabina, en 2011. Depuis 2012, elle écrit aussi également en anglais. Son premier livre, The Darling of Kandahar a été sélectionné par la célèbre émission Canada Reads dans le top des dix meilleurs livres québécois. En 2104, elle publie son deuxième roman an anglais, A Second Chance.

 

http://www.feliciamihali.com/www/home.html

 

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