Horia Badescu

 

Horia Badescu2

 

(Roumanie)

 

 

 

L’étranger qui porte ton visage.

 

 

*

 

La parole venait avant

et après,

sur l’heure

parlait le silence :

jusqu’aux entrailles

la poussière se donnait

à la pluie,

sur l’heure

l’orme va bénir la cendre d’un jour

qui n’est pas tien,

sur l’heure

tu vas passer la main

à l’étranger qui porte

ton visage.

 

 

*

 

Devant le miroir

comme devant la mort :

au-delà

quelqu’un que tu ne reconnais

plus,

au-delà

le désert qui habite

son regard,

au-delà

les lambeaux de silence,

bandages sur l’orifice

de sa bouche.

 

 

*

 

Il fait nuit dans ta

chair ;

la lumière qu’y se cache

se cèle encore plus.

Quelqu’un, la torche

à la main

s’égare en toi

loin de lui,

loin de toi la torche à la main,

la torche, sa main…

Derrière lui

une poignée de poussière dessine

l’horizon,

une poignée de poussière…

 

 

*

 

A travers jours

et mémoire :

de tant des choses

tu te souviens,

mais de toi rien!

Peaux de serpent éparpillées

parmi des pierres tout au long

du chemin ;

en lambeaux la peau du vent,

en creux le visage du puits

où se noie

à travers jour

et mémoire

l’étranger qui passe

par le désert de tes yeux

embrumés.

 

 

*

 

Tu n’as plus pleins pouvoirs ;

le jour vient lui-même

de l’abîme,

sur son seuil personne

pour lui faire place au-delà

de la mémoire,

sur son seuil rien

dont il puisse se souvenir ;

Tu n’as plus pleins pouvoirs

sur toi-même,

ni le pouvoir

de ne jamais laisser seul

le poème.

 

 

*

 

La parole d’avant la parole

est-elle tienne ?

Est-elle tienne la lumière

qui de son ombre

se revêt,

qui de sa nuit se donne

un corps ?

Et le silence qui accouche

cette parole

que ta bouche n’a pas encore

dite ?

Le visage que ton nom portera

demain

est-il tien ?

 

 

 

(Les poèmes de ce choix proviennent de recueils  Un jour entier et Miradors de l’abîme)

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

Horia Badescu  – BIO

Né en 1943, à Aref-sur-Arges (Roumanie), poète, prosateur et essayiste roumain, docteur ès lettre, journaliste et diplomate, lauréat de l’Académie roumaine en 1991 et du Prix Européen de Poésie francophone « Léopold Sedar Senghor » en 2004, membre du conseil d’administration de la Maison Internationale de la Poésie de Bruxelles et président d’honneur de l’Association Rencontres Européennes-Europésie , membre de l’Union des Ecrivains français et de l’Académie Universelle de Montmartre et membre d’honneur de l’Académie francophone et de l’Union des Poètes francophones, membre du CIRET et du comité international de rédaction de la revue « Mémoire du XXIe siècle », Horia Badescu  est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages de poésie, de romans et d’essais publiés en Roumanie, France, Belgique, Etats-Unis, Macédoine, Bulgarie, Vietnam. Membre fondateur du mouvement littéraire Equinoxe, il a fondé aussi en 1991 le Festival International de Poésie « Lucian Blaga ».

 

Parmi ses ouvrages traduits ou écrits en français :  Le visage du temps  (poèmes, Librairie bleue, 1993),  Le fer des épines ( poèmes, l’Arbre à parole, 1995), Exercices de survie (poèmes, La bartavelle éditeur, 1998), Les syllogismes du chemin ( poèmes, l’Arbre à paroles, 2000), Le vol de l’oie sauvage (roman, Gallimard, 2000), La mémoire de l’Etre – la Poésie et le Sacré (essai, Editions du Rocher, 2000), Abattoirs du silence ( poèmes, AB éditions, 2001), Le vent et la flamme (poèmes, Librairie bleue, 2002), Un jour entier (poèmes, l’Arbre à paroles, 2006), Miradors de l’abîme (poèmes, l’Arbre à paroles, 2008), Parler silence (poèmes, l’Arbre à paroles, 2010), Roulette russe (poèmes, L’herbe qui tremble, 2015)

 

Traduite aussi en allemand, espagnol, russe, hongrois, hindi,  la poésie de Horia Badescu « réponde à une nécessité vitale. Elle ne chante pas pour séduire mais pour sauver. Elle constitue un exercice de survie. » (Jean Max Tixier) Comme écrivait aussi  Luc Norin : «  Ce n’est pas pour rien que plus de vingt ouvrages (toutes disciplines confondues) du Roumain Horia Badescu ont trouvé des éditeurs en divers pays et continents. S’il écrit naturellement en français, l’ancien directeur du Centre culturel roumain à Paris n’en aura jamais fini de creuser en poésie et de mettre en abîme les interrogations humaines… Horia Badescu nous précède en nos déserts. Et relève les repères. »

 

 

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