Hélène Cardona

 

 

 

 

 

(USA)

 

 

 

 

RD: – Hélène Cardona, vous êtes une actrice, une star du cinéma contemporain, et un poète avec un très beau parcours d’humaniste. Vous êtes une très belle femme, avec des études de lettres à la Sorbonne (philologie et traductologie, master sur Henry James), des études de musique (piano, Genève), de danse (Paris, Genève, New York), et une riche activité cinématographique. Une vraie tornade artistique, une vraie muse pour les autres poètes et artistes. Quand la muse a elle-même des muses, que devient alors l’inspiration artistique? Est-elle plus complexe ou beaucoup plus simple?

 

 

 

 

HC : – Tout a commencé lors de mon enfance. Je suis née à Paris, mais nous avons déménagé presque tout de suite à Genève. À l’exception de quelques années vécues à Genève même, et d’une année à Monte Carlo quand j’avais quatre ans, j’ai passé mon enfance dans les montagnes. La nature fut ma muse primordiale. Les Alpes et le Jura sont magnifiques. Je faisais de longues randonnées avec mon chien et me baladais à bicyclette pendant des heures. Nous habitions dans un petit village isolé, au pied du Jura, et j’étais en communion totale avec la nature. Je lisais beaucoup. Je me plongeais dans les romans et les contes de fées. C’était féerique. Je lisais beaucoup de poésie et de romans. J’ai commencé à jouer du piano quand j’avais six ans, et à faire de la danse (ballet) quand j’avais cinq ans. La musique a joué un rôle prédominant dans ma vie depuis très tôt. Le Conservatoire de Musique de Genève était un lieu sacré pour moi, tout comme les forêts et la montagne. Je me sentais chez moi et protégée dans les halls et les merveilleuses salles du Conservatoire. On pouvait entendre la musique s’échapper des différentes salles et j’avais toujours hâte de rencontrer ma prof et de jouer ou d’entendre les nouveaux morceaux qu’elle allait me proposer. Je pratiquais le piano à la maison chaque jour pendant une heure ou plus et le temps s’envolait. C’était comme si je visitais un autre monde. Bien sûr je n’avais pas de mots pour partager cette expérience à l’époque, mais c’était une belle méditation.

 

 

 

 

J’ai commencé à voir des films dans les cinémas de Genève mais c’est véritablement quand j’ai déménagé à Paris à quatorze ans pour aller au lycée que j’ai vu énormément de films. Les chaînes françaises montraient aussi beaucoup de films américains. Et j’allais voir tous les films français et européens. Les cinémas de Paris offraient beaucoup de classiques, américains et autres. Ce fut toute une bonne éducation. Nous étions abonnés à la Comédie Française, à l’Opéra et à d’autres théâtres. Je me sentais transformée, plus vibrante après avoir vu Lorenzaccio, La Vie est un songe et bien d’autres pièces magnifiques. Je ne savais pas encore formuler ces pensées mais c’est vers l’âge de quatorze, quinze ans, que j’ai réalisé que la vie que je voulais vivre était aussi celle d’une actrice, à travers des personnages et des rôles, sur scène.

 

RD: – D’où ce besoin de métamorphose(s), de caméléonisme? Comment êtes-vous devenue si polyvalente?

 

HC : – Tout s’est passé pratiquement en même temps. À l’âge de dix ans, j’ai commencé à écrire des poèmes. Je n’y donnais aucune importance. Mais j’ai continué à écrire toute ma vie. Je vivais dans un monde où la musique était si importante pour moi. J’adore écouter de la musique lorsque j’écris. Après avoir terminé le Conservatoire, je fus acceptée à quatorze ans dans la classe de Maître Sancan à la Salle Pleyel à Paris. C’est là où les pianistes professionnels sont formés. J’ai continué à faire de la danse et j’ai dansé avec la compagnie de Vera Krylova au Théâtre des Champs Élysées. Au lycée je me suis retrouvée dans la section scientifique C (mathématiques et physique), tout en continuant les langues et le latin, et en poursuivant ma passion pour la littérature. Donc je naviguais sans cesse entre des mondes complètement différents. Chaque été je partais à l’étranger pour approfondir l’étude des langues.

 

RD: – Et la vraie actrice Hélène Cardona? D’où est-elle surgie?

 

HC : – De mes propres cendres. Jongler toutes ces activités se révéla presque fatal. Après avoir obtenu mon Bac C je suis entrée en médecine à dix-sept ans. Deux ans plus tard je m’effondrais. Je ne pouvais plus tout continuer. En France on se spécialise tôt et cela tenait du miracle que je puisse maintenir toutes ces activités. J’ai perdu mon âme en médecine.

 

 

 

 

RD : – Pourquoi ?

 

HC : – J’ai subi une grosse dépression qui m’a presque coûté la vie. C’est aussi ce qui m’a sauvée. Ce fut une expérience spirituelle incroyable. Elle me remit sur mon chemin. Je sus alors que je voulais poursuivre le métier de comédienne. Je devais simplement trouver ma voie (et ma voix).

Mon amour pour la littérature et les langues m’a poussée à obtenir une Maîtrise en littérature anglaise et américaine à la Sorbonne, tout en poursuivant des études à Cambridge, à l’Institut Goethe à Bremen, à l’université Menendez Pelayo à Santander, et à l’université de Baeza en Andalousie. J’ai obtenu une bourse pour étudier le théâtre, la littérature américaine et espagnole pendant une année à Hamilton College, dans l’état de New York. Après avoir écrit mon mémoire de maîtrise sur Henry James: “The Search for Fulfillment in The Wings of the Dove” (La quête de l’accomplissement de soi-même dans Les ailes de la Colombe), il devint clair pour moi que je devais prendre mon envol, quitter l’Europe et me former en tant que comédienne, ou continuer vers mon doctorat.

Je devrais prendre une décision difficile. Mais c’était aussi très clair.

 

RD:- Comment fut l’apprentissage de ce métier d’acteur? Cela fut-il difficile? Avez-vous rencontré des obstacles? Y aurait-il une histoire, une anecdote, un souvenir à part qui puisse décrire votre premier contact avec cette fascinante passion pour le jeu de scène et le feu des lumières?

 

 

 

 

HC : – J’ai quitté l’Europe pour commencer une nouvelle vie. J’ai été auditionnée pour l’American Academy of Dramatic Arts à New York et je fus acceptée. C’est la plus ancienne école d’art dramatique de New York et l’une des plus prestigieuses. Là, j’ai travaillé Shakespeare, la danse, le chant, le combat de scène, et bien sûr, le travail de scène. Les comédies musicales ont requis plus de travail. Je ne connaissais aucune des chansons! J’avais aussi un accent britannique dont ils ont voulu que je me débarrasse pour que je parle et joue avec l’accent américain.

J’ai une anecdote magique à partager.

 

RD :- Allez-y…

 

HC : – Après avoir terminé les deux ans de l’American Academy j’ai continué mon travail de comédienne à l’Actors’ Studio. Ma première prof était Ellen Burstyn. J’ai eu énormément de chance car elle n’avait que deux cours /classes et quand même elle m’a acceptée. Elle enseignait en partie à l’Actors’ Studio et aussi chez elle, dans l’état de New York, plus au nord. Le dernier jour, elle a placé différents objets sur une table et a demandé à chacun des élèves de fermer les yeux et d’en choisir un. J’ai choisi une broche qui représente une colombe en vol.

 

RD: – De tous vos films, de tous vos personnages, lequel vous a intriguée le plus?

 

HC : – J’ai adoré jouer Sofya dans Le Miel sauvage de Tchekhov sur scène. Une fois la pièce de théâtre finie, j’ai continué à la rêver nuit après nuit. Elle me hantait. Jouer le personnage de Françoise “Fuffi” Drou dans Chocolat de Lasse Hallström fut un délice. C’était très amusant le côté “potins” qu’elle avait. Ce fut un tournage féerique grâce à Lasse.

 

RD: – Quels étaient les modèles, les idoles de votre enfance? A qui et à quoi vouliez-vous ressembler?

 

HC : – Les compositeurs que j’adorais étaient les Romantiques: Chopin, Shubert, Schumann, Listz, Brahms. Aussi Bach et Beethoven. Tous les héros et héroïnes des contes de fées de Grimm, Hans Christian Andersen, les contes russes et la mythologie grecque.

La Comtesse de Ségur. Ivanhoé de Sir Walter Scott. Le Comte de Monte Christo.

Quant aux poètes, Jean de La Fontaine, Robert Desnos, Rafael Alberti, Antonio Machado, Federico García Lorca, Miguel de Cervantès, Luis Cernuda, Pablo Neruda, Louis Aragon, Georges Brassens, André Breton, Jean Cocteau, Paul Éluard, Charles Baudelaire, Victor Hugo, Molière et Shakespeare. Jules Verne bien sûr et Voltaire. Je sais que j’en oublie beaucoup. J’adorais lire Alexandre Dumas, Ponson du Terrail et Honoré de Balzac.

Tous les merveilleux films français, espagnols, italiens avec les stars des années cinquante, soixante et soixante-dix. La Flûte enchantée d’Ingmar Bergman.

 

RD: – Helene, qu’est-ce qui vous faisait peur comme enfant?

 

HC : – J’ai toujours été fascinée par la question de l’après vie, ce qui se passe après la mort.

Je me souviens de la réponse de ma mère, quand j’avais dix ans: “Nous ne savons pas”. C’est le grand mystère. Quand j’étais à deux doigts de la mort, j’ai ressenti que mon essence ne meurt jamais. J’ai rencontré quelque chose de plus grand et plus fort que tout.
L’amour inconditionnel. Bien que j’aie vécu l’amour inconditionnel à travers les animaux.

 

 

 

 

RD: – Vous savez, Levure littéraire, par son nouveau numéro, rend hommage à l’enfant de tous les temps et à ce monde du petit « je »(u). Comment fut Hélène Cardona, enfant? Joueuse, espiègle, mélancolique, rêveuse, rigolote, maussade, boudeuse, bagarreuse etc?

 

HC : – On me disait que j’étais une enfant mélancolique. La musique de Chopin résonnait très fort. J’étais rêveuse, c’est certain. J’étais introvertie et sortir de ma coquille s’est avéré un tel voyage!

 

RD: – Aviez-vous des amis? Comment étaient-ils, par rapport à Vous? Quels étaient vos jeux et plats préférés? Et les animaux de compagnie?

 

HC : – J’avais quelques amis, pas beaucoup. Nous avions souvent déménagé. J’avais des amis du Conservatoire, de l’école, du ski et de l’équitation. J’ai pratiquement grandi sur des skis! Nous organisions des fêtes d’anniversaire avec des jeux.

 

RD : – Quels jeux, alors ?

 

HC : – Je jouais aussi au foot et au scrabble. J’adorais manger les fraises du jardin avec de la crème fouettée. Et cueillir des mûres sauvages. Nous avions toujours du chocolat à la maison. Nous allions à Genève le choisir. Pendant la période de chasse, mon père achetait des faisans. Nous mangions aussi des perches du Lac Léman. Ma grand-mère et ma mère préparaient des paellas succulentes. Ma mère faisait des confitures fabuleuses et les meilleures tartes aux poireaux. Elle faisait aussi le meilleur gâteau Forêt Noire. Elle était une cuisinière extraordinaire, un vrai chef. J’ai eu mon premier chien (moitié Braque de Weimar, moitié Labrador) quand j’avais cinq ans, et mon second (un cocker espagnol noir et blanc) quand j’avais douze ans. C’étaient mes meilleurs amis.

 

RD: – Combien de l’âme de cette fillette-là, blottie contre vos souvenirs d’adulte, gardez-vous encore au plus profond de votre cœur?

 

HC : – Toute son âme. Je me retourne vers le passé et je vois l’enfant féerique, en unisson avec la nature, les animaux, la musique, la poésie, mélancolique, riant, et rêveuse. Elle ne m’a jamais quittée. C’est qui je suis au plus profond de moi-même.

 

 

 

 

RD: – Depuis quand écrivez-vous vraiment des textes à valeur littéraire ? De quoi traitait votre premier texte et qui l’a inspiré?

 

HC : – Comme je l’ai mentionné auparavant, j’ai commencé à écrire quand j’avais dix ans.

Mon premier poème a été inspiré par mon chien.

 

RD: – Vous êtes née à Paris, d’une mère moitié grecque, moitié irlandaise, et d’un père espagnol, vous avez beaucoup voyagé, vous parlez plusieurs langues, vous êtes l’auteur de plusieurs livres de poésie, vous avez donné vie à plusieurs personnages de film. Comment vous décririez-vous en seulement deux phrases concentrées?

 

HC : – Je suis citoyenne du monde. Je suis poète, écrivain, actrice, enseignante, traductrice, rêveuse.

 

RD: – Quels rapprochements existent entre votre travail d’actrice et celui de poète? Qu’est-ce qui les lie l’un à l’autre?

 

HC : – Ce sont des vies parallèles qui se nourrissent l’une de l’autre. Ce sont des formes d’expression différentes.

 

 

 

 

RD: – J’ai appris que vous vous intéressez à l’onirisme et au monde de Morphée. Quand vous rêvez, vous rêvez pour vous-même ou aussi pour vos personnages?

 

HC : – C’est une question fascinante. J’adore me souvenir de mes rêves. C’est un cadeau magnifique. J’ai un cahier, sur ma table de chevet, où je les écris au réveil. Beaucoup de mes poèmes sont inspirés par les songes. Quand j’étudiais avec Sandra Seacat à l’Actors’ Studio à New York, elle m’a expliqué une méthode spécifique de travail sur les rêves.

On pourrait dire Jungienne. Je continue toujours à faire ce travail. C’est très thérapeutique, et c’est une approche holistique de la médecine. Elle peut s’utiliser pour développer un personnage dans une pièce de théâtre ou un film. On fouille au plus profond de soi pour trouver les réponses. Dans le songe je suis en contact avec mon moi intérieur et avec le divin.

 

RD: – Sur votre site internet, c’est noté: « Poète et actrice ». Lorsque vous dites en public vos poèmes, c’est l’actrice qui décide de leurs sens ou c’est plutôt l’écrivain qui médite à haute voix?

 

HC : – C’est le poète. L’actrice aide avec la diction et le rapport au public.

 

RD: – Vous revenez souvent en Europe pour des lectures, pour des tournages de film, pour des interviews. Comment est le film européen, vu d’ailleurs?

 

HC : – Je suis passionnée de cinéma français et européen et souhaiterais travailler beaucoup plus en Europe.

 

RD: – Et la poésie européenne? Que vous offre-t-elle de beau?

 

HC : – Je ne me lasse jamais de découvrir de nouveaux poètes. Il y a quelques années j’ai découvert Jean-Claude Renard, si mystique, et je suis en train de le traduire en anglais.

Jacques Crickillon. Jessie Lendennie (Salmon Poetry), mon éditeur, est en Irlande et j’ai ainsi la chance de découvrir de nombreux poètes irlandais merveilleux: Thomas McCarthy, Afric McGlinchey, Peadar O’Donoghue, Paul Casey… Mon père est aussi un poète.

 

RD : – Votre père est donc poète.

 

HC : – Oui, il est né à Ibiza. Le gouvernement d’Ibiza lui a rendu hommage récemment et a publié une anthologie de son œuvre, El Bosque de Birnam (La forêt de Birnam) que je suis en train de traduire en anglais. J’étais très émue d’avoir assisté à la cérémonie. J’ai aussi découvert un poète brillant d’Ibiza, Vicente Valero.

 

RD: – Un prochain projet de comédienne, de poète, peut-être, avec l’Europe?

 

HC : – Ma nouvelle collection de poésie, bilingue, Le Songe de mes Âmes Animales (Dreaming My Animal Selves) sortira en mars 2013 lors de la Conférence des Écrivains de Boston.

 

Je compte donc aussi aller en Irlande, Angleterre et bien sûr en France pour des lectures.
Quant aux films, je lance un appel à l’Univers! Que je puisse bientôt tourner en Europe!

 

RD: – QUE VOUS SOYEZ ENTENDUE ! Merci de votre amabilité. Ce fut un plaisir de vous interviewer.

 

HC : – Merci Rodica, le plaisir fut le mien!

 

 

 

 

 

 

 

 

www.helenecardona.com
www.imdb.me/helenecardona

 

 

 

 

_________________________

Reporter: Rodica Draghincescu

 

 

www.draghincescu.com

Articles similaires

Tags

Partager