Hélène Cardona

 

 

(France-Espagne-USA)

 

 

 

Une Maison Navire

 

Je vis dans une maison navire

tantôt sur terre, tantôt sur mer.

J’existe à coups de volonté

m’abandonne et invite la grâce du ciel.

J’obéis à l’appel de la sirène.

Sur le bateau fantôme

je ne sais si je suis vague

ou nuage, ondine ou goéland.

Fouettée par les vents, je m’agrippe bien au mât.

Rares sont ceux qui reviennent du voyage.

Désormais j’ai pour habit la mémoire du néant

une pièce de voile blanche en guise de seconde peau.

 

 

De La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016)

 

 

 

Étreinte de la Lune

 

              C’est maintenant le moment de savoir

              que tout ce que tu fais est sacré.

                            —Hafiz

 

Nous avions partagé la côte du Maine en juin,

des sandwichs au homard, des spécialités de crêpes,

une chambre et sa baignoire d’antan à Bar Harbor

et des centaines de baleines.

Ces ombres forment à présent un cloître adoré,

gardien de la musique du temps.

Elle est partie par la force des circonstances.

Je rêve de lui offrir des fraises lors des lunes sacrées ;

guérie, je le suis, par la beauté des souvenirs,

prête à repartir comme si de rien.

 

 

De La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016)

 

 

 

 

Le Cheval d’Hiver

 

              Quelle sorte de cheval ?

              Un cheval miraculeux.

                            —Steven Spielberg

Je rêve pour vivre  —

 

lueur aux confins de la vie,

horloge à plusieurs mains,

chaman traversant des mondes différents.

Je navigue le possible, capitaine musicienne.

Suis-je un fantôme ?

Je suis la route

jusqu’à toucher l’horizon.

De l’autre côté du monde,

ma mère me souffle le chemin à l’oreille.

Les rayons de la roue se desserrent,

pris dans un tourbillon de pensées

contenant l’entière humanité.

C’est épanouie que j’apparais au pays

des ombres, solide cheval d’hiver.

 

 

De La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016)

 

 

La Vie Suspendue chez Salmon Poetry

 

La Vie Suspendue chez Amazon

 

 

 

 

La Magicienne

 

Bonne nuit, le soupir mélodieux

m’attrape telle une vigne,

s’enroule autour de mon désir.

Je scrute des yeux violets,

prière inexaucée,

clé de la chambre à musique.

J’échappe à mon esprit,

aspirée par la fée fleur.

Je deviens songe.

 

Les montagnes couronnées de neige fondent

dans les nuages, balayées par le vent

comme du sable blanchi, tableau indien hanté,

envoûtant, devin,

tous les visages là ensevelis, sculptés

vivants, en métamorphose,

insistant, rappelle-toi qui tu es,

sors du temps,

choisis de nourrir le loup blanc.

 

Couchée dans la pénombre,

submergée de musique angélique,

intoxiquée de lavande,

tout est lumière et légende.

Je sombre plus et m’élève en cercles

au point de ne plus exister.

 

Au cœur des larmes après la pluie

l’aube se lève, des rayons

de lumière inondent mes ailes.

Brume et douleur se dissolvent.

J’ai éclaté en joie dissipant toute attente.

 

Étrange et inhabituelle chaque circonstance.

Le Magicien chez moi, ma structure

demeure intacte.

Je remercie tous et tout

d’être encore ici.

Le Diable est si doux, bienvenue au changement.

L’horloge déliée,

au bout de la pente sèche

cobra, loup et coyote m’acceuillent :

je renais cheval péruvien.

 

 

De Le Songe de mes Âmes Animales (Salmon Poetry, 2013)

 

 

Le Songe de mes Âmes Animales chez Salmon Poetry

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

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BIO

 

 

Hélène Cardona est l’auteure des recueils bilingues de poésie Life in Suspension / La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016) et Dreaming My Animal Selves / Le Songe de mes Âmes Animales (Salmon Poetry, 2013), Best USA Book Award in Poetry, Pinnacle Book Award in Poetry, 2014 Readers’ Favorite Award in Poetry, finalistes pour le International Book Award in Poetry et le Julie Suk Award ; et L’Univers Stupéfait (Red Hen Press, 2006).

Beyond Elsewhere, sa traduction de Plus loin qu’ailleurs de Gabriel Arnou-Laujeac, a reçu le Prix Hemingway et a paru chez Whine Pine Press en 2016. Ce que nous portons, sa traduction de What We Carry de Dorianne Laux, est parue aux Éditions du Cygne en 2014.

Elle a traduit, avec Yves Lambrecht, La Guerre de Sécession de Walt Whitman pour le WhitmanWeb du International Writing Program de Iowa.

 

Diplômée d’une Maîtrise de littérature américaine de la Sorbonne, elle a enseigné à Hamilton College, New York, et à Loyola Marymount University, Los Angeles. Elle a reçu des bourses du Goethe-Institut et de la Universidad Internacional de Andalucía, et a été nominée plusieurs fois pour le Pushcart Prize et le Best of the Net.

 

Elle a aussi traduit des œuvres de Rimbaud, Baudelaire, René Depestre, Ernest Pépin, Aloysius Bertrand, Maram Al-Masri, Eric Sarner, Jean-Claude Renard, Jacques Crickillon, Nicolas Grenier, et Christiane Singer en anglais.

 

Elle est co-rédactrice de Fulcrum: An Anthology of Poetry and Aesthetics, co-rédactrice internationale de Plume, et collabore au The London Magazine.

 

Elle est aussi actrice (Chocolat, Dawn of the Planet of the Apes, Jurassic World, The Hundred-Foot Journey, X-Men Days of Future Past, Muppets Most Wanted, Happy Feet 2, The Muppets, etc). Pour Serendipity elle a co-écrit (avec le metteur en scène Peter Chelsom et le compositeur Alan Silvestri) la chanson Lucienne, qu’elle chante aussi.

Elle prête sa voix à l’Ordinateur dans la série Heroes Reborn.

 

Née à Paris, elle a grandi à travers toute l’Europe et a vécu en Suisse, France, Angleterre, Allemagne, Espagne au Pays de Galles, à Monaco, et aux États-Unis.

 

 

 

http://helenecardona.com

 

http://www.imdb.me/helenecardona

 

 

 

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