Guy Goffette


(PRIX GONCOURT DE LA POESIE, 2010)

 

 

Guy Goffette est un poète et romancier belge, né le 18 avril 1947 à Jamoigne (Gaume). Il vit et travaille à Paris.

 

 

Prix littéraires

 

–   Prix Guy Lévis-Mano, Paris (1983)

–   Prix du ministère de la communauté française de Belgique, Bruxelles (1988)

–   Prix Mallarmé, Paris (1989)

–   Prix Maurice Carême, Bruxelles (1992)

–   Prix Henri Mondor de l’Académie française, Paris (1992)

–   Prix Atout lire, Cherbourg (1998)

–   Grand prix de poésie de la Société des gens de lettres, Paris (1999)

–   Prix Valery Larbaud, Vichy (2000)

–   Prix Félix Denayer de l’Académie de langue et de littérature françaises de Belgique (2001)

–   Grand Prix de poésie de l’Académie française, Paris, pour l’ensemble de son œuvre (2001)

–   Prix Victor Rossel (2006), pour Une Enfance lingère

–   Prix Marcel Pagnol, (2006), pour Une Enfance lingère

–   Prix Goncourt de la poésie (2010), pour l’ensemble de son œuvre.

 

 

   

  

 

 

R.D. : – Guy Goffette, écrivain de renom (poète, essayiste et romancier), on dit que vous êtes un grand enthousiaste, un passionné, un esprit tourmenté, un séducteur séduit par la vie, un écrivain séduisant. D’où vous vient cette force de la liberté? Quelle philosophie de vie anime-t-elle votre esprit?

 

G.G.: – Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit. Mais c’est vrai que j’aime la vie et que je me sens porté par elle. Le sentiment d’être aimé y est pour beaucoup. « Aime et fais ce que tu veux », disait St. Augustin. C’est là ma devise et ma liberté. Je crois à l’Amour et j’espère que l’épreuve de la maladie et de la souffrance n’ébranlera pas cette foi. Pas trop.

 

R.D. : – Quand avez-vous goûté pour la première fois du fruit de l’écriture et de la nudité de ses paroles?

 

G.G. : – À 12-13 ans comme beaucoup d’enfants solitaires. Mais la volonté de devenir écrivain est venue plus tard, vers 16-17 ans, avec le goût des mots et des images.

 

R.D. : – Qu’est-ce que vous avez célébré par vos premiers mots d’écrivain?

 

G.G. : – L’amour de la femme et de la liberté (révolte contre l’injustice et construction d’un monde plus humain).

 

R.D. : – Comment avez-vous accueilli la première inspiration (celle de votre acte créateur)? Avec le corps, avec l’esprit? Qu’est-ce qu’elle vous a apporté?

 

G.G. : – Les deux sans doute. Peut-on les séparer? Ce que ca m’a apporté? Un plaisir certain, une libération, mais aussi la conscience de mes limites et l’insatisfaction qui en découle.

 

R.D. : – Qui êtes-vous maintenant que vous avez l’expérience de l’écrit et des prix? Un autre? Quel est votre état d’esprit?

 

G.G. : – Vous savez, on a le sentiment à chaque livre de recommencer à zéro. L’expérience vous rend plus exigeant vis-à-vis de vous-même et le doute s’installe, qui peut paralyser. L’état présent de mon esprit? En alerte.

 

R.D. : –  Tout le temps la poésie nous manque. Pourquoi?

 

G.G. : – Je n’en sais rien. Ce qui nous manque est très difficile à cerner quand nous ne manquons de rien. Vous appelez ce manque poésie, Rimbaud l’appelait « la vraie vie ». C’est à ce manque impalpable que la poésie essaie de répondre, c’est lui qu’elle montre du doigt.

 

R.D. : – Mais qu’est-ce que c’est la poésie?

 

G.G. : – La poésie échappe à toutes les définitions. On peut dire aussi qu’il y a autant de définitions que de poètes. Celle de Carl Sandburg me plaît beaucoup: « La poésie est le journal intime d’un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler ».

 

R.D. : – Qui sont ceux que les gens appellent « les poètes »? Des fous divins? Des mystiques? Des porteurs de discours magiques? Des faiseurs de mots et d’émotion? Des sculpteurs de langues? Et en vue de quoi?

 

G.G. : –  Tout cela à la fois peut-être et rien de tout cela. Pour moi, le poète est un passeur, un gué, une courroie de transmission. Attentif aux mouvements de l’âme et présent au présent, il a charge de mettre en mots l’impalpable de la vie. Pour vivre mieux et pour entrer en « communication » avec les autres.

 

R.D. : – Faut-il que nous ayons des codes, des théories, des arguments, un imaginaire différent, pour accéder au langage alchimique de la poésie? Laquelle serait la voie la plus courte vers la poésie?

 

G.G. : –  Rien de tout cela. Puisqu’il n’y a pas à comprendre mais à ressentir. Les enfants le savent. Ils adhérent spontanément à la musique, à la couleur, à la forme des mots, des vers, des poèmes. La voie la plus courte pour y accéder? L’oreille, l’oeil, le cœur et le corps ensemble.

 

R.D. : – La poésie déverrouille-t-elle pour vous une porte ensorcelée? Rend-elle la liberté à des paroles-ôtages qui étaient dans l’attente d’un envol?

 

G.G. : – La poésie c’est ma liberté.

 

R. D. : –  Dans chaque poésie il y a un grain de philosophie. Et viceversa. Entre la poésie et la philosophie y a- ­t- il un aller-retour à la même racine, à la même moelle sémantique?

 

G.G. : –  Je n’en sais rien. Pour moi, la question ne se pose pas. Les poètes ne sont pas des philosophes ni les philosophes des poètes. Le poète est une flèche quand le philosophe est un cercle.

 

R.D. : – Chez Hegel la poésie règne au sommet de l’Esthétique, chez Bachelard elle pointe et porte l’invention et l’imaginaire, chez Heidegger elle nourrit l’Être. Pourquoi le poète et le philosophe s’entrecroisent-ils en jouant le jeu du monde et celui d’Héraclite dans la maison d’un forgeron?

 

G.G. : – Question un peu trop compliquée pour moi (…).

 

R.D. : – Ca va. Je vous demanderai autre chose. Est-ce  que votre poésie serait-elle un relief de la tristesse ou un dépassement de la joie?

 

G.G. : – Ni l’un ni l’autre, mais quelque chose de l’ordre, de la grâce et qui m’échappe dans son surgissement et sur lequel je travaille dans une sorte d’état second.

 

R.D. : – Quels seraient vos thèmes principaux, votre retour à la même source?

 

G.G. : – Aucun thème en particulier, ceux de la vie tout simplement : l’amour, la solitude, la douleur, la mort, le temps qui passe, la beauté de la nature etc. Retour à la même source? Oui, « la vie » qui nous fut « promise » et que nous avons perdue. D’où nostalgie, mélancolie.

 

R.D. : – De plus en plus la poésie contemporaine gagne une oralité spectaculaire, théâtrale. Que diriez-vous de la poésie parlée, des poètes en action?

 

G.G. : – Pour moi, la poésie est faite pour être lue et pour être dite dans un certain silence. Elle perd son âme dans le spectacle et le bruit.

 

R.D. : – Grand prix de la poésie de l’Académie francaise (2001), dernièrement vous avez commencé à écrire des romans. Votre « Un été autour du cou » (éd. Gallimard) réussit à nous toucher profondément, à nous provoquer, en nous parlant de l’extrême fragilité de l’enfance. Un roman discrètement autobiographique, salué par la critique, un roman couronné de succès. Vous avez publié cette prose après des années et des années de poésie, de travaux critique et d’essais. Pourquoi cette nécessité d’écrire un roman, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort?

 

G.G. : – J’ai écrit ce roman sans savoir que c’était un roman. Je l’ai écrit parce qu’il m’obsédait. Et parce que j’étais à ce moment-là incapable de lui régler son compte par la poésie.

 

R.D. : – À propos de l’écriture, où, quand et comment écrivez-vous? Lorsque vous écrivez y a-t-il certains rituels d’écriture pour la prose et d’autres pour la poésie?

 

G.G. : – À peu près n’importe où et n’importe quand, et sans autre rituel que tasse de café et cigarette, qu’il s’agisse de prose ou de poésie.

 

R.D. : – Continuerez-vous par le roman?

 

G.G. : – Je n’en sais fichtrement rien…

 

R.D. : – Beaucoup de romans contemporains sont construits selon le modèle des jeux mécaniques (flipper électromécanique) pour amasser l’argent des joueurs avides et naifs. C’est faux?

 

G.G. : – C’est sûrement faux pour ce qui concerne les romans que je lis et relis: Frisch, Joyce, Michon, Onetti, Faulkner, Lobo Antunes… Le modèle de roman que vous décrivez n’a aucun intérêt pour moi.

 

R.D. : – Les poètes croient que leur poésie dépasse la prose utile du monde, puisque la prose est enrôlée dans les armées d’une politique éditoriale de marché. C’est toujours faux?

 

G.G. : – La poésie a précédé le roman, elle est l’essence et la vibration de la langue, l’âme de l’écriture. Elle survivra au roman, en marge du marché.

 

R. D. : – La poésie nous montre à quel point la sensibilité de l’homme ne se confond avec rien. Guy Goffette, vous êtes aussi lecteur pour les éditions Gallimard. Est-il difficile d’être lecteur pour une maison d’édition aussi célèbre?

 

G.G. : – Publié chez Gallimard bien avant d’entrer dans son Comité de lecture, j’avais une certaine idée de ses goûts et de ses exigences. La difficulté n’est pas d’être exigeant comme on l’est pour soi, elle est de l’être moins, d’être souple et de savoir concilier ses propres goûts avec ceux de la Maison. Mais les choses se font naturellement, et puis on n’est pas seul dans un Comité d’écrivains-lecteurs.

 

 R. D. : – J’aimerais connaître votre avis sur le rôle social de l’éditeur, sur la notion d’engagement, surtout en ces temps suicidaires.

 

G.G. : – L’éditeur doit être indépendant pour s’engager en toute conscience. C’est le cas de Gallimard et de quelques autres en France face à la monopolisation du marché éditorial par des trusts qui préfèrent le rapport financier à la création littéraire.

 

R.D. : – Parmi les derniers livres de poésie édités par Gallimard lequel aimez-vous le plus?

 

G.G. : – Jude Stefan, « La muse province », 2002, Paul de Roux, « Allers et retours », 2002.

 

R.D.: – Merci à vous!

 

G.G.: – Merci à vous!

 

 

 

 

 

 

____________________________

Interview réalisée par Rodica Draghincescu

C:\Users\rodica\Desktop\RD\rodica 0\Rodica\PHOTO SALZBURG.jpg

www.draghincescu.com

 

Articles similaires

Tags

Partager