Guy Braun

 

 

(France)

 

 

 

ESTAMPES estampes estampes ESTAMPES

 

 

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Anatomies

 

 

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Baptistère de Crémone – la nuit

 

 

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Chaises

 

 

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Monotype

 

 

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Obsolescence

 

 

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Silhouette

 

 

 

 

 

 

 

 

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ANNE MOUNIC  nous présente l’artiste  GUY BRAUN

 

Nous partageons le même atelier – et notre vie depuis 1974. Nous exposons, en groupe, ensemble et séparément depuis 1980. La dernière exposition de cet artiste eut lieu fin 2009 à la Galerie Caractères à l’occasion de la parution de mon dernier recueil de poèmes chez cet éditeur, Masque de nuit.

Guy Braun utilise toutes les possibilités de l’estampe, du monotype à la gravure sur bois et sur métal. Le monotype est une estampe, car il est imprimé sur la presse, mais, comme son nom l’indique, on ne peut en tirer qu’un seul exemplaire, étant donné que la plaque n’est pas gravée. On y peint le sujet, qui se reproduit sur le papier à l’envers, comme pour toute estampe. Nous avons longtemps travaillé, dans notre atelier sous les toits, avec des modèles. Guy en a tiré toute une série de Nus. Nous en présentons un ici.

La gravure sur métal, dite gravure en taille douce, donne plusieurs possibilités : ou bien une technique sèche ; on grave la plaque avec un burin, ou une pointe sèche. Guy utilise le burin, seul ou mêlé à d’autres techniques, comme la manière noire. Celle-ci consiste à grener une plaque pour la noircir. On la brunit ensuite de sorte à revenir dans les blancs. On obtient alors un dégradé velouté. La manière noire donne un très beau noir, liquide et profond.

On peut aussi graver une plaque à l’eau-forte, autre nom de l’acide que l’on utilise pour mordre le métal – cuivre ou zinc. Les procédés sont divers. On admirera ici une aquatinte. L’effet de fourmillement est obtenu grâce à de la résine.

La gravure sur bois appelle le processus inverse : les creux que l’on évide dans le bois seront blancs tandis que les surfaces laissées intactes prendront l’encre, ce qui donne de beaux à-plats, mais n’interdit pas la ciselure. Que ce soit au burin ou sur le bois, Guy Braun a un artiste de prédilection : Dürer. Il aime aussi Rembrandt, Bellange, Callot, et d’autres.

I. Anatomie. Burin et manière noire. Cette gravure est la première d’une série portant ce nom, mêlant images corporelles, souvent radiographiques, et armures.

En ces longues heures durant lesquelles tu te penches sur le cuivre, tu t’absentes au devenir et creuses d’un burin souple et caressant l’instant qui t’absorbe. Tu composes chaque gravure à la manière d’un poème, manière noire du silence. Toute fragilité conquiert sa vigueur en cette présence, qui est correspondance.

II. Baptistère de Crémone, Italie. Ce monotype illustre mon recueil intitulé Le puits du ciel, publié par Nicole Gdalia chez Caractères en 2008. Nous sommes allés longtemps, lors de notre voyage estival en Italie, chaque année, à Crémone. La place du Dôme nous enchante.

Nous y voici déjà, au Baptistère, près du Dôme, fermé l’an passé juste au moment où nous voulions y pénétrer. Un homme tassé dans une petite guérite à l’entrée nous vend les billets. Tarif réduit pour professeurs. Nous poussons la porte et le retrouvons, lui, dans le même espace confiné, mais derrière un étal de cartes postales et de guides dans les langues les plus répandues de notre vieille Europe.

Même un simple point dans l’univers, en faisant le tour de lui-même, conçoit l’illimité.

Le puits du ciel. Paris : Caractères, 2008, p. 33.

III. Chaises. Gravure sur bois. Cette vue fut prise dans l’église de Lagny-sur-Marne, petite ville très calme et provinciale située près de chez nous.

Au bois, un assemblage de plaisirs – ces humbles petites chaises de paille qui disent les joies de l’enfance, à la campagne, durant les longs mois d’été. Nous étions prêts pour l’éternité, alors. La lumière en son abondance a besoin de la mesure des formes comme la vociférante gueule de l’orgue, dans l’ombre, se plie au modelé de la cadence. Entre le flot sonore et le rayonnement clair que cisèlent les entrelacs de pierre se noue l’invisible. Toute intuition surgit d’un contraste.

IV. Nu. Monotype. Les poses duraient vingt minutes de sorte que l’encre n’ait pas le temps de sécher. J’entends le bruit du passage, entre les rouleaux de la presse, et le souffle d’émerveillement, en soulevant doucement le papier. (Même si toi, tu n’étais pas toujours content.)

Le dessin instaure une complicité de l’œil et de la main, comme si, dessinant l’être tel qu’il nous apparaît, en son extériorité, nous l’unissions, grâce au geste, à notre intériorité diffuse, ombreuse, sans forme distincte. Peut-être cela explique-t-il que le fait de dessiner la nudité d’un autre inspire un sentiment de réconciliation avec le monde extérieur, comme si, ayant prise soudain sur ce qui nous échappe, sans attenter le moins du monde à la distance qui fonde la liberté, nous nous incarnions pleinement par-delà la séparation.

V. Obsolescence. Burin et fond de manière noire.

Toulouse, muséum d’Histoire naturelle, si je me souviens bien. Nous y avons passé du temps à dessiner, après avoir demandé l’autorisation au conservateur, une femme charmante. Tu mêles cette fois-ci le squelette à la mécanique des vieux engins agricoles oubliés dans les champs. Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point tu es, à l’époque contemporaine, un artiste des Vanités.

VI. Silhouette. Aquatinte. Cette eau-forte illustre, dans mon recueil Masque de nuit, publié chez Caractères en 2009, le passage de notre voyage en Italie à mon départ solitaire en Angleterre, pour deux colloques, l’un sur Katherine Mansfield, l’autre sur Robert Graves.

L’indépendance, en amour, ne consiste pas à se séparer.

Nous nous construisons chacun, dans le secret de l’intime profondeur, un petit tabernacle, une scène où parler à l’autre et éprouver sa présence, une scène où l’aimer, un lieu sans lieu – comme tous ceux que crée l’esprit face à l’absence – une utopie qui prouve, pour chacun, notre existence. Il n’est pas de Je sans Tu : voici l’androgyne primordial, Je/Tu, coupé comme une sole, mais aussi dialectiquement uni dans son aspiration vers l’autre que la tessère d’hospitalité. La coupure nous rend modestes, il est vrai, mais nous donne aussi une idée plus précise de la plénitude, la nôtre, intérieure, et celle du temps, au-dedans.

Nous sommes autant nous-mêmes dans le Tu que dans le Je.

Nous sommes des sujets composés,

des êtres de réciprocité

la tessère d’hospitalité,

reconnaissance de la figure en nous d’idéalité.

Masque de nuit. Paris : Caractères, 2009, p. 101.

 

 

 

 

 

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Guy Braun, peintre et graveur, travaille en Seine-et-Marne.

www.guybraun.fr

 

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