Gloria Mindock

 

 

 

 

 

(USA)

 

Gloria Mindock est rédactrice en chef et éditrice de Červená Barva Press.  En 2007, elle est devenue de rédactrice en chef de Istanbul Literary Review, une revue en ligne basée en Turquie. En 2010, elle a cofondé avec Irène Koronas une revue expérimentale, X Peri.

 

Elle est l’auteure de deux recueils, Doppelganger (S. Press), Oh Angel (U Šoku Štampa) ainsi que trois livres, Blood Soaked Dresses (Ibbetson St. Press, 2007), Nothing Divine Here (U Šoku Štampa, 2010), et La Portile Raiului (Ars Longa Press, Roumanie, 2010), traduit en roumain par Flavia Cosma.

 

Gloria a été publiée dans de nombreuses revues, dont River Styx, Phoebe, Poet Lore, Blackbox, Ibbetson St., WHLR, Poesia, Arabesques, et Bogg. En Roumanie, on peut lire ses poèmes dans UNU : Revistă de Cultură, Gând Românesc, Citadela et l’anthologie Murmur of Voices (Cogito Press) dans une traduction de Flavia Cosma. Elle a publié dans d’autres anthologies: Bagel With the Bards No.1 and No. 2WHLR Anthology # 1, et City Lights.

 

Elle a récemment accordé un entretien à Luis R. Calvo et Flavia Cosma, publié dans le magazine littéraire, Generación Abierta  (Buenos Aires, Argentina). L’entretien a été traduit en espagnol par Flavia Cosma.

 

Gloria a été nominée pour le prix Pushcart, le prix St.Botolph et a reçu une bourse du Somerville Arts Council.

 

De 1984 à 1994, elle a été rédactrice de la Boston Literary Review/ BLuR et a été la cofondatrice de Theatre S & S. Press, Inc. Theatre S. a reçu des bourses de la Fondation Polaroid, la Fondation Rockefeller, la Fondation Globe, New England for the Arts, Massachussetts Cultural Council et le Somerville Arts Council.

 

Gloria a une grande expérience du théâtre et a écrit et joué de nombreuses performances, dont BIG BOMB BUICKS, WHERE DID ALL THOSE BIRDS AND DOGS COME FROM?, I WISH FRANCISCO FRANCO WOULD LOVE ME, et SKIN CELLS, MAGGOTS, AND OTHER POINTS OF INTEREST. Son recueil de poèmes intitulé Doppelgänger fut d’abord un texte de théâtre avec le même titre et a été joué par THEATRE S. Une critique parue dans STAGES a dit qu’elle prenait de grandes libertés avec Poe et “saisissait le désespoir romantique de “William Wilson”, une histoire de double identité autodestructrice.”

Gloria a fait des performances, joué, composé de la musique et chanté sur scène (au théâtre). Sa performance la plus récente s’intitule WALKING IN EL SALVADOR. Gloria travaille comme assistante sociale, révise des manuscrits en freelance et anime des ateliers d’écriture.

 

 

 

 

 

 

 

RD: – Vous êtes écrivaine, rédactrice de revue, une femme active, généreuse dans votre travail d’éditrice, qui élargit le champ de la poésie et de la prose américaine aussi bien que la littérature internationale. De quand date votre fascination pour la littérature ?

 

 

 

 

 

11-9-2010 Lecture Cervena 

Cervena Barva Press Reading Séries/Gloria Mindock avec les auteurs

De gauche à droite: Joan Gelfand, Gloria Mindock, Mary Bonina, Tam Lin Neville, et Chad Parenteau (devant)

 

 

 

GM: – Très jeune, j’ai été entourée de littérature et de livres. Mes parents avaient tellement de livres de toutes sortes à la maison. J’en lisais tant, en particulier les livres d’art qui m’ont donné une très bonne éducation artistique. Il y avait beaucoup de livres de poésie mais à cette époque-là, ce que mes parents avaient sur leurs rayonnages ne m’intéressait pas. Le style n’était pas ce qui m’intéressait mais j’y ai quand même été exposée très jeune. Les livres à la maison étaient tellement plus intéressants que ce que je lisais à l’école.

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Gloria Mindock

En train de lire mon recueil « Oh Angel » dans une librairie

 

 

 

RD: – Quel est le genre littéraire que vous aimez le plus ?

 

GM: – La poésie est ce que j’aime le plus et j’en lis constamment. En tant qu’écrivain, c’est ce que je pratique le plus, bien que j’écrive aussi des pièces de théâtre et que j’aie commencé récemment à écrire de la fiction éclair. Il s’agit d’écrire une histoire complète dont la longueur varie entre 50 et 500 mots.

 

 

 

 

 

11-1-11 038 

Eric Wasserman, Gloria Mindock, Craig Paulenich  (Eric et Craig sont des auteurs Cervena Barva Press. Cette photo a été prise au congrès des écrivains AWP à Chicago, Illinois en mars 2012.)

 

 

 

RD : – Quand avez-vous écrit votre premier texte littéraire ? Comment avez-vous été amenée à le faire ?

 

GM : – J’ai commencé à écrire de la musique et des chansons et à chanter dans des cafés et des bars. Chanter était important pour moi mais avec le temps ma voix a perdu une partie de son registre. J’ai une parfaite tessiture de soprano. Au début des années 1980, j’ai commencé à écrire des performances, ce qui m’a amenée à écrire de courtes pièces de théâtre.  Je me suis mise  alors  à écrire de la poésie expérimentale. Quand j’ai découvert que j’adorais lire de la prose et de la poésie d’Europe de l’Est, j’ai eu l’envie d’écrire de  la poésie lyrique et je n’ai jamais arrêté depuis. J’écris sérieusement de la poésie depuis 1982.

 

 

 

 

 

Gloria Mindock, 

Fête de lancement de mon livre “La Portile Raiului” dans un restaurant avec des amis à Somerville, MA.

 

 

 

 

 

11-1-11 

Gloria Mindock, Stephen Frech (Stephen Frech est un auteur Cervena Barva Press. Cette photo a été prise au congrès des écrivains AWP à Chicago, Illinois en mars 2012. )

 

 

 

RD: – Quels sont les mots  et les thèmes récurrents dans votre poésie ?

 

GM :- Il y a des mots que j’utilise constamment dans ma poésie : sang, cœur, mort, veines, souffrir, larmes, nuages, éclater, et amour, pour n’en citer que quelques-uns. Le sang et la mort sont mes thèmes favoris. On voit ces deux mots dans beaucoup de mes poèmes. Il y a beaucoup de thèmes sur lesquels j’écris constamment. J’écris sur les atrocités qui se sont passées dans le monde ou continuent de se passer comme la guerre civile au Salvador entre 1980 et 1992, le génocide en Bosnie et au Rwanda, ainsi que la fin des relations,  c’est à dire le mauvais côté des relations humaines. J’aime écrire sur la face sombre des choses. J’écris sur les atrocités parce que je veux être la voix des gens qui ne peuvent s’exprimer. En outre je ne veux pas que le monde oublie les choses horribles qui s’y sont passées. Parfois les gens ont du mal à lire de telles choses et je dis, bon. Réveillez-vous ! Il faut que je suscite leur émotion. Des innocents sont en train de mourir. Je dois faire quelque chose alors j’espère que ma poésie  va attirer l’attention sur ces choses horribles qui se passent.

 

 

 

 

 

Svetlana Dobritchanin et Gloria Mindock dans un café en Italie

 

 

 

RD: – Ecrivez-vous le soir, le matin ou pendant la journée ? Quels sentiments éprouvez-vous pendant que vous écrivez ? Etes-vous triste ? Heureuse ?

 

GM :- Le meilleur moment pour moi, c’est entre 23 heures et 2 heures du matin, quand tout est calme. Je me sens pleine de vie et d’énergie pour écrire à cette heure-là. J’écris généralement après avoir lu un très bon livre qui m’a donné de l’inspiration. Habituellement c’est un livre de poésie traduit d’un auteur d’Europe de l’Est. Je n’écris pas selon mon humeur gaie ou triste. C’est toujours si je suis inspirée par ce que je lis. Il n’y a rien de tel que de lire un très bon livre de poésie. Cela me donne envie d’écrire. Cela crée en moi un besoin d’écrire.

 

 

RD: – Combien de temps vous faut-il pour terminer votre texte ?

 

GM : – Le premier jet d’un poème vient assez rapidement. En général entre un quart d’heure et une heure. Parfois je relis le poème tout de suite et il est fini. D’autres dois je dois le mettre de côté un jour ou deux et y revenir et le revoir. Si je suis bloquée et que je pense qu’il vaut la peine d’être gardé, je demande de l’aide à mon amie Catherine Sasanov. Je lui confie ma poésie parce qu’elle sait exactement ce que j’essaie de faire.  C’est une femme de qualité rare. J’ai beaucoup de chance d’avoir quelqu’un qui comprend si bien ma poésie et ne change pas ma voix lorsqu’elle revoit mon texte.

 

 

 

 

 

 

 

RD: – Que signifient les mots “poésie”, “langue” et “pays” pour vous ?

 

GM: – La poésie, c’est le cœur qui parle. La langue, c’est la manière dont on le dit. Le pays, c’est la manière dont on le partage.  Quand on met tout cela ensemble, c’est universel. Des mots qui rapprochent les pays.

 

 

 

 

 

 

 

RD: – Nous avons tous des poètes favoris qui nous inspirent. Parmi ces poètes, troubadours, solitaires, incompris, engagés pour des causes, philosophes, poètes lyriques, surréalistes minimalistes, etc.… Y a-t-il un poète dont vous vous sentez particulièrement proche ?

 

GM :- Il y a tant de poètes dont je me sens proche et qui m’inspirent pour toutes sortes de raisons et que je relis constamment. C’est la façon dont ils écrivent, leur voix dans le poème qui me parle, m’inspire. En voici quelques-uns : Pablo Neruda, Vasco Popa, Stella Vinitchi Radulescu, Bruce Weigl, Stephen Berg, Frank O’Hara, Gloria Fuertes, Majorie Agosin, Yehuda Amichai, Yannis Ritsos, Tomas Transtromer, Czeslaw Milosz, Pessoa, Lorca, Alan Dugan, Rilke, et Simon Perchik.

Il y en a aussi beaucoup d’autres d’Europe de l’Est dont je ne donne pas les noms ici, mais que j’aime beaucoup mais que j’aime beaucoup. Je vais d’ailleurs en mettre la liste sur mon site. Vous voyez, je n’arrive pas à en choisir un seul. C’est impossible. L’une des plus grandes sources d’inspiration pour moi, et qui n’est pas mentionné ici, c’est Vaclav Havel. J’ai donné à ma maison d’édition Červená Barva Press, un nom tchèque en son honneur.

Bien qu’il ne soit pas connu pour sa poésie, il a été un dramaturge et un écrivain magnifique. Ce qu’il a fait pour son pays est tellement plus qu’une source d’inspiration.

 

RD:- Quand  avez-vous créé Červená Barva Press ? Quels sont vos critères pour le choix des écrivains que vous publiez ?

 

GM :Červená Barva Press a été fondée en avril 2005. Nous fêtons nos sept ans en ce moment, ce qui est enthousiasmant pour nous ! En 2005, nous avons publié 25 cartes postales poétiques et depuis 2006, nous avons publié 64 plaquettes, 32 livres et 7 e-livres gratuits à lire en ligne. Cette année, nous avons beaucoup de livres et de plaquettes prévues. C’est donc une année bien remplie pour nous.

Mon associé, William J. Kelle, est la deuxième moitié de la maison d’édition avec moi. Il fait le montage des plaquettes et est le webmestre du site de la maison d’édition. Il s’occupe de beaucoup des couvertures que vous voyez. Au fil des années, nous avons eu beaucoup de stagiaires venus nous aider de Simmons College, Lesley University, Pine Manor College, Connecticut College, et Emerson College. Nous sommes tellement reconnaissants pour l’aide que nous apportent nos stagiaires.

J’accepte de publier des auteurs qui prennent des risques, qui sont remarquables, qui ont une voix forte et un ton. J’aime être surprise. Je déteste ce que j’appelle l’écriture standard, produite d’après une “formule” et je la refuse tout le temps.

Je publie toutes sortes de textes venant de toutes les écoles mais je veux que ce soit bien écrit. J’aime ce que j’aime et quand je vois un très bon manuscrit, je ne peux pas le refuser. Récemment, j’ai reçu de magnifiques traductions alors j’ai été tellement heureuse que j’ai accepté ces manuscrits tout de suite. Ils sont tout simplement magnifiques.

 

 

 

 

 

Gloria Mindock, fière de son travail d’éditrice

 

 

 

RD : – Est-ce que la poésie se porte bien aujourd’hui ? Du point de vue de l’auteur comme de l’éditeur.

 

GM:- La poésie se porte bien en ce moment. Il suffit de voir combien de mastères de “Fine Arts” existent aujourd’hui. Tout le monde veut devenir écrivain romancier, poète… C’est formidable de voir tant de gens écrire de la poésie. En tant que rédactrice, je reçois tant de demandes d’écrivains qui sont à la recherche d’un éditeur. Je connais beaucoup de rédacteurs et d’éditeurs d’autres maisons qui reçoivent aussi beaucoup de demandes parce que nous en parlons souvent. C’est pour cette raison que je sais que la poésie se porte bien. Je dirai qu’un gros problème d’aujourd’hui, c’est que le nombre de gens qui achètent de la poésie et en lisent est insuffisant. Le marché est difficile pour les ventes.

 

RD:- Comment défendez-vous les auteurs que vous publiez ?

 

GM: – Quand je publie des auteurs, j’aime les publier à nouveau si j’aime un autre de leurs manuscrits. Ils ont toujours un point de chute pour leur travail dans ma maison d’édition. J’ai publié de nombreuses plaquettes et livres de Denis Emorine (France), Georges Held (USA), Irene Koronas (USA), Susan Tepper (USA), Lucy Lang Day (USA), et Flavia Cosma (Canada), pour vous donner quelques exemples.

J’organise des lectures pour mes auteurs, je mets en ligne un entretien avec eux sur mon site, je fais des communiqués de presse, de la publicité et je fais tout mon possible pour les défendre. S’ils publient un livre ailleurs dans une autre maison par la suite, je le fais savoir. Je suis sincèrement heureuse pour eux.

Je suis toujours fidèle à mes auteurs et j’achète leurs livres quand ils les publient dans d’autres maisons. Je fais mention de leurs nouveautés dans ma newsletter ou je publie une recension. Mes rapports avec mes auteurs restent bons que je les republie ou pas, ils ont toujours mon soutien.

 

RD:- Etes-vous satisfaite de votre travail d’éditrice ? En quoi le travail d’une petite maison est-il différent d’une grande maison ?

 

GM :- Publier de la poésie, de la prose, des pièces de théâtre et particulièrement des traductions me donne beaucoup de bonheur. J’aimerais ne pas être obligée d’exercer un autre travail à plein temps pendant la journée. Etre une petite maison présente des avantages. Je choisis ce que je veux publier. Je n’ai pas à traiter avec des agents littéraires ou d’autres personnes quand je choisis des manuscrits. Je suis libre. Je décide de mes heures de travail et je fais ce que je veux. Avec une plus grande maison, on n’a pas cette liberté. Je n’ai pas d’employés sauf des stagiaires quand ils sont là. Je n’ai pas à me préoccuper de payer des salaires ou d’autres aspects financiers dont une plus grosse structure doit se préoccuper. Je reconnais quand même que ce serait agréable d’avoir une équipe pour faire une partie du travail et de pouvoir les rémunérer. J’aimerais pouvoir payer quelqu’un pour faire connaître mes publications. Cela me libèrerait vraiment de pouvoir travailler davantage sur la fabrication des livres. J’aimerais aussi avoir les moyens de recruter un correcteur. Ce sont des moyens qu’ont les plus grandes maisons. Cependant, j’aime mon indépendance et c’est ce qui est le plus important pour moi. Personne ne me dira jamais qui et quoi je dois publier. C’est toujours moi qui choisis.

 

 

 

 

Cervena Barva Press anniversary reading, 2007.

Gloria Mindock, Doug Holder, and William J. Kelle.

 

 

RD :- Quels sont les attraits du métier ? Et ses inconvénients ?

 

GM:- Voir les livres imprimés constitue l’attrait principal ! Il n’y a rien de tel que de voir tout ce travail sortir sous la forme d’un beau livre et de voir le bonheur de l’auteur. Et puis quand le livre se vend et que vous savez que les gens le lisent, c’est un pur bonheur!

Les inconvénients du métier c’est quand on ne trouve pas le temps de faire ce qui est à faite dans la journée. Il y a tant de travail peu gratifiant à faire comme aller à la poste pour faire les envois, les communiqués de presse, les bons de commandes,  faire les montages etc… C’est parfois fatigant.

 

RD :- Quels sont vos projets ?

 

GM:- Il y a à faire un grand hommage à Václav Havel et à fêter les sept ans de Červená Barva Press. Nous allons faire cet anniversaire en même temps que nous rendrons notre hommage à Václav Havel puisqu’il a été une source d’inspiration pour notre maison d’édition dont le nom signifie “couleur rouge” en tchèque.

Cette année, nous avons beaucoup de livres qui vont paraître. Voici un bref coup d’œil sur nos auteurs. Excusez-moi si je ne donne pas tous les noms, il faudra suivre sur notre site :

Rodica Draghincescu, Jiri Klobouk, Michael T. Steffen, Bob Hartly, Flavia Cosma, John Flynn, Craig Paulenich, Daniel Y. Harris, Bruce Lader, Claudia Serea, Gulnar Ali Balata, Pamela Laskin, Dmytro Pavlychko, David Gianni, Wm Hamilton, Tree Reisner, Robert Vaughan, John Elsberg, Eric Grienke, et tant d’autres.

Je suis désolée de ne pas avoir nommé tout le monde. La liste serait trop longue. Elle est deux fois plus longue. C’est une année très dense pour nous.

Merci beaucoup Rodica de m’avoir interviewée. C’est un tel honneur !

 

 

 

 

Gloria Mindock, 

Avec des fleurs pour fêter la publication de mon livre “Nothing Divine Her”       lors du lancement.

 

 

 

 

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www.cervenabarvapress.com

 

REPORTER:  Rodica Draghincescu

http://www.draghincescu.com

 

Traduction de l’anglais: Cécile Oumhani

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