Gaston Bellemare, poète, éditeur, directeur du Festival international de poésie de Trois-Rivières, Québec, Canada, s’entretient avec Rodica Draghincescu

 

 

 

VIE DEDIEE A LA LIBERTE DES MOTS EN POESIE

 

 

 

RD : – Cher Gaston Bellemare, quelle joie de parler avec toi sur la Poésie (édition, livres, auteurs, voix, spectacles, festivals, prix et récompenses). Au Canada/au Québec, en France, en Belgique, dans les pays francophones, et pas seulement, tu es un des principaux piliers de la promotion des poètes contemporains. En défense des auteurs et artistes de la poéticité, j’ai découvert une vie dédiée à la liberté des mots en poésie. J’aimerais savoir surtout ce que tu n’as pas encore fait pour les poètes et la circulation de la poésie ?

 

GB : – Vivre encore une centaine d’années afin de redonner à la poésie et aux poètes, la place qui leur revient dans le monde : la première.

 

RD : – Depuis quand date ton amour avec la poésie et comment cette passion a évolué à travers les dernières années ?

 

GB : –  J’ai annoncé à mes collègues-étudiants, en 1960, que je vivrais toute ma vie avec et pour la poésie. Pourquoi ? Parce que déjà je savais que seule la poésie – pour moi – pourrait me permettre d’être totalement mon corps, d’être totalement mon âme et non seulement d’être une bonne personne de son époque, de sa génération et répondant aux désirs des gouvernements nord-américains de devenir un croisé du verbe avoir.  Déjà pour moi, il n’y avait que trois mots d’importants, peu importe les langues et les épaisseurs de leurs dictionnaires : la vie, l’amour, la mort et deux verbes entre lesquels je devais choisir pour activer ces trois mots, tous les jours : avoir ou être.  J’ai choisi être. Cette décision est devenue ma passion, mon mode d’être-au-monde et dans-le-monde. Nos sociétés et nos gouvernements nous éduquent en fonction du verbe avoir – en Amérique, nous voulons tout avoir – alors qu’ils devraient nous éduquer d’abord, en fonction du verbe être.

La poésie est la pleine vie intérieure de l’être. Elle est l’en-dedans des humains. La vie extérieure de chacun de nous est celle de l’avoir. Être quelqu’un – homme ou femme — est plus que tout au monde plus important qu’avoir de l’argent et ce qu’il procure. Avoir c’est Hollywood et Wall Street. Mais cela ne  vous donnera pas la richesse de cette vie intérieure nécessaire pour être totalement votre corps et être totalement votre âme. Et être cette personne que votre corps et votre âme attendent.

 

RD : – L’on ne sait pas exactement ce que c’est la poésie, mais on la reconnaît quand l’on rencontre son créateur. De quelle poésie est-elle le nom ?

 

GB : – Je ne sais pas non plus ce qu’est la poésie et pense que je ne le saurai jamais. Car, chaque matin, même en en trouvant quelques brindilles ici et là, ou encore de ses morceaux dans mon corps et dans mon âme, toujours mes yeux  et mon cœur la cherchent au-dedans de moi et des autres et dans leurs poèmes. Je la chercherai toujours car elle est le but ultime de ma vie intérieure depuis mon adolescence. Comment cesser de se nourrir le cœur et l’âme ?

 

RD : – Le poète français Jacques Roubaud croit que la poésie ne s’écrit pas. Il s’explique ainsi sur fabula.org pour ses fans : « La poésie, je la compose en marchant, dans ma tête, et ensuite, ce que je fais uniquement, c’est la noter. Ça ne veut pas dire vraiment que j’écris. Je la compose puis je la note » (https://www.fabula.org/actualites/article22821.php)

 

GB : – Roubaud écrit-il pour noter ce qu’il a ressenti, ce qu’il a perçu en lui ou chez l‘autre ou dans un branche de soleil et qui ajoute une note à sa valeur intérieure ? Probablement. Le poète québécois Jean-Marc Desgent écrit lui aussi ce qu’il marche et le remarche quand il l’a écrit.

 

RD : – La poésie s’écrit ou se dit toute seule ou a-t-elle besoin du poète-acteur pour de-matérialiser son existence ?

 

GB : – Laissons chaque humain découvrir la poésie selon ses capacités de vie intérieure et son rythme d’accès à cette vie et à la poésie. Pas besoin d’interprète. Elle est un mode de ressentir au plus profond la vie. Pas une interprétation ni une obligation de la vie.

 

RD : – A l’époque de l’intelligence artificielle, Google ne connaît aucune limite. Il écrit maintenant des poèmes surréalistes, dans la perspective de lui faire développer des capacités de communication plus fluides. Pour y parvenir, il a dû digérer 11 000 ouvrages. Le poète serait-il toujours la voix d’un temps  enfermé dans un homme ? Serait-il ce poète humain en danger dans cette époque de tremperie universelle ?

 

GB : –  Google  est un interprète qui tente de créer par synthèse pour avoir une gamme diversifiée de motivations d’achats chez chaque humain. Et il synthétise pour avoir davantage. Pas pour être davantage. Mais il offre une possibilité d’entrer dans nos êtres.

 

RD : – Guillaume Apollinaire avait affirmé en son temps: « Les grands poètes et les grands artistes ont pour fonction sociale de renouveler sans cesse l’apparence que revêt la nature aux yeux des hommes ». Comme fondateur du fameux festival international de poésie de Trois Rivières, au Québec (ce festival est un événement international auquel participent près de 40. 000 personnes de tous les âges et de toutes conditions sociales. Le Festival présente annuellement 350 événements), et comme poète-éditeur chez Les écrits des Forges, tu as côtoyé et tu côtoies toujours des poètes et des traducteurs de plusieurs continents. Quel est l’intérêt encore du poète et des livres de poésie au fil du temps présent ?

 

GB : – Notre festival est le plus gros festival de silence au monde quand le poète parle. Et ce silence est la clé du passage du message du poète à sa réception à l’intérieur de ceux qui sont venus librement l’écouter. Ce festival du silence, de l’intimité, du bonheur de la parole de l’en-dedans des poètes reçue par l’en-dedans de chaque personne de notre public attentif, dure d’une lecture à l’autre, d’une personne à l’autre, d’une activité à l’autre et se retrouve, dans toutes les appréciations écrites reçues – 125 pages — tant du public que des poètes.

 

 

 

 

Et ce, parfois, au souvenir d’un festival vieux de 5-10 ou 15 ans. L’expression «  Quel  bonheur d’être là » est celle que nous entendons le plus souvent, depuis de nombreuses années,  à propos de l’accueil des poèmes et des poètes par le public. Le Festival International de la Poésie (FIP) crée, compte tenu de la qualité de la réception des poèmes par le public, du bonheur durable dans une société dont les médias et l’éducation ne parlent que d’avoir un emploi, des $$$, une retraite bien garnie, etc.,  alors que les hommes, les femmes et les enfants de ce pays ont profondément besoin  d’abord d’être. Le FIP est le festival du verbe être. Ce dernier est le verbe du cœur et de l’âme, selon les assidus du FIP. Je crois que  notre public répond de lui-même à votre question : quel est l’intérêt encore du poète et des livres de poésie au fil du temps présent ?  Il est entier et profondément nécessaire. Et, il répond à votre prochaine question également.

 

RD : – Les crises économiques et politiques entraînent des chutes de budget destiné à l’éducation culturelle et littéraire. Les institutions à profil culturel (maisons de culture, maisons de la poésie, maison des écrivains, festivals de littérature, maisons d’édition, théâtres, librairies, etc., ferment car les organismes voient leurs subventions réduire comme peau de chagrin… Alors, la poésie et ses poètes, ces mal-aimés perdent le soutien des pouvoirs publics… A quoi bon des poètes en temps de détresse et déprime économique ?

 

GB : –  Le cœur sera toujours plus important et toujours plus accueillant des mots de toute parole provenant d’une vie intérieure que des  conséquences des crises économiques et des mauvaises décisions financières.  La poésie ne disparaît pas à la suite de coupures de budgets. Au contraire, nous y sommes plus ouvert et plus près, parce que nécessaire. Le manque d’avoir $$$ redémarre, active et nourrit le besoin d’être. C’est ce qui est arrivé à la ville de Trois-Rivières.

 

RD :-  Où sont-ils passés les mécènes d’autrefois ? – Qui soutient, protège, achète et surtout qui lit encore nos poètes au XXI e siècle ?

 

GB : –  Vrai que les tirages ont diminué. Ici, de 1 500 – 2000 exemplaires en 1970 à 400-500 exemplaires aujourd’hui. Mais il se publie maintenant 150 livres de poésie au Québec, chaque année, alors qu’en 1970 nous n’en publions que 25-30.  Il y a donc moins de lecteurs par livre mais plus de lecteurs  pour l’ensemble de la production d’ici.  Oublions les mécènes.

 

RD: – Le bien connu poète et essayiste syrien Adonis, lors d’un festival de poésie en Autriche, disait que pour lui, écrire de la poésie, c’est changer la Terre. Comment peut-on changer le monde actuel par la poésie, cher Gaston ? Tu dois en savoir des choses…

 

GB : Être totalement son corps et totalement son âme change la Terre, à tout le moins, ma Terre. Car la Terre, hélas, appartient encore — depuis trop longtemps — aux humains visant et croyant vivre du verbe avoir.

 

RD : – Qu’est-ce que le monde de la poésie a de commun, de ressemblant ou de différent avec notre monde industriel ? Et effectivement, y aurait-il un monde poétique, un monde utopique ? D’ailleurs, comment sur/vit notre poésie quotidienne ?

 

GB : – Le monde intérieur trouve place parfois dans des lieux ou des édifices créés par des artistes. Mais la planète-poésie ne sera jamais une planète-industrie.  Le monde industriel est cette utopie qui, selon les affirmations contraires des politiciens, rendraient les humains heureux en leur offrant, dans un travail, ce qu’il revient à chacun d’avoir. La solitude d’être ne sera jamais pénible comparée à la solitude d’avoir.

 

RD : – A Trois Rivières, petite ville québécoise, grâce à toi, Gaston, la poésie a créé son propre univers poétique populaire, son propre lexique de communication et de promotion, et elle a même provoqué une vraie révolution culturelle. Les poètes ont rendu la ville célèbre et pourquoi pas plus prospère. Et la ville célèbre ses invités d’honneur. Comment se fait-il que la poésie a apporté un si fort développement à cette ville ? Y aurait-il une belle histoire pour résumer le parcours et l’évolution de ce concept ? Qui et comment a mis les bases de ce festival plurilingue et interactif ?

 

GB : – Trois-Rivières fut déjà, pendant de nombreuses années, la Capitale du chômage au Québec et au Canada. La Capitale du non-avoir. Sans possibilités d’avoir beaucoup monétairement,  les dirigeants de ma ville se sont tournés vers l’enrichissement de la vie intérieure de la population en lui offrant une vie culturelle de haut niveau. Trois-Rivières est, au prorata de la population, la ville qui consacre le plus haut pourcentage de son budget municipal à la culture. L’éventail diversifié de l’offre culturelle a attiré de nombreux touristes et de nouveaux résidents dans la ville. La poésie était là au bon moment. Et les dirigeants de Trois-Rivières nous ont écoutés et fortement appuyés au fil des années depuis 1985. Chanceux Gaston, Maryse a toujours été amoureusement là également.

 

 

RD : –  C’est autour de la poésie contemporaine que se décline le festival de Trois Rivières. Déclamations de poètes en pleine nature, conférences, promenades-lectures, poèmes suspendus au cœur du centre-ville, rencontres autour de déjeuners avec les auteurs, grands récitals en public, voyages, émissions de radio et de télé. Ces activités se déroulent également sous forme de lectures et de performances poétiques dans des restaurants, bars, galeries d’art, écoles et bibliothèques. Des auteurs et des artistes émerveillés de l’accueil qui leur est réservé et contents de leurs honoraires. C’est incroyable de nos jours… Comment réussissez-vous tout cela ?

 

 

 

 

GB : –  Le Festival international de la poésie est né et a grandi avec un seul objectif: redonner la poésie au public en le touchant quotidiennement et intimement au moyen de :

1) plus de 400 poèmes accrochés aux murs du centre-ville et du Parc portuaire

2) en lui donnant accès à plus de 5 000 poèmes sur nos cordes à poèmes qui flottent dans des parcs publics

 

 

 

 

3) en lui offrant une Boîte à poèmes aux couleurs du FIP où il vient déposer près de mille poèmes par année et

4) en lui offrant une programmation de lectures centrée sur ses disponibilités de présence et d’écoute entre 09h00 du matin et 24h30, chaque jour. À chaque personne venue de choisir son lieu d’écoute dans notre gamme de petits restaurants, cafés et bars participants qui la respectent dans son choix de lieu, d’heure, du menu, de sa capacité de payer, du niveau de service et des poètes assignés à ce lieu.

 

 

 

 

Pour la réussite du FIP, il est important que ce soit toujours le public qui choisisse. Pas le FIP à sa place. Ce festival a été créé pour redonner le poème au public.

 

 

       Gaston Bellemare et Maryse Baribeau

 

 

La qualité pratiquée de notre philosophie d’accueil tant des poètes que du public constitue donc le premier geste de la zone de confort et de bien-être recherchée dans la communication poète-poème-public. Cette zone de confort repose aussi sur le principe suivant : rigueur et respect du processus de communication.

 

RD : –  Comment avez-vous procédé?

 

GB : – Nous avons développé un mode original, efficace — et accepté dans sa rigueur  —  de communication et de cohabitation entre poètes et public dans les cafés, bars et restaurants – lieux de convivialité —  de notre ville : pendant 3 minutes d’un silence complet : un poète, un micro, un public. Puis nous redonnons la parole au public pour le double du temps. Un café n’est pas un théâtre ni une église où le public accepte de garder silence pendant 60 à 120 minutes.

 

RD : – C’est une autre manière d’envisager la communication…

 

GB : – Oui. Ce processus de communication respecte la règle de communication établie par le très reconnu et regretté Patrick O. Marsh de l’Université de la Californie à Sacramento qui nous l’a enseigné: la durée est le niveau d’abstraction contenu dans le sujet que l’encodeur veut partager

 

RD : – Plus précisément ?

 

GB : – La capacité du décodeur à sentir, saisir et digérer le contenu du sujet de l’encodeur. Un poète ne peut donc pas lire aussi longtemps qu’il le désirerait sans se couper de ses auditeurs. Une chanson dure entre 2 min. 30 et 4 min. Soutenue par la voix d’un chanteur et une musique orchestrée, elle utilise un niveau de langage familier et la rime comme facilitateur de mémorisation. Le poète n’a, à sa disposition, que sa voix et la musique de ses mots pour entrer dans l’univers tout intime de ses auditeurs et  faire entrer dans leurs cœurs et leurs corps ce qui surgit de son propre intérieur. Et les auditeurs n’ont que le cœur et le corps pour recevoir la parole intérieure du poète.

 

RD : Peut-on imposer une durée poétique à un auteur, lors de ses lectures ? Cela ne vexe pas l’auteur ?

 

GB : – Question-réponse, chère Rodica ! Donc, oui et pourquoi, doit-on imposer la durée d’une lecture — et inversement de silence – que nous retrouvons dans un théâtre lors d’un spectacle aux 100 repas-dégustation-poésie de nos 350 activités de lectures ?

 

RD : – Peur de l’échec ?

 

GB : – Ce serait un échec assuré. Et avec plus de certitude encore dans les bars. Nous ne touchons pas à la profondeur des poèmes des poètes mais à la durée de leur communication dans des lieux qui le commandent. Le public heureux, revient année après année et participe à 3-4 activités par jour. Les poètes lisent en moyenne 2 fois x 3 minutes x 3 activités par jour. Invités pendant 10 jours ils ont donc la chance de lire 18 minutes par jour et pendant 90 à 120 minutes au cours du FIP.

 

RD : – Et l’âme du spectateur, du public, en tout cela ?

GB : – Le cœur et l’âme ne sont pas des consommateurs de biens achetables, ne cherchent pas à avoir plus et tout. Ils aiment ressentir, battre et être. Voilà notre client-poésie. Les poèmes le comblent, le font mieux respirer, lui donnent un bonheur durable et l’invitent à revenir, année après année.

RD : – Comment vit ce bonheur en poésie?

 

GB : –  Ce bonheur découle aussi de l’important fait qu’il vaut mieux amener les poètes dans des lieux que le public aime fréquenter, à des heures qui lui conviennent plutôt que d’essayer d’amener le public dans des lieux qu’il ne fréquente pas quotidiennement.

 

RD : – Et la relation poète-public est-elle durable ? Tu dois en savoir des choses, avec ton expérience…

 

GB : – Le bonheur entre les deux découle aussi du fait que le FIP est un festival axé sur le public présent, sur la relation poète-public et non sur les relations poète-poète devant ou sans public comme vécu à plusieurs reprises à travers le monde. Le FIP est un festival de poésie créé pour le public avec des poètes et non un festival de poésie avec des poètes devant ou sans public.

 

RD : – Vous avez formé et éduqué votre public à Trois-Rivières.

 

 

 

 

GB : – Exact. Année après année, nous avons, petit à petit, donné un vrai public à la poésie et aux poètes de ce monde, un public qui crée, chez tous les poètes, cette sensation très forte et très valorisante qu’à Trois-Rivières, ils se sentent écoutés, aimés, respectés et, de ce fait, se savent poètes : conséquence directe du haut niveau de qualité du public qui les écoute. Si les applaudissements constituent, pour les comédiens, le signe visible de la satisfaction du public, le silence est celui qui annonce au poète que le public reçoit, sent et aime son poème.

 

RD : – De par sa nature plurilingue et multiculturel, ce Festival respecte et enrichit son public.

 

GB : – Oui. Si un poète ne parle pas français, un de nos présentateurs ou un poète parlant français qui accepte de le faire, donne d’abord dans la langue du public la version française du poème ; le poète étranger en fait valoir la musique et l’émotion, par la suite, dans sa langue.

Ce mode de communication axé sur le respect rigoureux du temps de parole et de silence entre public et poètes accouche, la lecture d’un poème terminée, d’un moment d’intense bonheur qui touche tous les publics à l’écoute et se répercutent sur les poètes.

 

RD : – Quelle place occupe le silence orphique dans le déroulement de vos manifestations?

 

GB : Notre festival fête les sons, les lettres et, aussi, le silence des mots. Ce festival du silence, de l’intimité, du bonheur de la parole de l’en-dedans des poètes reçue par l’en-dedans de chaque personne du public attentif.

 

RD : – Le silence est lié à l’intimité de l’acte créateur.

 

 

 

 

GB : – Cette magie et cette complicité de l’intimité entre poètes et public constituent l’élément le plus fort de la notoriété du FIP et crée ce bonheur durable entre eux. Elle est la clé de la zone de confort et de bien-être recherchée dans la communication poète-poème-public.

C’est donc ce public venu écouter amoureusement les poètes qui a fait de Trois-Rivières, la Capitale de la poésie, selon le mot de Félix Leclerc en 1985, et fait un succès du FIP.

 

RD : – Un festival, aussi, pour la poésie des signes, des personnes qui sont malentendantes ou malvoyantes ? C’est aussi cela la poésie du silence. Avez-vous pu envisager cela ?

 

GB : – Notre festival n’invite que des poètes pour donner leurs poèmes à notre public. Bien que ce dernier observe un silence parfait pendant que  le poète parle, ce dernier n’a pas la formation requise pour offrir ses poèmes à des malentendants ou des non-voyants. Nous recherchons deux spécialistes qui, pendant le festival, iraient offrir les poèmes de nos invités  dans un des lieux de rencontres de ces personnes handicapées.

Par contre, les malentendants sont heureux de trouver 5  000 poèmes qui flottent sur nos cordes à poèmes dans les parcs publics du centre-ville.

 

RD : – Gaston, puisque la thématique de cette nouvelle édition de LL est conçue autour de la traduction et des traducteurs, pourrais-tu me préciser quel rôle joue lors de votre festival, sur vos scènes festives, les traducteurs et les interprètes ? En plus des lectures poétiques du festival, est-ce que votre programme propose aussi des débats et des présentations consacrés à la traduction de la poésie, en s’adressant autant aux traducteurs professionnels qu’aux lecteurs intéressés par les problématiques de traduction ?

 

GB : –  Les traducteurs et les interprètes ne jouent aucun rôle en relation avec la poésie dite par les poètes non francophones. Nous ne les invitons pas à y participer. Certains sont venus espérant prendre la parole à la place du poète. Notre équipe parlant 5 langues, ils n’ont donc eu qu’un rôle de soutien à la direction du festival lorsque des besoins hors-poèmes de ces poètes l’exigeaient. Je ne me souviens que de deux fois en 33 ans de festival.

Notre festival de poèmes n’organise aucun débat, aucune présentation. Notre public vient pour écouter des poètes dire leurs poèmes.

 

RD : – Revenons aux langues et à leur mission. Est-ce que le public québécois est plutôt attiré par la musique des langues étrangères présentes à cette manifestation ou par le français et l’anglais, les deux langues officielles du Canada ?

 

GB : – C’est le public qui, vers le 7e festival, nous a demandé de pouvoir écouter les poètes internationaux dans leurs langues. Et comme notre festival est conçu pour lui redonner la poésie, nous l’avons écouté. Chaque poète, peu importe sa langue, donne son poème dans celle-ci à la suite de la lecture de son poème en français par un membre de notre personnel. Nous donnons le sens du poème dans notre langue et le poète, son émotion, dans la musique de la sienne.

 

 

 

 

RD : – Dans une interview publiée sur la toile, tu disais à Alina Apostolska : « Dans notre société nord-américaine nettement aveuglée par le verbe avoir – avoir toujours plus – j’ai toujours ressenti profondément le besoin – comme le peuple québécois entêté d’exister – d’être, et d’être profondément d’abord, sachant que ce sont les émotions et non les avoirs qui rendent les humains heureux ou moins heureux. »  Je me permettrais d’y rajouter, Gaston : L’essentiel réalise l’être. Au-delà du festival, de l’édition des poètes, et de toutes ces occupations pour le festival, comment vit Gaston Bellemare ? Qu’est-ce qu’il trouve d’essentiel dans sa vie ? Qu’est-ce qu’il aime faire plus particulièrement ? De quoi rêve-t-il ?

 

GB : – Progresser dans Être totalement mon corps et mon âme via la poésie. Et soutenir ce besoin immense de faire connaître la poésie et les poètes québécois. Le FIP est devenu, avec les années, le lieu, au Québec, d’où émerge la poésie québécoise à travers le monde :

 

  1. jamais les poètes québécois n’ont été autant invités dans de nombreux festivals à l’étranger,
  2. jamais les poètes québécois n’ont été autant traduits, édités, coédités et lus à l’étranger,
  3. ± 10 000 exemplaires de livres de poésie québécoise auront été exportés en 2017 et autant les années précédentes.
  4. le FIP a signé des accords de réciprocité avec vingt festivals internationaux de poésie, à travers le monde. Il en a éliminé 6 ou 7 qui ne respectaient pas son niveau d’exigence et la rigueur de
  5. 415 sites web (344 en 2016, 212 en 2015, 273 en 2014, 207, en 2013) sites Web tant en français, anglais qu’en espagnol ont fait, en 2017, état du FIP. Notamment Canoë, Tourisme Québec, Tourisme Mauricie et Tourisme Trois-Rivières.
  6. 159 (Québec : 94, Canada : 7 et 58 à l’international) journaux, revues et magazines, stations de radio, télévisions et autres ont fait état du FIP (116 en 2016, 116 en 2015, 104 en 2014, et 78 en 2013)
  7. Tenir encore plus de jours d’activités en dehors des 10 jours du FIP et ce, dans plusieurs villes et pays de ce monde. En 2016-2017, nous avons tenu 114 jours d’activités de poésie en relations directes avec le FIP, auxquels nous devons ajouter 159 jours d’accueil gratuit à la Maison de la poésie de poètes étrangers, personnel du FIP et organismes partenaires. Nos activités de promotion nous ont conduit dans divers festivals de poésie et/ou événements-partenaires à travers le monde : Toronto, Ottawa, Gatineau, Québec, Montréal (Canada), Buenos-Aires (Argentine), Pereira et Bogota (Colombie), Guadalajara, Aguascalientes et Mexico (Mexique), Paris, Abbeville, (France), Namur et Bruxelles (Belgique), Barcelone (Espagne). Enfin, le poète Sébastien Dulude a représenté le FIP au festival de poésie de St-Pétersbourg, un de nos festivals partenaires et Renée Gagnon a fait la même représentation à Namur tandis que Louis-Philippe Hébert se rendait à Lima au Pérou.

 

33 poètes et 9 musiciens de jazz québécois et une musicienne autochtone nous ont accompagnés dans ces villes et pays. Mais jamais le ou la même dans toutes ces villes. Nous avons présidé un jury de prix international de poésie à Paris, donné une conférence à Mexico. Des rencontres avec divers consuls (entre autres : Mexique (4 fois), Uruguay (3 fois) et/ou représentants politiques de quelques pays (Catalogne, France ) nous ont permis de consolider divers aspects de nos partenariats. Des conférences de presse, des participations à des jurys au CAC, la présidence de 10 jurys de prix de poésie du FIP et des invitations-médias nous ont permis de faire valoir le FIP et Trois-Rivières dans les 17 villes énumérées précédemment dont 3 au Québec, 2 au Canada et les 12 autres à l’étranger.

 

RD : – Cher Gaston, merci pour toutes ces informations époustouflantes !

 

 

 

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Gaston Bellemare (note biobibliographique) :

Retraité du Département des Sciences du Loisir, du Tourisme et de la Culture (1981-1996) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (1971-1996) où il a fondé l’École Internationale de français (1974-1981),

 

Il a  accompli les actions professionnelles suivantes :

 

Édition de livres et de revues littéraires

 

-Président élu de l’Association Nationale des Éditeurs de livres (2004-2008) et (2010-2012)

-Président de Québec-Édition (2006-2008) et (2010-2013)

-Président (2008-2009, 2010-2011, 2012-2013) et vice-président (2009-2010 et 2011-2012) de COPIBEC

– Représentant de l’ANEL à la Commission de droits de prêts publics (Conseil des arts du Canada) (2008- 2016)

-Secrétaire de la Fondation des Parlementaires – Culture à partager (2010 – )

– Membre du Conseil d’administration du Salon international du livre de Québec (2010 – )

-Membre du Conseil d’administration de la Commission de droits de prêt public (2009-2016)

-Membre du Conseil d’administration de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (2007- )

-Président de la Commission des ressources humaines de BAnQ (2017 – )

-Membre du Comité de programmation culturelle de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (2011-2016)

-Membre du Comité consultatif sur les technologies de l’information de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (2007-2016)

-Président du Symposium international sur le droit d’auteur (2004-2006)

-Vice-président élu de l’Association Nationale des Éditeurs de livres (2003-2004)

-Président de la Fondation Hector de Saint-Denys Garneau (2003-2013)

-Secrétaire et trésorier élu de l’Association Nationale des Éditeurs de livres (1992-2000)

-Cofondateur, en 1970, des Écrits des Forges, éditeur  international de poésie, trésorier (1971-1983) et président (1983-2008).

– A publié  Bleu-source-de-terre, premier recueil de poèmes de la maison Écrits des Forges (1971)

-Président du conseil d’administration et administrateur des maisons d’édition Groupe de création Estuaire (1976-2003), Éditions Arcade (1991-2003), Éditions Gaz Moutarde (1992-2003) qui publient les revues de poésie Estuaire, Arcade, Exit et Lèvres urbaines.

-Aux titres précédents, il a publié (1 100 livres de poésie) et coédité (près de 50% de ces titres) avec 51 éditeurs (principalement de langue espagnole) de 17 pays. Ainsi que plus de 200 numéros des revues de poésie énumérés.

-Fondateur et président de Diffusion Collective Radisson, collectif de diffusion, distribution et vente de recueils de poésie (1982-2008)

-Fondateur et secrétaire général d’un réseau de coédition et de distribution en poésie qui vise à couvrir les 5 continents: L’orange bleue. Des partenaires d’Afrique, d’Europe et d’Amérique font partie de ce réseau (1991-2007).

-Fondateur et président de Compographie 2000 inc., compagnie spécialisée dans la photocomposition de livres et de revues (1989-2008)

 

Festival international de la Poésie et gestion de la culture

 

-Fondateur et président du Festival International de la Poésie (1985 – )

– Conseiller de la Canadian Writers Foundation/La Fondation des écrivains canadiens (2018 – )

-Membre du Conseil d’administration de l’Allée des premiers ministres (Ottawa) (2015 – )

– Membre de l’Association internationale en Études québécoises (2015 – )

-Secrétaire général et président de La Fondation Les Forges, organisme voué à la promotion des poètes et de la poésie (1984 – )

-Fondateur et président de la Fédération des festivals internationaux de la poésie (2002 – )

-Membre fondateur du World Poetry Mouvment (2011 – )

-Membre du Conseil d’administration du Centre québécois du P.E.N. International (2008 – ) et vice-président (2012-2016) et président (2016 – )

-Membre de la Commission canadienne pour l’UNESCO (2002 – )

-Membre de la Sous-commission culture de la Commission canadienne de l’UNESCO (1993-1997)

-Membre de la Commission du livre et de la lecture du Québec (1999-2003)

-Membre du Conseil d’administration de Québec-Édition (2001-2004)

 

Il a reçu les distinctions honorifiques suivantes :

 

Médaille Hugo Gutiérrez Vega (2017) remis par le Seminario de Cultura Mexicana (Mexique)

-Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française (2016)

-Prix Fleury Mesplet du SLM (2016)

-Membre de l’Ordre des francophones d’Amérique (2015)

-Chevalier de l’Ordre de la Pléiade (2014)

-Membre de l’Ordre du Canada (2013)

-Docteur honoris causa de l’Université du Québec à Trois-Rivières (2010)

– Membre d’honneur de l’Association nationale des éditeurs de livres (2008)

-Prix du Québec Georges-Émile Lapalme (2007) en reconnaissance de sa «contribution exceptionnelle, tout au cours de sa carrière, à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite au Québec. »

-Personnalité touristique nationale (2005)

– Prix Pythagore, catégorie Éducation, lettres et langues de l’Association des diplômés de l’Université du Québec à Trois-Rivières (2005)

– Personnalité de l’année 2004 du Centre-ville de Trois-Rivières (2004)

– Prix Gérald Dame du Regroupement des centres ville du Québec (2004)

– Membre honoraire de The League of Canadian Poets (2004)

– Prix de l’Université du Québec à Trois-Rivières, haute distinction accordée par l’Université (2003).

-Membre du Conseil d’honneur du Centre québécois du P.E.N. International (2003 – )

-Officier de l’Ordre national du Québec, haute distinction accordée par le Gouvernement du Québec (2002).

– Citoyen d’honneur du village natal du poète et ex-président du Sénégal, Léopold Senghor.

(2001)

-Médaille de l’Académie des Lettres québécoises (2000)

-Médaille du Mérite municipal, remise par le ministère des affaires  municipales du Québec (juin 1994), pour contribution, à titre de citoyen, au développement, au progrès et à l’amélioration de la qualité de vie de sa municipalité.

-Membre de l’Ordre de Lavérendrye: plus haute distinction civique remise par la ville de Trois-Rivières pour services rendus (1991).

 

 

SITE DU FESTIVAL : https://www.fiptr.com/

 

 

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