Gabriel Arnou-Laujeac

 

 

(France)

 

 

 

Auteur de Plus loin qu’ailleurs, paru aux éditions du Cygne en juillet 2013, Gabriel Arnou-Laujeac a publié  sous pseudonymes dans cinq anthologies de nouvelles et de poésie (dont la Petite anthologie de la jeune poésie française, parue aux éditions Géhess en 2009, Le livre de la prière, éditions de l’Inférieur, décembre 2013 et dans Poètes Français et Marocains, Anthologie (2), à paraître aux éditions Polyglotte en janvier 2014), dans des revues poétiques (Les Citadelles, Poésie Directe, Littérales, Polyglotte, Recours au Poème, Testament...), des magazines philosophiques ou d’information générale (3è Millénaire, L’Opinion indépendante), collaboré au livre Irak, la faute d’Alain Michel et Fabien Voyer, paru aux éditions du Cerf en 2000. Diplômé notamment de Sciences Po, d’un Master 2 Recherche « Fondements des Droits de l’Homme » et d’un diplôme universitaire en anglais spécialisé, Gabriel Arnou-Laujeac a parallèlement effectué des études de second cycle en philosophie à distance. Plus essentiellement, après la découverte des poètes de l’Orient à l’âge de treize ans (la découverte de la poésie occidentale sera plus tardive),  il se passionna pour l’histoire et la pensée des grandes religions, leur expression poétique en particulier, ce qui le mena, six ans plus tard, sur les routes de l’Inde…

 

 

 

Gabriel Arnou-Laujeac, Plus loin qu’ailleurs, éditions du Cygne, juillet 2013,

 

préface de Maram Al-Masri

(Prix international de poésie Antonio Viccaro 2013,

Prix de la Société des Gens de Lettres 2007).

 

 

 

 

 

 

Plus loin qu’ailleurs est un récit unitaire qui dit l’exil, le parcours d’une âme en quête d’absolu, l’épiphanie de l’instant amoureux qui est un instant d’éternité, planche provisoire de détresse et de salut tout à la fois, balise à éclats posée sur le chemin de celui qui marche vers son but. Au fil des pages, le récit creuse le fond sans fond de l’être dans une quête haletante du Tout Autre. Dans la préface, Maram Al-Masri confie être « entrée dans l’univers de Gabriel Arnou-Laujeac comme on entre dans une église, un temple, une mosquée, une pagode…un lieu, non de stricte religion, mais d’intense spiritualité. D’où l’ampleur de ce qui est en jeu tout au long du récit, car si la langue de Gabriel Arnou-Laujeac dit puissamment son existence et la singularité de sa quête, son verbe est « une flèche ardente qui pointe l’ineffable » et l’autre rive de chaque être, projetée dans un même élan vers l’inaccessible et l’universel. D’une rare exigence dans le paysage actuel, son écriture est habitée par la grâce et « l’écho du silence » qui résonne au dedans. »

 

 > Traduction anglaise de l’écrivain et actrice Hélène Cardona en cours.

 

> Traduction roumaine à paraître aux éditions Junimea sous peu (Traductrice : Gabriela Mocanasu. Préfacier : Basarab Nicolescu, Prix de l’Académie Française, Membre d’honneur de l’Académie Roumaine).

 

> Traduction espagnole à paraître aux éditions Anima Viva Publisher en 2014 (Traductrice : Ilke Angela Marechal).

 

 

 

« Voici donc un recueil de Gabriel Arnou-Laujeac, qui, au delà de sa perfection  formelle, m’a plongé dans un abîme de questions. » Michel Cazenave

 

Critiques et échos, notamment dans Le Nouveau Recueil de Jean-Michel Maulpoix,  sont disponibles sur le blog de l’auteur : http://gabriel-arnoulaujeac.blogspot.fr/

 

Extrait lu de Plus loin qu’ailleurs par Véronique Dimicoli, comédienne :

http://gabriel-arnoulaujeac.blogspot.fr/p/extraits-lus.html

 

 

 

Extraits de

 

Plus loin qu’ailleurs

 

 

 

J’entends battre une pulsation d’amour derrière le rideau de la nuit, mais elle ne passe jamais devant. L’amour est recouvert de pudeur. Je tiens dans mes bras son fantôme, mais ne vois jamais son visage. Je cours à bout de souffle derrière sa silhouette, mais seule son ombre m’apparaît. En vérité je fuis les cimes de l’amour, hanté par la mémoire d’un vertige et d’une chute.

 

J’erre dans le désert du monde.

 

Je bois l’eau du mirage.

 

Peu à peu je le comprends. Peu à peu je l’ad­mets. J’éprouve dans ma chair les vers reçus par Samuel Beckett, au cœur sombre et lucide de l’ab­sence :

 

 

     elles viennent autres et pareilles

     avec chacune c’est autre et c’est pareil

     avec chacune l’absence d’amour est autre

     avec chacune l’absence d’amour est pareille.

 

 

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L’absurde déploie ses ailes dans la cage de l’existence. Son souffle tente de s’infiltrer par la meurtrière du corps ; il voudrait me posséder de l’intérieur, faire de moi le prêtre invalide de son culte inversé, le chantre d’un cri nihiliste qui s’étrangle d’effroi en sautant dans l’abîme.

 

Je résiste à ses vertiges trompeurs, à ses miroirs menteurs, à sa beauté malade. Je suis immunisé, par des siècles d’une antique gloire à venir, contre la morsure du serpent qui siffle à la mort, lové au creux de l’âme humaine. Je me tiens au-delà des frontières du néant, tendu vers l’inaccessible.

 

Je me souviens d’autre chose.

 

Je me souviens d’une plénitude différente du devenir et du non-devenir, intérieure à tout et exté­rieure à tout, vide de tout mais exempte de tout vide. Je me souviens d’un Royaume qui n’est ni d’ici ni d’ailleurs, mais qui s’offre ici-m’aime à ceux pour qui le vide a disparu.

 

Je me souviens du Tout Autre.

 

C’était Moi.

 

 

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J’habite désormais la nuit comme un refuge, une cabane au creux de l’âme, un espace de grâce et de retraite. Le tumulte du monde s’éloigne, pour quelques heures le temps est une alliance au doigt de l’Éternel : les secondes tournent sur elles-mêmes et forment un cercle ininterrompu, rien ne peut plus rompre la musique intérieure qui me porte et me prend tout entier dans sa danse derviche. En remontant le courant de l’inspiration vers sa source anonyme, j’entends la clameur divine, l’écho du premier cri d’extase qui retentit, depuis l’aube de tout, en plein cœur du rêve exis­tentiel, de l’absurde et de la grâce.

 

 

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« Par-delà ce quotidien trop étroit pour nos ailes existe un lieu vers l’étoile idéale, et c’est là que je t’emmène : vers la clarté. Viens. »

 

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Elle me tourmente, m’aimante, elle est l’amante encore vierge, le siège immaculé d’un vœu d’absolu que rien de terrestre ne saurait exaucer. Même après des millénaires étoilés l’un dans l’autre, elle est encore vierge, chaque jour réinventée par la formule d’outre-tombe qui allume l’or du temps et la flamme de nos corps intangibles.

 

 

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Vêtus d’espace, ceinturés de vents, nos corps nus s’envolent : du ciel, nous rejoignons le centre immobile. Nous traversons les cimes d’une terre sans frontières, où règnent d’antiques poètes voués au culte de la lumière : leur langue est une flamme qui n’a pas de coucher, une flèche ardente qui pointe l’ineffable et l’autre rive du Réel.

 

Son alphabet de muse et la musique infuse de son âme, sont mis à nu en ce lieu sans adresse où l’on chavire de l’ombre à la lumière les yeux clos, dans l’anéantissement de tous les réels apparents. L’illusion d’être deux ne nous sépare plus. En vérité, je ne suis plus là, ni elle. Ce qui demeure, c’est une âme dévêtue de ses deux corps, une lumière affranchie de son ombre. Ce qui demeure, c’est l’amour enfin réinventé par-delà l’étouffoir du temps, la prison de l’espace, et les sept premiers ciels dont elle m’offre le huitième.

 

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Lorsqu’il n’y a plus rien, il reste la Vérité de la nuit noire au temps des absorptions célestes, quand les grands luminaires se contemplent les yeux clos. Il reste l’invisible Voyant, l’Être unique qui transcende toute image et qui n’a pas de nom.

 

Il reste l’écho du silence qui s’élève à contre-nuit, pour que sonne et résonne la promesse du retour, au creux des âmes apatrides qui savent n’être point d’ici, ni d’ailleurs, et encore moins de maintenant.

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