Gabriel Arnou-Laujeac

 

 

 (France)

 

 

 

    Extraits de Plus loin qu’ailleurs (Éditions du Cygne, 2013)

 

 

Avant de disparaître au loin, plus loin que l’œil humain puisse lancer sa flèche, les dieux secouèrent le firmament, firent chuter sur mon front quelques fragments d’infini et insufflèrent en mon for la nostalgie de l’Absolu. Un tison ardent planté dans la chair tendre, dès la naissance : l’écho du silence frappant dans ma poitrine ; la présence en l’ab­sence, jaillie de l’océan des âges comme une vague d’équinoxe. Comment pouvais-je souffrir que l’on m’abandonnât aux chimères du devenir, que la plus éclatante des lumières me promît au crépus­cule d’un âge sombre ?

 

Où que se tournait mon visage, je ne voyais qu’un monde aux temples d’ombres et l’ombre de l’absence recouvrant chaque atome de l’univers : des troupeaux errer à la surface de la terre, leurs fronts cogner les parois d’un labyrinthe en trompe-l’œil ; des bergers nains, boursouflés de vents mauvais, démoraliser les masses pour mieux les dominer ; des mains anonymes détourner la grande roue de l’his­toire dans les chambres froides du pouvoir ; « la Bêtise au front de taureau » – vieille, laide et puis­sante – commander aux étoiles éteintes et aux quatre vents de cieux vidés de leur Dieu.

 

Ce siècle sans ciel et sans ancrage n’était qu’un mirage ; cette poignée de sable jetée dans l’océan de l’existence, qu’une fable : ce n’était pas moi. Je le savais. Je l’éprouvais. Quoi que je fisse, je demeurais spectateur ; quoi que je visse, étranger au spectacle. Ces hordes de morts vivants qui titubent au bord du vide me donnaient le vertige. Toute cette chair chaude ivre du vin de l’oubli me donnait la nausée. Tout était trop laid pour être vrai. Je priais que l’on m’arrachât au long sommeil des Hommes, que l’on m’offrît amour et vérité, conjugués à l’éternel présent. J’eusse aimé que le réel apparent tombât comme un voile au pied d’une Réalité plus vaste, qu’il s’y brûlât sur-le-champ : pour toujours.

Rêves d’Ailleurs. Rêves de plus loin qu’ailleurs. Mes poumons cherchaient l’air des grands larges, celui qui manque cruellement.

 

 

 

 

 

 

Gabriel Arnou-Laujeac, Plus loin qu’ailleurs, éditions du Cygne, juillet 2013,

préface de Maram Al-Masri


(Prix international de poésie Antonio Viccaro 2013, Prix de la Société des Gens de Lettres 2007). 

http://gabriel-arnoulaujeac.blogspot.fr

Plus loin qu’ailleurs est un récit unitaire qui dit l’exil, le parcours d’une âme en quête d’absolu, l’épiphanie de l’instant amoureux qui est un instant d’éternité, planche provisoire de détresse et de salut tout à la fois, balise à éclats posée sur le chemin de celui qui marche vers son but. Au fil des pages, le récit creuse le fond sans fond de l’être dans une quête haletante du Tout Autre. Dans la préface, Maram Al-Masri confie être « entrée dans l’univers de Gabriel Arnou-Laujeac comme on entre dans une église, un temple, une mosquée, une pagode…un lieu, non de stricte religion, mais d’intense spiritualité. D’où l’ampleur de ce qui est en jeu tout au long du récit, car si la langue de Gabriel Arnou-Laujeac dit puissamment son existence et la singularité de sa quête, son verbe est « une flèche ardente qui pointe l’ineffable » et l’autre rive de chaque être, projetée dans un même élan vers l’inaccessible et l’universel. D’une rare exigence dans le paysage actuel, son écriture est habitée par la grâce et « l’écho du silence » qui résonne au dedans. »

« Voici donc un recueil de Gabriel Arnou-Laujeac, qui, au delà de sa perfection formelle, ma plongé dans un abîme de questions. » Michel Cazenave

Traduction anglaise de l’écrivain et actrice Hélène Cardona.

Critiques et échos, notamment dans Le Nouveau Recueil de Jean-Michel Maulpoix, sont disponibles sur le blog de l’auteur : http://gabriel-arnoulaujeac.blogspot.fr/

Extrait lu de Plus loin qu’ailleurs par Véronique Dimicoli, comédienne : http://gabriel- arnoulaujeac.blogspot.fr/p/extraits-lus.html

 

 

 
http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-ce-que-nous-portons.html
 

 

 
 

 

 

 

 

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BIO GABRIEL ARNOU-LAUJEAC

 

Auteur de Plus loin qu’ailleurs, paru aux éditions du Cygne en juillet 2013, Gabriel Arnou-Laujeac a publié sous pseudonymes dans cinq anthologies de nouvelles et de poésie (dont la Petite anthologie de la jeune poésie française, parue aux éditions Géhess en 2009, Le livre de la prière, éditions de l’Inférieur, décembre 2013 et dans Poètes Français et Marocains, Anthologie (2), à paraître aux éditions Polyglotte en janvier 2014), dans des revues poétiques (Les Citadelles, Poésie Directe, Polyglotte, Recours au Poème, Testament…), des magazines philosophiques ou d’information générale (3è Millénaire, L’Opinion indépendante), collaboré au livre Irak, la faute d’Alain Michel et Fabien Voyer, paru aux éditions du Cerf en 2000. Diplômé notamment de Sciences Po, d’un Master 2 Recherche « Fondements des Droits de l’Homme » et d’un diplôme universitaire en anglais spécialisé, Gabriel Arnou-Laujeac a parallèlement effectué des études de second cycle en philosophie à distance. Plus essentiellement, après la découverte des poètes de l’Orient à l’âge de treize ans (la plongée dans la poésie occidentale sera plus tardive), il s’est passionné pour l’histoire et la pensée des grandes religions, leur expression poétique en particulier, ce qui le mena — six ans plus tard et dans un premier temps — sur les routes de l’Inde.

 

 

 

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BIO Hélène Cardona

 

Hélène Cardona est l’auteur des recueils bilingues de poésie Le Songe de mes Âmes Animales (Salmon Poetry, 2013), Pinnacle Book Award, 2014 Readers’ Favorite Award in Poetry, finaliste pour le Julie Suk Award ; L’Univers Stupéfait (Red Hen Press, 2006) ; et La Vie Suspendue (Salmon Poetry, 2016). Diplômée d’une Maîtrise de littérature américaine de la Sorbonne, elle a enseigné à Hamilton College, New York, et à Loyola Marymount University, Los Angeles. Elle est co-rédactrice en chef de Dublin Poetry Review, Levure Littéraire, et Fulcrum. Elle a traduit Plus loin qu’ailleurs de Gabriel Arnou-Laujeac, et la poésie de Jean-Claude Renard, Baudelaire, Rimbaud, Crickillon, René Depestre, Ernest Pépin, et de son père José Manuel Cardona en anglais. Elle est aussi actrice (Chocolat, Serendipity, Dawn of the Planet of the Apes, etc.)

http://www.helenecardona.com

https://www.pen.org/helene-cardona

http://www.imdb.me/helenecardona

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