Frank De Vos

 


 

(Belgique, Flandre)

 

 

 

Le Murmure, une élégie matinale

Ô, vanité, traînant l’importance poétique

In een Latijnse taal, dichterlijke ontmanteling.

 

 1.

Le murmure

 

Sur quoi écrire, ce matin? Le murmure ?

à la recherche de la rue à la ruelle ?

pas si éloignée du jadis ?

se replier dans la moquerie, parfois

aiguë comme un accent bien écrit ?

d’un mot

si nu, si simple et né dans la main

d’un enfant, raclée des plumes blanches,

les balles à blancs grattées des vagues

du passé, profondes autant que légères ?

 

Sur quoi écrire ? La circonstance ?

et son visage, exalté de soi- même ?

 

2.

Mes Doigts

 

Tendues à la légère mes paroles ténébreuses

dans les rides, un faux pli de tentation

elles pointent, elles sont à moi

sans envergure, raides et virulents.

 

Il fut un temps, des grâces dans la main

venues à travers l’aube d’un matin

sans l’air obscur, sans cire brûlante.

 

Voilà, c’est moi devant le miroir

de la vanité sans argument.

 

Il est sept heures.

 

3.

Tête de veau

 

Qui voilà?

oui, c’est lui

un vers matinal, un vers de vache,

frais qui mijotait son jus à point 

dans la farandole d’un alphabet

sur la toupie de la nuit

et sur sa langue de boeuf ballotte

sa tête de veau découpée.

 

Qui voilà?

oui, c’est lui

le poète avec l’orgueil d’un dragon

et son acharnement désespéré.

 

4

La loi profonde

 

Viens, mon copain

viens me dire

il n’ y a rien de logique

rien à verser, rien à toucher

dans le pluriel de ce matin.

 

Regarde- moi avec mes cheveux,

haut perchés et une dent de lapin

de tout coeur

pauvrement visible 

uniquement des mots pénibles et froids

finalement ces verrues du passé

elles sont pour toi et ta loi.

 

Pour ta tête de mort

une platitude bien-aimée

avec laquelle je suis né

je me mets en garde.

                        

 

5

Salle d’attente

 

Ma langue

La mort ancienne, vieille de beauté

siffle

        des paroles ravies

        comme une bise

        dans un rêve alourdi

        (jamais digne de son image)

 

Et la vie, ma vérité épuisée

épanouie en sérénité

comme l’aube à travers la nuit

patauge dans

sa passion, l’ingrédient forcé

d’une solitude solennelle

atonique par son désir

 

en attendant

sa métamorphose finale dans l’oubli.

 

6

La Panoplie

 

Le café dans l          a main

le moment dans les yeux, un beau regard

s’applique en application de perte

en perdant le sauvage, le pure avant tout

ce qui reste est le plus-que-parfait

d’un instant fragile

de la panoplie d’un instant matinal

on écrit, écrit

l’épitaphe de l’audace

Et alors ?

 

7

Réfugiées

 

Partir est plus qu’enterrer

la parole, imbue du passé,

en cours tout au long du point

 a à b ou z ou plus que

l’inconnue devenant la reconnue,

de nouveau ouvrir la porte de l’ancien.

 

Partir est être là, souhaiter la bienvenue

qu’ importe le rien, qu’importe le perdu.

 

8.

Prière matinale

 

Que les verbes me bénissent

pour oublier l’avenir du j’aurais dû,

le si j’avais su et le tout de rien qui reste

du désir d’un moment momentané

qui s’éloigne avec la musette d’une agonie. 

 

D’une valse sur  l’accordéon, de long en large

longtemps le long de l’attendu, de long en large

osseux dans les yeux.

 

9.

Poème du matin

 

D’un vers tombe la nuit vers

le croissant trempé dans le café.

 

L’odeur papillonne dans le nez

comme le vent lève la jupette

d’une femelle en passant.

 

Un soupir de lait blanc fesse,

me remue de travers, la cuiller en garde 

hors du pas avec du chocolat, noir de noir

des pensées.

 

De temps en temps je presse une bise prudente

comme chaque matin un poème masculin s’élève.

 

10

Ode devant le miroir matinal

 

Ô, corps cliqueté, claqué

chaque poème se trompe, va dérouter

de ton rien de rien, ton narcisse fané

 

à sept heure tu te trouves devant ta réflexion,

soi- disant minimale et nez à nez, une bise

d’eskimo est froide, est ainsi

 

et sans merci la question

 

Qu’est- ce qui se passe chaque matin

avec ta beauté dilatée?       

   

11

L’Avance

                                      à       Herne bay

 

Face à l’abîme, les draps de lit

deviennent tièdes. Plus tôt le matin crache

sa lumière sur la rosée sucrée d’un

boulevard des rêves cassés,

 

les paroles parlées, prononcées

leur pluriel nombreux, encore une fois

sans regret, sans soupir, chérie.

 

Et avant tout l’indifférence embrasse

l’avance avec un dernier déjà vu.

 

 

12.

Aubade

 

Devenu le toi ou le vous, monsieur

devenu flou, quelconque et plus

ou moins.

 

Voici les larmes qu’on exige

viens voir, viens voir

un barbe à papa s’élève

sèche et sous l’abri d’un pleureur

qui rase son sirop.  

 

 

13.

Viennoiserie

 

Les valses, oui

mais la plus viennoise, c’est la viennoiserie :

les brioches, les chaussons aux pommes,

les croissants…..

 

des milliers de couches à peller,

chaque année les anneaux arbres

 

Et voilà, Le Poète, Le Brave

ses rides comme des rideaux,

sous ses yeux les poches

t’invitent, il faut les regarder,

bien matinales bien sûr

mais le nec plus ultra comme feuilleté.

 

 

 14

Le féminin éternel

                              (Das Ewigweibliche zieht uns hinan, Goethe)

 

Je la sais sans temps, jamais comme jadis

ou avant, mais blanc luisant, sans marée, pure

sans temps

 

avec des ailes éraflées qui s’ouvrent

tout autour de ma chambre humide

 

avec le sac à dos enlevé de mes épaules,

dans un jardin muré, à table

 

avec ma tête sur son sein, du pain cassant,

la dernière miette

 

avec des mains sales portées à ma bouche,

les siennes caressant mes cheveux

 

avec des étés sans mensonges, je la sais moi

souvenant de l’enfant paisible, regardant

tous les nuages afin d’exister.

 

 

15.

Ni l’un, ni l’autre, ni quel-con(que)

                                      Pour Annmarie Sauer

 

A  l’ouverture de la première lumière,

nous écoutons notre pluriel majestueux

pontifical assis sur le siège d’un poète.

 

L’enfant, devenu transparent, jeté

avant le mur d’hiver, s’élève.

 

Une métaphore claire, tout autour

du nouveau né, crève.

 

 

L’encre dans le biberon chuchote

l’écume sur sa lèvre lèche les paroles.

  

En fait de vers, possession vaut titre

en fait de vers, nous sommes,

nous sommes nous, nous y sommes nous,

seulement seuls et solitaires.  

 

16

Cymbales matinales

 

Les cymbales matinales cuisinent

d’après leur bruit, l’annonce aiguë

du petit déjeuner.

 

Envoi :

Amour à moi, ma puce, sois tranquille

à Kanaan un vinocéphale a trop fêstoyé

ses cheveux font mal, ses yeux aqueux

par l’eau transformée.

 

Princesse à moi, mon altitude, ayez pitié

Pour le moment je ne suis qu’à propos

Laissez- moi dans mon lit de couchage

avant de baiser, laissez-moi y éclairer.

 

 

17.

Debout

 

Avec des souvenirs disparus, bien éloignés, brûlés

dans le provisoire de la première lumière, ravis

maintenant sous l’abri des mots écrits.

 

Nulle part le chemin, la rue, la rivière.

Nulle part le tout.

 

Notons le crissement.

Notons que je m’avale de travers.

Notons par ailleurs que je me trouve

aussi désormais en accord de moi-même :

un éclat de voyance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

______________________________

Poète et artiste belge, né en 1956.

http://www.frankdevos.be/

 

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