Frank De Vos

 

(BELGIQUE)

 

 

Cantiques profanes lyriques

 

 

Cantique profane I

Chanson lyrique pour le Languedoc.

 

– Que la terre te soit légère, été –

Trop flamboyants les vers pour un requiem détonant.

Mais à chacun sa manière pour décoiffer, pour dérober.

A commencer par promener dans les vignes épuisées
le vermillon vierge : une cible émouvante pour un poète sans papiers.

 

– Que la terre te soit légère, été –

La brume râle sur la mer, râle sur le vide qui obscure,
moisi d’un adjectif mordant dans sa langue pourrie.

La Tramontane cahote, les feuilles chuchotent les onomatopées
du désespoir frivole des paroles qui s’envolent.

 

– Que la terre te soit légère, été –

Les montagnes noires de plus en plus sombres, de plus en plus
blanchies avec des mots blanchis, un par un et clairsemés.

Une vocalise chante le grave avec un arpège stressé
Dans une berceuse abandonnée, il ne reste que le cri du passé.

 

– Que la terre te soit légère, été –

 

 

Cantique profane II

Trouvé au Midi.

 

I.

‘ Se ma Rèino plouro, léu vole ploura’
Frédéric Mistral

Néanmoins,
Le poète, il baise aussi.

Avec ceux, les courtois qui ont trouvés leur bergère.
Avec ceux, l’aube de l’aubade qu’ils ont bénie.
Avec leur temps le long de la ligne de la courtoisie.
Avec les voix moelleuses, le coloris du jadis.

 

II.

‘Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre’
Alfred de Vigny

Néanmoins,
Le poète, il crie.

Avec ceux, les parfaits, le feu du four et la chaleur convertie.
Avec ceux, les traits des bonshommes déracinés sur le bûcher.
Avec ceux, les paroles dans le sang écrasé.
Avec ceux, qui criaient leurs noms fugitifs.

 

III.

In vino veritas semper incipit.

Néanmoins
Le poète, il grince

Avec le Picpoul, le Grenache et le Syrah assoiffés
Avec 1907, l’indivision des morts dans un premier.
Avec les mots de Cambronne crachés à Narbonne.
Sur les plages vastes baignées dans le parfum d’automne.

 

Envoi : Ô poète,
Verse-nous alors les vers des voyelles qui soulignent,
qui rigolent, en déclamant l’éclat d’une mélodie.
Que, au-delà de la lune, le terrestre t’endorme.

 

 

Cantique profane III

 

Venu un jour
pour un jour
où un jour
est un jour
toute la journée.

Assoupi par l’infinité des infinitifs d’un vieux pays
où tout allait de surprise en surprise

Autant soufflé la solitude furtive
Autant songé aux sons des vents clapotants

Venu pour l’ombre
où l’ombre
est l’ombre
ombragé par
un ombre précis.

Autant au sein des vignes immenses, plongé dans l’inattendu.
Autant ému qu’il y a tellement d’années, le temps perdu.

Autant l’orgueil des platanes qui chantaient ‘Ombra mai fu’.
Autant, autant et venu pour y écrire un billet doux.

 

 

Cantique profane IV

 

Penser à la mort, la détruire avec un sourire
le long le panta rhei kai ouden menei.

Le long le temps exploré comme l’écume
de la mer en arrivant sur le sable sucé.

Le long le frisson de l’empreinte de mes pieds effacés
je suis un mort-né, écume et sable,
ma platitude la plus aimée.

Et la peluche des pissenlits s’envole
comme une chorale en train de faner.
Le ton reste paisible et toujours flatté.

 

 

Cantique profane V

 

L’adieu de l’Aude.

De loin venue, l’eau lente murmure
dans son sommeil.

Ses bottines miroirs entre mer et terre,
entre ses dents le temps qui dure.

Ses yeux creux une muse malade
peuplés des fleurs de Baudelaire.

Son regard un pas de deux, le va-
et- vient d’entre ses paupières.

Jusqu’ à la mer l’adieu sonne, fredonne
l’adieu de l’adieu à l’adieu.

Par hasard aux ficelles d’un mot qui flotte,
il devient une parole étrangère.

 

 

Cantique profane VI

‘ Au Méditerranée’

 

Là, le temps est notre rendez- vous doux,
un patio odorant, enneigé par la lumière.

Nous y lisons les grandes tables débordées,
derrière les volets qui nous écaillent.

Là, jusqu’au sang les miettes des croûtons
rouillent, les saveurs se brisent, éclatent
dans la soupe où la mer reste à terre.

Et nous, troubadour de contrebande,
perdu sur un chemin romain
nous y fleurons et saignons,
immuable aux perfusions du temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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– poète en deux langues (bien qu’il parle plus que ça), musicien (à écouter ses créations sur youtube), plasticien, peintre et photographe belge.

– promoteur de diverses manifestations artistiques, non seulement dans sa ville natale d’Anvers mais également ailleurs.

– présence active dans la vie artistique flamande.

 

Son site www.frankdevos.be est fortement recommandé.

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