Franck Cana

 

Franck CANA

 

(Congo-France)

 

 

 

a lu:

 

 

 

 LA RIVALE DE L’AU-DELA 

 

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« L’enfer, c’est les autres » a dit Jean-Paul Sartre. Mais est-ce toujours vrai ? Une femme amoureuse d’un homme dès le premier contact peut-elle être à l’abri de désillusions répétitives ? A trente ans, belle et intelligente femme, la journaliste Clara Chanteclère tombe amoureuse de Dorian Bergerac, un jeune avocat stagiaire, beau comme un dieu. Cependant, avant que les deux tourtereaux ne s’offrent l’un à l’autre, durant un moment de rêverie, Clara a une vision qui révèle que leur histoire d’amour serait sans avenir. Mais une femme qui se voit déjà dans le lit d’un homme a-t-elle encore le temps de réfléchir ?

 

Comment lutter contre une rivale morte ?

 

Dans son roman « La Rivale de l’au-delà », Élisabeth Mandier nous permet de vivre la réalité des indécisions sentimentales ainsi que les causes de celles-ci qui proviennent souvent d’un passé douloureux. Clara qui se donne à Dorian qui, de son côté, n’attendait que cela, s’empresse de confier à sa copine Justine : « Je pense que j’ai enfin trouvé l’homme de ma vie ». Elle jubile jusqu’au moment de passer aux choses sérieuses et de bâtir un véritable foyer. Dorian est rattrapé par la souffrance intérieure qui le ronge du plus profond de son âme depuis un dramatique événement passé.

 

Clara ignorait cet épisode du passé de son « Jules merveilleux ». Au final, la culpabilisation aidant, Dorian qui a perdu son ex-copine Gladys dans un accident de la route ne souhaite pas se marier ni avoir un enfant conformément à la promesse faite à la défunte qui hante toujours son esprit. « Mais pourquoi tu m’as fait des avances ?», lui demande-t-elle dépitée avant de s’entendre rétorquer : « Je me suis trompé, je ne t’aime pas ». Pour elle, le monde s’effondre. Ce texte agréable à lire démontre que l’on peut se retrouver prisonnier d’une promesse même posthume.

 

Je dois me familiariser avec le bonheur

 

Cette manière de montrer la difficulté de combattre le souvenir d’une morte séduit le lecteur. Dans la charmante ville provinciale de Gueugnon, l’héroïne tente de donner une nouvelle orientation à sa vie en se jurant de ne plus se faire avoir. Mais il est des plaies qui ne se referment pas facilement. Il est des blessures que le temps ne fait que creuser. L’écriture et la construction du récit emportent le lecteur et lui parlent. On y trouve une série de questionnements universels se rapportant aux thèmes du manque d’amour, de la trahison, de l’infidélité, du rapport aux autres et à soi-même, du bonheur sentimental.

 

Ce roman dense, riche en dialogues, montre également la profondeur de la déchirure. Clara s’entiche ensuite de Victor qui finit par déclarer qu’il ne souhaite pas une histoire d’amour. Après avoir finalement fait vœu de célibat, elle se retrouve dans les bras d’un homme marié, Arnaud De Montézac, qu’elle pousse vainement à divorcer de sa femme Emily tout en pensant à Dorian. Avec le temps…Clara, personnage central de cette épopée pleine de larmes et d’amour apprendra à sourire aux bras de Lucas Berger. Passionnant.

 

 

« La Rivale de l’au-delà », d’Élisabeth Mandier, roman, éditions Langlois Cécile, 324 pages, 19 euros.

 

 

 

« LA TENTATION D’ADAM »

 

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« Si vous ne vous ne vous soumettez pas à Christ, vous vous soumettrez au chaos ». Cette pensée de l’écrivain américain Eli Stanley Jones pourrait résumer l’impression que laisse la lecture du roman de Solange Andagui Bongo Ayouma intitulé « La tentation d’Adam ». Adam reçoit une instruction divine à laquelle il va désobéir après avoir été séduit par Satan. Il franchit bonnement le « passage interdit » et, de son paradis, il se retrouve sur la Terre et va de désillusion en désillusion.

 

L’Homme a une mission à accomplir durant sa vie

 

C’est une intrigue remarquable dans laquelle la pensée interroge et les faits répondent. Il faut se laisser surprendre par ce récit atypique dont le héros, Adam, contrairement aux archétypes et autres schémas enseignés par la hiérarchie catholique, est noir puisque la Terre entière reconnaît que « l’Afrique est le berceau de l’humanité ». Mais cela ne s’arrête pas là : Après son insoumission, il se retrouve seul sur la Terre. C’est bien plus tard que Ève, son épouse, le rejoindra.

 

Il va vite déchanter en constatant que ceux qui l’ont précédés ici-bas vivent dans la débauche et adorent un Dieu appelé Argent. Cette œuvre est une plongée dans la genèse et le présent de l’humanité ainsi qu’une interrogation sur son avenir. Par son écriture métaphorique, l’auteure, qui est pédiatre de formation, interpelle le lecteur car la vie humaine est désormais rythmée par « les affres de la guerre, le capitalisme sauvage, la sodomie, et de la félonie de certains pasteurs », peut-on lire. In concreto, ce roman nous parle puisqu’il n’est pas vraiment détaché de notre quotidien.

 

Y-a-t-il un pacte entre Dieu et Satan ?

 

Les pays, les lieux et les personnages nous renvoient à la réalité. Sur notre planète, Adam passe par des pays comme la Nasdaquie, Marasme, Sodome la Belle, War Game, Nouvelle Babylone. Il y rencontre Kopeck, Écu, Kalachnikov, Hermaphrodite, Grand maître... et éprouve toutes les peines du monde à trouver des Hommes qui font le bien. Faut-il voir dans cet ouvrage un questionnement plus ou moins affirmé sur « Dieu », « la volonté divine pour l’Homme », « le libre arbitre », « la justice », « l’injustice », « le bonheur », « le malheur » ? Le lecteur saura y répondre.

 

Quoi qu’il en soit, un vrai charme se dégage de cette critique politique, religieuse et sociale de notre monde, romancée et pleine d’humour. Adam est impatient de

« quitter cette terre pervertie, où les Hommes, devenus prisonniers de leurs propres lois…, masse aveuglée, moutons de Panurge…, semblaient avoir perdu toute once d’humanité », écrit l’auteure. Enfin, en intellectuelle éclairée, en lieu et place d’une  condamnation définitive de l’Homme à l’enfer, Solange Andagui Bongo Ayouma semble avoir une idée. A découvrir.

 

 

« La tentation d’Adam », de Solange Andagui Bongo Ayouma, éditions Amaya, 379 pages, 18, 30 euros ou 12.000 Fcfa.

 

 

 

 « GABRIEL OKOUNDJI, POETE DES DEUX FLEUVES »

 

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Le président de l’Association Des Écrivains de Langue Française (ADELF), le professeur émérite Jacques Chevrier, à la Sorbonne, consacre son dernier ouvrage à l’œuvre du poète congolais Gabriel Okoundji. Dès les premières pages de son essai intitulé «Gabriel Okoundji, poète des deux fleuves », le Pr. Chevrier donne le ton : « Toute son œuvre est placée sous le signe de l’ancestralité et de l’initiation dans leur rencontre avec la modernité occidentale ».

 

 

Né à Okondo près du fleuve Alima au Congo-Brazzaville, Gabriel Okoundji s’installe au bord de la Garonne en 1983 pour suivre des études universitaires. Mais en France, celui qui a grandi aux pieds des « anciens » et qui a été investi du titre de « Mwènè », chef coutumier du clan Tégué, n’est pas seul. Morts ou vivants, les siens l’accompagnent. Ses écrits en témoignent de fort belle manière. Les éléments premiers qui composent notre univers, la faune, la flore, certains lieux et un parler africain sont omniprésents dans ses recueils de poèmes qui ont été traduits dans d’autres langues.

 

Chacun de ses livres est un point de repère le long d’un cheminement.

 

Son oncle Pampou qui fut son « obila », c’est-à-dire son conseiller, et sa tante Ampili sont désignés comme étant ses maîtres spirituels. Ce sont ces mentors qui lui ont transmis les dons de la parole et de l’écoute des ancêtres à travers « le silence expressif » que le monde moderne agité ne parvient pas à entendre. La poésie de celui qui est psychologue clinicien invite le lecteur à la méditation en vue de découvrir les mystères cachés. C’est un « cheminement » de l’Homme indispensable à la découverte de sa destinée.

 

«…Je dus me confronter auprès de mes pères : aux adages, aux proverbes, aux énigmes, aux métaphores et aux symboles qui décrivent, sans le nommer, le sens de l’existence », affirme l’auteur du recueil « L’âme blessée d’un éléphant noir ». Parfois décrit comme un écrivain de l’exil, à l’instar de Williams Sassine pour « Le Zéhéros n’est pas n’importe qui », il a reçu le prix Pey de Garros en 1996 pour son premier recueil « Cycle d’un ciel bleu », le prix Poésyvelines en 2008 et le prix du Coup de cœur 2008 de l’Académie Charles Cross. Le poète Béglais se définit lui-même comme un auteur de « la transmission ».

 

C’est en étant soi-même qu’on est le meilleur.

 

Pour le professeur Jacques Chevrier, le fait que son œuvre soit marquée par l’inquiétude, l’échec, la blessure, la perte ou la mort ne fait pas d’Okoundji un écrivain de la douleur. Même si l’intéressé concède : « J’écris la poésie de querelles, de blessures et d’inquiétude ». En contrepoint de cette impression doloriste, l’idée que la poésie soit un canal de résistance et de victoire face aux ténèbres de la vie, se dessine en lui. En 2010, il publie en prose « La mort ne prendra pas le nom d’Haïti » pour faire barrage au fatalisme ambiant ayant suivi le tremblement de terre qui endeuilla l’île.

 

A bien y regarder, le poète qui a consacré au sculpteur bordelais Philippe Bono l’ouvrage « Bono le guetteur des signes », et qui a été étudié par l’italien Alezzio Lizzio pour son mémoire « Gabriel Okoundji, Poésie d’initiation », écoute, guette et transmet. Ce « passeur de culture » qui a reçu le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2010, pense que « nous Africains, souffrons des saignements de la mémoire…l’ignorance de son identité est un danger que tout homme doit éviter. » Il exhorte les intellectuels africains : « Soyez vous-même ! C’est en étant soi-même qu’on est le meilleur ». Ce livre est une très belle monographie consacrée par le Pr. Jacques Chevrier.

 

 

« Gabriel Okoundji, poète des deux fleuves », de Jacques Chevrier, éditions La Cheminante, 203 pages, 22 euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ecrivain, journaliste français, Président du Cercle des Ecrivains et Artistes des Afriques (CE2A). Auteur des ouvrages « L’aube de l’odyssée » (essai), éditions La Bruyère, Paris et « Opération restore hope » (roman), éditions La Bruyère, Paris. Auteur de plusieurs publications dans la presse internationale.

Contact: cana.franck@orange.fr.

 

Site : http://www.littafcar.org/auteurs/88/cana-franck

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