Felicia Mihali (Canada): Metropolis bleu, le Festival littéraire international de Montréal

 

 

 

 

 

 

http://metropolisbleu.org/

 

 

 

 

 

 

Journal de festival

 

 

 

 

 

 

Par Felicia Mihali

 

 

 
Du 28 avril au 4 mai, à Montréal s’est déroulé le Festival international de littérature Métropolis Bleu. Selon la tradition instaurée par sa fondatrice Linda Leith, et continuée avec succès par l’équipe William St-Hilaire et Gregory Mccormick, la seizième édition a accordé elle aussi une égale importance et intérêt aux auteurs anglophones et francophones, canadiens, québécois et étrangers. Bref, lorsque le festival arrive en ville, il faut tout abandonner et dédier ses journées sinon, du moins, les après-midis et les soirs aux évènements.

 

Comme à chaque édition, ma technique donne toujours de bons résultants. Au lieu de courir après les grands auteurs, et Dieu sait qu’il y en eu – Robert Ford, Danny Laferrière,  Luis Alberto Urrea, David Foenkinos, Chantal Thomas, je préfère de loin les évènements qui ne ramassent pas plus de vingt personnes. C’est là que je découvre plutôt des auteurs et des livres qui me font rêver et qui m’inspirent. Voici quelques coups de cœur du festival, avec le regret évidement de ne pas avoir  pu tout couvrir.

 

Tout d’abord Wolf Haas, un auteur autrichien devenu un des meilleurs auteurs de thriller au monde, alors que le genre est plutôt connu comme un acquis du monde anglophone. L’auteur lui-même s’étonne de ce succès, après des années d’essais infructueux de trouver un éditeur pour ses livres. Malgré son succès, Haas reste quelqu’un d’humble, mais de brillant aussi. Son livre Ressurection (en traduction anglaise), l’un des tomes sur les aventures de Simon Brenner, est en haut de la pile.

 

Il y a ensuite le premier roman de David Clerson, un jeune auteur québécois que j’ai connu à l’époque où je publiais chez XYZ Éditeur mon quatrième roman et lui, il travaillait un peu comme homme à tout faire, tantôt comme agent de presse, tantôt dans l’arrière- boutique à ranger les livres dans les boites. Je me rappelle d’une édition du Salon du livre de Montréal, que nous avons  passée ensemble au stand de XYZ Éditeur, lorsqu’il m’a avoué son désir d’écrire. Bien, c’est fait. Son premier roman Frères a gagné le Prix du premier roman au Québec. Et malgré son succès, David reste la même personne timide, modeste, mais qui ne mâche pas ses mots lorsqu’il faut parler littérature. Il est quelqu’un non pas seulement à lire, mais à écouter aussi, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’écrivains, croyez-moi.

 

Une autre belle découverte est le livre Portrait of a Scandal, d’Elaine Kalman Naves, une livre-document sur Montréal. En tant qu’étranger, j’ai toujours eu l’impression qu’il a un côté de cette ville qui m’échappe. Montréal est longtemps restée pour moi une ville multiforme, qui changeait de visage à chaque fois que je retournais aux mêmes endroits. Même à présent, je ne suis pas sûre de la saisir. J’espère que le livre d’Elaine va résoudre pour moi cette énigme, en levant le voile sur un scandale ancien de plus de 100 ans.

 

Un autre auteur que je suis contente d’avoir découvert c’est le taiwanais Wu Ming-yi, avec son livre choc The Man with the Compound Eyes, sur les désastres écologiques créés par l’intervention américaine dans les années ‘60. Très intéressant aussi la relation établie avec son traducteur anglais, Darryl Sterk, le genre de traducteur que chaque auteur rêve d’avoir : minutieux, respectueux du sens original, patient.

 

Un autre auteur qui promet beaucoup de révélations pour moi est Sean Michaels, critique musical, correspondant pour The Guardian. Il nous donne un premier roman, Us Conductors, qui nous porte de New York jusqu’au Goulag sur les traces de Léon Theremine, l’inventeur du thérémine, l’un des premiers instruments de musique électronique.

 

J’ai aussi été contente de revoir Emanuel Kattan avec un nouveau livre en français, Le portrait de la reine. Lorsqu’il lançait son premier roman, je lançais Dina et l’on se retrouvait les deux en enregistrement à l’émission Vous m’en lirez tant, disparue depuis, malheureusement. Depuis, l’auteur vit toujours à New York, une ville qui fascine et effraye à la fois. C’est dans cette ville qu’il imagine voir la Reine d’Angleterre promenant son chien dans la rue.

 

Parmi les tables rondes auxquelles j’ai pu participer, il y a deux qui m’ont plu. Une en français, avec des auteures qui parlent du rôle joué par les hôtels dans leurs livres ; Olga Duhamel-Noyer, Brigitte Pilote et Mélanie Vincelette. C’était fascinant de voir comment des lieux si impersonnels peuvent révéler autant de facettes. Moi qui déteste dormir dans des hôtels, je vais y faire plus attention la prochaine fois. En anglais, j’ai assisté à la discussion dirigée avec beaucoup de grâce par Jeannette Kelly. Les trois auteures autour de la table, Elise Moser, Ann Charney, Koethi Zan ont parlé de trame et de résilience dans leurs livres, avec des personnages survivant à la guerre, à l’enlèvement, aux abus.

 

Le thème de la sixième édition du festival a été  la violence, sous tous les aspects. La boxe, le crime, la cruauté, ont été des sujets de prédilection, souvent entendus autour des tables rondes. Très intéressant de ce point de vu c’était l’évènement autour du nouveau roman de Monique Polak, Straight Punch , pour lequel l’auteure n’a pas hésité de suivre de cours de boxe  afin de mieux préparer son personnage. Pour la rencontre avec le public du festival, elle a même invité son entraîneur de boxe, un personnage haut en couleurs, connu sous le nom de Big Ron, aussi romanesque que les personnages de Monique.

 

Fascinant aussi c’était le one-man-show donné par le légendaire éditeur canadien Douglas Gibson, celui qui a publié les grands noms de la littérature canadienne, Alice Munroe y compris. Avec un humour et une verve rarement vus, il a parlé des auteurs dont on entend uniquement dans les départements de Can Lit, mais qui ont marqué le paysage littéraire d’ici : Tonny Jenkins, Stephen Leacock, R.D. Symons, Harold Harwood, Barry Broadfoot, Robertson Davis, etc.

 

En fermeture, le festival Metropolis Bleu a rendu un hommage à Alice Munroe à travers les lectures des auteurs comme Richard Ford, Jonathan Goldstein, Madeleine Thien, Emmanuel Kattan.

 

 

 

Wolf Haas, la nouvelle vedette du roman policier.

 

 

 

Sean Michaels en conversation avec Josh « Socalled » Dolgin

 

 

 

 

 

 

 

 

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Créé en 1999,  le Metropolis bleu est un festival littéraire montréalais.

 

Se déroulant à Montréal chaque année en avril, le festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu rassemble pendant 5 jours plus de 200 auteurs, traducteurs, musiciens, journalistes et éditeurs du monde entier pour cinq jours d’activités littéraires en plusieurs langues, notamment en français, en anglais et en espagnol.

 

Le festival comprend des lectures publiques, des colloques, des ateliers, des tables rondes et on y retrouve aussi un volet pour la jeunesse.

 

On remet le grand prix  METROPOLIS BLEU, d’une valeur de 10 000 $, durant le festival. Il est remis à un écrivain au rayonnement international et récompense l’ensemble d’une œuvre pour son apport exceptionnel à la littérature contemporaine.

 

 

 

L’éditeur Douglas Gibson, telling stories about the story-tellers.

 

 

 

Emmanuel Kattan parle de son nouveau livre, Le portrait de la reine.

 

 

 

David Clerson, avec le Prix du premier roman, pour son livre Frères.

 

 

 

Retrouvailles après plus de huit ans

 

 

 

Wu Ming-yi parle de son livre The Man with the Compound Eyes.

Avec son traducteur Anglais Darryl Sterk et la journaliste Yan Liang, de Radio Canada International.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Journaliste, romancière, et professeur, Felicia Mihali vit présentement à Montréal. Après des études en français, chinois et néerlandais, elle s’est spécialisée en littérature postcoloniale à l’Université de Montréal, où elle a également étudié l’histoire de l’art et la littérature anglaise. Son premier roman, Le pays du fromage, a été publié en 2002 chez XYZ Éditeur, suivi par Luc, le Chinois et moi en 2004, et La reine et le soldat, en 2005, Sweet sweet China en 2007, Dina en 2008, Confession pour un ordinateur, en 2009 et L’enlèvement de Sabina, en 2011. Depuis 2012, elle écrit aussi également en anglais. Son premier livre, The Darling of Kandahar a été séléctionné par la célébre emission Canada Reads dans le top des dix meilleurs livres québécois. En 2104, elle publie son deuxième roman an anglais, A Second Chance.

 

http://www.feliciamihali.com/www/home.html

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