Fabrice Farre

 

 

 

(France)

 

 

Sans titre

 

Dans le jardin

où nous ne sommes pas

devant la porte ouverte

et le café qui fume

nous jetons quelque

regard terrestre.

Le muret lézardé puis l’arbre

malingre nous aident à lever nos conditions ;

nous en sommes réduits

à boire ce qui descend

et nous mesure enfin

sans jamais quitter nos chaises.
 

 

Outils

 

Dans une quincaillerie : bineuse

crucifix, magazine de jardin utopique

cultivé dans la tête du rêveur, fil

à pêche, étang putride et monotonie

de bottes semblables, plastique prairie

grelots de toute taille aux chèvres que

je libère enfin et qui mangent de tout,

se déversent mer blanche de la terre,

tout tinte en ce dimanche bredouille

d’invention et de ferraille où riment

à la fois outils à bois, à vent, instruments à vide.

 

 

 A la fête

 

Par ici, on rit beaucoup — on se passerait

bien de parler des défunts

que furent ces jours chichement passés.

L’allumette nous mesure, la dernière cigarette

aussi, le Petit Bleu que je n’ai jamais goûté

pourrait bien être le dernier péché, par-dessus

les garde corps : il tient dans un verre

et ne donne qu’un degré restreint du vertige

provoqué par l’idée que l’existence est arrachée à la terre.

 

 

Raccourci

 

L’invitation tient peut-être à ce chemin

étiré qui – s’il cède – mettrait en péril la joie

de nos corps et de nos intonations.

Elle prend la forme du Destin, au-delà des mers

loin si loin de la terre et tragique, Ulysse est bien réel

lorsqu’il séjourne en présence de femmes et de lieux

fantasmagoriques.

D’un clic je t’envoie quelques lignes sans savoir

vraiment ce qui se passe derrière l’écran. Or,

sans te soucier de la fibre ou de toute errance

virtuelle, tu te penches à la fenêtre pour répondre

au rendez-vous, puisque nous sommes voisins.

 

 

Lit

 

Par la joie entrebâillée

passe une heure de toute heure

à l’heure d’une après-midi

filtrée par les persiennes hautes

comme le dos d’indifférents.

Il n’y a pas de chat immobile

qui dorme, seul un cœur de cuivre

qui découpe la pénombre et la rassemble. Le

rythme et les teints clairs

le désir d’avoir et fuir

la peine à courir, l’inévitable course

le refus de n’être que chute.

 

 

Tissu

 

On touche l’étoffe, on évalue

son épaisseur, puis on s’attache

sans raison au coupon de velours

qui garde toute l’enfance moirée

de la cerise et des étés

passés sur l’arbre à ignorer

la terre et ses misères des jardins.

On ne s’habille pas de pièces

de tissu, on s’intéresse à nouveau

aux grands rouleaux

dont les couleurs généreuses n’évoquent

rien d’autre qu’un vêtement neuf porté

un jour peut-être où l’on devient

méconnaissable à ses propres yeux.

 

 

 

 

Bouche B

 

Je peux rester ici

à la bouche B, ne jamais

céder comme tous ceux

qui entrent par ici

et tombent sans hésiter

dans le ventre de la ville.

T’attendre dévoré, j’entends

une foule marteler.

Résister est

encore rumeur et galop

de l’animal que je ne vois pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fabrice Farre est né en 1966. Il a publié Les chants sans voix, éd. Encres Vives, Ru asséché et Sur Parole aux éd. Clapàs. Vont paraître : La mélodie rugueuse – ou autre dissonance –  aux éditions Le Chat Qui Louche –  dont le site accueille régulièrement ses « chroniques » – et America boMbon (- 36ème édition).

 

Depuis fin 2009, parutions dans  les sites littéraires comme : Incertain Regard, (n° 0 & 3), Ecrits…Vains ?, Francopolis , Les états civils (n°8), Libelle (n°224, 234 et 241), Voxpoesi, SymPoésieum, Le capital des mots, RAL,M (77) Soc et foc (Florilège 2011 à 2013), Delirium Tremens (5, Pérou – Lima), Terre à Ciel, RAtURes, Les carnets d’Eucharis (32), Vents Alizés (n°0), mgversion2>datura (70), Neiges (1), FPDV 32 et 33 (avec P. Rodríguez Garrido et Serge Goldwicht), Des Rails 14 (imaginaire ferroviaire), 17 secondes 1, Le Livre à disparaître, Paysages Ecrits 11 & 12, Recours Au Poème 36, et dans les revues ou collectifs :  Aires † (10 & 12), Pyro † (n°26-27), Filigranes (80), Microbe (67, 70 & 76), Comme en poésie (48), Décharge (152), Traction-brabant (44 & 46), Friches (109), Maison de la Poésie de S-Q-Y : « Sur des photographies de Daniel Hess »,  Les tas de mots (8 & 9), Bleu d’Encre (27), Népenthès (5), Cahiers de Poésie (31), La page blanche (46), Résonance Générale (6), Verso (151), Florilège (149), Népenthès (6, textes et dessin), Sipay (9, Seychelles), Traversées (67), Comme en poésie (53), Place de la Sorbonne (3), Point barre (13).

 

Parutions prochaines : Les Cahiers d’Adèle (10), Revue Alsacienne de littérature (119), DiptYque (3), Le Journal des Poètes, Incertain Regard (7), etc.

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