Eric Havez

 

 

(France)

 

 

 

 

 

 

 

TOUTES CES CHOSES…

 

Je.

Je me souviens.

Je me souviens des mois doux.

Des mois passés chez les grands parents.

Bienveillance, écoute, amour.

Maison en village de campagne. Chaleureuse maison. Et les rituels. Ces rituels amusants.

Lui. Elle. Lui. Elle.

Leurs rituels.

 

Mais l’air est là-bas toujours froid, la chambre gelée.

Le lit couvert de l’indispensable édredon, abrite les briques chauffées par la cuisinière en fonte. Je suis encore avec eux, dans le temps, protégé par grand-mère et grand-père pour tenter d’arrêter la catastrophe annoncée  de ma scolarité.

 

 

 

 

J’ai seulement onze ans.

 

Le continent africain. Ce contraste brutal avec la vie.

 

Les parents y séjournent encore pour quelques temps.

 

Pensées. Mes pensées.

Elles vont régulièrement vers ce vaste et exotique terrain de je(u).

La case au toit de tôle et fenêtres barreaudées.

 

Terre rouge, enfants cosmopolites, espaces infinis, arbres titanesques, végétation luxuriante, je (…). Si, je le sais…

 

Je revois les couleurs mélangées aux odeurs :  

 

Le  vert dominant de la nature, le rouge permanant de la terre, les teintes bariolées et puissantes du marché, les effluves poussées par le soleil tropical, l’uniformité des voitures et des tenues des voisins les plus proches, le blanc des missionnaires, tout comme la robe de parade de ma mère et son chapeau à larges bords.

 

 

 

 

Je me souviens.

Des mois passés chez les grands parents. Je m’en souviens.

Le calme, la sécurité, l’amour.

La maison accueillante mais inquiète de mon faible appétit.

 

Ma grand mère s’occupe, bruyante devant sa cuisinière en fonte. Son homme au béret hérité d’Espagne s’affaire à ses élevages démesurés. 

Je me souviens…

Je me rappelle.

Je voyage dans le temps.

Je survole le passé. Mais aussi la solitude et le froid de la nuit.

Brrr. Ce froid ou cette peur du froid. Les mictions accidentelles. A onze ans même en rêve on a peur de ne pas pisser quand il ne faut pas.

 

Ces rêves récurrents sur l’Afrique : objet d’inquiétudes :

La maison dans le camp… Avec toute la nature tout autour.

La détonation en alertes inutiles des avocats trop murs tombant sur le toit de tôles.

 

Mes parents sont encore là bas, exposés à la peur – pour ma mère, au surmenage – pour mon père.

 

 

Les couleurs et les sensations de l’Afrique me manquent.

Je me souviens de toutes ces choses…

Le vert profond des cachettes dans la végétation.

Le vacarme puissant et ininterrompu de la faune nocturne.

Le rouge annonciateur de la latérite.

Les teintes bigarrées des pagnes des femmes du marché.

La lumière aveuglante et brulante.

Le kaki dominant des uniformes aux virils véhicules.  

Les soutanes des missionnaires souillées, maculées.     

L’odeur de l’inconnu qui s’insinue comme un lézard transparent.

Ma mère.

Ma mère ne sort plus dans son blanc provocant.

 

 

 

Je.

Je me souviens.

Toujours.

Me souviens des longs mois passés chez les grands parents.

Le silence, la sécurité, les attentions, mais aussi l’ennui et le manque.

 

La maison inquiète de l’anorexie montante, les courriers espérés, l’attente. L’attente trop longue…

 

Le froid est-il permanent et le soleil est-il gris ?  Le lit est-il glacé d’angoisses ?  

Les cauchemars encombrent les nuits lentes. Ils réveillent les attaques inopinées et les reflexes démesurés de peurs, sous la table, quand quelque part un fusil crache sa haine.

Chaque chambre fortifiée est armée. Possible ou probable ultime retraite.

 

 

 

Les impressions mémorisées du continent éloigné resurgissent.

Sombre et secret, le vert de la nature ne doute de rien.

Alarmant le silence des peuples. Peuples de la nuit.

 

Chaque jour, les couleurs mélangées des femmes tapissent la place du marché.

Du rouge écarlate souille la terre.

Jeu d’émanations.

Des émanations fétides envahissent l’air tropical.

Jeu d’ombres.

Des ombres ternes et livides cherchent un proche.

Beaucoup de vert kaki. Les groupes kaki épuisés et anxieux mesurent leur impuissance.

 

Armes blanches. Missionnaires.

Des armes blanches ont morcelés les missionnaires.

Ma mère.

Ma mère est atterrée dans la maison forteresse.  

Mon père.

Mon père glisse dans la folie.

L’annonce se vérifie :

 

« Avant deux ans ».    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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ERIC HAVEZ écrit. Il s’intéresse au monde des paroles de l’imagination et de la méditation. Entre psychanalyse et poésie minimaliste, sobre, certain de son langage, il étale des histoires plus ou moins vécues, plus ou moins réelles, en pratiquant le sport du dire et de l’écrire pour mieux se connaître et surtout pour mieux vivre dans l’attente …. Qui l’attend ? Qu’est-ce qu’il attend ? Ce qui prime pour le moment c’est l’attente et, dans l’attente, il faut tout simplement savoir attendre. Où ? Quand ? Pourquoi ? Le reste viendra après.

A part l’écrit littéraire, Eric a fait ses débuts au Judo en 1967 et il n’a cessé de pratiquer cette discipline depuis cette date. En Octobre 1983, il a obtenu sa ceinture noire 2e Dan et en Juin 1984, son brevet d’état (prof BE1).

Entraîneur à Gien (45), à Givet (08) puis à Thionville – Elange, il entraîne dorénavant les 4 – 6 ans le Mercredi au Judo Club de Cattenom.

Outre le Judo, Eric pratique également l’Aïkido, discipline dans laquelle il est ceinture noire 4e Dan (prof BE1). Il est également Cadre Technique Aïkido.

 

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