Einar Már Guðmundsson

 

 

 

(ISLANDE)

 

 

Les Voies du Seigneur

– nouvelles-

 

Le cours d’eau de la méchanceté se serait-il élargi ? Le courant de ses ramifications serait-il plus fort qu’avant ?
Il n’y a pas à s’y tromper : la vitesse informatisée de notre époque et les cadences vidéo de la société contemporaine mettent leur marque sur les relations internes des enfants et des adolescents. La génération Kung-fu se promène avec des coups-de- poing américains. On parle de brimades dans les écoles et on entend des histoires de violences inimaginables. Les brimades sont synonymes de cruauté, mais la cruauté existait longtemps avant notre univers technologique.
Les coups bas ont-ils changé d’allure, ou est-ce leur contenu qui est nouveau ?
L’autre jour, en fouillant dans de vieilles paperasses, je suis tombé sur mon Livre de Lecture du temps du collège d’enseignement secondaire. Le bouquin avait souffert et les marges en étaient toutes gribouillées – de visages sans relief principalement. Je le feuilletai, et tout à coup la nouvelle « Cruauté » de Halldór Stefánsson me sauta aux yeux.
« Il bondit à travers la lande noueuse, courut par monts et par vaux… » Je fus instantanément transporté dans la salle de classe où Eggert, le prof d’islandais, lisait debout près du tableau. Je reniflai, en proie à la même émotion qu’alors. Était-ce possible que les enfants fussent aussi cruels? Le silence régnait dans la classe. Et puis le garçon de l’histoire s’abattit sur les galets de la grève et se mit à pleurer. C’est alors qu’on entendit tout à coup des pleurs dans la salle. Simon, le garçon qui était à la première table de la rangée près de la porte, s’était mis à pleurer.
Il sanglotait.
Simon n’avait pas de bec-de-lièvre comme le héros de l’histoire, mais il bégayait. Il avait souvent pleuré chez lui, en privé, mais jamais en pleine classe. Il habitait dans un des H.L.M. du quartier de Skipavogur. il avait une flopée de frères et s¦urs – sept ou huit – et même plus, en comptant les gosses illégitimes de son père, Heimir.
Heimir était un homme grand, à la chevelure noire et fournie qu’il peignait de côté et en arrière. Il s’habillait un peu comme les jeunes, portait une veste de cuir et des lunettes noires. Sa voix était rugueuse, comme sa peau. Heimir n’avait pas l’air d’avoir de travail. Il restait souvent chez lui ou bien se baladait dans le quartier. Parfois il circulait en taxi en compagnie d’autres types. Et puis il disparaissait. Ses gosses disaient alors qu’il était en mer.
« Hein ? En mer ? »
« Oui, il est sur un cargo, » disaient-ils. « Il navigue sur les océans. »
Si quelqu’un émettait quelque doute là-dessus, il trouvait les grands frères de Simon à qui parler. Ils échafaudaient les récits des aventures de leur père dans la jungle et dans les villes. Une fois où Heimir avait été absent anormalement longtemps, ils racontèrent qu’il était parti en Nouvelle-Zélande.
« Et qu’est-ce qu’il fait là-bas ? » demanda-t-on.
« Il est pompier, » répondirent les grands frères.
En fait, ça ne servait à rien de poser la question. Tout le monde dans le quartier et à l’école savait que Heimir était un délinquant. il n’était pas en mer, mais en prison. Il gagnait sa vie en faisant des cambriolages et en falsifiant des chèques et deux de ses fils allaient suivre le même chemin. C’étaient des durs à cuire comme leur père, tandis que Simon et les deux s¦urs, Dagbjört et Gunnhildur, étaient de disposition plus douce.
Plus tard, Dagbjört écrivit des nouvelles. Elles passent pour être bien écrites, mais assez misérabilistes. Certains critiques disent que Dagbjört a soulevé de nouvelles questions. Elle a raconté dans une interview et dans une nouvelle comment Simon, blotti dans le giron de sa mère, Erla, s’efforçait de la consoler en bégayant quand on venait de mettre Heimir en prison.
Les soeurs souffraient et étaient renfermées, mais elles ne bégayaient pas comme Simon. Il pouvait mettre une éternité à sortir une phrase, si toutefois il y arrivait. Il fallait de la patience aux professeurs. Simon n’arriva à lire que les deux premiers paragraphes à l’examen de lecture. C’est pourquoi on le mit au début dans une classe bien plus basse qu’il n’y avait lieu de le faire. Il fallut attendre qu’on s’aperçoive à quel point il était bon en mathématiques et, d’une manière générale, dans toutes les matières dont les problèmes pouvaient être résolus en silence, pour qu’il soit transféré dans la classe supérieure.
Une fois par semaine, Simon avait rendez-vous avec l’orthophoniste. Celui-ci s’appelait Guðjón. C’était un monsieur respectable au visage rougeaud un peu enflé et qui portait un chapeau. Guðjón disposait à l’école d’un petit bureau dont la fenêtre donnait sur la cour. Pendant la récréation, les condisciples de Simon se mettaient à l’écoute et regardaient par la fenêtre comment Guðjón lui faisait rouler la langue en cigare, la transformer en tasse et la claquer contre le palais. Certains y arrivaient, mais pas Simon. Le fait est qu’il bégayait encore plus en sortant de chez l’orthophoniste qu’à son arrivée. Simon n’avait qu’un seul recours contre le bégaiement: c’était de se taire. Ça pouvait lui coûter cher de parler, car les mots qu’il n’arrivait à énoncer qu’en bafouillant et bredouillant avaient tendance à s’attacher à lui.
Deux garçons mettaient un zèle particulier à tourmenter Simon et à lui trouver des surnoms. Celui qui s’appelait Ómar écumait le quartier à la recherche de vélos et autres choses à voler et l’autre s’appelait Magnús, dit Maggi le gros. Maggi, qui suivait Ómar comme son ombre, était incroyablement versé dans l’art de tourmenter et de martyriser, comme c’est souvent le cas chez les gros garçons. Ómar était dans la classe des cancres, mais la scolarité de Maggi était meilleure..
Un jour les deux compères invitèrent Simon à venir avec eux dans leur cachette. C’était une cave profonde et sombre située sous un garage dans une rue située au-dessus de celle de Dvergheimar. Les carreaux cassés faisaient ressembler les fenêtres à des yeux crevés, le sol était jonché de bouts de bois et autres débris.
« Alors, tu viens? » dit Maggi avec un large sourire.
« J’ch-j’ch-j’chais p-p-p-pas, » dit Simon.
« Bien sûr que tu viens, » dit Ómar avec une bourrade amicale.
Simon était en proie à des émotions qui le dépassaient. Il ne se sentait plus, face à cet intérêt soudain qu’on lui manifestait. Il leur sourit et acquiesça de la tête.
« Je-je-je p-p-p-peux ? »
« Bien sûr, Simon, » dit Ómar.  » On t’invite à y aller avec nous. »
Quittant Skipavogur, ils traversèrent le terrain de foot et suivirent le sentier qui longe le parc à jeux. Ómar tenait un sac en papier. Maggi souriait, les bras ballants, Simon, lui, avait les yeux baissés. Ses cheveux châtains retombaient par devant. Il était rouge et intimidé.
« On a des biscuits et du coca-cola, » dit Ómar en ouvrant le sac en papier. Pendant que Simon y glissait un regard, Ómar faisait un clin d’¦il à Maggi. Celui-ci se retourna, les joues gonflées du rire qu’il réprimait. Ómar avait volé les biscuits et le coca à la boutique du quartier. Il avait aussi des cigarettes. Il les sortit de la poche de poitrine de sa veste en jeans, lorsqu’ils se furent installés dans la cave. Ils mâchonnèrent quelques biscuits et burent du coca dans le noir. Simon avait la tête qui tournait en fumant sa cigarette. Il avait mal au ventre. Il se leva et se mit à arpenter la cave.
« Qu’est-ce qu’il y a? » fit Maggi.
« J’ai-j’ai va-vache-vachement m-m-mal au-v-v-v-ventre, » dit Simon.
« T’as pas mangé d’poison, au moins ? » s’enquit Ómar.
« J’-j’-j’crois qu’c’est-qu’c’est la cig- la cig- cig-cigarette. »
Simon regarda autour de lui. Il alla vers le mur. Les fenêtres étaient trop hautes. L’échelle en bois par laquelle ils étaient descendus avait disparu. Simon se dirigea vers Ómar et Maggi, les yeux suppliants. Il fallait qu’il remonte, mais ils ne bronchaient pas. Le bout incandescent des cigarettes éclairait leurs faces ricanantes.
Simon dit alors : « Vous-vous cr-cr-croyez qu’-qu’-qu’il y a des rr-rr-rats ici ? C’est qu’j’ai dr-dr-drôlement env-envie d’ch-d’chi-d’chier. »
Ces paroles allaient coûter cher à Simon. Ómar et Maggi éclatèrent de rire et Maggi le gros grava chacun des mots dans sa mémoire, frétillant d’avance à l’idée d’en faire part aux autres. Les gens dans la rue s’arrêtaient. À chaque réverbère, à chaque mur de maison, les éclats de rire jaillissaient de plus belle. En moins d’une semaine, Simon avait écopé du sobriquet « Chi-chi-chier ». Et le surnom lui colla si bien qu’on ne l’appela plus jamais Simon. Il se dénommait désormais « Chi-chi-chier ».
Ça n’aurait rien changé si Simon avait fait de la réclame pour les savonnettes Lux avec Raquel Welch ou si son visage avait orné les paquets de poudre à laver Ariel. « Chi-chi-chier » était son nom. Il semblait lui coller à la peau. Simon devint crasseux plus que de raison. Il ne se lavait plus, ni ne se peignait. Il n’allait pas à la douche après la gym. Dans les cabines, il y en avait toujours un pour dire : « T’as-t’as p-p-pas envie d’chi-chi-chier? ». Il ne cessa pas de bégayer, mais parla de moins en moins.
Et puis arriva à l’école Ívar, l’animateur du mouvement de jeunesse. Il était à la tête de toutes les activités pour les jeunes dans le cadre scolaire et était censé avoir une bonne influence sur les élèves. Ívar mit sur pied une quantité de clubs : club photo, club de cartes, club d’échecs, et se mit séance tenante à la recherche d’individus doués qui tranchaient sur la masse ou qui avaient des talents particuliers.
Cette quête le mena à conférer avec Maggi le gros, car Maggi était un gars en vue et savait tout sur tous. Qui pouvait bien avoir du talent ? Le savait-il ? Maggi se mordit la lèvre et eut un ricanement.
« Il n’y a vraiment qu’une seule personne à avoir du talent dans cette école », dit il.
Ívar dressa l’oreille. Il était vif, avec un visage clair et ouvert, des yeux brillants de curiosité.
« Et c’est qui ? » demanda-t-il.
« Simon, » dit Maggi sans battre un cil. C’était la première fois, depuis qu’ils étaient descendus dans la cave, qu’il appelait Simon par son nom.
« Qu’est-ce qu’il sait faire ? » demanda Ívar.
« Il joue de la harpe, » dit Maggi.
Ívar, l’animateur de mouvement de jeunesse, faisait partie de l’Association des Jeunes Chrétiens et avait travaillé comme missionnaire en Éthiopie et au Congo avant de venir à notre école. Il nous montra des diapos de là-bas et nous parla du mode de vie des habitants. Les élèves s’étaient rendu compte qu’Ívar était crédule. Il se mit à la recherche du surdoué, parcourant les couloirs en s’enquérant de Simon le harpiste et lorsqu’il le trouva enfin, ce ne fut pas un pâtre avec sa harpe que son regard rencontra, mais des yeux si égarés d’épouvante que lui-même, le missionnaire de la jungle, prit la tangente.
Peu de temps auparavant, le père de Simon, Heimir, avait été arrêté une fois de plus; cette fois pour cambriolage et coups et blessures graves. Au cours de l’effraction, lui et d’autres avaient attaqué un gardien et l’avaient battu comme plâtre. Ça ne servait plus à rien de parler de pompiers en Nouvelle-Zélande, ni de cargos ni d’endroits éloignés. Simon avait eu plus que sa part. Il crut qu’Ívar, l’animateur de mouvement de jeunesse, était de la police ou de la commission de protection de l’enfance et ne savait à laquelle des deux il était le plus urgent d’échapper.
Simon vivait dans le silence. Au printemps, à l’examen de rédaction dans le grand gymnase, il était resté longtemps à regarder les sujets proposés. Puis il avait choisi le sujet : l’Amitié. « Je n’ai pas d’ami, mais je connais quelqu’un à Kópavogur, » écrivit-il avant de poser son crayon sur la table et de sortir en coup de vent. Personne dans la salle ne le revit jamais. Il partit de Skipavogur en courant, traversa le terrain de foot, prit le sentier le long du parc à jeux et ne s’arrêta pas avant de se trouver sur les gravats de la cave au-dessous du garage. C’est là qu’on le trouva pendu à une poutre dressée au milieu du plancher.

« Mais Dieu du haut du ciel voit comme le garçon est serviable… »
En ces années-là, je pensais beaucoup à Dieu. Je ruminais ses voies indéchiffrables en même temps que la colère et la bonté de Dieu. Je croyais que Dieu se vengeait de ceux qui étaient méchants et qu’il récompensait les bons. Je m’efforçais moi-même d’être bon. Je me trouvais alors à la campagne et pensais souvent à Simon et à Dieu. J’avais un sentiment pénible, a fortiori si c’était ça, Dieu.
J’entrai dans la salle de séjour. Sur la table, il y avait le journal Le Temps. Je jetai un coup d’¦il à la dernière page et vit ce visage que je connaissais si bien. Je lus le gros titre : « Accident mortel sur tracteur… », puis la nouvelle et je regardai la photo. C’était la photo de communion d’un garçon bien peigné, dans le studio du photographe; le visage charnu, le sourire gai et chaleureux. Il n’y avait aucun doute. Sous la photo, on lisait: Magnús Sveinsson. Son nom figurait aussi dans l’article et le domicile était bien celui de Maggi.
Les accidents de tracteurs furent très fréquents cet été-là.
Mais Dieu dans tout ça, qu’est-ce qu’il voulait ?

 

 

Viktor

 

Comme un arc-en-ciel dans la nuit.
Un œuf blanc qui danse.
Le mouvement berceur des vagues noires.

Combien de fois Viktor était-il resté assis le soir, les jambes ballantes tout au bout du ponton, à regarder le reflet de la lune dans les nappes de mazout à la surface ?
Autant de fois sans doute qu’il y avait d’étoiles là-haut, à scintiller au-dessus de sa tête dans un fouillis tel qu’il n’avait jamais réussi à les compter toutes.
Par de tels soirs, malgré l’étendue sans limites qui s’offrait aux yeux, le monde n’était guère plus grand qu’un rafiot minuscule et Dieu n’était peut-être qu’un petit oisillon dans la timonerie abandonnée.
Parfois Viktor s’imaginait que s’il était possible de casser la coquille de l’œuf, il pourrait pénétrer dans la lune étincelante et qu’en sautant dans l’arc-en-ciel, sait-on jamais si ses souhaits ne se réaliseraient pas sous les vagues ?
« Toi et tes rêves…Tu es toujours dans les nuages, » disait sa maman quand Viktor posait des questions ou quand il tripotait distraitement des prises de courant.
Il lui arrivait aussi de grimper sur la table de la cuisine pour attraper la grosse boîte à biscuits en haut du placard aux assiettes. Une fois ouverte, le fond lui renvoyait le reflet de son visage, qui parfois se dilatait et tout flottait alors devant ses yeux dans une brume étrange, la même qui bien plus tard devait s’abattre si souvent sur lui.
Pourtant Viktor ne savait pas ce que sa mère voulait dire. Il avait souvent entendu les gens parler de rêves, mais lui n’en faisait jamais. Il dormait dans la sombre réalité et rêvait souvent en allant à l’école, les yeux grand ouverts, ou alors à l’approche du sommeil au moment de s’assoupir.
Non, on ne pouvait pas dire que Viktor fût un garçon sociable. Il évitait même sa sœur et préférait être seul à sa place plutôt qu’à côté d’un autre élève dans la classe. Pourtant il n’était fâché avec personne et personne ne pouvait le traiter de dégonflé.
C’était bien simple.
C’était lui qui voulait que ce soit comme cela.
Ça aurait pu aller, à la rigueur, de connaître quelqu’un dans le village voisin, d’avoir un sosie sur l’autre ponton, mais pas des amis qui débarquent pour un oui ou pour un non, quand on n’a pas envie de les voir.
Bien que Viktor ne fréquentât que peu de gens en dehors de soi-même et qu’il préférât être seul, il n’était pas esseulé. Les soirées qu’il passait sur le ponton étaient si bien remplies qu’il y aspirait au moins tout autant que d’autres pouvaient souhaiter avoir des amis et des camarades de jeu.
Oui, qui sait si les étoiles qui se déversaient au-dessus de sa tête ne valaient pas des milliers d’amis ?
Tout comme l’arc-en-ciel qu’il forgeait dans sa tête.
L’œuf blanc qui dansait.
Ou la voix qu’il entendait parfois …

En tout cas, les heures passées sur le ponton s’étaient gravées si profondément dans sa conscience, que beaucoup plus tard, après que Viktor eut quitté le petit village de pêcheurs et vécu de nombreuses années dans la capitale, il sentait encore souvent les vagues rouler sous ses pieds.
Plus d’un sombre soir d’hiver, il a arpenté la rue Ingólfstræti déserte et tourné au coin pour rentrer chez lui, tout en étant assis au même moment au bout du ponton, à regarder de l’autre côté du fjord les lumières multicolores clignotant au loin.
Ou encore le lundi soir, quand Viktor prend l’ascenseur pour descendre du huitième étage où se trouve le bar de l’hôtel et qu’il ouvre soudain les yeux dans les profondeurs marines et que des bulles d’air lui sortent par la bouche.
Car un certain soir est pour Viktor plus mémorable que les autres ; c’est celui qui, selon les lois terrestres, aurait dû être le dernier de sa vie, s’il n’y avait eu l’intervention urgente d’hommes énergiques.
Après cela, Viktor n’eut plus jamais le droit d’aller tout seul au ponton. Son aspect plutôt maladif s’accentua encore et il écopa d’une pneumonie telle qu’il eut du mal, plus tard, à supporter la fumée du tabac.
Parfois, quand ce soir-là s’abat sur lui, une sueur glacée perle à la racine de ses cheveux et des frémissements parcourent son visage comme des ricochets entre les pores de sa peau.
Ses lèvres desséchées tremblent, son front est luisant comme un miroir et le goût de sel qui lui vient à la bouche est si fort que ni le vin rouge ni l’eau du robinet n’arrivent à le chasser.
Mais toute chose porte en soi son contraire et il y a des situations paradoxales comme celle des couples qui se disputent sans arrêt sans pouvoir se passer l’un de l’autre. il arrive ainsi, à d’autres moments, que le même soir soit nimbé d’extase poétique.
Viktor se sent alors caressé par les verts courants des grands fonds marins car malgré le froid, malgré le poids des vêtements mouillés et malgré le claquement de ses dents, il avait eu chaud et à l’instant même où son âme larguait les amarres, il avait flotté et vu venir à lui quelqu’un, la main tendue.

Le ponton était froid et mouillé.
Viktor était assis tout au bout, les jambes pendantes.
Dans le noir, au loin, un phare lançait de temps à autre son faisceau de lumière jaune vif. Viktor s’appuyait des deux mains sur le rebord de la dernière poutre et regardait les étoiles cligner de l’œil. Bien que la circonférence de certaines d’entre elles fût supérieure à celle de la terre, il n’y en avait aucune qui dépassât la taille des deux boutons à l’encolure de son pullover.
De l’autre côté du fjord, les petites lumières de la ville luisaient, jaunes avec des auréoles de toutes les couleurs, comme des perles que le Seigneur aurait laissé tomber des nuages.
Parfois Viktor avait envie de contourner le fjord à pied pour aller à la ville.
Les réverbères se transformeraient peut-être en milliers d’anges de blanc vêtus qui l’accompagneraient jusqu’au sommet des rochers noirs.
Un jour, il s’est mis en route et les lueurs de la ville n’ont cessé de l’accompagner depuis lors.
Par exemple, le lundi soir, quand il pousse la porte à tambour de l’hôtel et prend l’ascenseur pour aller au huitième étage, là où évolue le barman en gilet et nœud papillon et là où il y a la grande verrière; le frémissement des lumières de la ville, comme celles d’un fjord éloigné, comme un souvenir très loin là-bas.

Le ponton était froid et Viktor avait le regard lointain et fixe.
Au-dessous de ses pieds dansait la lune et les vagues ondulaient comme une couverture. C’étaient peut-être des amants, quelque part sur la planète, qui essayaient de la tirer entre eux. En baissant les yeux, Viktor voyait les nappes de mazout tournoyer lentement et il se disait que si l’arc-en-ciel était un radeau, les gars des petits villages pourraient naviguer d’un bout du monde à l’autre.

Deux jours plus tard, quand Viktor gisait à l’hôpital régional, il était incapable de dire ce qui s’était passé exactement. Il dit pourtant que, tout à coup, il avait senti un souffle près de son oreille et qu’une main humide l’avait touché au moment où il entendait une voix.
« Et qu’est-ce qu’elle disait, la voix ? »
C’est sa maman qui pose la question, tandis que le médecin de l’hôpital, un homme âgé en blouse blanche, stéthoscope au cou, croise les mains et penche son front ridé pour écouter.
« Je ne sais pas. »
« Mais si, Viktor, si tu as entendu la voix, tu dois savoir ce qu’elle a dit. »
« Non, je pensais à autre chose. »
« Ça, tu le fais tout le temps, mais ça ne t’empêche pas d’entendre parfaitement. Elle parlait peut-être en langue étrangère? »
« Non. »
« Alors tu dois savoir ce qu’elle a dit, puisque tu as compris la langue, tu as sûrement entendu les mots. »
« J’ai entendu qu’elle me disait de sauter. »
« Tu en es sûr? »
« Oui. »
« Et tu as sauté? », c’est le médecin qui pose la question, l’air incrédule.
Viktor hoche la tête.
« Et tu la connaissais, cette voix ? »
Viktor secoue la tête.
Même s’il ne rougit pas, Viktor sait bien que son expression met un point d’interrogation au bout de sa réponse. D’ailleurs il entend sa mère dire au médecin au moment de quitter la salle :

« Comme vous avez pu l’entendre, le petit est toujours dans les nuages. »
Il lui sembla que le médecin hochait la tête et puis la porte de la salle se referma et il se retrouva entre quatre murs blancs – ce dont il devait se souvenir de nombreuses années plus tard, quand il se trouva de nouveau seul entre quatre murs blancs.

Bien sûr que Viktor avait reconnu la voix.
Il trouvait simplement que cela ne regardait pas le médecin et dès qu’ils furent partis, il regretta de n’avoir pas hoché la tête et acquiescé quand sa mère avait demandé si la voix avait parlé en langue étrangère.
Ils en auraient probablement déduit qu’il s’agissait du revenant d’un naufragé français et auraient peut-être envoyé chercher le pasteur, qui connaissait le français, pour l’exorciser.
Car Viktor savait bien que s’il leur avait dit la vérité, à savoir que c’était son papa qui était venu lui parler et qu’ils avaient voulu partir ensemble pour l’île où son père vivait tout seul…
Non, alors il n’aurait pu s’échapper de l’hôpital avant que le psychologue du district ne lui ait tiré les vers du nez à l’aide de tests à cubes, de questionnaires à croix et de mille questions absurdes. Il y aurait bien assez de psychologues plus tard dans sa vie.
Mais il arrivait parfois, quand Viktor était seul dans la cuisine, que son papa franchît le seuil pour s’asseoir sur le tabouret et regarder la mer par la fenêtre, comme il faisait toujours avant sa disparition.
Il était également venu dans la chambre parler à Viktor et il leur arrivait, quand l’enfant était en classe, l’esprit ailleurs, de poursuivre leur conversation à haute et intelligible voix, de sorte que certains camarades de classe de Viktor pouvaient entendre tout ce qu’ils se disaient.
Ainsi Viktor savait-il que même si son papa ne se promenait pas par les rues du village ou n’était pas visible à l’œil nu devant la coopérative ou près des hangars du ponton, il restait aussi proche qu’avant et pouvait se rendre visible à volonté.
Mais comme les autres le portaient disparu et qu’ils seraient morts de frousse s’ils l’avaient rencontré, son père se contentait de n’envoyer que sa voix, ou alors il se changeait en oiseau, voire en poisson, sauf quand il savait que Viktor était seul.
En d’autres occasions, par exemple quand il rendait visite à Viktor à l’école, il laissait son corps sur l’île déserte qu’il avait colonisée lui-même et possédait à lui tout seul. D’un gros point bleu foncé – une goutte d’encre qu’il avait fait couler de sa plume – Viktor l’avait marquée sur la carte de son atlas en un endroit isolé mais à la même latitude que la partie la plus septentrionale du pays.
En dépit de sa situation géographique, il n’y faisait froid que dans une moitié de l’île, car l’autre se trouvait à l’abri d’une couche atmosphérique réchauffée. C’est pourquoi il y avait un igloo d’un côté et une paillotte de l’autre.
Et son papa, qui se promenait là, tantôt avec un singe sur l’épaule, tantôt en compagnie d’un ours blanc, était toujours aussi grand et fort, sinon plus, que lorsqu’il vivait dans leur petit village avec Viktor, sa maman et sa sœur, et qu’il pêchait sur le petit bateau qui s’était perdu corps et biens.

Ce jour-là, plus de trois ans avant que Viktor ne fût assis, les jambes ballantes, au bout du ponton, était si bien gravé dans son souvenir qu’il se le remémorait parfois en entier.
Il s’était rarement réveillé aussi tôt et il faisait encore nuit noire dehors comme dedans. Viktor s’était levé et était assis dans la cuisine à boire son lait quand son papa apparut dans l’embrasure.
Tout en chauffant le café et en prenant son petit déjeuner, Viktor dit à son papa qu’il ne devrait pas sortir dans le noir.
« Il va faire jour bientôt, » dit son papa.
Mais Viktor insista : puisque son papa ne voulait pas rester à la maison, est-ce que lui, Viktor, ne pouvait pas aller avec lui ?
« Non, » dit son papa; « mais demain, la mer sera sans doute mauvaise, je resterai à terre et nous pourrons aller faire un tour. »
Et puis il luit dit au revoir et disparut dans le noir avec le petit sac contenant son casse-croûte.
Deux heures plus tard, quand il fit jour, le ciel était lourd, baigné d’une lueur diffuse et grisâtre. De l’intérieur des maisons, on entendait le vent s’amplifier et devenir de plus en plus fou.
Un peu plus tard dans la journée, la tempête se déchaînait.
Dehors, les coups de vent évoquaient le va et vient d’un dément se cognant aux portes et l’on ne voyait plus rien à travers la tourmente.
Presque tous les bateaux de pêche du village étaient sortis ce jour-là et pendant longtemps on ne sut rien du sort des trois embarcations qui n’étaient pas revenues au port au pire moment de la tempête
L’attente était interminable.
Les hommes restaient groupés, silencieux, dans les hangars près du quai et dans les maisons, d’où on ne voyait rien, les femmes soucieuses faisaient les cent pas, certaines un bébé sur les bras.
Et puis un bateau arriva à terre.
Puis un deuxième.
Et la nuit passa.
Le lendemain, la tempête s’était calmée et la mer houleuse que le papa de Viktor avait prévue était là, mais pas lui.
Il manquait à l’appel avec deux autres et un peu plus tard, quand on trouva des débris du petit bateau, ils furent déclarés perdus en mer.
Plus tard on retrouva les corps échoués de ses deux compagnons de bord, mais pas celui du papa de Viktor.

Au début, tout le monde vint proposer son aide, car ce n’était pas drôle pour la maman de Viktor de se retrouver seule avec deux enfants.
Mais peu à peu, une fois que le chagrin s’est assimilé à la vie quotidienne, on n’a rien devant soi que les montagnes inébranlables et la dureté des traits des nuages.
Oui, c’est le monde qui commande : En avant, marche ! alors que lui, fait du surplace.
Il y avait pourtant un homme qui continuait à venir proposer son aide : un menuisier célibataire, qui s’adonnait aux inventions à ses moments perdus, et qui habitait à quelques maisons de là. Il veillait à ce que rien ne manquât et passait de longues heures à réconforter la maman de Viktor et à amuser sa sœur.
Mais il n’arriva pas à établir le contact avec Viktor. Ce n’était pas faute de tenter le coup pourtant. Il essayait de lui montrer ses inventions, diverses trouvailles électriques, et lui parlait comme à un adulte. Mais Viktor se dérobait toujours, filait dans sa chambre et y restait couché à plat ventre, la figure dans l’oreiller.
Malgré l’aversion que lui portait Viktor, les canadiennes à capuchon du bonhomme se trouvèrent accrochées dans la penderie de l’entrée, tandis que les paires de chaussures se multipliaient près de la porte et un beau matin, Viktor remarqua que dans le placard de la salle de bains, il y avait une brosse à dents toute neuve.
Elle était à côté de celle de sa maman et de la même grandeur, sauf que celle -ci était bleue, alors que celle de sa mère était rose.
Il ne fallut pas attendre longtemps; du jour au lendemain, voilà que Viktor rencontrait le bonhomme en pyjamas et un beau soir – ça devait être un vendredi soir – Viktor venait juste de s’endormir lorsque la poignée tourna et la porte de la chambre s’ouvrit.
Viktor pensa que c’était le bonhomme qui voulait lui expliquer le coup des chaussures, des canadiennes à capuchon et de la brosse à dents et il se tourna donc vers le mur. Il était en train de remonter l’édredon au-dessus de sa tête quand une main mouillée caressa soudain son visage.
Viktor leva les yeux. Son papa se tenait à la tête du lit. Il regardait droit devant lui avec des yeux tristes et devant la surprise de Viktor, il lui dit :
« J’espère que tu n’es pas fâché contre moi. »
« Fâché contre toi! Bien sûr que non … »
« Parce que je t’ai laissé tomber. »
« Mais non, tu ne pouvais pas savoir quel temps il ferait. »
« Tu m’avais pourtant mis en garde et je t’avais promis de rester à maison le lendemain. »
« Mais maintenant tu es avec moi, papa. » Viktor parlait fort et il y avait de l’excitation dans sa voix.
« Et je sais que nous nous reverrons et que nous serons ensemble. »
« Où, papa? Où ? » cria Viktor, au moment où la porte s’ouvrait et que sa maman apparaissait, toute ensommeillée, dans l’embrasure. Elle lui demanda à qui il pouvait bien parler et voyant qu’il n’y avait personne dans la chambre, elle s’en alla en refermant la porte.
Viktor resta longtemps éveillé, mais il était tout seul à présent et ne vit personne dans la pièce. Il se glissa hors du lit et, à quatre pattes sur le plancher, murmura dans le noir : « papa, tu n’as plus besoin de te cacher. »
Mais personne n’apparut et Viktor remonta dans son lit, se blottit sous l’édredon en essuyant ses larmes. Il n’arrivait pas à démêler si le liquide salé n’était autre que des larmes ou si c’étaient des gouttes d’eau de mer.

Viktor se réveilla tard le lendemain et resta longtemps couché à réfléchir. Puis il décida de se lever et d’aller dire à sa maman que papa était venu la veille au soir; qu’ils avaient parlé tous les deux et que c’était leur conversation qu’elle avait vaguement entendue.
Il s’habilla, sortit dans le couloir et s’avança vers la porte blanche de la cuisine. Elle était ouverte et il vit sa maman qui était assise sur le tabouret, lui tournant le dos. Quelqu’un se tenait derrière elle et lui arrangeait les cheveux. Elle était en robe blanche de mariée.

La littérature exerce-t-elle une bonne influence sur les jeunes garçons ? Quand Viktor tomba sur Hamlet, prince de Danemark, dans un illustré, il n’eut plus aucun doute sur la félonie de sa mère et de son beau-père.
Ils ne valaient pas mieux que le roi et la reine du château d’Elseneur.
Qui sait si son beau-père n’était pas allé la veille percer un trou dans la coque avec un vilebrequin ? Ou si sa maman n’avait pas mis du poison dans le casse-croûte ?
Ou bien …
Les pensées innombrables qui envahissaient Viktor n’étaient pas faites pour faciliter un rapprochement avec son beau-père, pas plus en qualité de père, que de camarade.
Ce fut pourtant son beau-père qui, dans l’espoir de susciter chaleur et amitié mais aussi pour le faire mûrir, se mit à lui apporter des livres : sur Edison, la vie du Dr. Livingstone, Oliver Twist et Robinson Crusoé.
Le beau-père, quant à lui, lisait surtout des ouvrages encyclopédiques et des biographies d’inventeurs. Après son installation au foyer, quand il se fut mis en ménage avec la maman de Viktor, il se servit de la petite maison qu’il habitait auparavant comme laboratoire d’essais.
Il s’était lui-même livré à plusieurs des expériences d’Edison, avait fabriqué un groupe électrogène et communiquait parfois en morse avec les fjords voisins. Il réussit plus tard à introduire Viktor dans ce sanctuaire et ce fut lui qui exhorta le jeune homme à faire des études dans la capitale.
Même si Viktor ne témoignait nulle reconnaissance à son beau-père pour les livres que celui-ci lui apportait, il les lisait néanmoins et sans vouloir minimiser les autres, ce fut le roman de Daniel Defoe qui eut le plus de prise sur lui.
Des pages de Robinson Crusoé surgit une île déserte si tangible, que Viktor put la situer sur la carte et après quelques lectures, il fut absolument sûr que c’était là-bas que son papa et lui allaient se retrouver. C’est pourquoi il restait assis sur le ponton le soir, dans l’attente de son appel.

Le ponton était froid et mouillé.
Viktor venait à peine de cesser de penser à l’arc-en-ciel en guise de radeau flottant, quand un bruit de moteur inconnu se fit soudain entendre dans le noir. Le bruit mourut, mais aucun bateau, aucun navire n’apparut. Il entendit le bruit des pas de quelqu’un qui marchait sur le ponton, venant de l’autre bout, et qui s’arrêta brusquement derrière lui.
Viktor resta absolument immobile, n’osant se retourner. C’était inutile d’ailleurs, car il connaissait le bruit de ces pas et la respiration , si bien que lorsqu’il sentit la main mouillée caresser sa joue, il dit simplement :
« Papa, tu sais depuis combien de temps je t’attends ? »
« Oui mon petit, mais maintenant on est parés. »
« Alors, on y va maintenant ? »
« Oui, maintenant il n’y a plus qu’à se lancer. »
Viktor ne se le fit pas dire deux fois ; il sauta, le froid humide du ponton au creux des paumes. Peut-être sentit-il son cœur battre pendant sa chute, mais voilà qu’il passait au travers de la coquille de l’œuf, au travers de la lune qui dansait avec son reflet à la surface et qu’il disparaissait sous l’arc-en-ciel barbouillé de mazout, sans que ses souhaits fussent exaucés à l’instant, sans qu’il eût entre ses mains le sceptre du pays magique…
Non, il s’en fallait de beaucoup. Il but la tasse et fut secoué d’un tremblement tel que ses dents s’entrechoquèrent. Et il ne vit que du noir, du noir liquide comme de l’encre, tandis que ses bottes se remplissaient d’eau et que le poids de ses vêtements le tirait de plus en plus bas, jusqu’à ce qu’il perdît soudain conscience et glissât comme un hovercraft dans une vision onirique.
Dans un univers plein de plantes vertes, où une main tendue, avec des doigts humains arriva à la nage, portée par un animal étrange qu’il n’avait jamais vu auparavant.
Viktor sentit qu’il tendait aussi la main et touchait les doigts au moment-même où on le tira de l’eau. Quand il se retrouva couché sur le ponton, plusieurs hommes se penchaient sur lui et lui faisaient régurgiter l’eau de mer. Bien plus tard, après qu’il fut parti à la ville, Viktor les voua tous au diable dans son for intérieur. Il les maudit également à haute voix quand il se réveilla entre les murs blancs et vit par la fenêtre qu’il était à l’hôpital régional, dans la ville dont les lumières luisaient de l’autre côté du fjord – ces mêmes lumières qui dans son esprit clignotaient, vues du huitième étage de l’hôtel et qui, un soir où il serait seul dans le bar désert, allaient l’attirer vers la grande fenêtre noire, un petit tabouret à pieds métalliques à la main. Mais ça, c’est une autre histoire.

 

 

Traduction de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

 

 

 

 

 

 

 

 

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Né à Reykjavik en 1954, Einar Mar Gudmundsson a fait des études d’histoire et de littérature comparée à l’université de Reykjavik. Ensuite, il a l’université de Copenhague et publié de la poésie. Einar Mar Gudmundsson a été repéré dès son premier roman Les chevaliers de l’escalier rond (1982). Il a ensuite écrit une vingtaine de romans et de recueils de poésie. En 1995, Les anges de l’univers (publié en France par Flammarion et 10/18) reçoit le préstigieux Prix littéraire du Conseil nordique. Gudmundsson est aussi le traducteur islandais de Jan McEwan. Il vit à Reykjavik avec son épouse et ses cinq enfants.

 

« Einar Már Gudmundsson est l’un des très grands auteurs islandais du vingtième siècle. Il parle du quotidien en le transfigurant par le biais de mots de tous les jours, c’est-à-dire qu’il se livre à une activité véritablement « poétique » dans le sens étymologique du terme. Comme il le dit lui-même, il tente d’examiner ce que la réalité recèle de magique en même temps que la part de réalité que la magie recèle. Dans ses œuvres, les notions de réel, d’imaginaire et de surnaturel ne sont pas trois pôles détachés les uns des autres, mais elles font, au contraire, partie d’une seule réalité globale. » (Eric Boury)

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