Dominique Zinenberg

 

 

(France)

 

 

 

 

Déni de rêve

 

 

(2012)

 

 

Le rêve avait permis

silhouette qui s’éloigne

linge de soie , visage ,

une voix apparue, disparue,

le carcan d’amour avec

flèches en plein cœur

 

ta présence.

 

 

J’avais noué mes doigts aux tiens

J’avais presque ton souffle

dans la nuit

Passerelle du silence

Où ton regard me rejoint

 

nuit criblée de ta chair.

 

 

Je descelle la pierre

chemin étroit vers toi à travers le dédale

des jours où

fissure du temps

l’attente outrepasse

la mesure de l’horloge

– à l’écart le rêve –

croise les instants et les siècles

Tu viens comme naguère augmenter ma vie

ta peau frissonne , tu viens de ton pas régulier

reformer le monde tel qu’il était

le monde où ton souffle , oui ton souffle,

vibrait.

 

 

J‘ai sursauté  puis

rien qui s’adosse à ma vie

une ombre

ronce et vent

à portée de ma peau.

 

J’ai arrêté mon regard sur ce ciel qui te sertit

la pierre n’a plus de poids

dans la douceur du soir

paumes sans lignes d’horizon.

 

M’adossant à ton ombre

tremblement d’écorce

je m’enlace au vent

je n’ai risqué qu’une poussière d’étoile

à suivre au loin tel nuage à ta ressemblance

dés jetés dans le champ du rêve

tu reviens

et  ce n’est sève d’ici-bas

ton visage frôlé

escale pour retenir ton souffle

dans le creux des paumes

bougie du hasard

tu reviens.

 

 

Dans mon regard je te vois,

Dans mon regard,

Trouée

Désert,

Je ne sais  les…  pas vers toi sont innocents

T’ai-je croisé en rêve et ce que tu disais dans une langue sans tain

dans tes jours d ‘à côté peut-il être traduit ou alors à la manière

d’un Bonnard,

lumière et absence,

un lointain qui ne cesse de revenir,

–         clarté trompeuse  –

acides couleurs saturées, jardins d’été,

Pas que je sache guider mes yeux vers toi

souffle en peine d’étreintes

chemin où tordre la cheville sur des graviers de doute

vers toi les mains vides vers toi à vif l’air dans les cheveux, à la narine le parfum de nos fleurs, vers toi près des nuages , dans les pluies sur la glaise et les vitres vers toi jusqu’à l’impasse de ta tombe où je me heurte à ce qui n’a pas lieu.

 

 

Ma pensée s’abandonne à toi : elle est l’anneau qui nous lie dans sa boucle de tourment. Caisse de résonance comme un cœur en écho ma pensée te projette sur le ciel , dans les flaques d’eau , sur le sol, tu es dans ma bouche , sur mes cils tu ris quand je ris et  tu dors avec moi , tu t’émerveilles des fleurs que je sens, de leurs couleurs, de leur façon d’éclore , tu t’habilles avec moi de mes extravagances, tu me ferais presque des signes d’intelligence, malice d’un éclair dans la pagaille du monde les vibrations la colère et le chœur d’enfants dans une église de tous les jours , une pensée qui se répand sur les prairies, les vaches , les ruines , une pensée du matin encore mouillée de rosée, une pensée du soir vers le Ponant avec sa griffe d’hirondelle au large et sur les îles et je danse pour toi comme avant, je me disloque , me déhanche et gesticule , j’ai des bras pour entourer l’air et se prendre pour un scarabée-lierre,  des bras pour arabesques-pieuvres dans des voiles imaginaires; j’ai souci de danser pour toi en cadence à rebours du temps. Caisse de résonance et boucle de l’anneau perdu qui se retrouve avec toi dans la bouche de la fontaine … l’aura d’une pensée.

 

 

Sous le sceau du chagrin le cerne de mon  rêve

Tremble (et ton nom qui cherche ma bouche)

Branches  ployées

Tremblement sous les paupières

Obstacle de haute nuit

Des paroles peut-être

Elles ne pèsent rien –  pincée de vent sur tes cils

De l’ombre qui devient soleil

De cet or de mélancolie

Ou plutôt  harpe

Et cri de fée

Si âpre qu’on croirait un sanglot.

 

 

Sous le dais de la nuit

Ton ombre est un joueur de mélancolie

Qui mise aux dés nos rencontres de hasard

C’est comme la roulette russe

Parfois même tu sembles tricher

Pour m’entre apercevoir

Mais c’est risquer gros

Car les jeux sont faits

La roue claque dans l’heure émoussée du rêve

Tu cherches alors dans les tarots

Jetés comme des sorts sur un charme mort

Des réponses d’amour et de chair

Et la dame de pique , noire comme un abîme,

Déroule ses diamants d’oubli , son jet d’encre fluvial,

Ton effacement.

 

 

Ni or du soir , ni voiles au loin

pas même un écho de bruyère et de mousse

accrochant l’horizon.

 

Les genêts et les vagues traversent le chagrin

comme une ancienne procession avec bannières et coiffes

de villages.

 

Ni voiles d’or dans le soir, ni au loin les vitraux du temps.

 

Pas même un frémissement d’autrefois

pas même ton grain de  voix, de  peau

dans l’air et le nuage.

 

Une force de vie

que le rêve empourpre encore

une force qui martèle ton nom

ton nom , gong perdu dans la terre-hortensia

aux veines océanes.

 

Ni or du soir, ni voiles au loin,

Rien.

 

 

D‘un lavis friable le rêve échu n’est qu’un pan fissuré

A peine un souffle qui se ruine et se noie.

Voie discrète pour pas sans traces ni rythme.

Voie blanche et jaune pour mains tavelées

Et sanguine de fuite.

 

Cet horizon de toi quand l’avais-je songé ?

 

Dans l’aparté par delà les paupières

En arrière et si loin

A même l’épaisseur du temps

L’aquarelle de tes yeux se dilue dans mes veines.

 

Je n’ai cure de ma mine de plomb

Ou de ce trait de peine s’esquissant dans le cadre.

Ce sont épures de deuil , esquisses d’encre

Pour stèles ,

Ocres et ombres dans le battement de cils

De la pensée.

 

 

Tu t’es lové dans les parois du rêve

Dans l’embrasure et  l’ajour d’une toile.

 

Une huile d’or sombre

Fut bascule  d’absence

Visite dans la nuit aimantée d’un regard.

 

Mais le Rembrandt que tu me laisses

Est l’avis de passage

Que tu signes d’un trait

 

Un secret d’ombre et d’ambre

Pacte obsidienne qui se scelle

 

Lumière à vif

Pour mes pas d’ici-bas.

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