Dominique Sorrente

 

 

 

(France)

 

 

Les deux rêves de tout un chacun

 

 
          Il y a deux manières d’accoster le rêve : lorsque le dormeur penche par dessus bord en plein sommeil, ou quand la vie est trop gorgée de désirs pour vaquer à tous ses accomplissements.

 

          Dans la première manière, les sensations atteignent le seuil où elles ont besoin de se métamorphoser en images, en scènes d’étrangeté, en moments inconnus que le rêveur reçoit, l’âme vulnérable et comme offerte. On se laisse inventer, on découvre un paysage qui fait de soi un territoire insolite, une pièce de théâtre incongrue, quelque chose qui nous ferait rougir dans la vie diurne et que le rêve, avec son peuple de fantasmes, nous accorde avec gourmandise.

 

          Dans la deuxième manière, l’esprit beau joueur accepte de se dessaisir ; il évacue le temps trop obligé de l’action. Usager des nuages qui passent, il pratique dans un habitat de bulle ou de cocon une forme de quiétisme à vau l’eau. Rêver consiste alors à se retirer du monde des preuves, à

laisser glisser des pointillés sur les gestes imminents, à différer sans fin l’urgence de conclure. On apprend à apprivoiser l’heure bleue, souveraine dans l’art de ne rien faire.

 

          Les gens mal informés imaginent qu’il faut concrétiser les rêves pour leur donner un appui, une assurance, une tenue dans le monde du commun des mortels. Ils se trompent seulement de respiration. Erreur fatale.

 

          Lorsque la nuit se propage et qu’il est temps de laisser partir en poudre d’or ou poussière d’ange les pérégrinations du jour, il arrive que le rêveur du sommeil rencontre le rêveur de l’action. Tous les deux ils se tiennent alors face à face ou, autre cas d’espèce, s’allongent côte à côte. Le rêveur de plein sommeil pousse alors un étrange cri de loup, comme quand on ne peut plus tenir à la surface des choses. Le rêveur de l’action peut alors

verser tout entier dans la bouche du songe. Pour l’un comme pour l’autre, commence alors le temps de l’inaccompli, ce que certains ailleurs appellent l’île du poème.

 

          Il m’est avis qu’il serait sage de préserver cette forme de vérité trop négligée dans notre hémisphère de la parole. Quitte à remettre en activité la fabrique des attrape – rêves où chaque vie affûte ses métaux.

 

          Le vieux sage qui se retire du monde ou l’enfant – clown qui le traverse à cloche-pied gardent, chacun à sa façon, un usage fervent du verbe « rêver ». Et nul doute qu’ils transmettront cette expérience aux générations des survivants de fin du monde.

 

          Le cycle des herbes sauvages pourra alors reprendre son récit.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Né en 1953 à Nevers, Dominique Sorrente vit le plus souvent à Marseille. Il alterne textes « ad alta voce » et traces sur pages comme autant de respirations au jour le jour dans le langage. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, notamment chez Cheyne, récompensés par plusieurs Prix (Guy Levis Mano, Artaud, Bérimont).

 

En 2009 est parue son anthologie  personnelle « Pays sous les continents, un itinéraire poétique 1978-2008 » chez MLD qui vient de recevoir le prix Georges Perros. En 2012 est paru « C’est bien ici la terre », préfacé par Jean-Marie Pelt, chez MLD (www.editions-mld.com).

 

Il est, par ailleurs, le fondateur du Scriptorium (www.scriptorium-marseille.fr) qui, depuis 1999, propose des formes originales de poésie partagée (caravane, transcontinentale, jumelages, poésie chorus…), ce dont témoigne le livre collectif Portrait de groupe en poésie (BoD, 2010). En 1999, une exposition-rétrospective lui a été consacrée à la Fondation Saint-John Perse.

 

 

REVUE DE PRESSE

 

 

 

 

EXTRAITS

 

« …Fin 2009 est parue aux éditions MLD une anthologie de l’œuvre poétique de Dominique Sorrente, Pays sous les continents, rassemblant des morceaux choisis d’une vingtaine de recueils parus entre 1978 et 2008. Trente ans d’ « itinéraire poétique » dont la tonalité varie souvent, subtilement, non pas selon une simple maturité dans la maîtrise de la forme, mais selon les humeurs géographes du poète.

 

Poésie de concrétion dans ses premières années d’écriture (1978), dans l’abandon savant des liaisons et articles pour quêter une langue proche d’une gangue où le silence se fait passe-droit, elle devient, au fil des recueils et des trente années d’écriture, exploratrice, scansion scandée, lyrique, voire épique, tantôt rieuse en diable, encline au plaisir verbal aussi, dans le noble sens du mot Verbe qui toujours trouve à s’incarner… »

 

Florence Noël, Dominique Sorrente ou la constance de la justesse, DiptYque 2009

 

 

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« Mandala des Jours, un peu à la manière des mosaïques inscrites dans La combe obscure plus de vingt ans auparavant, emmène son lecteur dans un curieux dédale, nourri de fragments d’histoire personnelle auxquels sont greffés, dans des scènes attenantes, des éléments empruntés à la société.

Les pages se laissent appréhender sans lien apparent, dans un va-et-vient entre les eaux intérieures du poète et le monde… »

 

Valérie Brantôme, Une année Sorrente, carnets d’une lectrice, Publie.net, septembre 2009

 

 

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« …Le mystère du livre tient sans doute dans ce moment précis où la vie procède à son renversement. Face à l’inéluctable qui est la disparition du désir, « un jour vient où Qo interroge l’amour que vous portez en vous ». Voilà peut être l’annonce faite au poète qui le sauvera dans sa chute verticale. Ainsi, l’insomnie récapitule-t-elle l’intuition d’un cycle profond de l’existence où se croisent et se répondent mélancolie, rédemption, ascension.

 

Francis Cann,

Dominique Sorrente, poète de la coïncidence, à propos du Petit livre de Qo (Cheyne 2001), website Chantiers.org 2001

 

 

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« …Une  vingtaine de publications, dont sept livres sortis des presses de Cheyne Editeur, jalonnent le parcours du poète, entamé très tôt – voici une trentaine d’années, sous les auspices de la revue Sud qui faisait paraître avec Citadelles et mers, couplé à Manière noire de Michel Orcel, le neuvième titre de sa collection poétique. La voix de Dominique  Sorrente s’est élevée depuis calmement (malgré le tourment existentiel !), à intervalles  réguliers que permet de remplir une écriture constante, quotidienne : ses carnets, ses cahiers, remplis de notations – anecdotes, formules, réflexions fusantes – révèleront un jour « l’envers » ou les coulisses d’une  création conduite avec lucidité, détermination, patience… »

 

André Ughetto, Les droits du quotidien rétablis dans l’étrange, revue Souffles, 2007

 

 

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« …Un principe d’espérance  foncièrement actif, qui relance sans cesse le mouvement intérieur, se retrouve dans toute l’œuvre de Sorrente, lié à la présence des autres, mis en vie avec bienveillance et dans une fraternité entière. Les femmes en particulier y sont porteuses d’espoir, dans un univers en marche. Mais le penchant du poète, dans ses visions d’un versant béni, n’est pas que pour lui. Car il ouvre constamment sur un nous solidaire de l’humain. Et sa quête, pour sonner juste, doit être vécue avec les autres. Se révèle ainsi une parenté revendiquée avec Thomas More, dont le vœu réformiste de l’île d’Utopia était basé sur un sens communautaire, en termes de révolution spirituelle et d’un même principe d’espérance… »

Laurence Verrey, Dominique Sorrente et la revue Sud : sur les traces d’utopie, Université de Toulon et du  Var,  2002

 

 

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« …Procédant du simple au complexe, d’une image presque anodine à une comparaison plus insolite, le poète, par touches brèves et précises, par un cheminement qui ne l’écarte jamais de ses repères familiers, avance d’un palier à un autre – d’un objet déjà manié qui le frappe à nouveau à sa signification qu’il cherche encore, et débouche tout naturellement sur une zone obscure, environnante, qu’il faut éclairer –, ou sur  le trouble qui l’oppresse et l’angoisse et qui, pour conclure, le font se reprendre, ici en formulant un conseil éthique ou là encore dans une tenace aspiration vers l’innocence, vers le mieux en qui la plupart des conflits se résolvent… »

 

Deborah Heissler, Paysages et lieux de Dominique Sorrente, revue Nunc, automne 2011

 

 

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« Parce qu’elle ne se donne aucune frontière, cette approche poétique est à la fois follement ambitieuse et en même temps, étonnamment familière. Dans son travail d’incessants allers – retours entre  l’extérieur  et le sujet, elle vise à instruire chacun de ses lecteurs sur lui-même. Lire Dominique Sorrente, c’est activer en toute circonstance un kaléidoscope sur le monde secret qui nous environne, au dehors et au-dedans de nous. »

 

Daria Nuganeva, Brèves n°27, Riga

 

 

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« …Il y a avec le fleuve comme  à la fois un dédoublement et une sorte de ramassement du mouvement sur lui-même. Et c’est avec ce mouvement que Dominique Sorrente emporte la voix, dans sa manière d’interrompre les vers, au milieu de leur continuité, lorsque la voix s’arrête dans un faux arrêt au bout de la ligne, et continue dans un départ qui n’est pas un commencement. Le dédoublement et le ramassement du mouvement sur lui-même s’imposent comme une équivalence. Non pas comme s’il y avait une respiration du mouvement, mais qu’au contraire, le mouvement restait figé dans son mouvement même… »

 

Marilène VIGROUX, Dominique Sorrente, Le poème comme geste troubadour, étude sur C’est bien ici la terre, MLD 2012

 

 

PRINCIPALES ÉTUDES CRITIQUES 

 

 

VIGROUX Marilène, Le poème comme geste troubadour, étude sur « C’est bien ici la terre », à paraître aux éditions l’Harmattan, printemps 2014

 

HEISSLER Déborah, Paysages et lieux de Dominique Sorrente, revue Nunc, automne 2011

 

Dossier de la revue DÉCHARGES réuni par Claude Vercey- Dominique Sorrente, poète de la coïncidence, mars 2011

 

PAOLI Angèle, Dominique Sorrente et le portrait de groupe en poésie, site Terre de femmes, juin 2010

 

THOMAS Bruno, Le pays aux voix multiples de Dominique Sorrente, Les cahiers du sens 2009

 

BRANTÔME Valérie, Une année Sorrente, carnets d’une lectrice, Publie.net, septembre 2009

 

ROUZET Nicolas/SORRENTE Dominique Entretien des commencements, Lieux d’être, octobre 2008

 

TIXIER Jean-Max, Dominique Sorrente en son Mandala, Poésie 1, 2008

 

UGHETTO André, Les droits du quotidien rétablis dans l’étrange, revue Souffles 2007

 

FREIXE Alain, sur Mandala des Jours, Poésie première, 2007

 

VERREY Laurence, Dominique Sorrente et la revue Sud : sur les traces d’utopie, Université de Toulon et du  Var,  2002

 

BARNAUD Jean-Marie,  Légèreté de Dominique Sorrente, website Remue.net, 2002

 

CANN Francis, Dominique Sorrente, poète de la coïncidence, website Chantiers.org 2001

 

RAYGOT Marie- Christiane et CHAMBON Sophie, Entretien avec Dominique Sorrente, revue Filigranes, 2000

 

 

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