Denisa Duran

 

Denisa Duran

 

(Roumanie)

 

 

 

I. Semence mise au chaud
 

 

Je ne connais rien de toi 

 

Mon petit,

je ne connais rien de toi

(ni même si tu es garçon ou fille).

Tu es une vie

qui croit en moi.

Mais aujourd’hui

on a eu peur tous les deux

des chiens.

 

 

 

J’ai encore le temps

 

Je suis encore jeune, mon amour –

I’m still young –

on peut faire

des investigations médicales complètes;

à 30 ans

presque tous nous amis

sont malades.

J’ai encore le temps

de m’asseoir lentement sur le lit

exigu métallique

du RMN

conviant Dieu

auprès de moi.

 

 

 
Quand on parle au téléphone

 

Quand on parle au téléphone,

après un long jeu à la séparation

(adieu… adieu… adieu…)

c’est toi qui attend toujours

à ce que ce soit moi qui raccroche –

drapée dans ta voix.

Tu me gardes

du bruit métallique et froid

de la tonalité.

 

 

 

L’air brûlé de dimanche

 

L’autobus avance lentement

à travers l’air brûlé de dimanche

autumnal.

Une femme monte, un enfant dans les bras,

petit et lové entre les seins et le ventre.

Les feuilles tombent.

Le chauffeur écoute la liturgie à la radio.

 

 

 

II. Je tire la nappe de terre

 

 

Les souvenirs pendent en moi

 

Les souvenirs pendent en moi

lourds

comme des pommes vertes

rongées par les vers.

Des vers il y a aussi

sous la terre,

loin,

profondément,

ils ont lavé les os

des miens.

 

 

 

Je lisse la surface du tombeau

 

Je lisse la surface du tombeau,

j’arrache les mauvaises herbes,

je tire la nappe de terre

comme une couverture,

tout en essayant de les réveiller.

 

 

 

C’est tout

 

Il a été très laborieux!

Il a été très laborieux!

C’est tout ce qui peut rester

d’une vie…

 

 

 

Quand on meurt

 

La femme

le nettoie et le lave,

elle a honte pour l’infirmière…

Ce n’est pas quelqu’un qui mérite d’être sauvé!

On a beau essayer!…

Quand on meurt

on fait le nettoyage

dans les vies

des autres.

 

 

 

Extraits de:  Sunt încă tânără (Je suis encore jeune), poésie, Tracus Arte, Bucureşti, 2012

 

 

 

Traduction: Alexandru Matei

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Denisa Duran (poète, traductrice, manager culturel) est née en 1980, au sein d’une famille d’écrivains, dans le nord de la Roumanie, à Radauti.

Diplômée de la Faculté de Lettres de l’Université de Bucarest, et d’un master interdisciplinaire au Centre d’Excellence dans l’Etude de l’Image (CESI), avec une thèse en anglais sur sound poetry, chez les auteurs: Henri Chopin, Sainkho Namtchylak et Christian Ide Hintze.

Denisa Duran a travaillé comme journaliste, traductrice et rédactrice et, depuis 2007, elle est coordonnatrice de projets à l’Institut Culturel Roumain de Bucarest.

Elle a débuté en 2003, avec le recueil de poésies “Pufos și mecanic” (“Duveteux et mécanique”), livre qui lui a apporté deux prix littéraires.

Denisa Duran est l’auteure de quatre livres de poésies, dont „Omul de unică folosință /L’homme à usage unique,  Disposable People, publié en Irlande dans une version bilingue (Galway Print, 2009), suivi du recueil “Sunt încă tânără” (“Je suis encore jeune”, 2012).

Son dernier titre : “Dorm, dar stau cu tine” (“Je dors, mais je reste avec toi”, 2014), est un livre expérimental, dont le contenu fait référence aux premiers mois de vie. Les illustrations du livre appartiennent à la plasticienne roumaine Floarea Tutuianu.

Denisa Duran a signé ses premiers volumes avec le nom de Denisa Mirena Pişcu.

En 2015, elle a réalisé, avec l’artiste autrichien Bruno Pisek, l’oeuvre radiophonique “Bucharest nowadays is beautiful, isn’t it?”, diffusée par ORF – Kunstradio et disponible sur le site: http://www.kunstradio.at/2015B/15_11_15.html Ce projet sonore, expérimental, parle de la ville de Bucarest de deux points de vue différents – de l’habitant et du visiteur – et contient les poèmes des deux auteurs en roumain, allemand et anglais, un portrait sonore de la ville, deux chœurs et plusieurs compositions musicales.

Les poèmes de Denisa Duran ont été inclus dans plusieurs anthologies littéraires roumaines et étrangères.

Elle a eu deux résidences d’auteur : à Vienne, en 2008, offerte par Schule für Dichtung, et à Skopje, en 2015, offerte  par Traduki.

Ses poèmes ont été traduits en douze langues.

 

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