Denis Feller

 

(France)

 

 

      SERUM JJ. L’inoculation de la Jeunesse

 

(COMEDIE savante, à l’ancienne, mais toujours récente)

 

 

                                                          ACTE I

                                                        Scène 1

 

 

Trois savants sont en scène. L’un d’eux, le plus âgé, déclame son discours au public. Les deux autres sont un peu à l’écart avec un air de profonde lassitude.

Arsène: – Comme je vous le disais mes amis, et confrères, nous voici réunis ce soir, à l’occasion de ce trente-cinquième salon de la science. Permettez-moi…

 

Il aurait pu continuer ainsi si …

 

Albert: – Tu crois que … ? Tu crois que c’est lui ?

 

Un bruit provenant du fond de la salle, les distrayait.

 

Antoine : – Pourquoi pas, tout est possible mais bon, attendons un peu.

 

Le silence regagne les savants.

Arsène: – Bien, donc comme je vous le disais…

 

Cette fois-ci il ne peut aller plus loin car apparaît sur scène un homme, en prise avec deux vigiles.

Arthur : – Mais enfin, merci, merci, maintenant laissez-moi ! Laissez-moi, voyons… Voulez-vous me lâchez. Cela m’agace…

 

Les deux vigiles embarrassés d’être sur scène regardent la confrérie d’un air intrigué. Le savant qui s’apprêtait visiblement à prononcer son discours dans l’ordre fait un signe discret aux deux vigiles pour  les laisser seuls.

Arthur : – Enfin, mes chers collègues, je suis désolé pour ce retard, ainsi que ce chahut…

Il serre les mains de ses confrères puis s’assied sur une chaise vacante.

Arsène (d’un air dédaigneux) : – Ah, il ne manquait plus que vous.

Puis voyant que le calme est revenu il s’apprête à discourir de nouveau :

Bien, comme je vous le disais, nous sommes ici réunis pour ce trente-cinquième salon consacré à la sc … (Les trois savants sur le côté sont en train de discuter calmement entre eux pendant ce préambule lorsque du fond de la scène quelqu’un s’esclaffe à gorge déployée au niveau du mot science). En colère, notre Arsène toise le gêneur d’un regard mauvais. Ce qui à pour effet de stopper net l’hilarité d’Antoine. … ience…Je suis heureux que mon discours provoque ce genre d’hilarité. Bien que je ne puisse pas voir en quoi le peu de mots que j’ai réussi à dire jusqu’à maintenant, (il souligne cela en regardant de travers ses collègues scientifiques) ait la force de provoquer autant de gaieté.

Il croise du regard le gêneur, l’obligeant à mieux s’expliquer.

Antoine: – Je m’aimerais l’excuser  auprès de vous mes chers confrères. Pardonnez-moi  cet accès d’hilarité. Mais si vous saviez…

 

Arsène (intrigué) : – Justement, ce serait clean de nous … Bref, expliquez-vous…

 

Antoine: – Eh … Bon, comment dire … Non, je préfère laisser la parole à mon illustre confrère (ces derniers mots sont prononcés avec dédain)…

 

Arthur : – Voilà, je pense avoir découvert la formule, permettant à tout être vivant de rajeunir…, de redevenir jeune et en pleine forme !

 

Un silence de plomb s’est abattu sur l’assemblée. On ne perçoit que le vol d’un moustique affamé, puis un étonnement atteint tous les membres de cette fameuse réunion de matière grise.

Arthur  (indigné) : Je ne vois pas ce qu’il y a de si drôle dans ma découverte. Rien d’amusant !

 

Arsène (remis un peu de ses émotions) : – Mais concentrez-vous donc…, réfléchissez,  cogitez, chers  confrères ! (Il s’esclaffe de plus belle.)

 

Albert: – Pas crédible… J’ai des doutes ! Avez-vous obtenu le secret par lequel on peut redevenir enfant ? Impossible… Vous vous moquez de nos plus beaux rêves, alors ?!

 

Antoine: – Alors, ça tient plus, surtout qu’on connaît vos lubies, Monsieur !

 

Arthur : – Ce qui veut dire…

 

Antoine (cherchant ses mots) : – Vous êtes comment préciser…  un ! Un… ! Un…, ouf !

 

Arsène: – Un petit, un, une sorte de, un vrai, un immense charlatan, voilà ce que vous êtes devenu, cher collègue !

 

Arthur : – Ah oui, voyez-vous ça… (D’une voix où perce la colère). Eh bien, messieurs je prends le pari que d’ici une semaine mes lubies, mes essais sans issue et autres imprécisions  impossibilités du genre vous seront démontrés dans mon propre laboratoire scientifique. Je vous y invite !

 

Albert et Antoine, d’une seule voix: – Bon, d’ici une semaine, disons? Ou ?

 

Arthur  (catégorique): – Une semaine, sans le moindre problème ! D’accord !

 

Arsène: – Eh bien, je n’y crois guère, je suis prêt à parier ma maison sur ce coup là. Mais bon, un peu de patience, d’ici une semaine pas plus…

 

Arthur : – D’accord et moi si je ne réussis pas à vous convaincre, je m’engage alors  à démissionner de ma charge, et à chercher un autre emploi. Je le jure ! Sur mon honneur de savant de bonne réputation !

 

Arsène, Albert et Antoine (héroïquement): – VOTRE bonne réputation est en jeu ! Vous risquez gros

 

 

                                               Scène 2

                               

Nous sommes dans l’atelier du savant D. Dans le fond à droite se trouve un tableau noir avec écrit à la craie blanche une série de formules scientifiques. Au centre de la scène – un meuble empli d’éprouvettes, de tubes à essai…, différents outils, ustensiles, encyclopédies, dictionnaires, boîtes en métal, boîtes en bois noir, ébène, petits et gros  flacons de potions magiques !

Arthur  (s’exclamant) : – Formidable, tout se déroule impeccablement bien ! J’en suis si content…

 

Il est satisfait, fébrile, énergique. Il pose l’éprouvette sur un socle et note rapidement, sur des feuilles volantes, le résultat de ses observations.

Arthur  (pour lui-même) :-  Cette fois-ci, je crois avoir tout fait, c’est plus que réussi !

 

Abandonnant ses notes, il revient à ses expériences, en reprenant son éprouvette. Il s’empare ensuite d’un nouveau flacon, l’agite et verse un peu de son contenu dans l’éprouvette.

Arthur  (pour lui-même) : Voilà, en principe, ça devrait aller… Juste un demi-centilitre !

 

Un jeune homme, tel un majordome, fait alors rentrer les trois scientifiques vu la scène précédente. Arthur, tout à ses pensées, ne les voit pas arriver.

Arsène (à ses deux collègues) : Vous voyez, chers camarades, il n’a pas réussi, il n’a rien découvert,  que vous ai-je donc dit ?

 

Albert: – Attendez, nous n’avons rien constaté, il faut qu’on lui laisse une chance, on ne sait pas encore… s’il a trouvé ou non l’élixir tellement recherché, tellement attendu par ce vieux monde !

 

Antoine: – On dirait que vous croyez en ces expériences.

 

Albert: – Ah, pas tout à fait ça. Mais je trouve qu’il faut lui donner une chance ! Je sais bien qu’il frôle l’impossibilité mais bon … quand même…

 

Arsène: -Vous devenez aussi marteau que lui, cher ami. De toute manière, il n’existe qu’une solution pour savoir si c’est réussi ou pas.

 

Albert et Antoine : – Laquelle ?

 

Arsène: – Mais celle de s’annoncer, bien sûr.

 

Arsène, Albert et Antoine (en s’approchant, en chœur) : –  Bonjour, Professeur ! Nous y sommes, comme promis !

 

Arthur (distraitement) : – Hein ? (S’avisant de la présence de ses invités) Ah, oui ! Pardon, c’est bien, c’est rassurant, merci ! Bonjour. Bonjour ! Ouf, je suis si ému…

 

Arsène (d’un air moqueur: – Alors, la formule? Ca fonctionne ?

 

Arthur (triomphant) : – Et comment ! Eh bien, je peux bien vous le dire! J’ai enfin réussi !

 

Arsène, Albert et Antoine (stupéfaits) : – Est-ce vrai ? Vous avez  réussi ? Montrez nous votre découverte !

 

Arthur : – Eh Oui! J’ai réussi à le synthétiser … (Il brandit l’éprouvette avec fierté) Voici l’incroyable, l’efficace, l’incontournable extraordinaire Sérum J J, comme jeunesse éternelle, les jeux sont faits, j’ai remporté cette victoire scientifique ! Je suis unique dans le monde des savants !

Arsène (d’une voix qui se veut encore maître de la situation) : – Si vous le dites, soit, mais nous sommes ici pour vérifier les tests !

 

Arthur  (perdu dans ses pensées: – Les tests ? C’est-à-dire ?

 

Antoine (d’une voix obséquieuse: – Et, bien oui, les tests. Vos cobayes, il faut testez la potion sur quelqu’un, c’est dans l’ordre des choses, si vous préférez…

 

Arthur : – Je n’ai pas besoin de cobaye ! Je serai le premier et le seul à expérimenter  mon sérum de jouvence ! Il m’est destiné…, voyons !

 

Albert (inquiet) : – Mais…, vous êtes fou ?

 

Arthur : – Pas si fou que ça, cher collègue, je sais ce que j’ai fabriqué ! Ce sérum est au point ! Et je vous le prouve sur le champ !

 

Il s’apprête à boire à l’éprouvette.

Albert (protestant) : – Mais, Professeur, non, non, soyez prévoyant, non, n’avalez pas ce poison !  Êtes-vous devenu  complètement fou?

 

Arthur : – Fou ? Moi… Fou ! Avec ce sérum, ha, ha, vous plaisantez, allez, je vais rajeunir ! Et c’est l’essentiel !

 

Il porte l’éprouvette à sa bouche et boit une gorgée de son contenu.

Arthur (faisant la grimace) : – Brrr ! J’ai bu de la tisane magique, ah, ah, elle avait meilleur goût, croyez-moi !

 

Un temps. Il déglutit, il tremblote, il devient pâle, il éternue, il toussote, il rit, il pleure, il tombe par terre, il devient tout rouge…, on dirait brûlé !

Arsène, Albert et Antoine (inquiets) : – Oh, Professeur, est-ce que ça va ?

 

Arthur  (se remet debout, plein d’énergie, tout heureux ; il repose l’éprouvette sur son socle) : – Pas de soucis ! Bien sûr ! Ca va même très bien … Euh… Je me sens tout neuf !

 

Arsène (triomphant: – A part le fait que vous êtes un peu trop bronzé, je vois, il ne se passe rien !

 

Arthur : – Pas encore. Attendez, dans mon sang ça bouge, ça s’emmêle, ça fermente, hi, hi, ah ! Cela va demander quelques minutes. Etes-vous donc aussi pressé de gagnez votre pari ?! (Joyeux) Pensez donc, je vais redevenir jeune! Je vais pouvoir profiter d’une nouvelle belle vie… Profiter de… tout ce que…

 

Soudain, il a un hoquet. Il se fige.

Arsène, Albert et Antoine (inquiets) : – Faites attention, Professeur ! Ca va  quand même ?

 

Le savant est saisi de tremblements.

Arsène, Albert et Antoine (même jeu) : – Professeur ? Vous allez bien ?

 

Mais il  commence à se contorsionner en tous sens, avec des gestes saccadés, tout en grimaçant horriblement et en râlant.

Albert (effrayé) : Oh, mais il va mourir ! Professeur ? Professeur ! Oh, mon dieu !

 

Antoine (interrogatif, le regardant de plus près) : – Il a un drôle de tête ! Que lui arrive- t-il ?

Arsène, d’un air indifférent : – Qu’es j’en sais ! Ce malandrin a voulu jouer à l’apprenti chimiste et voilà, il se métamorphose en lui –même, le voici  bien abîmé !

 

Albert, préoccupé : – On ne peut pas le laisser comme ça (se tournant vers Antoine).  Allez chercher les secours.

 

Antoine: – Hein ? Et il faut qu’on dise quoi ?

 

Arsène (d’une voix forte) : – Vite, dépêchez-vous… Il nous fait peut-être un malaise.

 

Antoine (comme s’il venait enfin de comprendre: – Ah oui, vous avez raison ! (Il disparaît par la porte où il venait d’entrer.) 

Arthur se contorsionne de plus en plus, et grimaçant de plus belle, il émet des gargouillements, des hoquets, des cris bizarres, des drôles de cris.

Arthur : – Glorb… Burg… Gloup… Glab… Borg… Murf… Glouba… Blig…

 

Se contorsionnant toujours, il traverse une partie de la scène, tel un ivrogne qui dégobille.

Arthur : – Glorb… Burg… Gloup… Glab… Borg… Murf… Glouba… Blig…

 

Albert: – Il faut lui venir en aide !

 

Arsène: – C’est juste.

Alors qu’ils sont sur le point de le soutenir, le savant D arrive derrière la table et, après d’ultimes contorsions, s’écroule au sol. On ne le voit plus mais on l’entend encore gargouiller.

Arthur : – Glorb… Burg… Gloup… Glab… Borg… Murf… Glouba… Blig…

 

Les deux savants : – Nom de Dieu ! Professeur, cela s’empire !

 

Mais les gargouillements du savant s’amenuisent.

Arthur : – Glorb…Burg… Gloup… Glab… Borg… Murf…

 

Finalement il se tait. Les deux savants restent un moment, étonnés, se regardant l’un l’autre.

 
 

                                              Scène 3

                                

On voit alors une main s’élever et s’abattre sur la table.

 

Arsène (impressionné) : – C’est impossible … Dis donc… C’est…

 

Puis une deuxième main apparaît et s’abat également sur la table.

Albert (même jeu) : – Professeur !

 

 Finalement, Antoine réapparaît avec le majordome. Pendant ce temps, Arthur  peine à retrouver son équilibre, et s’aide en s’appuyant à la table.

Chabasseur (admiratif) : – Eh bien…, écoutez, chapeau bas, c’est foudroyant, c’est génial !

 

Jean : – Oh, Monsieur… Oh, Professeur ! C’est fantastique ! C’est fabuleux ! Comme vous avez changé !

 

Arthur : – Est-ce que j’ai changé ? C’est tout à fait vrai ?

 

Albert : – Oh oui, et comment, cher Professeur ! Vous avez rajeuni !

 

Arthur : – Alors ça veut dire que j’ai tout obtenu ?

 

Arsène: – Oui, je dois bien reconnaître que vous avez gagnez, vous avez réussi, vous….

Arthur, intempestif : – Ah, bon ! Et quel âge ai-je donc ? J’en sais plus, j’ai la tête qui tourne…

 

Albert : – Oh professeur ! Je devrais  dire 40…, je crois, ni moins ni plus…

 

Arthur : – 40 ? C’est pas assez, je veux dire si trop vieux, oh, oh, ça ne va pas du tout !

 

Antoine : – Mais pourquoi ? Vous êtes bien assez jeune, voyons ! Trop jeune ce serait embêtant…

 

Arthur : – Non. C’est vers cet âge que je n’ai plus pu manger de fraises. Pour cause – zut, tout ce régime alimentaire. Notez bien.

 

Arsène : – Hein ? Vous hallucinez ? Mais qu’est-ce que c’est que ces bêtises  qui vous tourment ?

Jean : – Eh bien voyez-vous. Monsieur c’était pris d’amour pour la nature.

 

Arsène, Albert et Antoine, d’une seule voix: – Et alors ?

 

Jean : Eh bien, Monsieur a eu une indigestion des produits naturels forestiers. Mais bon cela peut se soigner de nos jours…

 

Pendant ce cours discours les quatre interlocuteurs ne voient pas que leur collège, Monsieur Arthur, l’inventeur de la potion rajeunissante,  se sert et ressert une bonne quantité de sa potion de jouvence, en y  ajoutant  un zeste de vanille.

Arthur : – J’ai déjà bu meilleur que ça, vous pouvez me croire. Cela à un goût de thé desséché. Beurk !

 

Jean : – Monsieur ?!

 

Albert : – Vous n’avez pas ?!

 

Antoine : – Mon dieu !

 

Arthur : – Mais si…

 

Arsène : – Mon dieu, mais vous êtes cinglé. Vous le savez ?

 

Arthur : – Et pourquoi donc ? Parce que j’ai décidé de m’offrir une nouvelle jeunesse ? Mais les femmes qui…

 

Le manège précédent recommence. Même borborygme, même chute sous la table.

 

 

                                              Scène 4

 

                                        

Jusqu’au moment où Arthur se contemple dans le miroir, la scène se déroulera ainsi. Le majordome et les trois savants seront placés autour de la table de façon à masquer l’inventeur. Ils discutent d’une façon agitée entre eux. Notre grand inventeur bien obstrué par l’agitation de ses collègues,  devra par moment faire apparaître sa main, pour désigner  qui doit passer le voir et pour mieux appuyer certains de ses propos.

 

 

Arthur : – Et maintenant,  ça va mieux ? Dites-moi, chers amis, en fait, je ressemble à quoi ?

 

Jean (interloqué) : – Oh, Seigneur !

 

Antoine : – Vous parlez  encore?

 

Arthur (surpris) : – Et pourquoi pas ? Après tout,  vous aussi !

 

Albert (bégayant) : – Mais… mais, mais …  re…,  regardez-v… ou, vvv, vous !

Arthur (heureux: – Pour vous mettre dans un pareil état, j’ai du prendre, un sérieux coup de jeune. Or ?

 

Arsène : – Ah mais cela est plus qu’évident ! (un sourire carnassier). Maintenant, je suis sûr d’une chose, ma maison restera complètement la mienne. Ha, ha, hi, hi…

 

Arthur (interloqué: – Pardon ? Que dites-vous ? Fieffé gredin. J’ai remporté le pari, je vous ai promis cette découverte unique au monde et voilà je serai célèbre, le plus célèbre, et le plus jeune de tous nos savants ! Et je compte bien (on voit une main surgir de dessous la table, pointer les deux scientifiques)  sur ces messieurs et sur leur sens de l’honneur pour reconnaître ma victoire. N’est-ce pas, mes très chers Messieurs ?!

 

Antoine (embarrassé: – Bbbb, cccc, sss,  c’est que…

 

Arthur : – Oui, allez, courage, allez  dites…

 

Albert (gêné: – L’un des termes ne tient plus… Il y a …

 

Arthur : – Plaît-il ? Comment ça ? Vous, vous désistez alors ?  Bien, bien j’aurais dû m’attendre à une telle  réaction de votre part. Cela ne m’étonne plus ? L’égoïsme et la jalousie sont à la mode… Heureusement que j’ai mis mon domestique dans la confidence. J’ai pris des précautions ! Je le prends pour témoin de votre fourberie. N’est-ce pas ?… Vous croyez que je suis naïf, hein ?! Et bien NON et NON !

(La  main réapparaît du dessous de la table et pointe le domestique)

 

Jean : – C’est que…

 

Arthur (confus) : – Ah, non pas vous, pas vous. Hein ? C’est une conspiration ?

 

Albert (d’un air rassuré): – Loin de nous cette idée, mais…

 

Arthur : – Mais, mais, mais vous n’avez que ce mot en bouche. « Conspiration, conspiration » ! Au diable ! Pardon ! Allez, camarade tout-puissant, allez,  reconnaissez que vous avez perdu, votre pari vous ne l’avez pas gagné,  c’est simple et c’est tout.

 

Jean : – Monsieur, s’il vous plaît,  calmez-vous…

 

Arthur (tempêtant) : – Zut ! Parbleu ! Que je me calme ? Traître, Judas, descendance de Brutus. Voilà un nombre d’années incalculable que vous êtes à mon service. Et fichtre, vous profitez du seul jour triomphant de mon existence pour me… (Cherchant ses mots) me poignarder, pour me descendre, pour m’éliminer.  

 

Jean : – Oh, Monsieur, n’exagérons rien… Venez. Reprenez vos esprits !

 

Arthur : – Où ? Où donc ? Où aller ? Vous voulez me piéger ?

 

Jean : – Il faut chercher et trouver un miroir pour vous, cher Monsieur.

 

Arthur (s’étant calmé quelque peu) : – Eh bien soit, si c’est pour me mirer, pourquoi pas, soit, allons-y.

 

Les trois savants, ainsi que le majordome se décalent de la table. Un de ces savants lui tend un bout de miroir. On voit alors, le Créateur à l’âge d’un jeune enfant. Ses vêtements trop grands pour lui, une démarche incertaine. Se diriger vers le devant de la scène  puis après, il fait quelque petits et très jeunes pas.

Arthur (incrédule: -Ah, c’est hypnotique, c’est magissime, c’est si, c’est ouf, c’est oh ! Non, ce n’est pas possible ! C’est mon nouveau MOI ? Ah !

 

Arsène (fanfaron: – Vous voyez bien que je ne peux pas vous laisser ma maison, vous êtes devenu un gamin irresponsable ! C’est impossible qu’un enfant de vôtre âge reste propriétaire, de ma vaste demeure. Le fait qu’on était à deux, cela n’a plus de sens. Ainsi se fait-il que cette maison aura un seul propriétaire, un adulte, le petit gosse il doit re-re- grandir, hi, hi !

 

Arthur (craint: – D’où sortez-vous cette loi sur la propriété ? Hein ? Un propriétaire reste un propriétaire ! Non…  (Il a un malaise, il  s’écroule sur le côté) ! Ah, aïe, mon dieu, que me faites-vous ? Pitié d’un enfant si illustre !

 

Jean : – Monsieur ?

 

Antoine : – Est-il mort  ou seulement tombé dans les pommes ?

 

Albert : – attendez, je vais vérifier… Je vais prendre son pouls …

 

Arsène : – Pff, quelle situation ! Il fait le pitre, je n’y crois pas ! Il se repose, voilà tout. Soit dit en passant, c’est normal pour un enfant de cet âge. Regardez-le, il suce son auriculaire !

 

(Il désigne du doigt le ventre du garçonnet qui sous la couche de vêtements se gonfle et s’affaisse.)

Jean : – Il dort alors ? Je vais porter Monsieur à sa chambre !

 

Arsène : – Faites, faites donc mon ami. Et n’oubliez pas de lui acheter des bonbons, les enfants en mangent souvent… Quant à nous…

 

Albert et Antoine : – Ah, oui ! Quant à nous ?

 

Arsène : – Nous allons détruire ce produit périlleux !

 

(Le majordome part de la pièce, avec dans ses bras le corps endormi du scientifique.)

                                              Scène 5

                                           

 

 

Albert (d’un geste guerrier) : – Passons aux faits ! Nous allons…

 

Antoine : – … le détruire, c’est dit ! Au travail !

 

Arsène : – Vous avez une meilleure idée ? Moi j’en ai une très pétillante…

 

(Il tourne alors le regard vers Antoine mais celui-ci volontairement ne regarde pas vers lui)

Albert : – On pourrait…

 

Arsène : – Quoi ? On pourrait quoi ? Continue…, cela a l’air intéressant…

Albert : – Garder cette recette pour nous !

 

Arsène (faussement intéressé) : – Mmmmm, ah oui ! Mais bon, vous avez pu constater  les dommages causés… Mieux pas !

 

Albert : – Oui, mais… si tout cela reste sous contrôle…, en boire avec précaution !

 

Arsène : – Sous contrôle, vous voulez rire. Mais est-ce que vous vous en rendez compte ? Vu la société dans laquelle nous vivons …

 

Albert : … J’sais plus…

 

Arsène : – Allez, un peu d’audace, tout doit aller de plus en plus vite. Médecine, domotique, informations, les savants de l’Internet et j’en passe…

 

Antoine (convaincu: Si je réfléchis .., attends, euh, attends, ben OUI ! Non ! Mince !

 

OUI ! C’est vrai, il a raison. Mieux le détruire. N’est-ce pas ?

 

Albert (résigné) : – Bon d’accord. Mais comment ? Le jeter où ? Surtout pas par les égouts.

 

Arsène : – Non, les rats et les souris vont en profiter largement. Dans ce bac à fleurs, par exemple. Voilà au moins une bonne chose.

 

 

(Joignant le geste à la parole, vide le contenu de la fiole et tout d’un coup, comme dans un miracle les fleurs commencent à sentir très fort. Un parfum si doux, si doux, si fou… Les savants se jettent sur les fleurs et …

 

 

En prononçant ces paroles, un léger brouillard commence à envahir les lieux. Il se densifie de plus en plus jusqu’à en recouvrir entièrement les trois savants. Il se dissipe enfin, et à la place où se trouvaient nos fameux chercheurs sentant le parfum de la magie. On voit trois bébés. On entend alors la voix du majordome.

Jean : – Pourvu que je n’arrive pas trop tard… Messieurs, ouvrez, c’est moi, suis de retour, notre bébé savant fait de beaux rêves, tout va bien, ouvrez-moi, pourquoi… ? Il pousse la porte ! La porte reste bloquée ! Messieurs, où êtes-vous ? Pourquoi vous avez fermé cette porte métallique ? Que se passe-t-il à nouveau ? Coucou,  j’ai quelque chose d’important à vous dire.., Messieurs, à trois je défonce cette porte avec une barre en fer… Bien… Un, deux, trois…, c’est parti !

(Il entre alors en trombe sur scène, comme emporté par son élan. Les savants bébés se mettent alors à pleurer).

Jean : – ENCORE DES BEBES ? Monde de … ! Ah, les gourmands !  Ils ont tout bu ? Ben ça, je m’y attendais… Moi, qui n’ai jamais pu être père, me voilà père de 4 gosses et propriétaire de cette belle maison du XXIe siècle ! Voilà l’inoculation de la jeunesse. Il faut que je trinque pour ça ! Mais avec qui ?

 

 

 

 

 

 

FIN ?

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