Delia Vlad

 

 

 

(France-Roumanie)

 

 

La série d’histoires intitulée « La cachette de l’Espoir » est avant tout écrite pour les lecteurs qui ont gardé vivant leur cœur d’enfant – à la racine de toute créativité…
Les enfants sont un personnage à part entière du récit.
Ils sont présents à chaque fois que le monde à l’envers dans lequel nous vivons dérape.
Parfois deviennent-ils aussi victimes de l’hypnotisme et de la violence qui ont trop souvent ramené l‘espèce humaine aux confins de la bestialité.
Mais c’est sans doute dans les yeux des enfants que le soleil se lève tous les jours, malgré les atrocités et le cynisme d’un monde en perdition.

 

Pour retrouver l’intégralité des histoires :
www.airdencre.fr

 

 

 

 

Une conséquence des plus inattendues…

 

 

 

MARS

 

Il n’y a pas d’heure où seule, cachée. Elle ne pleure que pour apprendre la futilité des larmes
Fabienne Verdier

 

 

 

 

Soudainement, la peau d’Alina rencontra la peau d’encre du ciel de la nuit.

Les étoiles filaient comme des manèges dans les yeux des enfants qui, après avoir fait un tour, atterrissaient tout droit derrière le Palais de la ville des Papes, en France, à Avignon.

C’était un matin sec, frais et ensoleillé de printemps. Une femme très seule et maigre avait sorti son caddie à journaux publicitaires sur un de ces trottoirs qui longent les remparts du Palais. La femme seule et maigre trainait son caddie comme certaines personnes promènent leurs chiens.

Et tout en haut du caddie, comme un roi assis sur son royaume, trônait Cabo, le plus souverain des choux frisés.

La femme très seule et maigre l’avait déniché chez AuChamps, dans un tas de têtes de chou Made in Romania. Cabo était destiné, où du moins le pensait Effessora, femme très seule et maigre, à devenir une soupe au chou, comme Effessora l’avait pressenti dans le filme homonyme.

Le vent soufflait comme un Loup-Garou enragé dans les platanes de la ville ou le Soleil brille 536 jours chaque année, pour aussi longtemps que la Terre s’enroulera autour de son cœur ardent.

A cet instant précis, comme par un signe d’un monde inconnu, les prospectus du caddie s’envolèrent vers le ciel de cristal selon un algorithme pour le moins indescriptible.

Planèrent dans l’air des vaches rieuses, des Mikados au chocó, de la banane qui ne fane, des rikikis pour les mardis, un beau Chevreau Chanceux de là-haut…et même Alina se montra sous la forme d’une barbe à Papa.

Pendant ce temps, chez AuChamps, les enfants mirobolants venus des Carpates, ayant découvert le rayon des confiseries, et ayant aperçu Effessora qui regardait sans vraiment voir cette abondance époustouflante de sucreries, décidèrent de se cotiser pour lui offrir un petit chien de compagnie, tout en nougat de Montélimar, qu‘ils appelèrent aussitôt Toto.

Attiré par l’effroyable vacarme, le chef de rayon décida de rajouter au cadeau des enfants un pot minuscule de narcisses pétillants, ajoutant d’un air visiblement gêné : c’est à l’occasion de la Journée de la Femme, avec les hommages de Monsieur AuChamps, le plus grand des charlatans.

A peine prononça-t-il cette phrase solennelle, que les enfants reprirent leur vol plané, attirés par des nouvelles aventures tout aussi incroyables au pays du rêve d’Alina.

 

 

 

 

Un solstice méconnu
20 JUIN

 

 
À ma grand-mère

 

Un mois après, sous le vitrail impassible de la Tour d‘Argents, se leva le soleil tout puissant du solstice d‘été, qui embrasa tout Paris de ses rayons de miel et d‘encre dorée.

Alina, en vacances dans la ville la plus visitée au monde, était montée à bord d‘un bateau-mouche, portant sur son épaule gauche l’Archange Gabriel, qui s’était fait infime et encore plus léger pour accompagner Alina dans ce nouveau périple.

A côte d’Alina était assise une fillette d’environ sept ans, qui semblait enveloppée dans une bulle de savon où elle se balançait sans cesse, comme un appel sans espoir.

La fillette, que certaines grandes personnes appellent du nom barbare d‘«autiste», paraissait enfermée dans son univers lointain.

Jusqu’à ce que, dans sa cachette, son cœur rencontre le regard d’Alina, qui c’était mise tout-à coup à lui parler dans le langage des oiseaux, qu’elle avait appris auprès du berger Virgile, dans les Carpates.

Et, comme par un signe venu de l’autre côté de la détresse, l’être de la petite fille au nom inconnu s’ouvrit, éblouissant comme le soleil du solstice d’été.

Dans ses yeux à la couleur innommable du ciel on pouvait voir des girafes sans agrafes, des astrolabes arabes, des immenses champs de gaillet vrai et surtout une roue brulante et sans fin qui tournait comme lovée en elle-même.

Au milieu de la roue se trouvait une croix de lumière blanche, comme le T de la transformation des âmes et des saisons.

Car, encore et pour toujours, loin de la ville, les champs de blé continuent à se bercer sous la caresse quasi imperceptible du vent. La terre fécondée se prépare ainsi à donner son premier pain aux enfants, aux femmes, aux hommes et aux rhinocéros.

 

 

Le royaume du lycanthrope

JUILLET

 

 

Comme c’était la veille du quatorze juillet
Vers les quatre heures de l’après-midi
Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques.
Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

De retour dans la cité des Papes devenue le temps d’un mois ville-théâtre, Alina, quelque peu enivrée par l’invasion des affiches qui lui donnait le vertige comme les milles yeux d’Avalokitésvara, s’arrêta devant une annonce qui lui sembla étrangement familière.

L’affiche, qui portait le titre « Le royaume du lycanthrope » mettait un scène un énorme et méchant Loup-Garrou dévorant un chevreuil dévorant à son tour un chou frisé.

Le spectacle était prévu à minuit précis, dans la cour où Alina c’était arrêtée pour se reposer deux mois auparavant, derrière la Tour de l’Horreur. Inquiète et intriguée, Alina se présenta le temps venu à la billetterie tenue par un bout de femme très maigre, aux yeux tristes et fébriles.

Dans la cour qui mesurait environ soixante-dix m2, le publique s’était déployé autour de l’escalier qui montait jusqu’à la Tour et qui faisait office de scène pour la représentation.

En guise d’amuse gueule, une mini-équipe d’enfants footballeurs se divertissaient, comme dans un rituel mi-sauvage, a faire un match avec une tête de chou frisé, sous le regard implacable de l‘arbitre, qui portait les insignes papales : des clés décussées surmontées du trirègne. Rythme incantatoire :
Chou, chou doux, chou frisé
Je te mangerais, je te dévorerais…

Une Minerve plus mince que le fil de la raison passa en courant devant la scène en déclamant un vers de La Fontaine :
Cet homme, disent-ils, était planteur de choux ; Et le voilà devenu Pape !

En haut de l’escalier, un soleil aussi grand que l’horloge de la Tour commençait à s’amincir. Le public, formé de têtes de tournesol, d’épis de blé, de maïs, de lavande et de quelques tomates frémissait dans une vague délirante.

Au signal de l’arbitre, le Loup-Garou égorgea le chevreau en lui ouvrant la poitrine et en s‘empiffrant de son cœur encore palpitant.

Alina essaya d’appeler les personnages par leur nom : Virgile, Cabo, Luki, Garrou…mais personne ne lui répondit. Au loin, la sirène d’une voiture de pompiers poussait des cris dans le silence d’encre de la nuit. La représentation était (IN)finie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EN GUISE DE CV

Un peu mal à l’aise dans mon CV pas très « littéraire », je fus un jour décomplexée en parcourant le livre de François Bégaudeau Tu serais écrivain mon fils (pourquoi pas ma fille ?) qui propose une excellente suggestion de lecture du CV d’écrivain : « Avant de se lancer dans son premier roman, un écrivain s’essaie en effet à beaucoup de métiers. Il travaille sur les chantiers, sert au buffet de la Gare du Mans, vend des Nespresso en porte-à-porte, présente Des chiffres et de lettres… »

Et ce n’est pas complètement faux ! Que de tentatives pour fuir son envie d’écrire : caissière dans un camping, journaliste, « prof de com », hôtesse standardiste, …rien à y faire, le virus des mots et des histoires m’a rattrapé le jour où mon subconscient m’a insidieusement amenée à prendre des cours de …calligraphie !

Que piocher donc dans mon CV pour justifier le droit d‘embêter des lecteurs avec mes histoires ?

Peut-être le souvenir de mon cours sur l’histoire du luxe ou j’essayais de sensibiliser les futures « marketeurs » à l’idée ringarde que le luxe est né à l’époque néolithique, quand pour polir une pierre en forme d’œuf il fallait 20h de travail…tout comme pour écrire une histoire qui nous hante pendant des semaines avant de pouvoir la coucher sur le papier. Ou ce « crédo » qui traverse l’histoire de la littérature que j’aime : méfions-nous de la « tentation du dressage » qui signe l‘arrêt de mort de l‘écriture, pour citer Gellu Naum, poète roumain trop méconnu à mon goût.

En bref, quelques repères :

Expériences professionnelles
>> Cours sur la communication et l’image : IPAG Paris, ESLSCA Paris, EFGC Marseille, IMCA Avignon, FJSC Bucarest, Université de Montpellier…2004-2009
>> Journaliste, abc-luxe.com, 2005-2007
>> Conseil en communication, 2001 – 2011
>> Journaliste, Roumanie Culture, Bucarest, 1990-1996

Formations
>> Cours de calligraphie d’Anne Demoustier, Avignon, 2011-2012
>> « Espace, lumière, couleur », cours d’Annick Desmier, Ecole d’Architecture de Paris la Villette, 2007
>> DEA Anthropologie – Identités et Formes Symboliques, Université de Montpellier, 1998
>> DEA Faculté de Journalisme et Sciences de la Communication, Université de Bucarest, 1990 – 1995

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