Danielle Gerard

 

 

(Belgique)

 

 

 

Du silence vient l’oubli des mots, des sons, des pensées, des émotions :

toute l’absence s’accumule en un ciel pesant ;

c’est l’amnésie forcée qui ligote bras et jambes dans le dos des paroles.

 

Rien ne se formule plus

jusqu’au revers de la pensée et du geste passant par les mots tus

soudain, de grandes ombres rongent le doute ;

l’inquiétude s’invite quand la bouche se sent coupable d’avoir les lèvres serrées,

quand les mains s’absentent plutôt que de se tendre.

 

Plongés dans un monde sans signes, sans vibrations, sans lien,

nous n’avons plus aucun lien ;  nous voici seuls

non pas avec notre solitude mais avec notre inexistence,

notre isolement intempestif dans un univers en guerre froide

où les feuillages bruissent au vent,

où la pluie heurte la terre en dissonances multiples,

où les conventions créaient le partage et l’existence.

 

Silence ! dit le maître. Apprenez à vous taire !

Et de se retrouver soudain avec des mots plein la tête,

des mots en folie, devenus tout d’un coup inutiles, on voudrait tant les oublier.

Cependant malgré la censure, ils reviennent comme le jour après la nuit,

parfois sous d’autres latitudes, en d’autres langues,

pareils à un fruit défendu qui hante encore l’esprit.

 

S’il n’y avait que les paroles …  mais d’autres langages tentent une montée timide :

langage du corps avec ses regards complices, ses moues désapprobatrices,

ses éclairs dans les yeux et moins perceptible, l’univers des émotions.

Nous n’avons plus rien à partager, ankylosés d’indifférence ;

donner et recevoir seront désormais des braises incandescentes

alimentant le feu de l’absence ; nulle raillerie, nul remords.

 

Dans le silence et le manque, nous aurons des langages de résine,

s’écoulant avec lenteur vers le centre de la terre, brûlante et inhabitée ;

bientôt paralysés sous un ciel agité, nous aurons la sève à l’échine

 

et dans l’enflure, la seule solitude.

 

 

 

Je te vois les yeux fermés, les bras ballants,

les mains recroquevillées sur un semblant de vivant,

le visage dépossédé du bonheur.

Ton corps me semblait inépuisable,

il m’éblouissait et je vibrais,

nous faisions de riches moissons.

 

Je te vois encore voltigeur de l’été

sur ma peau de blés frissonnants,

entre mes bras dénudés d’énigmes ;

j’entends toujours

– et pour combien de temps encore ? –

les mots irrépressibles de notre amour,

les échanges interminables de nos bouches,

de nos mains, de nos irréalités intenses.

 

Je te voyais encore….

 

Me voici dépossédée de tout éclair,

de tout rire, de toute marée.

Je ne suis plus rien qu’une tranquillité apparente,

dépouillée de sa chair, de ses mots,

une statue de brouillard,

hallucination dans un paysage réel.

 

Je ne suis plus rien

qu’une illusion pour moi-même

dans la force de l’invisible

qui accroche à ma mémoire défaillante

des lambeaux d’émoi s’effilochant

jusqu’à la ruine, jusqu’au déni du corps.

 

Je ne suis plus rien en ce monde

quand tu prends habit de guerre,

de silence et d’indifférence.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Née à Uccle (Bruxelles – Belgique).

 

Membre de diverses associations littéraires. Secrétaire de l’A.R.E.W (Association Royale des Ecrivains de Wallonie – Bruxelles) jusqu’en 2008.

 

Publication de plusieurs recueils de poésie et récemment  « Baisers » éd. Les Déjeuners sur l’herbe  « Passer par la nuit » éd. Dricot.

 

Prix de poésie tels que le Prix Fénelon & J.-M. Walzer (Bergerac – France), le Grand Prix de l’éd. M. Dricot décerné par la SPAF (Sté des Poètes & Artistes de France), …

 

Loin de l’agitation des villes, au cœur de paysages doux et rustiques, elle vit actuellement au Pays des Collines en Wallonie Picarde où les randonnées lui permettent de se retrouver et d’y puiser tout naturellement son inspiration.

 

www.ecrivainsbelges.be

www.lesdejeunerssurlherbe.be

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