Daniel-Philippe de Sudres

 

Daniel-Philippe de Sudres

 

(France)

 

 

 

Brève réflexion

sur les causes neurobiologiques de la haine

 

– constat d’une erreur usuelle d’évaluation du « phénomène coupable »

 

– et appel à l’enseignement de la neurophilosophie aux enfants dans un contexte périscolaire, comme solution efficace

 

 

 

Résumé :

 

Dans le cadre de la thématique « Les camps de la résistance et les champs de la conscience », Rodica Draghincescu, directrice générale de la revue, a invité Daniel-Philippe de Sudres à s’exprimer, depuis l’angle d’observation qui est le sien – celui de la recherche en neurosciences cognitives orientée connectique neuronale – pour nous donner à découvrir :

 

– comment le chercheur comprend-il le drame syrien et toutes les dérives ethnicistes (et, notamment, « religieuses »), racistes, sexistes et, d’un mot, ségrégationnistes que cet événement sous-tend, à l’instar de tous les appels à la haine, fondés sur l’intolérance, elle-même issue de la peur de ce qui est différent de soi, inconnu et supposé inconnaissable qui atteint les individus n’ayant pas accès aux savoirs scientifiques ;

– et comment le chercheur envisage des pistes « neuro » (neuroscientifiques, neurophilosophiques…) pour l’éradiquer.

 

 

 

Nous avons tendance, par automatismes de bon aloi, machinalement, mécaniquement, à conspuer tout personnage horrible, voire à cracher sur le « méchant », en oubliant qu’il fut un bébé, un enfant aussi « gentil » que nous l’étions nous-mêmes, dans notre petite enfance.

 

Organiser des procès internationaux pour « juger » les « criminels » donne bonne conscience aux leaders des grandes organisations internationales et aux acteurs politiques nationaux, régionaux et locaux, autant qu’aux bonnes gens baignant dans l’hypocrisie généralisée.

 

Néanmoins, cette théâtralisation de la monstruosité humaine sapienne (quelle se manifeste par des actes de barbarie qualifiés, dans telles circonstances, de « faits de guerre » ou, dans telles autres circonstances, de « faits terroristes »…) résout-elle le problème, l’endigue-t-elle, l’éradique-t-elle définitivement ?

 

Non, elle ne résout aucunement le fait (l’intolérance puis la haine de l’Autre différent de soi), puisque d’autres criminels arrivent vingt, trente ou cinquante ans après ceux qui ont été jugés, emprisonnés à vie, voire exécutés, lesquels autres criminels réitèrent la monstruosité et perpétuent la barbarie.

 

Pendant que les leaders des grandes organisations internationales et les acteurs politiques organisent cette théâtralisation hypocrite, le phénomène se répète dans chaque génération, de telle sorte que, pour des prospectivistes, la question est :  quels seront les futurs barbares dans un demi-siècle, quel nom leur donneront les journalistes complices de ces politiques, quels « procès » de respectables cours de justice leur concocteront-ils pour rien, sinon pour donner du spectacle autour d’une soi-bien-pensante « justice » de bon aloi ?

 

Au-delà des psychoses généralisées, à la mode d’une période ou d’une autre, dans l’histoire de ces grands singes que nous sommes, nous, sapiens,

– au-delà des crimes rituels consistant à créer des procès retentissants que l’on recommence tous les demi-siècles et sinon même toutes les quelques deux ou trois décades,

– voulons-nous sérieusement que les actes de barbarie, nés de l’intolérance et débouchant sur la haine de l’Autre différent de soi, cessent ?

 

Et si oui, si nous sommes blasés de cette hypocrisie généralisée, pouvons-nous chercher les causes – les vraies – de cette haine de l’Autre différent de soi, lesquelles causes ne répondent ni du fait social ni du fait comportemental, comment le véhiculent les sociologues et les psychologues qui recherchent les causes de ce mal

– (la haine de l’altérité de l’Autre que les individus trop peu instruits de biologie ou d’anthropologie jugent « inquiétante »)

– dans la société ou dans la psychologie des « coupables »,

– mais d’une réalité plus profonde, inhérente à la neurobiologie du développement humain, chez sapiens, réalité asseyant le fait neuronal qui est en tous nos cerveaux et donc en chacun(e) de nous.

En effet,

– plutôt que de « juger » les haineux dans tel ou tel somptueux « tribunal international », avec des « célébrités » (grands singes « dominants » qui dessinent les tendances du troupeau de primates) se vantant d’avoir puni les « méchants »,

– demandons-nous, plus sérieusement et moins théâtralement, voire avec plusss d’humanisme, pourquoi ces criminels, de simples enfants gentils qu’ils furent au commencement de leur vie, comme il en fut de vous et moi, deviennent des haineux monstrueux.

 

Demandons-le-nous :

– non du point d’observation psychologisant de leur môman qui aurait été méchante dans leur petite enfance ou de leur pôpa qui leur aurait lavé le cerveau sectairement dans une religion ou une autre depuis la pré-adolescence,

– non du point d’observation sociologisant de la vilaine société qui n’aurait pas prévu de leur donner un revenu universel de survie et quelque endoctrinement sociétal,

– mais depuis un point d’observation autrement plus sérieux :  neuroscientifique, que nous oserons conjuguer à un regard neurosémiologique, neuropsychologique, neuropsychosociologique voire neuropolitique (sachant que je n’évoque évidemment pas, ici, les politiquettes à la mode toutes les quelques années lors des périodes électorales, mais que j’évoque, au contraire, la vraie politique, celle, institutionnelle qu’Edgar Morin a appelée « politique de civilisation », qui permet d’améliorer nos existences, au quotidien).

 

En effet, avant d’être fanatisé par une idéologie ou une autre, le monstre qui va torturer, tuer, puis insulter jusqu’au cadavre de ses victimes, fut d’abord un enfant, un enfant auquel on a inculqué des idées sans lui inculquer l’idée de discuter des idées à l’aune, entendons :  à la mesure de la connaissance scientifique et, notamment, neuroscientifique.

 

Il est peut-être né trois rues à côté de chez nous, est peut-être allé dans la même école que nous, gens bien pensants que nous sommes, mais sa famille ne l’a pas éduqué dans le respect – voire dans l’appréciation – de la diversité qui est source d’étonnements, source d’intelligences, source de variété, source de nouveautés, mais dans l’ensectarisation d’une pensée unique excluant tout ce qui ne s’accorde pas avec elle – ce que rappelait Michel Foucault dans sa réflexion sur les mécanismes de l’exclusion.

 

Alors, se pensera-t-il en quelques neurones intellectuels vôtres, la solution à la problématique est simple :  il suffit d’enseigner la philosophie aux enfants et la barbarie finira ! Hélas, les rapports et les livres pullulent sur la question et les enseignants sont dépassés par la situation :  ils enseignent à nos enfants – alors adolescents – que nous pouvons penser librement, mais des adolescents, parmi eux, leur répliquent que le « Dieu » de leur religion familiale leur enseigne qu’ils n’ont pas à « être libres », que cette divinité programme pour eux, décide pour eux et pense pour eux, et que même mourir torturés est une « grâce » que leur offre cette divinité.

 

Qu’opposer à un tel discours :

– féodal, fataliste, infantilisant, déresponsabilisant,

– et contraire à la philosophie individualiste et volontariste de l’humanisme des Lumières, ayant fondé les droits humains, dont le droit de penser par soi-même et de décider pour soi-même en humains souverainement libres (au sens spinoziste du terme) et en humains puissamment souverains de leur existence (au sens nietzschéen du terme) ?

 

Il y a quelques années,

→  suite à un bref échange internautique avec Patricia Churchland, co-cheffe de file (accompagnant son mari, Paul Churchland) de l’école doctorale de San Diego développant le concept, alors nouveau, de neurophilosophie,

→  j’ai lancé, à Paris, des rencontres avec des enfants et leurs parents, dénommées « cafés neurophilo  »enfants » (et  »parents ») ».

 

En effet, lors de tels moments, j’ai pu tester, en direct, que des enfants, même issus de telle ou telle « souche » religieuse, se mettaient à réfléchir (et non plus à répéter) dès que je parlais directement – sans mots « philosophants » – à leur intelligence, en leur expliquant la réalité telle qu’elle est connue depuis nos microscopes (et nos télescopes).

 

Pour illustrer ce propos mien, il se souvient en moi d’un garçonnet qui me parla, lors d’un de ces moments « cafés neurophilo  »enfants » », de la mort, en me disant, au sujet de certains camarades siens qui étaient « méchants » avec lui à l’école :  « si un jour je suis trop triste, je peux mourir et, après, plus personne ne sera méchant avec moi, je pourrais me réfugier dans mes émotions ».

Je lui ai alors demandé, sachant que la tristesse est une émotion primaire, s’il savait ce que sont réellement – sur le plan biochimique – nos émotions.

Il ne le savait pas.

Alors je lui ai simplement dit qu’une émotion résulte de minuscules petits « cristaux » appelés « hormones » et que, selon que ces hormones sont ou non, dans telle ou telle quantité, diffusées dans notre corps, notamment par notre sang, nous nous retrouvons gais, tristes, peureux, et caetera.

 

Avec un de ses camarades (ils étaient une petite dizaine à assister à ce « café neurophilo  »enfants »), ils me rétorquèrent qu’après la mort, s’ils ne pouvaient pas se réfugier dans leurs émotions, ils se réfugieraient dans leurs pensées.

Je leur répondis en leur demandant s’ils savaient comment leur viennent les pensées qui se pensent en leurs cerveaux.

Ils l’ignoraient.

Comme précédemment, je leur donnai un petit cours de neuroscience pour leur expliquer ce qu’est une cellule neuronale, comment elle fonctionne, comment, dans une région de nos cerveaux, que je leur montrai en désignant leur crâne depuis mon propre crâne donné en exemple à regarder, des connexions entre neurones engendrent la pensée.

 

Évidemment, il en fut un pour me rétorquer que son « esprit » n’avait pas besoin de neurones pour exister.

Je leur demandai s’ils savaient ce qu’est un « accident vasculaire cérébral » (« AVC »).

Ils savaient.

Je leur expliquai que, suite à un tel accident, qui implique la ddestruction – le « noircissement » – de neurones, les fonctions des neurones détruits par l’accident n’existent plus ou quasiment plus, et que si cet « AVC » a lieu dans la région de la pensée discursive (ou région cérébrale dite « de Broca » où des connexions neuronales produisent « nos » pensées), après un « AVC » nous ne pensons plus, preuve par la neuropsychologie clinique que si nous pensons, nous le devons à nos neurones « intellectuels ».

 

Ces enfants-là ne me parlèrent bientôt plus d’« âme », d’« esprit » et de tous ces attributs dont notre vanité nous revêt pour nous rassurer et nous donner l’impression que nous serions plus importants que l’animal en lequel nous nous réveillons chaque matin :  ils furent simplement curieux de savoir, puis curieux de comprendre les limites de notre animalité et nos possibilités, depuis cette connaissance réelle, de nous désanimaliser, en d’autres termes :  de nous humaniser volontairement.

 

Là où la philosophie reste impuissante, la neurophilosophie a triomphé de l’ignorance et a rendu curieux des enfants qui auraient pu sombrer dans des « certitudes » subjectives, dans des croyances, dans des idéologies ensectarisantes, pour finir par assassiner cruellement des innocents…

 

Voilà mon apport à la problématique posée. Un apport concret, loin des blablas bienséants. Un apport pragmatique aidant des enfants (et parfois des parents qui m’ont exprimé chaleureusement leurs « mille mercis ») à comprendre comment penser juste (et non plus « être pensés » par les idées à la mode) en réfléchissant par soi-même, en vrai début de liberté, en ayant pour cela un instrument de mesure :  la connaissance neuroscientifique et la logique… du vivant.

 

Daniel-Philippe de Sudres

(chercheur, écrivain, conférencier… )

 

 

http://www.salondulivreparis.com/A-la une/Personnalites/Fiche.htm?Zoom=678a221cda7a607157a274d07691fb37

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bibliographie

 

Daniel-Philippe de Sudres, né le 24 avril 1960, est un chercheur en neurosciences cognitives  expérimentales explorant les bases neurales et phénoménales de la conscience réflexive attentive, dont il a mis en évidence des stades de lucidité accrue dans les processus de vigilance. Il est aussi un auteur français de science-fiction (réaliste et anticipative).

Sa démarche va dans le sens du transhumanisme et du transhumanisme démocratique et bioéthique techno-progressiste inspiré de la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon.

 

 

Romans

 

Le « rêve » d’Audrey – Voyage dans la tête d’une enfant surdouée, Éd. Naturellement, 1999

« État » Internet – Voyage dans les racines du terrorisme de demain et du postcapitalisme d’après-demain, Éd. Paralela 45, 2006

Quatre fois mort – Le terrible secret du jeune Wilfried de Boifeu, Éd. de la Mutualité française/Éd. Pascal, 2010

Les enfants de demain (ou l’étrange et très secret projet Hp-1), Éd.Atria, 2012.

 

Essais

 

Que feriez-vous s’il vous restait une heure à vivre ?, Éd. Instant Présent, 1997

Le sens des mystères – Une explication de phénomènes « miraculeux » étudiés sous l’angle d’observation rationnel des neurosciences et de l’ethnométhodologie, Éd. Apolline, 2000

Vivre jeune longtemps – grâce à une surprenante discipline d’épanouissement neuronal, A Venir Éditions, 2006

 

Études

 

La neuroconnectique – Neuroscience de l’éveil, Éd. Charles Antoni, 2008

Neuroconnectique : postulats – pour une neuroscience des connexions neuronales génératrices de conscience attentive développant notre neuroplasticité, Éd. Universitaires Européennes, 2011

Neuroconnectique : bases neurales et bases phénoménales conceptuelles – pour une neuroscience des connexions neuronales génératrices de neuroplasticité, Éd. Universitaires Européennes, 2012

 

LIENS

 

http://www.amazon.fr/Daniel-Philippe-de-Sudres/e/B004N7QOSI

http://www.goodreads.com/search?utf8=%E2%9C%93&q=de+sudres&search_type=books

 

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