Daniel-Philippe de Sudres

 

 

(France)

 

 

 

Les nanomédicaments de demain,

à l’image de nos implants,

seront-ils, bientôt, partie intégrante de nous ?

 

 

Brève réflexion, depuis le transhumanisme, sur la nanomédecine, les transhumains et les jedhumains,

 

— nous interpellant sur l’avenir de notre identité corporelle, intellectuelle, émotionnelle et motivationnelle

 

 

Résumé :

Rodica Draghincescu, directrice générale du webmagazine international Levure littéraire, a invité Daniel-Philippe de Sudres à s’exprimer, depuis l’angle d’observation qui est le sien – celui de la recherche en neurosciences cognitives orientée connectique neuronale –, sur l’aspect invasif des nanomédicaments qui vont, progressivement, remplacer nos « antiques » (macro)médicaments.

 

Après en avoir abordé les risques (manques, addictions, empoissonnement des êtres et pollution écologique),

– et évoqué les questions d’identité (biologique et psychologique),

– le chercheur, pour réfléchir avec nous à comment les éradiquer, envisage une piste fondée sur neuroplasticité cérébrale, impliquant son travail de recherche en neuroconnectique.

 

 

Être ou Faire Partie intégrante ?

 

 

 

 

La parution du très polémique – et polémogène – roman de prospective Nous en 20301 nous invite à anticiper que, dans les années 2020/2030, il sera courant, lorsque nous souffrirons d’une grippe carabinée, d’une bronchite à répétition, de douleurs à l’estomac ou de mal-au-dos, voire de migraines ou de fatigues fréquentes, d’absorber quelques nanomédicaments2 qui, mieux que des antibiotiques ou des antiviraux traditionnels, s’installeront en notre organisme et contrôleront, depuis la cellule, la régulation de ces maux divers, allant même jusqu’à les anticiper pour les éradiquer, préventivement.

 

Tout cela ressemblerait à un conte de fées s’il n’était pas quelques écueils contre lesquels il convient d’éviter de nous échouer.

 

Souffrirons-nous de « manques », lorsque nous n’aurons pas notre dose saisonnière de nanomédicaments ?

 

La dépendance addictive à ceux-ci, nous contraindra-t-elle à en absorber de plus en plusss ?

 

Le rejet naturel de ceux-ci, par voie urinaire et fécale, dans la nature, les rendra-t-il de moins en moins efficaces et nous contraindra-t-il à en fabriquer qui soient de plus en plusss puissants, risquant, par retour, d’affaiblir notre système immunitaire et celui d’autres formes du vivant (végétaux et champignons notamment) qui entrent, depuis la chaîne alimentaire, dans notre organisme – sous ses aspects tant biologique que neuro… psychologique – et qui, au-delà de nous, assurent l’équilibre écosystémique de la planète Terre ?

 

Ces questions, qui se posent depuis nos neurones émotionnels et intellectuels, lorsque ceux-ci fonctionnent sans nous, par automatisme, tandis que nous parlons « de l’humain » et non pas de « nous, humains depuis moi, intimement », deviennent autres lorsque nous les reposons en comprenant que nous constituons un tout organique avec notre environnement tant géoclimatique qu’épigénétique.

 

Ainsi, lorsque JE s’invite dans la négociation, il m’apparait qu’il n’y a plus, selon le schéma schizoïde commun, d’un côté ces nanomédicaments et, d’un autre, moi : il y a moi – entendons : une identité tant biologique que psychologique depuis ma réalité d’organisme vivant, que révèle l’immunologie – dopé, augmenté de ces nanomédicaments.

 

Connaissez-vous l’histoire du petit lapin empoisonné qui restait vivant ?

 

Je ne pourrais pas vous préciser, de mémoire, la source de cette information, mais les passionnés la retrouveront : il y quelques années, fut demandé à des étudiants de tester un poison sur des lapins, l’observation, de jour en jour afficha bientôt leur déclin évident, à l’exception d’un animal qui restait en bonne santé. L’étudiant en charge d’empoisonner ce lapin expliqua simplement qu’il ne savait pas pourquoi il en était ainsi, et précisa simplement qu’il lui parlait, le dorlotait, jouait avec lui.

L’organisme du lapin avait-il retardé l’effet du poison parce qu’il était heureux avec son « propriétaire » occasionnel, des contrepoisons étaient-ils produits par ce même organisme, la joie de vivre de bons moments avec son « propriétaire » occasionnel produisait-elle des substances annihilant les effets du poison avant même qu’ils se produisent ?

Nous pouvons continuer sans fin la liste des questions, attendu que l’état actuel de la recherche, en épigénétique autant qu’en neurogénétique, ne peut pas nous éclairer : nous y reviendrons dans une petite cinquantaine d’années !

 

Pour le moment, la constatation est là : en absorbant des nanomédicaments qui vont risquer de devenir des poisons, tant pour notre organisme que pour notre environnement naturel qui termine dans nos assiettes ou dans l’air que nous respirons, deux types de réactions vont apparaître :

  • chez les humains « ordinaires » (chez tous les humains sapiens que nous sommes, en d’autres termes), notre organisme biologique réagira plutôt mal à cet empoissonnement progressif généralisé ;
  • cependant, chez certains humains « extraordinaires » (j’y reviens…), l’organisme biologique ne réagira apparemment pas ou, sinon, pré-réagira pour en épargner les effets, ou encore réagira en négativant (moins par moins égale plusss, en mathématiques), jusqu’à les annuler, leurs effets.

 

La cause en sera-t-elle, chez certains des « épargnés », à chercher dans une adaptation épigénétique strictement biochimique ?

Sera-t-elle due au fait que leur ardeur à servir une noble cause environnementale, sociale, humanitaire, etc., les maintiendra en bonne santé durant un certain temps ?

La conjugaison d’une activité cumulant des nanomédicaments d’effets antagonistes produira-t-elle l’annihilation « spontanée » de leurs effets ?

 

Notre identité biologique influence, par ses hormones, et donc par nos émotions, notre identité psychologique, voire psychosociologique. Mais la réciproque est vraie aussi : un environnement de gens souriants, nous disant que la vie est belle et que nous allons vivre heureux, détruit les effets de beaucoup de poisons en nous.

 

De même que la neuroplasticité cérébrale3 des grands singes sapiens, dans le cerveau – et, par extensions, dans le corps – desquels nous nous réveillons chaque matin, va, dans des circonstances extrêmes, génératrices de chocs physiologiques et psychologiques traumatisants, jusqu’à produire de nouveaux neurones pouvant, en apparaissant, « commander » l’activation de gènes jusque-là inactifs, endormis, qui vont réguler autrement la machinerie (parfois en accélérant des processus d’autoréparation, par exemple), n’est-il pas envisageable qu’en augmentant volontairement et attentivement nos connexions neuronales, nous déclenchions, sur un plus ou moins long terme, des processus d’autoréparation de la « biopsycho-machine » en laquelle nous nous réveillons chaque matin ?

Tel est le pari que nous avons lancé, il y a quelques années, quelques amis et moi-même, en fondant l’Institut de neuroconnectique et en structurant des travaux dirigés que beaucoup d’étudiants ont déjà testé4.

 

Bien sûr, il se peut que tout notre travail de recherche

– (rappelant les débuts de la génétique, avec Johann Gregor Mendel observant ses pois se modifiant de telle ou telle façon, de générations en générations, comme nous observons nos architectures neurales formant notre neuroprogrammation – pour lever la main, pour, regarder à droite ou à gauche, pour lire telle ou telle ligne d’écriture, etc. – en mouvements et en auto-ajustements des générations de neuroprogrammes et de neurosous-programmes se construisant en nos cerveaux…)

– soit inutile ou, pour le moins, se limite à des résultats simplissimes ;  au quel cas, l’avenir parlera de notre discipline, la neuroconnectique, comme de « la méditation du futur », selon la belle expression d’une de nos étudiantes, ou comme de la « première forme de méditation scientifique », selon les beaux mots d’un de nos étudiants.

 

Cependant, a contrario, il se peut que tout notre travail de recherche soit la base non d’une médecine préventive, mais d’une prémédecine du futur puisque, si notre hypothèse est juste, entrainer nos cerveaux à établir des connexions neuronales de plus en plus fines assurera la production de synapses « de stade II » de veille, synapses sollicitant la machinerie épigénétique depuis la machinerie neurogénétique, jusqu’à nous désempoisonner par la probable conjugaison de plusieurs des voies évoquées ci-devant.

 

Dans ce cas, l’hypothèse à l’origine de la création de notre neurodiscipline sera pleinement validée et celle-ci aidera des milliards d’humains à devenir « extraordinaires » vis-à-vis des nanomédicaments et autres nanoparticules que nos cellules seront contraintes de « respirer », de plus en plus, dans les décennies qui viennent :  comme il est présenté dans le roman prospectiviste déjà cité ici, Nous en 2030, après les transhumains apparaîtront les jedhumains, qui, si nous nous rapportons aux travaux de recherche portant sur la biologie de la robustesse, que l’on doit à l’académicien scientifique Miroslav Radman, apprendront à piloter leur cerveau au lieu d’être pilotés par lui, comme il en est des humains « ordinaires » qui connaissent de plus en plus jeune (à quarante et même à trente ans, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé, selon les sources de l’OCDE, évoquant près de quinze pour cent de la population des pays riches, dits  « occidentaux ») des accidents vasculaires cérébraux et des maladies neurodégénératives, notamment, qui initialement ne touchaient que des vieillards.

 

 

Osons l’affirmer :  la biologie de la robustesse va devenir une discipline prépondérante dans nos sociétés futures, parce qu’en effet, déjà en ce début de vingt-et-unième siècle, nous pouvons observer, dans les pays dits « riches », des gens âgés d’une quarantaine d’années qui montrent tous les signes de l’épuisement (cellulaire, cardiovasculaire, respiratoire, intellectuel, motivationnel, sexuel…), alors que d’autres individus, âgés de soixante ou soixante-dix ans sont en meilleure forme qu’eux dans tous ces domaines, s’avérant être plus… robustes.

 

Accroitre notre robustesse deviendra vital, lorsque nous serons confrontés aux nanomédiacaments, sachant qu’ils deviendront progressivement – et irréversiblement – partie intégrante de nous, comme je viens de vous l’exposer. Les transhumains, que nous serons alors devenus de fait, disparaîtront pour beaucoup, mais ceux qui s’efforceront de devenir des jedhumains – en se neuroconnectant – survivront, car tout est fonction d’adaptation dans la sélection naturelle, comme l’a démontré Charles Darwin.

 

 

 

 

 

 

 
 

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BIO

 

Daniel-Philippe de Sudres est né le 24 avril 1960, est auteur et un chercheur français en neurosciences-cognitives expérimentales explorant les bases neurales et phénoménales de la conscience réflexive attentive, dont il a mis en évidence des stades de lucidité accrue dans les processus de vigilance. Il est aussi un auteur français de science-fiction  (réaliste et anticipative).

Par ailleurs sa démarche va dans le sens du transhumanisme et du transhumanisme démocratique et bioéthique techno-progressiste inspiré de la Nouvelle Atlantide de Francis Bacon.

Pour plus d’infos sur l’écrivain :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel-Philippe_de_Sudres

 

 
NOTES

 

1 Daniel-Philippe de Sudres, Nous en 2030, Éditions K-MDS / Presses de l’Avenir, Paris, 2016 (cliquer sur l’image du livre pour en lire quelques pages offertes : 

https://www.amazon.fr/Nous-2030-lorsque-postcapitalisme-transhumaniste/dp/2955806005).

 

2 « L’idée de l’utilisation de nanomédicaments est de modifier la distribution de la molécule active dans l’organisme, ce faisant il est alors théoriquement possible d’accumuler la molécule active sur ses sites d’actions pharmacologiques et de l’éloigner des sites sur lesquels elle pourrait avoir des effets non désirés ou effets secondaires. Les nanomédicaments, en plus d’améliorer l’efficacité du traitement, permettent aussi dans une certaine mesure d’améliorer le diagnostic, car ils peuvent apporter un élément détectable sur une zone d’intérêt comme une tumeur par exemple (…). Les domaines d’applications des nanomédecines en santé sont très variés, la cancérologie est l’un de ceux où l’on trouve le plus d’applications du fait des possibilités de ciblage, ou vectorisation, des tumeurs offertes par les nanoparticules. Les objets thérapeutiques utilisés en nanomédecines ont une taille inférieure au micromètre et bien souvent inférieure à 200 nanomètres (200 milliardièmes de mètre). On trouve par exemple des nanoparticules, des nanocapsules, des liposomes, des micelles, qui sont issus des nanotechnologies (…). En raison de leur taille nanométrique, les nanoparticules peuvent facilement franchir des barrières et s’intégrer d’une façon unique avec des systèmes biologiques. Donc, on utilise les nanoparticules comme les liposomes ou les micelles pour livrer les médicaments et les dirige vers les organes cibles. Les agents chimiothérapeutiques, qui sont très toxiques en quantité élevée, sont concentrés à l’intérieur des nanovecteurs. Donc les nanovecteurs qui encapsulent ces médicaments protègent les cellules saines contre les effets toxiques des agents chimiothérapeutiques (…). De plus, l’administration intraveineuse des médicaments ne nécessite pas d’invasion physique du cerveau, donc ces nanomédicaments évitent l’invasion physique des tissus nerveux fragiles. On parle alors de « vectorisation des molécules thérapeutiques en neuro-oncologie ». ».

(Source :   https://fr.wikipedia.org/wiki/Nanomédecine).

 

3 Interviewée quant à : « Qu’est-ce que la plasticité cérébrale ? », Armelle Rancillac (en collaboration avec Hervé Chneiweiss et Michel Le van Quyen) répond :

« C’est un phénomène qui touche essentiellement les neurones, et à différents niveaux du neurone. Ca va partir de l’expression moléculaire que le neurone va pouvoir mettre en avant en fonction des conditions dans lesquelles il se trouve, également aussi en fonction des contacts synaptiques avec les autres neurones qu’il va pouvoir établir, notamment en formant des épines ou en allongeant ses prolongements (les dendrites ou les axones), et également en changeant sa connectivité avec les neurones. »

(Source :  https://pasfaux.com/lumiere/armelle-rancillac)

 

4 Pour devenir étudiants, étudiants-chercheurs, puis chercheurs au sein de l’Institut de neuroconnectique (et pour suivre gratuitement ses TD), adresser votre lettre de motivation ici : 

http://neuroconnectique.fr/groupes-de-formation-et-de-recherche/ http://neuroconnectique.fr/quest-ce-que-la-neuroconnectique/applications/ http://neuroconnectique.fr/publications-v3/

 

 

 

 

 

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