Daniel Leduc

 

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CIELS D’YPNOSE

(Gaston Miron)

 

1

Tu t’appuies sur le tronc d’un chêne –

ton écorce

recouvre-t-elle

la nuit ?

À la lisière de l’aube

les lumières de la ville se confondent

avec le miroitement du ciel.

Tu t’appuies sur ton ombre –

n’y a-t-il d’enveloppant

que ce qui fuit ?

Tes gestes, là, sur cette parcelle de terre…

voilà des branches

agitées par

quels intervalles ?

La ville se reconnaît

aux échos qui la propagent.

Dans quelle vibration

t’enfonces-tu ?

Avec

quelles autres

veines ?

Les réverbères sont des

fûts /

remplis d’étoiles.

 

2

Sur ma tasse de thé

un nuage de lait dans le ciel.

Sur ma fenêtre

un autobus klaxonne

en direction du soir.

Sur d’autres temps

la neige se balance,

la ligne téléphonique

oscille –

ta voix pénètre,

qui ne traduit que quelques mots

caduques.

Combien de temps

de silence entre nous ?

Toujours

nous sommes à la périphérie des choses,

à pivoter sur

nous-mêmes.

 

3

« Les saisons mijotent dans la marmite »,

j’ai entendu cela ;

mes pas traînent

des algues

sur la grève ;

un cassoulet m’attend

comme m’attendent ton rire

tes varechs dans les mots.

La radio crépite

ainsi qu’autrefois ;

elle se suspend

– peut-être –

avant

que tu ne dises.

 

4

Il y a de la brebis dans le ciel,

du renard

dans l’horizon.

Le creux mange la terre,

où nous danserons tantôt.

J’ai sorti les poubelles

pleines de portes à claquer.

Tonnerre.

La percussion / battante.

C’est le trou   qui nous parle   de la guerre.

Absence –

détonant

 

5

Faudrait-il écouter

tous les regards palabres,

tous les regards

taiseux –

 

 

REDOUBLEMENT

 

Que de l’une à l’autre, de l’ombre à la clarté, nos réflexions se meuvent dans un répertoire où les ondes chromatiques se doublent du silence.

 

Du silence émergent tous ces échos perpétués dès l’origine du monde. Ce que nous (re)sentons ne s’exprime-t-il pas, le plus justement possible, par cette antimatière du sens ? Et du sens, la matière tisse les entrelacs furtifs.

 

Furtifs les regards sur le monde, par le prisme du poème, dans le poème du monde. La poésie percute. Autant qu’elle répercute toute réverbération qui ondoie dans l’invisible.

 

L’invisible, autre source de ce qui coule entre la poussière et les rais de la poussière – révélé lui-même par la visibilité des sources ; par ce qui demeure après que la lumière s’est tue ; que la nuit s’est éteinte ; que la limite se disperse par delà les limites.

 

Imite-le, cet élan grâce auquel l’enfant s’abandonne au bond, ce ricochet que donne l’apesanteur du rire. Sois dans le champ, sois dans la perspective.

 

Perspicace, tu le seras, sans cette ombre qui te poursuit.

 

J’ai doublé mes propres certitudes ;

en abattre les branches mortes,

les feuilles noircies

d’encre ; que seules

les nichées de mots volatiles

s’insurgent

contre les vents !

La nuit se double

de la profondeur du masque ;

toujours

s’insinuera-t-elle

entre deux cris ;

et nos faïences, dures et fragiles,

ne se briseront

qu’en un

raccommodement.

Les éclats

de voix et d’assiettes

ne portent-ils pas la marque

de la nécessité de vivre ?

J’ai doublé ma veste

d’un tissage

dans les langues du monde.

Que le saisissement soit double : la face qui ravit, et le revers qui prend. Que le saisissement comprenne l’inconcevable. Qu’il soit saisi dans le tain de la glace. Se brise… en échappant.

 

Échappant au volume, le point n’existe que par la pointe qui le désigne. Pointer du doigt, pointer du poing, cela revient au même, que pointer le doigt qui pointe vers la lune.

 

La lune – sa face cachée, pour qui ? Que voit-on lorsqu’on regarde ? Quel double échappe à la sagacité ? En la demeure de toute chose vit un ravin où se renverse le monde. Figure qualifiée par son antithèse.

 

Antithèse, voilà ce qu’est liberté. Le doute est une porte qui claque. Et par les courants d’air, la pensée se propulse ; le pollen s’en va féconder.

 

Féconder la mémoire, l’abreuver de ce futur qui suinte le long des rêves. Que le souvenir façonne l’éphémère. Qu’il y ait du stable dans l’instant.

 

L’instant se resserre en un point suprême, supernova, trou noir où les désirs s’absorbent. Point de convergence des forces, des états, des atmosphères. L’instant s’oublie ainsi qu’un enfant, qui fait un songe sous lui.

 

Lui, lueur, échos de nos ressacs ; elle, fontaine, d’où jaillit le feu. Le temps, la vie nous janusinent ; et nous allons au travers des chemins, nous perdre et nous chercher – croître et rapetisser par l’envergure de ce décor – qui (re)double l’horizon.

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

Né à Paris en 1950. Études supérieures de cinématographie. Publications d’une centaine de nouvelles dans divers magazines et journaux français ou étrangers. Collaborations à de nombreuses revues de poésie. Poèmes parus dans une trentaine d’anthologies françaises ou étrangères. A exercé des activités de critique et chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique. A dirigé des ateliers d’écriture en collèges et lycées. Participations à des spectacles, expositions, manifestations culturelles.

 

Textes traduits dans une dizaine de langues et publiés dans une quinzaine de pays étrangers. Critique littéraire à Le Littéraire, Parutions.com, Le Mague et @xé libre. Membre de la SGDL et de la SCAM.

        

Livres de date récente:

Poétique de la parole (le corps de l’amour, le pas qui chemine). Editions L’Harmattan. 2005.

Pierre de lune. Editions L’Harmattan. 2006. Collection ”contes des quatre vents”. Edition bilingue français-arabe dialectal. Traduction de Mahi Seddik Meslem. Illustrations couleur d’Edouard Lekston.

Grandole le géant. Editions L’Harmattan. 2006.  Illustrations noir et blanc de Joanna Konatowicz.

Quelques traces dans le vent. Editions L’Harmattan. 2007. Préface de Pierre Dhainaut. Couverture de Lebadang.

L’homme qui regarde la nuit et autre conte. Editions L’Harmattan. 2007. Collection "la légende des mondes". Edition bilingue français-arabe dialectal. Traduction de Mahi Seddik Meslem.

Le miroir de l’eau. Editions L’Harmattan. 2007. Collection ”contes des quatre vents”. Edition bilingue français-arabe dialectal. Traduction de Mahi Seddik Meslem. Illustrations couleur de Virginie Marques de Souza.

La terre danse avec toi. Editions L’Épi de Seigle. Poèmes pour la jeunesse 2009

Aux fils du temps. Editions L’Harmattan, 2008. Recueil de nouvelles. Collection “Écritures”.

Sites Internet :
http://www.harmattan.fr/daniel-leduc
http://daniel-leduc.blogspot.com

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