Daniel Arsand

 

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(France)

 

 

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INTERVIEW
(extraits)

 

 

Daniel Arsand, null écrivain et éditeur parisien

 

 

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RD: – Daniel Arsand, vous avez exercé différents métiers dans l’univers du livre: libraire, conseiller littéraire auprès de plusieurs maisons d’édition, ensuite attaché de presse aux éditions du Rocher. Depuis 2000, vous travaillez comme éditeur de littérature étrangère chez Phébus (Paris). En parallèle, vous êtes un excellent romancier, un auteur original, plusieurs fois primé: Prix FEMINA, Grand Prix JEAN GIONO, Grand Prix THYDE-MONNIER de la Société des Gens de Lettres. Dites-nous, s’il vous plaît, est-ce que c’est important qu’un éditeur soit lui même auteur? Et vice-versa.

 

 

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DA : – Lire des textes me stimule en tant qu’auteur. J’ai un besoin viscéral, vital de lire. D’ailleurs avant d’écrire chaque jour je relis toujours quelques lignes d’un auteur qui m’est précieux (Cesare Pavese, Virginia Woolf, Flaubert, Katherine Mansfield, Don DeLillo, Faulkner, Drago Jancar, Marcel Schwob). C’est lire pour le travail de mauvais textes qui peut parfois m’exaspérer. Je publie un texte sur cinquante, soixante que je reçois, donc il y en a pas mal dont on se demande pourquoi on les a publiés. Je ne publie ( je peux le faire chez Phébus, dans le groupe Libella auquel Phébus appartient, ce qui est de nos jours un luxe) que les textes que j’aime vraiment. Il faut qu’il y ait coup de foudre, comme avec une personne. De plus, j’ai la chance de pouvoir publier une œuvre et non un texte d’un auteur, et puis plus rien, parce qu’il a peu marché.

 

 

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RD: – En quoi l’auteur Daniel Arsand pourrait faciliter/aider ou compliquer les principes de sélection de l’éditeur Daniel Arsand dans le choix d’auteurs? Comment l’éditeur Daniel Arsand influence-t-il l’écriture de l’auteur Daniel Arsand ?

 

DA : – Publier de la littérature étrangère est particulier. Je n’interviens pas dans le travail éditorial, je ne donne pas de conseils à l’auteur, c’est l’éditeur étranger qui fait ce qu’il y a à faire. Moi, je reçois le texte normalement achevé, corrigé. Mais il arrive souvent qu’un auteur m’envoie son nouveau livre en même temps qu’à son agent. Sans doute parce que je suis auteur et que nous pouvons traverser les mêmes exaltations et les mêmes impuissances.

 

RD: – On dit que la relation éditeur-auteur a toujours été tumultueuse et elle l’est encore de nos jours. Comment voyez-vous cette relation, en tant qu’éditeur, et comment la sentez-vous dans la peau de l’auteur DA?

 

DA : – Je crois à la force de la littérature, d’un texte. Donc, c’est à moi de tout faire pour convaincre mes collègues, les libraires, les journalistes qu’il l’est et pourquoi il l’est et quels sont les possibilités pour qu’il trouve un large public. L’important, c’est de trouver la date, le mois le meilleur pour le publier. Il y a des livres qui conviennent à une rentrée littéraire, d’autres pour janvier ou février ou mai. J’ai la chance de ne publier que des livres en lesquels je crois. Cela dit, il en est dont je sais qu’ils auront de la peine à être des best seller mais je tiens à les voir traduits. Ce serait un pêché de ne pas l’offrir aux lecteurs français.

 

RD: – Qu’est-ce qu’un bon livre vendable pour l’éditeur DA? Et comment conçoit l’auteur DA un bon livre? Quels sont les choix esthétiques et idéologiques de l’auteur et de l’éditeur DA?

 

DA : – Comme je l’ai dit, je ne marche que par coups de foudre, par conviction littéraire, par rencontre que je peux dire amoureuse avec un texte. Un texte, pour moi, est une personne. ON tombe amoureux d’une personne ou non, c’est pareil pour un texte.

 

RD: – « Levure littéraire », par ce nouveau numéro, fait ressortir l’importance de L’ENFANT dans notre vie, ce petit être humain situé entre naissance et puberté, opposable à l’état de parent et préliminaire à l’état d’adulte. Nous ne manquons pas de vous poser une question concernant votre enfance, votre famille, vos amis, vos passions, vos souvenirs d’enfant. Histoire de mieux vous connaître et de mieux comprendre la personnalité stylistique de l’écrivain qui vous habite. Pourriez-vous nous raconter en quelle mesure l’enfant Daniel a-t-il voulu avoir la personnalité de l’adulte Daniel Arsand? Ce petit Daniel a-t-il essayé déjà de jouer le « je » (u) de l’écrivain Daniel Arsand? Quand? Où? Comment? Avec qui?

 

DA : – Mon père était arménien, il avait fui le génocide de 1915 ; ma mère était française. J’ai vécu une enfance heureuse. Cela dit l’enfance la plus heureuse est traversée par une perception de la douleur, du manque, de la peur, du désastre, de la mort. Sinon on ne serait pas un être vivant. Dès mes jeunes années je fus sensible au « vivant », qu’il soit humain, animal ou végétal. J’ai appris dès mon enfance les vertus de la lenteur, de la contemplation, du silence. Mais il faut du temps pour écouter ce qu’on entend, pour voir ce qu’on voit. J’ai écrit un livre qui parle de mon enfance « Ivresses du fils » et publié dans la collection « Ecrivins » de Philippe Claudel chez Stock. Et je publierai en janvier chez Phébus un texte sur la part animale en chacun de nous. Le titre ? « Que tal ».

 

 

 

 

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Interview réalisée par Rodica Draghincescu
www.draghincescu.com

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Biographie :

Je suis né le 9 juillet 1950 en Avignon. J’ai passé mon enfance et mon adolescence à Roanne, dans le département de la Loire.
J’ai été libraire. Tout d’abord à la librairie Plaine à Saint-Étienne, puis aux librairies Fontaine à Paris. J’ai exercé ce métier pendant dix-sept ans. En parallèle j’ai monté avec des amis une petite maison d’édition, les Éditions de la Sphère. C’était en 1979. Nous avons publié Consuelode George Sand et une traduction d’un roman de l’écrivain irlandais John McGahern, L’Obscur. Ensuite j’ai dirigé une collection de reprints chez Balland (auteurs publiés : Madame de Genlis, Daniel Stern – Marie d’Agoult -, Pierre Loti, etc…).

En 1989, je publie mon premier livre. C’est la biographie d’une actrice des années 30, Mireille Balin, aux éditions de la Manufacture, Mireille Balin ou la beauté foudroyée. En 1992, je deviens à la fois attaché de presse et éditeur de littérature étrangère dans cette même maison d’édition. Seront entre autres publiés William Trevor et Richard Cobb.

En 1993, je deviens lecteur aux éditions Phébus. Et en l’an 2000, après avoir été attaché de presse aux éditions du Rocher, responsable des littératures anglo-saxonne et espagnole, chez Phébus, puis de l’ensemble de la littérature étrangère (principaux auteurs publiés : Hugo Hamilton (Prix Femina étranger 2004), Keith Ridgway (Prix Femina 2001), Karel Schoeman (Prix du Meilleur Livre étranger 2009), Elif Shafak, Joseph O’Connor, Klaus Mann, Annemarie Scharwzenbah, Herman Bang, Amanda Smyth (Prix du Premier roman étranger 2010), Julie Otsuka, Renkt Ohlsson, Ana Maria Matute, Guillermo Arriaga, Rax Rinnekangas, Victoria Lancelotta, Roy Parvin).

En 1996, j’ai publié mon premier livre de fiction, un recueil de nouvelles, Nocturnes chez H.B. Éditions. En 1998, ce sera La Province des ténèbres (Phébus) qui obtiendra le Prix Femina du Premier roman, puis En silence (Phébus, 2000, Prix Jean Giono), La Ville assiégée (Éditions du Rocher, 2000), Lily (Phébus, 2002), Ivresses du fils (Stock, 2004), Des chevaux noirs (Stock, 2006, Grand Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres), Des amants (Stock, 2008),Alberto (Éditions du chemin de Fer, 2008) et enfin Un certain mois d’avril à Adana (Éditions Flammarion, 2011).

Certains de mes livres ont été traduits en plusieurs langues : anglais, espagnol, catalan, grec, allemand, portugais, brésilien, italien. Ils sont étudiés et sont sujets de thèses à l’Université de Beyrouth à la demande du professeur Nicole Chalhoub.
Depuis 2007, je suis administrateur sortant à la Société des Gens de Lettres.
J’ai également été membre de la commission Romans au CNL présidée par Paule Constant, puis par Pierrette Fleutiaux au début des années 2000.

Auteurs préférés : Susan Minot (je suis à la soixantième lecture de Crépuscule), Cesare Pavese, Marcel Proust, Virginia Woolf, Katherine Mansfield, Colette, Klaus Mann, Karel Schoeman, Don Delillo, Cormac McCarthy, Carson McCullers, Flannery O’Connor, William Faulkner, Roberto Bolaño, Timothy Findley, Flaubert, Barbey d’Aurevilly, Robert Pinger, Henri Michaux, Marguerite Duras, Jean Giono et Georges Bernanos.

Peintres préférés : Piero della Francesca, Le Pontormo, Manet, Sam Francis, Pollock, Matisse, Hélène Villers, Fautrier, Nicolas de Staël, Paolo Uccello.

Musiciens préférés : Schumann, Schubert, Bach, Duparc, Poulenc, Chostakovitch, Rameaux, Strauss (Quatre derniers lieder), Couperin.
Interprètes de jazz : Chet Baker, Ella Fitzgerald, Mahalia Jackson.

Passion pour Maria Callas.

La chanson française : Barbara, Brel, Montand, Jean Constantin, Sylvie Vartan.

Cinéastes préférés : Manoel de Oliveira, Julien Duvivier, Robert Bresson, Federico Fellini, Brillante Mendoza, Michael Haneke, Valerio Zurlini, Joseph Losey, Luchino Visconti, Jacques Demy, Alain Resnais, James Gray, Péléchian, Billy Wilder, Marcelo Pineyro, Peter Watkins, Barbara Loden, Alfred Hitchcock, Antoine, Georges Franju, Alejandro Gonzáles Iñárritu, Jean Renoir (La Règle du jeu et Le Crime de Monsieur Lange), Fritz Lang, Takeshi Kitano, Douglas Sirk et Dreyer.

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