Cristina Castello

 

TROMPER LA REALITE

Cristina Castello se bat dans la jungle de la brutalité qui assomme depuis des années l’Argentine

 

(Gabriel Bauducco s’entretient avec l’écrivaine Cristina Castello)

 

Moto : Pour pouvoir tromper la réalité, il faut d’abord la connaître.
(Cristina Castello)

 

 

 

 

De même que ceux qui se battent dans la guerre pour ne pas tuer et continuer à la fois vivants, ainsi, Cristina Castello se bat dans la jungle de la brutalité qui assomme depuis des années l’Argentine, à seule fin de rester fidèle à ses convictions et ne pas devenir une meurtrière comme tant d’autres qui font partie de la légion des tueurs de poésie. L’une des rares journalistes qui — ayant passé par les médias graphiques, la radio et la télévision : revue « Gente », « Viva », la revue du dimanche du journal « Clarín », radio « Splendid », présentatrice du programme de TV « Sans Masque », professeur de « L’entrevue journalistique »― s’oppose, depuis ses préceptes éthiques, au mode de vie actuel, semblable à un clip vidéo… vertigineux et d’enfer, qui tue les émotions. Cette éthique de la raison et de l’action, la sienne, fait naître chez elle un profond étonnement lorsqu’elle observe l’audace effrontée avec laquelle agissent la plupart des hommes politiques et des dirigeants modernes. Une modernité d’égoïstes et de traîtres…. ceux qui ont le plus complet dédain pour autrui, ceux qui trahissent l’esprit de la poésie. Castello parle d’une réalité différente à celle racontée par les médias de l ‘Amérique Latine. Elle signale la perte d’humanité et la solitude de ceux qui se retrouvent au milieu de la masse. Elle nous fait savoir aussi comment nous sauver de la folie, grâce aux graines lâchées par ses mots (G.B.)

Qu’est-ce qu’un poème, Cristina Castello ?

C’est… tel qu’un extrait de l’Univers, n’est-ce pas ? Mais je parle de ce que c’est que la poésie et non pas de ce qu’on appelle, de façon désinvolte, ainsi. Dans tous les domaines de l’art -sans citer celui du spectacle- n’importe qui réclame pour lui le nom d’artiste ; c’est comme si toi et moi, nous nous désignions médecins, avocats ou scientifiques. Ou bien astronomes… ça me ferait plaisir, hein ? Tout le temps, le regard vers le ciel… quelle joie !

Lorsqu’on a parlé en privé, tu m’as donné le nom des personnes considérées de grands poètes. Selon toi, ils ne méritent pas ce traitement, cependant, en tant que journaliste tu ne l’as jamais dit,… c’est ta première lâcheté ?

Je ne sais pas, mais je ne le crois pas. J’ai interviewé un grand nombre de personnalités et au cours de ces entretiens j’ai fait face aux pires monstres – des militaires répressifs, des assassins, des tortionnaires – et je ne me suis jamais tue. Je n’ai pas eu peur, c’est vrai,

 

 

 

 

non pas parce que j’avais du courage, mais parce que je suis avide de respect à la vie. Cependant, d’autres critères entrent en jeu lorsqu’il s’agit de ces soi-disant artistes. Ces mauvais – ou faux poètes ou artistes peuvent être les produits du marketing, mais ils ne sont pas « le » démon lui-même ; donc je sens que je n’ai pas le droit d’ôter aux personnes leurs croyances ni leurs contenus s’il n’y a pas d’autres croyances ou contenus qui puissent les remplacer.

S’il te plaît, tu pourrais éclaircir ton idée…

Supposons que quelqu’un s’appuie sur des béquilles et que tu remarques qu’elles ne sont pas en bon état. Si tu les lui enlèves, tu dois lui en fournir d’autres, de la même qualité ou meilleures. Sans quoi la personne va tomber lourdement.

Tu as déjà essayé de le faire ?

Oui, et j’ai appris qu’il y a des moments et des moments pour dire certaines choses. « Il y a des voix tellement graves que leur résonance n’est pas immédiate », a écrit Oliverio Girondo. Et c’est vrai : quand les personnes ne sont pas prêtes à entendre une chose, il en résulte l’effet contraire à celui que l’on voudrait obtenir. Comment peux-tu dire à quelqu’un que les paroles de cette chanson qu’on a chantée, par exemple, lors du retour de la démocratie, appartiennent à un mauvais poète ?

Oui, c’est difficile…

Oui, parce qu’il y a tout un monde derrière cela où, outre la poésie, on trouve des latences spirituelles : des fragrances, des sons et du vécu devenus souvenirs de certaines strophes. Des vers qui représentent surtout une résonance intérieure. Tu te rends compte que ce n’est pas un sujet facile à saisir ? Il en va de même avec la politique : j’ai vécu de trop près – et j’ai aussi souffert — le fait que les voix prophétiques d’alerte des bons -éclairés, si j’ose dire – politiciens n’aient pas été entendues au moment précis. Cela aurait pu nous sauver comme pays. Je me rappelle que je pensais alors à ce que Nietzsche avait dit, qu’il y a des hommes qui naissent posthumes. C’est très fort : c’est horrible. De toute façon, telle est mon attitude en tant que journaliste, puisque comme poète je cherche le refuge dans mon silence intérieur et dans ma solitude, tous deux indispensables.

Mais ta poésie, Cristina, est révélatrice… et révoltée, c’est évident.

 

 

 

 

Je ne pourrais pas me taire, car la poésie, c’est du courage et elle le mérite ; c’est de la grandeur humaine, c’est une fenêtre ouverte à la plénitude et encore plus, beaucoup plus. Et pourtant, ni le pamphlet ni le cri ne me plaisent et je crois à l’économie des mots et à la gestualité et que, grâce à elles, il peut y avoir de la tension spirituelle et de la dénonciation : bref, le dévoilement.

Le mot écrit quand c’est de l’art — comme l’art en général — peut devenir prophétique.

Quels sont les mots prophétiques dont tu te souviens ?

Je m’en souviens de beaucoup, associés à la peinture et à la musique. Mais il vaut mieux que tu me laisses te parler de Kafka. Dans Le Procès il montre une sorte de modèle d’État de la terreur et il anticipe sur l’invasion de la vie privée et sexuelle des gens par le totalitarisme. Doué d’un regard clairvoyant, dans La colonie pénitentiaire il aperçoit les machines de la terreur nazi et l’étrange et maladive relation qui s’est établie entre quelques bourreaux et leurs victimes. Et finalement dans La métamorphose, bien qu’à l’occasion de ma première lecture durant mon adolescence j’ai vu Gregorio Samsa comme une petite bête, il est devenu pour moi le symbole du sort des millions d’êtres humains qui ont été exterminés dans les camps de concentration. Remarque qu’il l’a appelé Unfeziefer et c’est bizarre, puisque c’est le mot que les nazis ont utilisé pour nommer les pauvres gens qui mouraient dans les chambres à gaz. Rappelons-nous que Kafka était décédé en 1924…Avait-il le don prophétique ou pas ?

C’est impressionnant…

Cela nous impressionnera toujours, car je crois que l’art disparaîtrait dans le cas où la question à propos de l’existence de Dieu ne serait plus en vigueur. Mais cette question sera aussi éternelle que l’art. Même les choses, selon Jacques Brosse, sont heureuses d’être perçues par les poètes et désirent que ceux-là les regardent. Ça, ce n’est pas banal.

Et les critiques d’art, que disent-ils ?

Les critiques d’art… les critiques d’art, sauf quelques exceptions, ils en savent très peu. Beaucoup d’entre eux — pas tous — sont des artistes frustrés, d’autres capitulent et/ou se vendent et plusieurs sont partiaux. Ils se servent des mots tels que profond, ineffable, œuvre métaphysique (l’œuvre qu’ils ne peuvent pas ranger sous aucune rubrique, tellement ils ont besoin de classer suivant des « ismes »)…Sans parler du mot mystère et de l’abus qu’ils en font !

C’est quoi le mystère ?

Voyons…

 

 

 

 

« Le Mystère. Pourquoi les arbres dansent-ils ? Parce que le vent. Et pourquoi le vent ? Parce que Dieu. Et si Dieu… pourquoi n’es-tu pas là ? » Bon, ce n’est qu’une autre digression : j’ai eu l’idée de jouer avec les mots en observant le petit arbre que j’ai sur le balcon. En fait, comme disait Gauguin, je crois que le mystère est la seule certitude, et pour cela je le guette, je le force et je l’attends en même temps, patiemment, parce que c’est l’une des beautés de la vie. Mais attention: je parle du concept de mystère et non pas des personnes qui jouent aux mystérieux et ne sont que des hypocrites portant des masques.

Cristina Castello, l’État, quel rôle doit-il jouer en matière de culture ?

Il devrait – remarque le mode verbal – je reprends mon idée, il devrait se charger des problèmes fondamentaux liés au financement de la culture, tel que cela se fait dans certains pays du nommé Premier Monde… même si à l’heure actuelle aucun pays ne va bien. Dans cette colonie du « Nord », toujours punie, que nous sommes devenus, avec tous ceux qui habitent l’Amérique du Sud – sommes-nous encore des pays, nous ? – C’est les sponsors privés qui prennent en main cette affaire du financement, et eux, ils ne sont pas intéressés à encourager l’essor culturel, car plus ignorant devient le peuple, mieux marchent leurs affaires.

Comment cela se passe-t-il dans d’autres pays ?

Je n’ai aucune information actuelle, mais je te donne un exemple. En Allemagne, il y a deux ans, l’apport des sponsors représentait 4 % du total. Et rien d’autre : le reste était en charge de l’État. Kathine Dittrich van Weeringh, spécialiste allemande en affaires culturelles, à l’occasion d’une visite à Buenos Aires à cette époque-là nous a exposé un concept très intéressant, soutenu par des collègues européens et elle-même : « La moindre quantité d’État possible, mais tout l’État qui soit nécessaire ». Mais nous parlons de l’Europe et il faut le dire, même s’il y a des problèmes là-bas, il s’agit d’un autre monde… ici on voudrait tout l’État qui soit nécessaire… mais pour le piller ! Je n’oublierai jamais que pendant la terrible présidence de Carlos Menem, un haut fonctionnaire de la province de Santa Fe, a volé tout ce qui était possible et plus encore… y comprit un pont !

Si ce n’était pas tragique, ce serait comique… quelle horreur ! Qu’est-ce que tu peux dire à propos de l’éducation ?

Qu’on n’éduque pas : on prépare les enfants et les jeunes gens aux valeurs de la Bourse et personne n’a conscience de ses droits comme citoyen. Personne ne connaît non plus ceux que la Constitution établit pour toute personne humaine… sans parler des liens fraternels ! « Il y a un mot qui m’exalte, un mot que je n’ai jamais pu l’entendre sans frissonner, sans en ressentir un grand espoir, le plus grand de tous. L’espoir de vaincre les forces de la ruine et de la mort qui accablent les hommes. Ce mot est fraternité ». Paul Éluard a écrit cela, et je crois que la fraternité, est précisément l’une des issues. Et pourtant, c’est tellement grave ce qui se passe en Argentine – surtout depuis les génocides de la période 1976-1983 et le « gouvernement » de Carlos Menem – que les gens concentrent leurs efforts à survivre, plutôt qu’à vivre.

« L’une des issues », tu dis. Cites-en une autre…

La grande issue c’est l’éthique, pour abolir – parmi tant d’autres choses – cette pensée unique. Mais je fais référence à l’éthique des idées et à l’éthique de l’action, comme l’a écrit cela fait quelques années un penseur argentin.

Vers un nouvel humanisme ?

Nous pouvons dire vers de nouvelles formes de vie. Et pour atteindre cela, il est important que la culture détienne la possibilité créatrice et qu’il ne s’agisse pas de la simple transmission des savoirs apparentés à la technocratie donc visant le succès rapide ; car c’est ainsi qu’on engendre des êtres sans humanité -ils ressemblent à des mutants- pléthoriques des trucs électroniques et à l’âme vide. Tu sais ce qui se passe ? La société est fragmentée, et à partir de cela tout ce qui porte l’étiquette de culture est aussi un fragment. Des fragments de rien. C’est l’esthétique du clip vidéo.

Tu ne parles pas de clip vidéo comme une appréciation esthétique…

Non, je parle de la vie comme un clip vidéo, comme une explosion de fragments. Une technique publicitaire finalement, même si à l’origine on prétexte comme objectif la diffusion de musique, cette technique vise essentiellement à faire consommation. Bien qu’au début ce produit ait été destiné à la jeunesse, la télévision incorpore au jour le jour de plus en plus d’éléments qui lui sont propres. La vie semble un clip vidéo et c’est la vitesse et le vertige qui dirigent l’orchestre. Il n’existe pas de pause et en faisant semblant de tout dire, on ne dit rien. Ce qui importe c’est le mouvement, même s’il anesthésie. Ou peut-être, c’est pour cela même. Les valeurs sont jetables. Le débat et le dialogue sont une antiquité, la parole est anachronique et penser devient vétuste… pourvu qu’on n’ait pas l’idée de vivre la conscience éveillée ! Je me demande donc : la mosaïque du clip vidéo nous situe-t-elle dans la mosaïque de l’existence ? Malheureusement, il semble que oui : des images accélérées, une vie accélérée. Malades de hâte, on oublie de vivre l’existence comme une possibilité créatrice. Je refuse cela et je continue à me battre pour que ceux qui croient au caractère sacré de la vie continuent à parcourir le même sentier.

Je pourrais penser que ce que tu viens de dire est produit du pessimisme, mais je vois tes mots comme un film du quotidien…

Je ne suis pas pessimiste. Je crois à la vie

 

 

 

 

et c’est pour cela que je dis ce que je dis. Et je répète une et mille fois l’une de mes expressions favorites : pour tromper la réalité, il faut d’abord la connaître. Et tout ce que je dis et tout ce que je fais en public ou en privé n’est qu’un essai pour contribuer au changement : la vie ne peut pas être si misérable que ça… et tant de personnes qui souffrent ! Pas possible, pas possible… je ne veux pas ça, je refuse d’accepter cette sorte de vie ! En échange, j’aimerais qu’on vive de la même manière que Nicolas Poussin introduisait la théorie linguistique de la double articulation dans ses toiles : il réalisait chacune de ses parties de façon minutieusement admirable, avec dévouement, soin, technique et obsession, de façon comparable à ce qu’il faisait lorsqu’il abordait l’œuvre en entier.

On devrait vivre ainsi…

Oui, puisque c’est justement la vie ce qui est en jeu. Cependant le clip vidéo de nos propres vies, nous pousse à donner plus d’importance à la réussite qu’’au triomphe. On prend congé de l’autre en se donnant un bisou -très protocolaire et sans affection- et on est en contact : le feuillage intéresse plus que les racines et les mots ou le mot sont vides de sens. L’instant pour penser et pour sentir n’existe pas, non plus ; c’est comme si on était un shaker en état de secousse continuelle.

Où sont donc la tendresse et le délire fou, la joie et l’enthousiasme et le devoir de la beauté ? Il semble que nous battions la retraite et c’est pour cela que l’on a l’impression de gaspiller notre temps avec les affections les plus profondes, avec la lecture ou encore en côtoyant autrui.

Au contraire, c’est du temps gagné, en vie, en intensité…

Tout à fait d’accord, et pourtant il y a tant d’aliénation aujourd’hui qu’on ne valorise pas, qu’on emploie ce temps pour être une personne ; et comme George Steiner a écrit, on ne se rend pas compte non plus qu’on a substitué consommation à ingestion. Et par le simple fait de consommer, l’art, l’amour, la politique, la religion… la vie ! perdent leur pouvoir d’implosion : d’exploser vers le dedans.

Cristina, allons « tromper la réalité » !

On le fait déjà avec ce dialogue. Qu’il nous suffise d »arrêter de vivre haletants d’urgences. Que cette union ne se fonde pas seulement dans la nécessité de lutter contre l’insécurité quotidienne qui s’est emparée des rues et de nos foyers ; que cette union soit de la fraternité. Que cette union soit de l’’union, du dévouement, de l’amour, et non pas le masque solidaire de la peur : « attention, ça s’est passé tout près de chez moi ; ça peut m’arriver ». Et… pour l’amour de Dieu ! … Que l’art et la culture deviennent lumière, chemin et quête et que nos vies ne soient pas la succession de photos d’un album quotidien qui est consommé mais pas ingéré.

Tu es une femme courageuse : je l’ai toujours su…

Je ne suis pas courageuse, ne te trompe pas. Je n’’ai pas une fibre de plus dans mon âme et d’autant plus que je suis très mince et que je me sens épuisée, je n’ai pas une cellule de plus dans mon corps, non plus. Tout simplement, j’essaie d’être digne. Et bonne personne,… la bonté, si discréditée soit-elle, est une valeur. Et je tente de la transmettre. Je voudrais bien qu’on envisage la grande tâche de récupérer l’innocence. Non, je ne suis pas courageuse… Le fait est que mon âme pleure sans qu’aucune larme ne sorte de mes yeux, et mes yeux sont malades de que mes larmes soient taries. Et pourtant je souffre, et j’ai besoin d’abri et de protection. De tendresse. J’ai le même besoin d’en recevoir que d’en donner aux autres. Il est vrai que ce que je possède, c’est la flamme sacrée de mon amour pour l’Art, pour la vie et pour les âmes sans ombres et pour celles qui ont été sombres, mais qui ont pu retourner à la lumière.

Je réalise que ça fait un instant que tu ne cites pas des poèmes…

Ce que tu viens de faire c’est ce qui ferait un journaliste de race. Avec un sourire et un commentaire, tu changes l’ambiance. D’ailleurs, tu l’as deviné… j’étais sur le point de citer Paul Celan, un poète supérieur, un homme qui avait subi les camps de concentration et qui, cependant, a honoré la vie et la beauté. Dans son livre Cristal d’haleine il y a tant de vie, tant de ciel … écoute : « …Dans la source de tes yeux/ vivent les filets des pêcheurs/ de la mer errante//Lorsque je renie je suis fidèle/ Je deviens toi quand je suis moi-même… »

De beaux mots, une belle vie… il faut se battre pour elle !

Regarde ce soleil d’après-midi. Et le sourire de ces lavandes qui ont décidé de pousser malgré le dur hiver. Regarde les nuages roses et le bois qui brûlent dans la cheminée, chez moi. Et souviens-toi de Miguel Hernández qui …

Je savais… que serait devenue ta vie sans poésie?

Elle ne serait pas une vie. À propos de Miguel Hernández, laisse-moi te le citer… « Ah, comme elle est belle la terre de mon jardin. Elle sent un parfum de mère qui rend amoureux… ». Et Yeats : « … un solitaire élan de délectation qui m’emporte à ce plaisir de nuages ». En plus, personne ne sait que pendant que nous causons nous entendons les Nocturnes de Chopin, qui sont l’art et que l’art est la vie.

Et personne ne sait non plus que, à part les lavandes, Chopin et le feu de la cheminée, on entend aussi la cascade de courriels dans ton ordinateur…

Chut… ne dis rien… C’est de la musique ! Ce sont des amours sublimes et sublimés. C’est de la certitude. Ce ne sont pas des courriels mais des piafs du ciel. Ce que tu entends tomber c’est de l’amour, l’amour de ceux qui ont suivi ma carrière dans les médias et qui regardaient mon programme Sans Masque (ça va recommencer)… et de ceux qui me voient « en » poésie… c’est un amour aussi grand que celui que j’éprouve pour eux. C’est de la certitude, quand il s’agit de courriels de personnes qui écrivent pour la première fois et que leurs paroles m’apprennent que les graines que j’ai semées, germent.

Je voulais te demander à propos du journalisme, mais maintenant…

Mais non… le journalisme ! Le journalisme est mon excuse pour faire de la contrebande de l’art, des valeurs, de la vie… ou au moins, pour m’efforcer de le faire.

Tu veux finir l’entretien avec un poème… ou avec un fragment ?

Mmmm…Oui ! Voilà que… Edgar Allan Poe vient de prendre possession de mon esprit dans cet instant même. Écoute : « …Ceux qui rêvent éveillés connaissent les mille choses qui échappent à ceux qui rêvent endormis. Dans leurs brumeuses visions ils perçoivent les vols vers l’éternité. Et lorsqu’ils se réveillent, ils frissonnent, car ils réalisent que, au moins pendant un instant, ils ont été aux bords du grand secret ». Bon… On va faire la révolution des rêves !

 

 

 

 

 

 

 

 

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http://www.cristinacastello.com (Argentine-France)

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*Gabriel Bauducco est journaliste et écrivain. Il est argentin et il habite au Mexique, où il dirige trois revues.

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