Cordesse


 

 

(France)

 

 

De bois brut

 

Les textes présentés ci-dessous sont issus d’un ensemble assez vaste intitulé « Pelotes d’esprit » ayant la forme d’un journal ; je pense qu’ils peuvent être liés les uns aux autres d’une certaine manière, de terme ou de forme, à voir.

 

Il est des encres noires, indélébiles, qui tâchent nos sexes comme des gouttes de nuit, et nous portent, fantômes, comme des esclaves sauvages vers des contrées que la mémoire a oubliées et des plumes comme stylets qui pénètrent nos côtes jusqu’aux profondeurs de l’esprit qui achève de donner sa représentation sur cette terre, plus de poudres que de pierres, qui font qu’à chaque nouvelle s’efface le mot.

 

Comme prélude à la nuit les oiseaux abandonnent la terre dans les dernières brises d’un éther liquide, comme une mer renversée virevoltent dans l’eau translucide laissant apparaître une raideur comme un minéral finement ciselé. Ils deviennent poissons ou peut-être est-ce l’inverse. Qui transforment de malingres ères seuls en rêve à pouvoir jouer aux magiciens quand l’attraction le permet ? Ne sommes-nous pas dupes quand le soleil se tait ?

 

Je suis de ces oiseaux de verre brisés par l’aurore trouvant refuge dans les dernières forêts qui sentent l’accablement du ciel s’éveiller. L’œil hagard et le plumage lourd je marche de branche en branche dans les premières heures d’un jour ténébreux et je meurs déjà d’une frayeur quotidienne quand je pense aujourd’hui à abattre pensée.

 

La sauvagerie des terres de Peyre, seule, accueille la fille aux cheveux noirs, hirsutes et sales comme un sifflement, dans la nuit des forêts, qui erre parmi les têtes des hommes dégénérés que le sol humide garde pour croque-morts. Il n’y a qu’une heure le jour possible, celle des cruautés des glaises froides, et lit du pied, que le voyageur tente vainement de fuir pour regagner le monde. Passe ton chemin, toi qui n’es pas d’ici ! Passe ton chemin ! Ou ouvre le feu, sur ta torche en arme pour risquer ta chance sur nos âmes damnées et devenir le maître de nos corps farouches, cruel et sanguinaire, ton armée nouvelle pour bâtir ta Tour.

 

Gomme incertaine sous la trace d’un trait (forme aux courbes du destin) froisse le papier de crêpe. Ô mots de la gomme qui glissez dans la coupe sucrée des noires étoiles de ma sève ! Je vous découvre peu à peu cercle de vos connaissances. La bouche met la langue là où elle veut et pris entre le vouloir dire et sa nécessité je continue ma correspondance avec moi en conscience des écarts menés avec la recette. Le poème se détache en fin sur ce miroir en défaut de visage jusqu’au doute, trahissures de l’essoufflement qui jette tout de suite ces dernières traces.

 

Mon être se pose comme un point d’interrogation dans un espace géométrique que je nomme salle c’est-à-dire qu’il n’épouse d’aucune façon pleine mon habitacle. Pourtant, j’éprouve dans cette poussière de ces vieux murs une jouissance non mesurée à tenter chaque jour l’impossible, à renouveler la tentative, à me courber dans ce corps pour atteindre la forme idéale de la communication. Créer plutôt que transmettre. Et je m’abandonne dans cette lumière diffuse des dernières forces du soleil pour partir loin sous le sommeil des forêts anciennes qui m’ouvrent au retour des nuages quand pour finir je quitte les lieux.

 

Une feuille vide. Une mort. S’approcher. Ecrire. La traverser cette feuille. La traverser cette mort.

 

 

 

 

 

 

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Cordesse, né en 1972, réside dans le Midi de la France. Après des études de Lettres qui le conduisent à Londres et Paris, il exerce divers métiers avant de choisir d’enseigner auprès de jeunes élèves handicapés. Il publie son premier recueil en 2000 et accompagne ensuite son écriture de travaux sonores ou visuels. En 2009, il crée avec Véronique Zorzi les éditions du Petit Pois consacrées à la poésie contemporaine. Ils donnent ainsi voix à des auteurs tels que Angèle Paoli, Arnaud Savoye, Rodica Draghincescu, Nathalie Riera…

 

Bibliographie

 

Poésie :

  • Sur mes épaules, avec des photographies de Laurent Aït Benalla,

Les éditions du Petit Pois, 2010.

Édition limitée avec une photographie hors livre de Laurent Aït Benalla.

  • Notes d’esprit, livre-CD, avec Laurent Azelvandre et Jean-Pierre Numa,

Les éditions du Petit Pois, 2009.

Tirage limité avec des encres originales de Cordesse.

  • Expérience(s), avec des aquarelles originales de Mohammed Atif,

Librairie Galerie Racine, 2000.

 

Contact :


Les Editions du Petit pois

8 rue Suzanne Lenglen, 34500 Béziers

Téléphone : 04 67 35 25 87

Courrier électronique : davidzadresse-site@yahoo.fr

http://cordesse.typepad.com/leseditionsdupetitpois

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