Colette Klein

 

Colette Klein

 

(France)

 

 

 

Sous les archets

 

A Bruno Mantovani

 

 

Quintette pour Bertolt Brecht, pour harpe et quatuor à cordes

 

Ce sont les abeilles qui donnent leurs couleurs au ciel d’orage, qui donnent leur sens à l’existence des forêts, à toute la création : la magnitude du tourbillon, la cohérence de la lumière qui filtre au travers des persiennes, prenant possession des chambres où naissent les hommes, où ils vivent et meurent, sans comprendre l’étreinte, ni l’effervescence qui les saisit au sortir du songe.

 

Temps de rupture pour les noces musicales.

 

Les cordes, impatientes,

avivent l’urgence du destin

à se dérober

                     toujours.

 

 

Les fées, peut-être, ne savent marcher que sur la pointe des pieds. Elles s’entrechoquent et, craintives, étirent à l’infini leurs silhouettes, perdant l’équilibre, se redressant, comme si le rêve qui les contient ne parvenait plus à maîtriser son vertige.

 

Dans un autre univers.

 

En un lieu sans autre issue que la chute, où la pensée s’ébroue, en suspens, prise dans la ritournelle des archets pourtant suspectés de connivence avec l’invisible.

 

 

Tocar, pour harpe

 

La nuit qui se dissout

s’allège de tant d’ombres

que la lumière en touchant la rosée

fait tinter les mille couleurs de l’aube :

 

cliquetis du vent contre les tiges qui soutiennent le monde.

 

 

L’ivresse, quatuor à cordes

 

Le cri – ses stridulations, ses à-coups – délivre de la tentation du cri.

 

Le silence qui a précédé – hors d’atteinte – paralyse, jusqu’à l’oubli de soi.

 

Suivre le couloir où se répercutent les sons à vif,

devenir musique,

              dans l’ascèse d’une répétition à peine modulée

              et qui déchire de grands pans de clarté

              imbriqués dans les miroirs qui se font face.

 

Un bref scintillement

              devance le corps à corps,

              scansions, violences qui hachurent l’espace

              et font mine de raturer les brouillons

écrits                     par transparence

 

sur la vitre d’un mirage.

 

 

Quintette pour piano

 

A petits pas, s’approcher du seuil,

sans que la mort ne vienne saccager les dernières marches.

 

Le piano, en plein désert,

              transmet les messages aussitôt répétés

              par le frémissement de l’air contre les dunes.

Tous les sens aux aguets, dans l’attente de …

 

La nuit, en sifflant, interroge les témoins puis s’enroulent autour …

              d’une corde qui se casse

autour d’un chant qui monte des tréfonds

pour l’accomplissement de la parole sacrée.

 

Vibre le temps. Vibrent les tympans.

 

La nuit désorganise les êtres et les choses

qui se balancent et virevoltent et tournoient, accompagnés de clameurs.

Derniers refuges avant la folie.

Dernières veilles d’une mémoire qui tombe,

se fracasse contre le rebord d’une vie brutalement recrachée,

tandis que les notes simulent une douceur inhabituelle :

              Encore un peu, disent-elles,

                                   encore un peu …

 

 

Autour d’Anna AKHMATOVA

Amphithéâtre de l’Opéra Bastille

5 avril 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

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Biographie

 

Née le 14 septembre 1950 à Paris 3ème.
Poète et peintre. Membre du comité de rédaction de la revue Phréatique (a cessé de paraitre).
Présidente de l’association Arts et Jalons.
Secrétaire générale et trésorière du Cercle Aliénor.
Pris jeune poésie François Villon 1978.
Prix de la Rose d’or 1983.
A créé en 2008 « Concerto pour marées et silence, revue » (publication annuelle)

 

 

Bibliographie

 

Poésie

    • Mémoire tuméfiéesuivi de Lettres de Narcisse à l’ange, éditions Editinter 2013
    • Derrière la lumière, editions Alain Lucien Benoit, 2010
    • Ailleurs l’étoile (St Germain des Près, 1973)
    • A défaut de visages(St Germain des Près, 1975)
    • Cécités(Millas Martin – Prix jeune poésie François Villon, 1978)
    • Le Passe-nuit(Arcam, 1980)
    • Néante aux mains d’oiseaux(GRP, 1994)
    • Les hautes volières du silence(Gravos Press, 1994)
    • La neige sur la mer ne dure pas plus que la mort (La Bartavelle, 1997)
    • Les jardins de l’invisible(Editions Alain Benoit, 2001)
    • Le silence du monde (Editions Alain Benoit, 2003)
    • La Pierre du dedans( Editions Alain Benoit, 2005)
    • Les tentations de L.(Editions Alain Benoit 2009)

 

Nouvelles

    • Nocturne(s) (Le Guichet, 1985)

 

Parutions en revues (entre autres):
Acilèce, Artère, Cri d’os, Evohé, Hélices, Les hommes sans épaules, Jalons, Jointure, LittéRéalité, Noah, Phréatique, Poèmonde, Poésie 1, Poésimage, Résurrection, Sépia…

 

Anthologies:

    • Alain Breton: La vraie jeune poésie(Ed La Pibole – Jean Gouézec, 1981)
    • Jean Breton: Nouvelle poésie contemporaine(Le Cherche Midi éditeur 1985)
    • Pascal Commère: Des poètes pour demain la soif(Cahiers de Noah 1981)
    • Paul Mari: Prix Poésie 2000(1979)
    • Anthologies Jalons: Plaise au souvenir, 1983
    • Dans un halo d’humus1985
    • A l’issue de ce long moment 1987
    • Anthologie La Passerelle (1982-1983)

 

Pièces de théâtre

    • La récolte du feu, donnée en lecture publique par « Théâtre à dire »
    • Armande et Rosalie, représentée au Théâtre de Ménilmontant.

 

Adaptation radiophoniques de nouvelles

    • Identité: France Culture dans « Les nuits magnétiques »
    • Nouvelles adaptées sur Radio Aligre

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