Claudine Helft

 

 

(France)

 

 

 

Ce jour :

l’azur trop bleu, l’éternité intolérable,

la solitude, énorme ; le silence s’installe,

a scellé l’absence.

 

Croire:

il faut croire aux envols du feu, aux aciéries

du firmament, à l’homme,

ce test de dieu, son mythe, son rocher de Sisyphe.

 

Croire au vieil homme trop beau qui marche sur un soleil

au rebord du vivre,

à son geste en arrêt qui voudrait bénir et s’étonne.

 

 

 (extrait de L’Étranger et la rose)

 

 

 

                       Claudine et son frère Guy

 

 

 

 

 

 

Question de Bleu. Question de Liberté.

L’idée toujours semblable, la réponse

toujours la même.

Question de naviguer sans gouvernail

sur un espoir trop grand, une mer trop vaste.

Jeter l’ancre, impossible ; à terre

le portail reste fermé. Arrivée certaine.

Destination obscure, les pensées galèrent sur l’abrasif.

Ouvrir les voiles, voir le vent venir.

Il n’est que le silence pour saluer les horizons absolus.

Il n’est que l’homme pour croire

à sa prison.

 

 

 (extrait de L’Infinitif du Bleu)

 

 

 

                       Claudine Helft et son mari

 

 

 

                       Claudine Helft et sa famille
 

 

 

                       Claudine Helft et son fils David

 

 

 

       Phrase de Lyonel Ray

 

 

 

       Claudine Helft, à son domicile, les années 90

 

 

 

QUAND VOUS SEREZ BIEN VIEUX

 

Quand vous serez bien vieux le soir au néon

écrivant quelque triste discours sur le néant

direz lisant mes vers en vous émerveillant

elle me célébrait lorsque j’étais encore blond.

 

Lors vous n’aurez maîtresse oyant telle chanson

déjà toute en guerre à demi s’éveillant

qui au bruit de mon nom ne s’en aille en tremblant

haïssant nos souvenirs et votre nom.

 

Je serai belle toute de chair toute de vie

sereine et goûtant un bonheur difficile.

Vous serez alors vieux et presque en habit vert,

 

regrettant mon amour, mon âme et mon mystère

car voyez-vous il est trop tard pour être habile

et demain déjà s’est écrit aujourd’hui.

 

 

 (extrait de Anthologie des poètes français, de Jean Orizet)

 

 

 

       Couverture revue “Incognita”, numéro consacré à Claudine Helft

 

 

 

TU ÉMERGES DE TES RÊVES

 

Tu émerges de tes rêves :

L’après-nuit semble facile,

Soudain tu vis, vivre est bon

Lorsqu’au bout du chemin

Une âme guette.

Tsunami des pensées

Qui déconcertent, qui troublent

Lorsque s’ouvre le cratère

Cerclé de gris, alors que la

Poussière s’étoile lors même

Que tu la prenais pour cendre.

 

« Encore » sonne à l’horloge.

Déjà, à l’arbre hivernal

Tu pressens le vert du printemps

Et le partage de l’été.

Vivre est courageux lorsque glisse

Le pas aux glaces des années.

Proust tend une madeleine

Au destin où s’instruit le temps.

Sur une pente montante

 

L’absolu, oserait-t-il donc

Se redire sans le souci

De caricature face

À l’image obsolète

Du passé recomposé sur

Présent heureux d’un avenir.

Aucune trace n’entache

La piste de l’expérience.

 

Aucune boue sur le blanc

D’anciennes souvenances.

La neige demeure intacte

Aux retombées d’un aveu.

Rainer Maria Rilke l’avoue:

« ce qui est grave est difficile,

et tout est grave ; l’œuvre d’Art

est d’une infinie solitude ».

 

La solitude est création

Alpha du vivre, Oméga

Du visage qui implose

Dans la tourmente qui prend corps ;

Un visage soudain a pris corps

Aux racines du langage

Sans révéler son mystère

De plénitude et de rêve.

Tout est secret, tout, patience.

Le Silence répond à l’aube

Quand se dénoue la note bleue

Comme un ciel au bord du ravin.

 

 

 (inédit, extrait de la revue Incognita, n° 6, « Claudine Helft ou le Bleu de l’éphémère »

 

 

 
       Salon du livre, Paris 1985, Claudine et David

 

 

 

       Maison de la poésie, Paris, Récital de Claudine Helft ( à ses côtés Jean Negroni), présentation : Alain Bosquet, 1990

 

 

 

       Claudine Helft et Michel Breton, son premier éditeur

 

 

 

           Claudine Helft sur un banc ; photo prise par son fils David (1984)

 

 

 

 

 

 

 

 

____________________________________________

 

CLAUDINE HELFT

 

Claudine HELFT, enfant de la guerre, est née d’une vieille famille française.

Elle écrit des poèmes depuis sa plus tendre enfance, mais ne publiera que vers l’âge de trente ans.

 

Familière de l’Art, elle devient journaliste, critique littéraire (on lui doit plus de trois cents articles) ; auteur essentiellement de poèmes, elle se fait remarquer très vite par ses aînés célèbres, notamment lors de la sortie de MÉTAMORPHOSES DE L’OMBRE (Éd. Pierre Belfond).

 

Parmi ses oeuvres les plus marquantes : L’INFINITIF DU BLEU, L’ÉTRANGER ET LA ROSE, UNE INDÉCENTE ÉTERNITÉ. Récemment, une anthologie de ses poèmes : LA PORTE OU LA PARENTHÈSE DE L’ÉTERNITÉ (Éd. du Petit Véhicule).

 

Elle a également commis un roman, UN DIVORCE D’AMOUR, et des nouvelles, AVEC DES SI (Éd. de La Différence).

 

Elle a été traduite en une vingtaine de langues.

 

Elle préside depuis de nombreuses années le Prix Louise Labé. Membre de l’Académie Mallarmé, elle est aussi jury et secrétaire générale du Prix Alain Bosquet.

 

Médaille Vermeil de la Ville de Paris pour son action au service de la Poésie.

 

Site de Claudine HELFT :

http://www.laplumebleue.fr

 

Articles similaires

Tags

Partager