Claude Vercey

 

Claude Vercey par Durigneux

 

(France)

 

 

 

Un poète mort vous parle

 

 

A cette heure je suis mort

 

à cette heure le poète que je suis

que je suis censé être

est mort

 

la nouvelle n’est pas triste

pas gai non plus mais pas triste non

plus la nouvelle

est

 

non pas triste, il ne faut pas exagérer

l’importance d’un poète

la perte d’un poète

mais pas gai

 

en vérité on s’en fout

en général on s’en fout

 

au bout d’un certain temps où le poète n’écrit plus

il peut le poète se considérer comme mort

 

il n’y aura pas d’avis de décès

il n’y aura pas de réclamation au guichet des réclamations

il n’y aura pas de déclaration de perte au bureau des parapluies

et objets perdus

 

de même un homme qui ne respire plus

depuis un certain temps

peut au bout d’un certain temps

être considéré comme mort

 

sauf que ce n’est pas lui qui décide

 

tandis qu’un poète qui n’écrit plus

au bout d’un certain temps décide

peut décider qu’il

est un poète mort

 

qu’un poète soit un poète

non plus c’est pas lui qui décide

c’est une facilité de langage si je dis

que je suis poète

 

de fait j’écrivais

aujourd’hui je n’écris plus

à cette heure je me considère

comme mort en tant que poète

que je me considère plus ou moins avoir été

 

 

un poète mort n’est-il donc pas forcément un homme mort ?

– Ben non ma foi non

on dirait

 

il continue sa vie

à vivre sa vie d’homme vivant

plus ou moins vivant

après sa mort ce con de poète mort

 

– Un homme vivant

(qui s’estime vivant)

peut donc être

un poète mort ?

 

(Et ça vous change la vie

d’être poète mort?)

 

Le poète mort

serait un homme vivant la mort

dans l’âme

 

A peine mort

tout juste vivant

 

Un poète mort est un homme

que plus rien ne protège de la vie

 

Le malheur de ne pas écrire

le bonheur d’être vivant

ou réciproquement

 

Un poète mort

est-il un homme vivant sa mort ?

 

Il vécut passionnément

sa mort de poète

 

il survécut à sa mort

durant toute sa mort de poète

 

(mais si j’écris un poème

comme là j’écris est-ce que

je ne suis pas un peu moins mort

quand même ? )

 

 

 

 

 

 

 

 

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Claude Vercey : Longtemps permanent de l’association Collectif Impulsions : création et diffusion de la poésie en Bourgogne.

 

Si ça se trouve (Corps Puce éd.); Mes Escaliers (Carnets du Dessert de Lune éd.) Toboggans (L’Arbre à paroles), La bonne cause (Gros Textes) et Une affaire de Chaperon rouge (La Renarde rouge) sont les dernières publications de ce poète, publié principalement naguère au Dé Bleu. Chroniqueur régulier pour Décharge, où il livre ses Ruminations à la revue, et ses I.D (Itinéraires de Délestage) sur le site www.dechargelarevue.com . Responsable de la collection Polder.
Le n° 107 de la revue Friches en a fait son « invité de printemps ». On s’y reportera.

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