Claude Luezior

 

Claude Luezior

 

(Suisse)

 

 

 

Claude Luezior 2Exil intime, de Michel Bénard

 

Ed. Universitarie Romane, Rome, 2014

Préface de G. Dotoli, introduction et traduction de Mario Selvaggio,

Postface de M. Leopizzi

 

 

 

Certes, la langue des anges offre des ailes à la poésie, comme si ses voyelles lui conféraient un surplus de couleurs, des dorures baroques, un air vivifiant, une saveur tout droit issue de nos études latines que nous avons trop oubliées. Oui, la traduction italienne en étincelants miroirs de Mario Selvaggio chante, s’élève, ricoche, ravit nos sens : È la magia della mano, / Il dialogo del silenzio, / La scintilla dello sguardo, / È l’enigma dalle vene occultate (C’est la magie de la main, / Le dialogue du silence, / L’étincelle du regard, / C’est l’énigme aux veines occultées). Plaisir des rétines qui découvrent, des lèvres qui chuchotent et scandent…

Penchons-nous sur le banquet céleste de Michel Bénard, dont on sait qu’il est viscéralement artiste, à la fois poète et peintre de haute lignée. On y découvre De fabuleux arcs-en-ciel / Sur fond d’espace jaune orangé / Ponctué de notes mauves et bleues (…) Kaléidoscope de très visuelles images Dans l’intime périmètre / Des géométries du silence.

Oui, Bénard a, de manière spontanée, ce quelque chose d’italiénisant, d’intuitif et de merveilleux : abondance d’adjectifs et de virgules, générosité d’âme qui nous font en effet penser à l’art baroque. Dans le bon sens du terme, sans angelots ni bondieuseries, bien que des évocations mystiques n’y soient pas absentes : Le visage d’une Sainte / embellie par le feu des vitraux (l’auteur habite non loin de la cathédrale de Reims…), // pays des champs de croix // Transcription des symboles divins // D’une Jérusalem céleste // Car vous êtes déjà / Au cœur de l’éternité (…). Dans l’ensemble, le texte est toutefois un Vésuve laïc, avec ses contrastes et ses stigmates inspirés, ses cendres et ses traces pétrifiées / Aux rouges reflets du sang.

On opposera à cette analyse esthétisante les peintures bien connues de Michel Bénard, lesquelles n’ont, à priori, rien de baroque : thèmes non figuratifs, modernité linéaire, graphisme et déchirures sans volute.

Là réside précisément une intéressante énigme à mes yeux : complémentarité de l’approche verbe-pinceau ? Dualité d’un regard sans cesse à la recherche d’un miracle, d’un signe véridique ? Murmures créatifs s’emboîtant les uns aux autres chez ce ciseleur d’univers, / ce sculpteur de mirages / ce rêveur d’écume…

Cela dit, l’artiste (car il s’agit bien d’art de la parole, à savoir, de poésie) est constamment porté par son encre en amour, par le désir et l’espoir, haranguant les archéologues des ténèbres, touchant à l’ineffable (…) / À la femme de cristal / En ce monde renversé.

Philtre d’éternité, exil intime et bouleversant, porte vive de la lumière : lecture cristalline et reflets bilingues, à la fois transculturels et d’une profonde humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Claude Luezior

 

Claude Luezior naît à Berne en 1953. Fils d’un militaire de carrière et d’une professeure de français, il y passe son enfance puis étudie à Fribourg, Philadelphie, Genève, Lausanne, Rochester (Minnesota) et Boston. Médecin, spécialiste en neurologie (son nom civil est Claude-André Dessibourg), il devient chef de clinique au CHUV puis professeur titulaire à l’Université de Fribourg.

Sous son nom de plume, il publie une trentaine d’ouvrages depuis 1995 : romans, nouvelles, recueils de poésie, haïkus, livres d’art.
Tout comme en médecine, il encourage la collaboration multidisciplinaire, donne des conférences,  écrit des articles, essais et éditoriaux dans des revues littéraires. Plusieurs de ses textes figurent dans des anthologies.  Certains de ses livres ont été traduits en allemand, roumain, grec, italien et sont transcrits en braille.

Il a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix européen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995, un Prix de poésie de l’Académie française en 2001 ainsi que le Prix Marie Noël (dont un précédent lauréat fut Léopold Sédar Senghor) qui lui fut remis par l’acteur Michel Galabru en 2013. Il a été nommé Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres par le Ministère français de la Culture en 2002  et a reçu la Médaille du Rayonnement culturel de la Renaissance française.

Fasciné par le monde des idées et des mots, à la fois romancier (Dites-moi la vérité), prosateur (Urbs), poète (Haute Couture) et homme de plume engagé (Nourrir les Colombes contre la guerre en Irak), Claude Luezior défend l’exclu (Monastères), celui que le sort fragilise (Impatiences) ou ceux qui sont atteints de handicaps (Rebelles). Révolte et compassion sont une trame de ses textes. Sa plume cisèle un humanisme nouveau.        

 

http://claudeluezior.weebly.com/

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