Claude Darbellay

5 poèmes d’amour

 

 

1.

Ils étaient venus dans un hôtel, près des dunes. Avaient couru pieds nus sur la plage. Des mouettes criaient. Elle riait. Elle avait demandé : quand la mer emportera nos pas, est-ce qu’ils seront séparés ?

Dans un carton, parmi d’autres, la photo d’un couple qui se donne la main. On ne se souvient ni où ni quand. Seulement de la pression de la main.

Puis, revient la couleur des yeux, leur clarté, le désir qu’on avait de n’inventer qu’une histoire : celle continuée à deux.

Le matin, il l’écoutait respirer dans la lumière blanche. Il n’avait besoin de rien d’autre que cette respiration, sa chaleur. Elle ouvrait les yeux : toi.

 

 

2.

Il ignorait que c’était ça l’attente.
Parfois, pour se distraire, il fait danser ses os, le dos bien droit contre le dossier de sa chaise.

 

 

3.

Il rêve d’un lieu où recommencer sans s’appuyer sur rien, un lieu blanc, sans image, qui consolerait de toutes celles passées et à venir. Chaque geste sera le premier, ils entreront partout comme s’ils en sortaient.

Une nuit, rien qu’une, où l’amour crée le silence. Plus besoin de mots. Nous serons si proches que nous les entendrons sans les dire.

Cette nuit, comment la rejoindre ? Qui plongera ses yeux dans nos yeux pour nous rêver, à l’intérieur de notre rêve, comme si nous étions deux, que rien jamais ne nous sépare, pas même le rêve d’un autre rêve ?

 

 

4.

Tant de choses qui disparaissent
se glissent en nous,
dictent nos pas

Les villes ne gardent-elles,
longtemps après,
l’empreinte des corps
qui se sont aimés ?

 

 

5.

Il cite des noms, au hasard, et chacun a le même nombre de syllabes que celle qu’il aime. Ce nom-là, il ne le prononce pas. Il est dans tous les autres.

 

 

Sylvie Simonelli

Articles similaires

Tags

Partager