Ciupureanu Dan

 

Ciupureanu Dan

 

(Roumanie-France)

 

 

 

poème d’amour

 

quand je le lui demande ma femme enfile son manteau

monte sur le bord du lit et se jette dans le tas de sable

moi je chausse mes bottes et je me pends à la lampe jusqu’à ce qu’elle cède sous mon poids

et je tombe sur le tas auprès d’elle ensuite on s’embrasse avec les bouches pleines de sable

 

 

 

maintenant

 

pendant que je bois ma bière dans le bar du bord de seine

une plante pousse parmi les bouteilles sur les rayons

le vieillard qui sert ne serait même pas en mesure d’entendre

parce qu’il parle tout seul et fait sortir des sons

à travers ses lèvres blêmes qui tremblent

 

 

 

le matin

 

ma femme ouvre le tiroir où je dors

et la lumière m’aveugle puis on se fait le café

on s’assoit sur un des murs pour le boire

avec les têtes penchées d’un côté la circulation du sang se règle

on fait des génuflexions les plantes des pieds collées aux vitres

on met la lampe à sa place dans le frigo et on s’en va au travail

 

 

 

énergie

 

je reste étendu et je dégage de l’énergie négative

 

 

 

à paris

 

on comprend ce que disent les étrangers

et ça nous énerve à tel point

qu’on fait semblant de ne pas comprendre

 

 

 

sens

 

est-ce que vous entendez le son de trompette

qui sort par les bulles d’air de la baignoire?

si vous ne l’entendez pas levez une jambe

et posez l’index de la main

gauche sur le nez puis répétez après moi

rien n’a de sens rien n’a de sens

 

 

 

chère iulia

 

je regrette qu’hier soir je t’ai fait pleurer

il fallait que je garde le tiroir aux vis ouvert

que je regarde d’un œil depuis le conduit d’eau chaude

tout ça s’est du passe peut-être penses-tu me pardonner

et me porter dans une bassine sur la tête

comme tu le faisais autrefois quand tu m’aimais

 

 

 

l ’arc-en-ciel

 

laisse tes cheveux doux je lui ai dit de la machine à laver

je tournais j’avais les yeux bloqués sur elle

dans la mousse je semblais être le cadavre d’un chien enragé

ils ont éteint les lumières pour voir l’arc-en-ciel dans la nuit

je tournais autour des yeux

 

 

 

les démons

 

ça fait quelques heures que je reste dans la baignoire et j’attends

que les démons qui rampent à plat ventre sur le parquet s’en aillent

si je reste ici et que je siffle ils n’y plongeront pas pour m’avoir.

 

 

 

alourdi

 

j’envie les suicidaires qui se tuent en secret

qui montent dans le train et en descendent loin pour le faire

j’envie tous ceux qui meurent plusieurs fois

et qui à chaque fois recommencent par le début

leur vie étant comme la queue d’un lézard qui se régénère

 

 

 

dans l’eau

 

ce matin je me suis réveillé dans une flaque

le soleil me brûlait la moitié du visage sec

à côte de moi des gens passaient indifférents

c’est comme je suis dans un film de tarkovski je me suis dit

je me suis levé et j’ai mis mes cigarettes à sécher sur une bordure

 

 

 

ma maladie

 

le matin je bois calmement mon café pendant que

j’écoute à la radio les infos les plus atroces et je ne ressens rien

la chaleur du café m’enveloppe la nuque puis le corps

je sens comme si quelqu’un me faisait un massage

je n’ai pas la moindre émotion face aux malheurs

je suis comme un oiseau qui guette les accidents

pour s’en gaver en becquetant les victimes mourantes

j’aime aller aux enterrements

et j’ai sur moi un petit carnet pour me noter

les expressions des gens de la famille du décédé

j’aime les visages des enfants qui s’efforcent

de paraître affligés lors du grand voyage d’un de leurs grands parents

et qui n’arrivent pas à s’abstenir de se bousculer avec d’autres enfants

ou de jouer au cache-cache parmi les arbres du cimetière

un jour lorsque je rentrais du travail

une jeune femme s’est jetée de chez moi sur le trottoir

je suis resté quelques minutes auprès d’elle jusqu’à l’arrivée de l’ambulance

mais alors je n’ai ressenti aucune compassion

probablement que ma maladie ne se compare avec aucune autre maladie

 

 

 

le ciel

 

quand je suis partie au travail à la place du ciel il y avait un échafaudage

où il y avait dieu et cinquante chinois avec des parapluies

que fais-tu là seigneur j’ai crié vers le haut

que fais-tu ici seigneur ont répété les cinquante chinois

j’attends que les anges m’apportent les pinceaux pour construire le ciel

a répondu dieu il attend les anges pour

construire quelque chose a répété un chinois en sanglotant

et les autres quarante-neuf ont ajouté le ciel

 

 

 

ici à chope les copains

 

le temps se comprime

et les idées que j’ai dans la tête disparaissent

ici à chope les copains parfois il y a du soleil et j’ai l’illusion d’être heureux

et de n’avoir besoin de rien tout comme les immeubles jaunes et blancs

au pied de notre dame semblent ne pas avoir besoin de rien

ici à chope les copains la bière est bonne

et les gens semblent être arrivés de loin

ici à chope les copains il n’y a pas de temps ni de limites

ici à la terrasse j’ai les jambes molles et j’écoute la rue.

 

 

 

aujourd’hui

 

je ne suis ni heureux ni triste aujourd’hui je vais attendre

cette fraction de seconde où le rayon de soleil

va s’unir avec le point que j’ai focalisé sur le plafond

et la petite cuillère que je couvre de la paume vibrera

un code que je suis tout près de déchiffrer

dans lequel se cache le véritable sens des choses

 

 

 

(extraits du livre en préparation Les jeux paralympiques)

 

 

 

Traduction du roumain : Carina Nedov

 

 

 

Ciupureanu Dan3

 

 

 

 

 

 

 

 

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Nom et prénom: Ciupureanu Dan

Né: 01/11/1983 à Craiova, Roumanie. Vit et travaille à Paris.

Livres publiés: « Efectul calmantelor », editura VINEA/ « L’effet des calmant » (Poésie) –Bucarest 2014

Lieu de  travail: Hôtel La Pointe Rivoli, Paris.

 

Ciupureanu Dan2

 

 

http://danciupureanu.over-blog.com/

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